Mangbetu (peuple)

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Mangbetu

Description de cette image, également commentée ci-après

Femme Mangbetu (XIXe siècle)

Populations significatives par région
Drapeau de la République démocratique du Congo République démocratique du Congo 1 267 000[réf. nécessaire]
Drapeau de l'Ouganda Ouganda 60 000
Population totale 1 327 000
Autres
Langues

mangbetu

Religions

christianisme, religions traditionnelles

Ethnies liées

Zandés

Les Mangbetu sont un peuple d'Afrique centrale présent dans le nord-est de la République démocratique du Congo, notamment dans la Province Orientale, et à un moindre degré en Ouganda.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources, on observe de multiples variantes : Amangbetu, Guruguru, Kingbetu, Mambetto, Manbetu, Mangbétou, Mangbettu, Mangbetus, Mombettu, Mombouttou, Mombuttu, Monbattu, Monbuttoo, Monbuttu, Namangbetu, Nemangbetu, Ngbetu[1].

Selon le contexte, l'ethnonyme peut désigner un large ensemble de clans – les Makere – réunissant plus d'un million d'individus. Au sens strict, le clan Mangbetu compte quelques dizaines de milliers de personnes seulement[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

« Mounza, roi des Mombouttous »

Les Mangbetu sont un peuple nilo-soudanais, originaire de l'ancienne Nubie. Ils arrivèrent dans les régions qu'ils peuplent aujourd'hui au milieu du XVIIe siècle. Certains se sont unis à des populations bantou et pygmée du groupe Mbuti. Dès lors, ils établirent leur domination sur la région. Au début du XIXe siècle, le royaume mangbetu fut bâti. Son fondateur était Nabiembali.

Le royaume vivait du commerce, en particulier de l'ivoire, ainsi que de l'agriculture. Le royaume connut son apogée dans les années 1870, sous le roi Mbunza, qui chassa les Arabes conquérants venus du Soudan, sous le chef Mohamed Abdou, qui imposèrent leur autorité pendant quelques années. Les Mangbetu étaient en rivalité avec les Azandé ou Nyam Nyam, d'origine soudanaise. À la fin du XIXe siècle, les colons européens arrivent dans la région et passent le royaume sous la domination des Belges. C'est la fin du royaume mangbetu.

Population[modifier | modifier le code]

Les Mangbetu de pure souche sont environ 40 000[2], mais le vocable utilisé par les Occidentaux a longtemps désigné, outre les Mangbetu proprement dits, un ensemble de clans tels que les Mangbele, Makere, Mando, Medje, Mapoli, Mayogo, Malele, Popoi ou Mabisanga. On peut ainsi rattacher aux Mangbetu plus de 1,3 million de personnes[réf. nécessaire]. Makere est en réalité le terme indigène qui inclut ce peuple dans son ensemble.

Aujourd'hui plus de 90 % des Mangbetu sont chrétiens, les autres continuent de pratiquer la religion traditionnelle. Physiquement les Mangbetu se démarquent des populations bantoues. Ils sont bien bâtis, avec les traits forts.[non neutre] Malgré les brassages ethniques, les Mangbetu sont en général plus élancés avec les traits plus fins, caractéristiques du type nilotique.

Langue[modifier | modifier le code]

Ils parle le Meje, une langue soudanaise du groupe des langues nilo-sahariennes. Très souvent ils parlent le Lombi comme seconde langue, également d'origine soudanaise.

Culture[modifier | modifier le code]

Couteaux Mangbetu
Harpe à 5 cordes ornée d'une figure anthropomorphe (RDC, 19e siècle)

C'est un peuple d'agriculteurs et d'artisans, ils élèvent aussi quelques ovins. Ils sont réputés comme d'excellents forgerons et sculpteurs, il pratiquent aussi la poterie et la vannerie. L'art mangbetu est très développé, en particulier les masques et les figures en bois.

C'est le doyen qui représente le chef de la communauté. Les communautés villageoises qui constituent la province sont soumises à un chef de province, lui-même soumis au roi. Ils pratiquent le patriarcat. Les Mangbetu étaient connus pour la pratique de la déformation du crâne. Les Mangbetu enveloppent la tête du bébé dans des cordelettes, avant la consolidation des os, pendant une année, leur donnant ainsi un crâne très allongé, signe de beauté et d'intelligence. L'origine de cette pratique remonte à l'Égypte antique, tout comme la célèbre harpe mangbetu, qu'on retrouve également chez les Fangs du Gabon, les Azandés, cousins des Mangbetu.

