Déformation volontaire du crâne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Déformation burgonde

La déformation volontaire du crâne est une pratique culturelle chez certains peuples, comme les Burgondes ou les peuples Andins, par exemple. Elle entraîne un développement inhabituel des os pariétaux en hauteur. Cette pratique volontaire ne doit pas être confondue avec la déformation positionnelle qui est, elle, involontaire et peut de ce fait être considérée comme pathologique.

Indices archéologiques[modifier | modifier le code]

Culture pré-inca - Crâne déformé pour des raisons esthétiques et sociales. MHNT
Crânedéforméméthode.jpg

L'os pariétal peut subir une déformation considérable (et d'ailleurs irréversible) par bandage du crâne depuis l'âge de nourrisson jusqu'à la fin de l'adolescence[1]. Cette coutume, principalement dictée par des motifs esthétiques, est détectable sur les squelettes d’Asie centrale du Ier siècle. Elle gagne l’Europe Centrale au Ve siècle avec l’invasion des Huns, et se manifeste dans les sépultures de Goths, d’Alamans, d’Avares, de Thuringiens, de Burgondes et de Francs, chez qui elle a dû être en vogue pendant trois générations.

Rien qu'en Allemagne, on a retrouvé 23 crânes présentant cette déformation, soit 10 % de tous les sujets découverts en Europe[2]. La nécropole du Frauenberg, dans les environs de Leibnitz (Flavia Solva) en Autriche, dont les 400 sépultures sont datées du second tiers du Ve siècle, a révélé cinq squelettes présentant la déformation burgonde : celui d'un homme d'environ 50 ans, et de quatre enfants dont les âges s'étalent entre 2 et 10 ans. Les premiers crânes de ce type découverts en Italie, celui d'un homme âgé et d'un enfant, ont été mis au jour à Collegno.

Des cultures andines précolombiennes déformaient volontairement, pour des raisons esthétiques, sociales ou religieuses, le crâne des nourrissons avec des bandages ou des morceaux de bois fixés afin d’augmenter la hauteur au sommet du crâne[3] : le squelette de l’Homme de Paracas témoigne de cette pratique. La déformation burgonde est une pratique analogue, relevée sur des squelettes de sépultures germaniques du Ve siècle.

Aspects culturels[modifier | modifier le code]

En France, une tradition encore répandue au début XIXe siècle qui consistait à coiffer les nourrissons d’un bandeau serré, était souvent à l’origine d’une déformation crânienne non souhaitée, telle que la « déformation toulousaine » décrite par Paul Broca à la fin du XIXe siècle[4] ou la « déformation normande[5] ».

Le docteur Achille Foville dénonça violemment cette pratique en 1834 dans un mémoire[6], à une époque où l'on pensait que ce type de déformation pouvait avoir des répercussions sur l'intelligence future des enfants.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Turmschädel » (voir la liste des auteurs)
  • André Langaney, Les hommes : Présent, passé, conditionnel, Armand Colin,‎ 1988, 256 p. (ISBN 2-200-37117-9)
  • Joachim Schüring, « Großkopferte », Abenteuer Archäologie, Heidelberg, Spektrum der Wissenschaft, no 5,‎ 2007, p. 26 (ISSN 1612-9954)
  • Maurizio Buora, « Die Goten im Ostalpenraum », Archäologie in Deutschland, no 1,‎ 2010, p. 58 (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Langaney, pp. 157-158
  2. Reconstitution faciale d'une femme hunnique ayant subi une déformation artificielle du crâne (musée historique du Palatinat à Spire).
  3. F.J. Carod Artal, C.B. Vázquez Cabrera - Neurological paleopathology in the pre-Columbian cultures of the coast and the Andean plateau, artificial cranial deformation, Revista de Neurologia, 2004 Apr 16-30;38(8):791-7
  4. Paul Broca, « Sur la déformation toulousaine du crâne », Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, vol. 6, no 6,‎ 1871, p. 100-131 (lire en ligne)
  5. Cf. Langaney, op. cit., p. 158
  6. Achille-Louis Foville, Influence des vêtements sur nos organes – Déformation du crâne résultant de la méthode la plus générale de couvrir la tête des enfants, Paris, Mme Prevost-Crocius,‎ 1834, 69 p. (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]