Louchébem
Le louchébem ou loucherbem, dans son nom complet largonji des louchébems (« jargon des bouchers »), désigne l'argot des bouchers parisiens et lyonnais de la première moitié du XIXe siècle. Le louchébem reste de nos jours connu et usité dans cet univers professionnel.
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[modifier] Le processus de création lexicale
Le processus de création lexicale du louchébem se rapproche du verlan et du javanais. On « camoufle » des mots existants en les modifiant suivant une certaine règle : la consonne ou le groupe de consonnes au début du mot est reportée à la fin du mot et remplacée par un « l »[1], puis on ajoute un suffixe argotique au choix, par exemple -em/ème, -ji, -oc, -ic, -uche, -ès [2]. Ainsi s-ac se mue en l-ac-s-é, b-oucher en l-oucher-b-em, j-argon en l-argon-j-i, etc.
Le louchébem est d'abord et surtout d'un langage oral, et l'orthographe en est très souvent phonétisée.
[modifier] Le louchébem des bouchers aujourd'hui
Encore aujourd'hui les bouchers se servent de ces quelques mots en communauté :
- l'argot = largomuche
- boucher = louchébem
- client = lienclès
- café = lafécaisse
- comprend = lomprenquès
- femme = lamfé ou lamdé (lamdé est plus précisément une « dame »)
- gaffe (attention) = lafgué
- garçon = larsonkesse
- gitan = litjoc (souvent associé à lafgué en raison de la réputation de cette ethnie)
- gigot = ligogem
- fou = louf (loufoque)
- porc = lorpic
- maquereau = lacromuche
- monsieur = lesieumic
- morceau = lorsomik
- pardessus = lardeuss (lardeussupem)
- pardon = lardonpem
- parler = larlépem
- pas = dans le lap (dans l'expression lomprenquès dans le lap)
- patron = latronpuche
- pourboire = lourboirpem
- sac = lacsé
[modifier] Le louchébem passé dans le français courant
Certains mots de louchébem, en particulier loufoque (grâce à Pierre Dac dont le père était boucher), sont devenus communs et ont aujourd'hui leur place dans le langage familier :
- cher = lerche (employé communément dans sa forme négative : pas lerche) ou lerchem
- en douce = en loucedé ou en loucedoc
- fou = loufoque (N.B. : Loustic vient de l'allemand lustig qui, ironiquement se traduit par drôle en français )
- portefeuille = larfeuille ou lortefeuillepem
- filou = loufiah (personne peu fiable, puis servile)
[modifier] Le louchébem dans l'histoire
Une version exacte du louchébem (aujourd'hui quasiment disparu sauf dans les communautés d'anciens résistants) était parlée par les résistants français pendant la Seconde Guerre mondiale.
[modifier] Le louchébem dans les arts
Dans la chanson Sale Argot du groupe de rap français IAM, le rappeur Akhénaton rappe un couplet entier en louchébem.
Raymond Queneau a également utilisé le loucherbem dans un texte du même nom dans son recueil Exercices de style, publié en 1947.
[modifier] Liens externes
- Le loucherbem - Article d'un ancien boucher, historien de la boucherie française. www.mhr-viandes.com. Archivé le 10 juin 2000.
- Interview de Gégé le louchebem sur Arte Radio
- Traducteur français-argomuche louchebem en ligne
[modifier] Bibliographie
- Marcel Schwob, Étude sur l'argot français, Paris, Émile Bouillon, 1889.
- Nouveau dictionnaire d'argot, Paris, 1829.
- David Alliot, Larlépem-vous Louchébem? l'argot des bouchers, Paris, Éditions Horay, 2009.
- Christophe Mérel, Les fables de La Fontaine en louchébem, Éditions Édilivre, 2011.
[modifier] Notes et références
- Selon le Trésor de la langue française, l'adoption de l'initiale « l » est due aux prothèses populaires du type « mon lévier » au lieu de « mon évier ».
- Marguerite A. Mahler, Le Phénomène de l'abréviation: une première approximation, The French Review, Vol. 60, No. 5 (April 1987), p. 592-603.