Les coiffures sont variées, les hommes tressent leurs longues barbiches, comme le font les Fangs. Les couvre-chefs masculins sont nombreux. Les femmes tressent leurs cheveux, soit collés au crâne, ou bien latéralement. Elles ajoutent à cela du crin de girafe ou des poils d'éléphant, le tout sur une armature rigide en bois à l'arrière de la tête, fixée par des épingles faites à partir d'os de singe le plus souvent. Plus les épingles sont nombreuses, plus le statut social est élevé.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Hermann Baumann, « Die materielle Kultur d. Azande u. Mangbetu », Baessler-Archiv, no 11, 1927
  • (en) Robert Guy McKee, Meje-Mangbetu (northeastern Zaire) death compensations as intergroup rites of passage : a structural, cultural and linguistic study, University of Rochester, 1995, 609 p. (thèse)
  • (fr) Herman Burssens et Alain Guisson, Mangbetu : art de cour africain de collections privées belges, Kredietbank, 1992, 92 p.
  • (en) C. A. Keim, « Long-Distance Trade and the Mangbetu », The Journal of African History (Londres), 1983, vol. 24, no 1, p. 1-22
  • (en) E. Schildkrout, J. Hellman et C. Keim, « Mangbetu Pottery : Tradition and Innovation in Northeast Zaire », African arts, 1989, vol. 22, no 2, p. 38-47
  • (fr) Paul Denis, Histoire des Mangbetu et des Matshaga jusqu'à l'arrivée des belges, Musée royal de l'Afrique centrale, 1961, 167 p.
  • (fr) Joseph Di Gennaro, Voici les Mangbetu : enquête sur l'acculturation du message évangélique dans la tradition des "Mangbetu", M.C. Rungu, 1980, 89 p.
  • (fr) Maryinez Hubbard, À la recherche des Mangbetu, Haut-Zaïre, Centre d'étude et de documentation africaines, 1975, 74 p.
  • (fr) Enid Schildkrout, « L'art Mangbetu : L'invention d'une tradition », in Du Musée colonial au musée des cultures du monde, D. Taffin (dir.), Maisonneuve et Larose, Paris, 2000, p. 109-125
  • (fr) George A. Schweinfurth, Au pays des Mombouttous, Ed. Mille et une nuits, Paris, 2004, 126 p. (ISBN 2-8420-5836-4) (extrait de Au cœur de l'Afrique : 1868-1871, voyages et découvertes dans les régions inexplorées de l'Afrique centrale de G. A. Schweinfurth, 1875)
  • (fr) Cyrille van Overbergh et Édouard de Jonghe, Les Mangbetu (Congo belge), A. de Wit, 1909, 594 p.
  • (it) S. Allovio, « Storia e identità dei gruppi mangbetu (Congo nord-orientale) », Africa, 2000, vol. 55, no 1, p. 53-71

Discographie[modifier | modifier le code]

  • (en) On the Edge of the Ituri Forest, Northeastern Belgian Congo : Budu, Mbuti, Mangbele, Nande, Bira, Sharp Wood Productions, 1998 (enregistrement 1952)
  • (en) Forest Music, Northern Belgian Congo, Sharp Wood Productions, 2001 (enregistrement 1952)
  • (fr) Mangbetu : Zaïre, Haut-Uele, Fonti Musicali, 1992 (enregistrement 1984-1988)
  • (fr) Anthologie de la musique congolaise – RDC, vol. 3 : Musiques du pays des Mangbetu (enregistrements entre 1984 et 1990), Musée royal de l'Afrique centrale/Fonti musicali (CD + livret)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) 60 ans après Stanley, film documentaire de Robert Alvarez, Belgique/Zaïre, 1953, 50' (une séquence consacrée aux Mangbetu)
  • (fr) Mangbetu, film documentaire en noir et blanc de Gérard De Boe, Belgique, 1954, 30'[3]
  • (fr) Orchestre Mangbetu, film documentaire de Gérard De Boe, 1954

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Source RAMEAU, BnF [1]
  2. a et b Les Mangbetu, le peuple aux longues têtes [2]
  3. Mangbetu sur Film Archives [3]