Burakumin

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Burakumin (部落民?, littéralement « personne de la communauté » ou « du hameau ») est un terme japonais désignant un groupe social minoritaire japonais discriminé socialement et économiquement. Les « gens des hameaux spéciaux » (tokushu buraku) sont les descendants de la caste des parias de l'époque féodale, issue de deux anciennes communautés, les eta (穢多?, littéralement « pleins de souillures ») et les hinin (非人?, « non-humains »). Les burakumin forment une des plus importantes minorités au Japon, avec les Aïnous de Hokkaidō.

Historique[modifier | modifier le code]

Les burakumin ont constitué, dès l'époque féodale, une communauté de personnes mises à l'écart de la société et condamnées à le demeurer par l'effet d'une ségrégation sociale et spatiale. Les Hinin désignaient les marginaux tels les gens du spectacle, les saltimbanques, les condamnés et les pauvres issus de la population « ordinaire », qui étaient réduits à mendier et à occuper les emplois « sales » : s'occuper des prisonniers, ou devenir bourreaux, croque-morts ou espions. Les Eta étaient eux des parias héréditaires, en cela similaires aux intouchables indiens, qui avaient le monopole des métiers liés au sang et à la mort des animaux : équarrisseur, boucher, tanneur, abatteur d'animaux.

Selon Jean-François Sabouret[1], la discrimination des burakumin est « presque aussi ancienne que l'histoire du Japon et de ses croyances locales ». La religion nationale, le shinto, considère comme souillées toutes les activités liées au sang et à la mort. Par ailleurs, le bouddhisme venu d'Inde par la Chine proscrit la mort des animaux considérés comme des êtres sensibles. Si les activités liées à la vie, à la mort et au sacré relevaient initialement du monopole religieux, les burakumin ont été progressivement chargés des occupations liées à la mort et au souillé, et identifiés à ces professions « impures » mais indispensables.

Les burakumin ont toujours traditionnellement vécu dans leurs propres hameaux et ghettos reculés. Jusqu'en 1871, ils ne pouvaient pas rester sur la route lorsqu'ils croisaient des citoyens « normaux », ils avaient l'interdiction de manger, de boire et de rester en ville à la nuit tombée. En 1871, l'abolition du système des castes féodales libère les burakumin et permet leur inscription sur les registres d'état civil comme « nouveaux citoyens ». Cependant, cette minorité perd son monopole sur les métiers du cuir et s'appauvrit rapidement.

Jiichiro Matsumoto (1887–1966)

En 1922, Jiichirō Matsumoto (en) fonde la Société des niveleurs (Suiheisha) pour obtenir une amélioration de la situation des burakumin. Après une mise en sommeil durant la période militariste, au nom de l'unité nationale, le mouvement se reforme en deux organisations : la Ligue pour l’émancipation des buraku (Buraku Kaiho Domei 部落解放同盟), proche du Parti socialiste japonais, et la Seijokaren, membres dissidents proches du Parti communiste japonais.

Malgré la lutte des burakumin et les efforts des gouvernements japonais, par la politique « de Dowa » et les efforts financiers alloués à l'amélioration de la situation matérielle des ghettos, la discrimination des burakumin perdure aujourd'hui. Certaines personnes issues de cette minorité tentent d'effacer les traces de ces origines, et de s'intégrer à la société normale (passing). Cette stratégie est souvent mise en échec par l'existence des annuaires (chimei sokan), officiellement interdits, qui recensent les personnes issues de cette minorité.

Statut social[modifier | modifier le code]

Contrairement aux autres classes, même à la pire (eta-hinin, littéralement « les très sales »), les burakumin naissaient burakumin et ne pouvaient espérer changer de groupe. Malgré l'abolition officielle du statut de paria en 1871, les discriminations dont ils furent l'objet n'ont pas totalement disparu et certaines couches de la population japonaise moderne ne marieraient pas leurs enfants avec un membre d'une famille dont la lignée comprendrait un burakumin. Certains propriétaires immobiliers (en refusant de louer) ou certaines entreprises (en payant moins) pratiquent la ségrégation envers les burakumin. La loi de l'offre et de la demande sur le marché de l'emploi provoque aussi des effets néfastes car ils sont souvent employés à de basses œuvres que d'autres ne veulent pas faire (par exemple pendant les accidents de Fukushima[2]).

