Huaben

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Le huaben (chinois 話本, pinyin huà běn) est genre de conte en langue vulgaire, né sous la dynastie Song en Chine.

Origines : le conte oral sous les Song[modifier | modifier le code]

Dans les deux capitales successives des Song, Kaifeng et Hangzhou, existaient des quartiers de divertissement où étaient données différentes sortes de spectacles, parmi lesquels des séances de contes. Les conteurs étaient spécialisés par genres. Certains racontaient des contes historiques, dont les thèmes étaient souvent puisés dans l'histoire des Trois Royaumes (220-265) ou celle des Cinq Dynasties (907-960), en plusieurs séances, parfois sur plusieurs semaines. D'autres avaient pour spécialité les récits bouddhiques, héritiers des anciens bianwen. Enfin il existait une catégorie de conteurs dont les récits courts tenaient en une seule séance. Ces récits étaient eux-mêmes divisés en sous-genre, tels que les histoires de bandits, les histoires fantastiques de fantômes et démons, les histoires d'amour, etc.[1],[2]

Le huaben[modifier | modifier le code]

Il ne reste aucun de ces contes oraux. En revanche il subsiste un certain nombre de textes, appelés huaben, écrits dans une langue vulgarisée. Ces huaben sont en rapport avec les contes oraux mais dont on connaît mal leur statut, soit qu'ils servaient d'aide-mémoire aux conteurs, soit qu'ils imitassent les contes oraux pour satisfaire un public de lecteurs. Un poème servait de prologue, et un autre à la fin donnait la morale de l'histoire. Dans le récit même certains passages sont en vers. Les huaben sont les héritiers à la fois des bianwen et des chuanqi des Tang, et les prédécesseurs des nouvelles et romans des Ming[1].

Les Contes de la Montagne sereine (Qingpingshantang huaben), édités vers 1550 par Hong Pian, bibliophile de Hangzhou, sont le plus ancien recueil de huaben connu. On y trouve des textes datant de la dynastie Song et de la dynastie Yuan. Ils présentent un intérêt particulier dans la mesure où ils sont le premier témoignage de la mise par écrit des contes oraux[3].

Un autre de ces recueils est le Datang Sanzang fashi qujing ji (Récits du maître Tripitaka, des grands Tang, qui partit chercher les soutras).

Mais ce sont surtout Feng Menglong (1574-1646) et Ling Mengchu (1580-1644) qui ont assuré la fortune littéraire du huaben[4].

Feng Menglong s'est intéressé à tous les genres populaires, de la chanson à l'histoire drôle. Son œuvre majeure est un ensemble des trois recueils, les Trois Paroles, parus entre 1620 et 1625, contenant quarante huaben chacun. Certains de ces huaben sont la reprise de récits des Song et des Yuan, d'autres sont des créations de l'auteur qui en imite le style (c'est le genre appelé ni huaben, ou « huaben d'imitation »). Le tout est un chef-d'œuvre de la littérature d'inspiration populaire. L'intention moralisante s'y mêle au divertissement et les récits relèvent de multiples genres, comme les histoires d'amour ou les histoires policières[5].

Le succès commercial de l'entreprise de Feng Menglong a inspiré Ling Mengchu, qui fait paraître deux volumes de quarante récits chacun en 1628 et 1633. L'ensemble s'intitule Pai'an jingqi, ou Frapper la table d'étonnement en s'écriant : « Extraordinaire ! ». Ling a une conception personnelle d'un « extraordinaire » ayant comme cadre le quotidien, à l'image de ce personnage poursuivi par la malchance et qui finit par faire fortune grâce à un cageot de mandarines. À l'inverse de Feng, Ling Mengchu prend ses sources dans la littérature en chinois classique, réécrivant les histoires en langue vulgaire[4],[5].

Vers 1640, une anthologie, Jingu qiguan ou Spectacles curieux d'aujourd'hui et d'autrefois, regroupant une quarantaine de récits extraits des volumes de Feng Menglong et Ling Mengchu, a connu un tel succès que le nom de ces deux auteurs est tombé dans l'oubli, jusqu'à leur redécouverte au xxe siècle[4].

Traductions[modifier | modifier le code]

  • L'Antre aux fantômes des collines de l'Ouest. Sept contes chinois anciens (xiie ‑ xive siècle), trad. André Lévy, Gallimard/Unesco, coll. Connaissance de l'Orient, 1972.
  • Sept Victimes pour un oiseau, et autres histoires policières, trad. André Lévy, Flammarion, « Aspects de l'Asie », 1981.
  • Récits classiques, trad. Meng Juru, Zhang Yunshu, Zhang Ming, Hu Shuyun, Littérature chinoise, coll. « Panda », 1985.
  • Contes de la Montagne sereine, trad. Jacques Dars, Gallimard, « Connaissance de l'Orient ».
  • Le Poisson de jade et l'Épingle au phénix. Douze contes chinois du xviie siècle, trad. Rainier Lanselle, Gallimard, coll. Connaissance de l'Orient, 1987.
  • Le Cheval de jade. Quatre contes chinois du xviie siècle, trad. Rainier Lanselle, Philippe Picquier, 1987, rééd. 1991.
  • Solange Cruveillé, « Voyage d’un lettré à la capitale », Impressions d'Extrême-Orient, numéro 1, 2010 [lire en ligne]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Yinde Zhang, Histoire de la littérature chinoise, Paris, Ellipses, coll. « Littérature des cinq continents », 2004, p. 38-39.
  2. Jacques Pimpaneau, Chine. Histoire de la littérature, Arles, Éditions Philippe Picquier, 1989, rééd. 2004, p. 309 et 312
  3. Jacques Dars, « Qingpingshantang huaben », dans André Lévy (dir.), Dictionnaire de la littérature chinoise, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 1994, rééd. 2000, p. 252-253.
  4. a, b et c André Lévy, La Littérature chinoise ancienne et classique, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1991, p. 104-106.
  5. a et b Zhang 2004, p. 50-51

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Liu Jian, « Sur quelques problèmes de la datation linguistique des contes chinois en langue vulgaire », Cahiers de linguistique - Asie orientale, 1988, volume 17, numéro 17-1 [lire en ligne]
  • André Lévy, « Deux contes philosophiques Ming et leurs sources », Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, tome 53, 1967, p. 537-550 [lire en ligne]
  • André Lévy, « Un texte burlesque du XVIe siècle dans le style de la chantefable », Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient, 1969, volume 56, numéro 56 [lire en ligne]

Lien externe[modifier | modifier le code]