Javanais (argot)

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Le javanais ou langue de feu, apparu en France dans la dernière moitié du XIXe siècle[1], est un procédé de codage argotique utilisant une phonologie parasitaire[2] constituée par l'insertion d'une syllabe supplémentaire entre voyelles et consonnes, dans le but de rendre ce texte moins compréhensible aux non initiés. Cette syllabe comporte un son lié au nom de la variante : « ja » ou « av » dans la variante « javanaise »[3] et une syllabe comportant « f » dans la variante « langue de feu ».

La difficulté réside tout autant dans l'habileté à placer les syllabes supplémentaires de façon naturelle dans la conversation, qu'à la compréhension orale.

Historique[modifier | modifier le code]

« D'où vient cette bizarre appellation de « javanais » ? Sans doute de l'extraction de la syllabe av dans j'avais, prise comme « modèle génératif », sans exclure, bien entendu, un jeu de mots sur javanais, au sens suggéré de langue lointaine, donc étrange, incompréhensible. » selon Jean-Paul Colin[4], Jean-Pierre Mével[5], et Christian Leclère (du CNRS) dans leur Dictionnaire de l'argot français et de ses origines[6].

Le javanais était un jargon essentiellement parlé, « plus un amusement de potache que d'un véritable code. […] Esnault fait remonter ce procédé langagier à 1857 : il aurait été pratiqué par les prostituées et les voyous… Pierre Guiraud le croit originaire d'Extrême-Orient, né chez certains professionnels annamites. Mais Albert Dauzat n'en fait aucune mention dans son livre Les Argots, publié en 1929 »[6]. En 1878, Rigaud[7] écrit : « Il y eut un moment une telle fureur de javanais qu'on vit apparaître un journal entièrement écrit dans ce langage stupide. »[6]

Le Dictionnaire encyclopédique Quillet indique : « Langage inventé en France vers 1875. »[8]

Définition[modifier | modifier le code]

Selon le dictionnaire Larousse

Nom masculin : argot consistant à intercaler dans les mots les syllabes va ou av.

Règles[modifier | modifier le code]

  • On rajoute av après chaque consonne (ou groupe de consonnes comme par exemple ch, cl, ph, tr,…) d’un mot.
  • Si le mot commence par une voyelle, on ajoute av devant cette voyelle.
  • On ne rajoute jamais av après la consonne finale d’un mot.

« Y »[modifier | modifier le code]

S'il est suivi d'une voyelle, le « y » est traité comme une consonne. Le mot « moyen » est codé mavoyaven (pas mavoyen). S'il est lui-même prononcé comme « i », il est traité comme une consonne suivie de la voyelle « i ». Le mot « pays » est codé pavayavis (pas pavays).

Début des mots[modifier | modifier le code]

Les monosyllabes (« a », « à », « en », « un ») ainsi que les mots commençant par une voyelle prennent une syllabe supplémentaire initiale. Ainsi, « abricot » est codé avabravicavot.

« E » muet[modifier | modifier le code]

Le « e » muet n'impose pas la présence de syllabe supplémentaire : « tarte » est codé tavarte. La syllabe supplémentaire peut être ajoutée comme une forme d'insistance. Ainsi, « espèce de tarte » est codé avespavece dave tavarTAVE.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • allumettes → avallavumavettes.
  • train → travain.
  • bonjour → bavonjavour.
  • Jésus Christ → Javésavus Chravist.
  • Supermarché → Savupavermavarchavé.
  • Raymond Queneau en donne un exemple fantaisiste dans ses Exercices de style (1947) : « Deveux heuveureuves pluvus tavard jeveu leveu reveuvivis deveuvanvant lava gavare Sainvingt-Lavazavareveu (deux heures plus tard je le revis devant la gare Saint-Lazare). »[6]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Autres procédés de déformation de mots à but cryptique :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Plénat, Les Javanais, vol. 25, Paris, Larousse, coll. « Langages » (no 101),‎ mars 1991 (résumé, lire en ligne), « Le javanais : concurrence et haplologie », p. 95-117.
  2. Albert Valdman, La Langue des faubourgs et des banlieues : de l'argot au français populaire, The French Review, vol. 73, no 6 (May, 2000), pp. 1179-1192.
  3. Marguerite A. Mahler, Le Phénomène de l'abréviation : une première approximation. The French Review, vol. 60, no 5 (Apr., 1987), pp. 592-603.
  4. Professeur honoraire de l'Université de Franche-Comté (Besançon).
  5. Rédacteur aux Éditions Larousse.
  6. a, b, c et d Jean-Paul Colin, Jean-Pierre Mével et Christian Leclère (préf. Alphonse Boudard), Dictionnaire de l'argot français et de ses origines, Paris, Larousse, coll. « Expression »,‎ 1999, 908 p. (ISBN 2035349192, lien notice BnF?).
  7. Linguiste français du XIXe siècle, extrait de son ouvrage : Lucien Rigaud, Dictionnaire du jargon parisien : l'argot ancien et l'argot moderne, Paris, P. Ollendorf,‎ 1878, 347 p. (lien notice BnF?).
  8. Dictionnaire encyclopédique Quillet, Paris, Librairie Aristide Quillet,‎ 1962 (lien notice BnF?).