Aujourd'hui, la communauté burakumin compte plus de deux millions de personnes, dispersées dans les ghettos des grandes villes comme par exemple Ōsaka ou Kyōto.

Parler de ce sujet dans la société japonaise reste extrêmement délicat.

Démographie[modifier | modifier le code]

Le nombre de burakumin dans le Japon moderne varie beaucoup selon la source utilisée. Un rapport de 1993 commandé par le gouvernement japonais a dénombré plus de 4 533 communautés de buraku : dōwa chiku (同和地区?, « zones d'assimilation »), officiellement recensées pour des projets d'intégration. La plupart se situent dans l’ouest du Japon, on y dénombre 298 385 ménages pour un total de 892 751 résidants. La taille de chaque communauté varie de moins de 5 ménages à plus de 1 000, avec 155 ménages de taille moyenne. Environ les trois quarts sont localisés dans des secteurs ruraux.

Les bureaux de la ligue de libération des Buraku

La distribution des communautés change considérablement de région à région. Aucune communauté n'a été identifiée dans les préfectures suivantes : Hokkaidō, Aomori, Iwate, Miyagi, Akita, Yamagata, Fukushima, Tōkyō, Toyama, Ishikawa et Okinawa.

La Ligue de libération des Buraku (Buraku Kaiho Domei) évalue le nombre de burakumin à presque trois millions. Le BKD conteste les chiffres avancés par le gouvernement car selon cette association, ses chiffres sont inexacts : tous les burakumin ne vivent pas dans la pauvreté, et n'étant pas pauvres, ils ne sollicitent pas les subventions du gouvernement, qui servent à les comptabiliser. Les autres préfèrent rester dans la difficulté financière afin de ne pas déclarer publiquement qu'ils sont burakumin, il vaut mieux « être l'égal d’un pauvre Japonais qu'un burakumin aidé ».

Burakumin et yakuzas[modifier | modifier le code]

Les burakumin représentent 70 % des membres du Yamaguchi-gumi, le plus grand clan yakuza du Japon[3]. Selon Mitsuhiro Suganuma, un ancien membre de la Public Security Intelligence Agency, 60 % de l'ensemble des yakuzas sont des burakumin[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-François Sabouret (dir.), Japon, peuple et civilisation, La Découverte [détail des éditions], « La discrimination des Burakumin », p. 28-30
  2. Fukushima cherche « petites mains » du nucléaire
  3. David E. Kaplan and Alec Dubro in Yakuza: The Explosive Account of Japan's Criminal Underworld, Reading, Massachusetts: Addison-Wesley Publishing Co., 1986
  4. 無料動画・おもしろ動画のムービーポータル | AmebaVision[アメーバビジョン]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

  • La rivière sans pont, fim de Yoichi Higashi (1992)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux et monographies[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Sabouret (dir.), Japon, peuple et civilisation, La Découverte [détail des éditions], « La discrimination des Burakumin », p. 28-30
  • Jean-François Sabouret, L'autre Japon : les Burakumin, Paris, Maspero, coll. « Les textes à l'appui »,‎ 1983, 155 p. (ISBN 2-7071-1413-8)
  • Jean-Manuel Traimond, Le Japon mal rasé : voyage chez les anarchistes, les burakumin, les coréens-du-Japon, les uilta, et les autres, Lyon, Atelier de création libertaire,‎ 2000, 144 p. (ISBN 2-9056-9173-5, résumé)

Revues[modifier | modifier le code]

  • Hélène Le Bail, « La nouvelle immigration chinoise au Japon », Perspectives chinoises, no 90,‎ 2005 (ISSN 1996-4609, lire en ligne)
    Article consacré aux difficultés d'intégration des populations étrangères au Japon, avec des références aux difficultés d'intégration des minorités japonaises dont les Burakumin.