Homo Sacer

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Homo sacer (expression latine pour « homme sacré ») est un statut issu du droit romain : il s'agit d'une personne qui est exclue, qui peut être tuée par n'importe qui (qui occidit parricidi non damnatur), mais qui ne peut faire l'objet d'un sacrifice humain lors d'une cérémonie religieuse (neque fas est eum immolari). Cette personne ne dispose plus d’aucun droit civique.

Il s'agit, avec le rite primaire du sacrifice, de l'un des "éléments fondateurs de toute la phénoménologie magico-ritualiste affleurant dans l'histoire de Rome"[1]

Homo sacer selon Agamben[modifier | modifier le code]

Le philosophe Italien Giorgio Agamben travaille ce concept dans son livre Homo Sacer : le pouvoir souverain et la vie nue. Pour Agamben, l'« homo sacer » est un individu considéré d'un point de vue juridique comme un exilé. Il y a, selon lui, un paradoxe : en effet, c'est par le droit que la société fait de l'individu un « homo sacer », or le procédé de l'exclusion lui donne implicitement une reconnaissance, une identité juridique.

Agamben envisage cette vie dans deux perspectives. L'une, la vie biologique (le grec Zoë) et l'autre dans sa dimension politique (le grec bios). Le zoë est relié par Agamben lui-même à la description de la « vie nue » du réfugié par Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme (1951). La réalité de l'« homo sacer » est, selon lui, une rupture totale entre les vies politique et biologique de l'individu. Par sa « vie nue », l'« homo sacer » se trouve soumis à la souveraineté de l'état d'exception et, bien que sa vie biologique continue, il n'a plus aucune existence politique.

Pour Agamben, le statut de l'« homo sacer » rejoint celui du réfugié politique et du déporté. Pour exemple, les Juifs, avant d'être déportés, étaient déchus de leur citoyenneté.

Ainsi, « ce que l'on appelle les droits inaliénables et sacrés de l'homme semblent n'être plus invocables au moment très précis où il n'est plus possible de les caractériser comme des droits des citoyens d'un État » déclare Agamben, suivant ainsi le raisonnement d'Hannah Arendt concernant la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 qui lie droits de l'homme et droits civiques. Bien que les droits de l'homme soient conçus comme un socle aux droits civiques, la privation de ceux-ci (par exemple dans le cas de l'« homo sacer ») les rend comparables aux « sauvages » qui furent exterminés en masse. Arendt estime donc que le respect des droits de l'homme est fonction de la garantie des droits civiques et non l'inverse, comme le pensent de nombreux intellectuels libéraux des droits naturels.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (it) Aldo Schiavone, "IUS, l'invenzione del diritto in Occidente, Giulio Einaudi editore s.p.a Turin 2005

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]