Heinrich Köselitz

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Heinrich Köselitz

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Surnom Peter Gast
Naissance 10 janvier 1854
Annaberg, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Décès 15 août 1918
Annaberg, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Activité principale Compositeur
Maîtres Ernst Friedrich Richter
Famille Rudolf Köselitz

Heinrich Köselitz, plus connu sous le pseudonyme de Peter Gast, est un compositeur allemand, né à Annaberg le 10 janvier 1854 et mort dans la même ville le 15 août 1918. Il est resté célèbre pour son amitié pour le philosophe Friedrich Nietzsche dont il sera en quelque sorte un secrétaire à distance. Il est le frère du peintre Rudolf Köselitz.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un industriel saxon, vice-bourgmestre d'Annaberg, Johann Heinrich Köselitz reçut l'essentiel de sa formation musicale de 1872 à 1874 auprès du cantor de l'église Saint-Thomas de Leipzig, Ernst Friedrich Richter, tout en commençant des études de philosophie de l'Université de Leipzig. En 1875, suite à la lecture de la Naissance de la tragédie, il décida de se rendre à Bâle, en compagnie de son ami Paul Widemann, pour y suivre les leçons du jeune Friedrich Nietzsche, qui était alors professeur de philologie classique à l'Université de Bâle, ainsi que celles de ses éminents collègues Franz Overbeck, spécialiste de l'histoire de l'Église, et Jacob Burckhardt, qui enseignait alors son histoire de la civilisation grecque. Précédés de la recommandation d'Ernst Schmeitzner, que Paul Widemann avait convaincu de publier les nouveaux ouvrages de Nietzsche et d'Overbeck, les deux amis reçurent un accueil chaleureux. Très vite, leur amour commun pour la musique, en particulier pour celle de Richard Wagner, installa une familiarité entre professeurs et élèves, qui prit la forme de longues promenades, animées de riches conversations, et de soirées chez Nietzsche, au cours desquelles celui-ci révélait au piano la richesse orchestrale de son jeu. Köselitz devint alors peu à peu un confident privilégié des projets intellectuels de Nietzsche. Un jour, vers la fin avril 1876, celui-ci lui parla d'un petit écrit qu'il venait de consacrer à Wagner, mais qu'il jugeait trop personnel pour être publié. Autorisé à lire le manuscrit, Köselitz ne put s'empêcher de manifester à Nietzsche son enthousiasme, lui exprimant « quelle perte irréparable ce serait si cette Considération devait rester à l'état d'ébauche[1]. » Nietzsche ayant eu entre-temps l'idée de l'offrir à Wagner pour son anniversaire, il lui proposa d'en établir une copie, qui « sembla lui plaire et réveilla même si bien son intérêt pour sa propre œuvre, qu'au lieu de l'envoyer à Bayreuth, il en fit un manuscrit pour Schmeitzner », complétée de trois nouveaux chapitres.

À partir de cette époque, Köselitz assistera Nietzsche pour la publication de ses œuvres, en recopiant ses manuscrits, non sans se prononcer régulièrement sur leur contenu, parfois leur style, « améliorant même d'autorité telle ou telle expression » (Curt Paul Janz).

En 1878, il partit s'installer à Venise, où il séjournera de nombreuses années, se consacrant essentiellement à la composition de ses deux seuls opéras achevés : Scherz, List und Rache (opéra comique d'après Goethe, 1880-1888) et Der Löwe von Venedig (version allemande du Il matrimonio segreto de Metastase que Cimarosa avait mis en musique en 1792, 1884-91). Nietzsche s'enthousiasma pour cette dernière œuvre, qu'il chercha en vain auprès des plus grands chefs d'orchestre de l'époque à faire représenter[2]. C'est alors que, dans le but de faciliter, pensait-il, l'accès de son opéra aux scènes italiennes, le philosophe incita Köselitz à le faire éditer sous un pseudonyme qu'il inventa lui-même : Pietro Gasti, en allemand Peter Gast.

Après l'effondrement psychique de Nietzsche en 1889, Köselitz accepta la proposition d'Overbeck de suspendre provisoirement la publication d'Ecce Homo, dont Nietzsche lui avait déjà envoyé le manuscrit pour en préparer l'édition, ainsi que celle de L'antéchrist, pour que leurs aspects excessifs ne nuisent pas à la réputation du philosophe et au succès naissant de ses ouvrages antérieurs[3]. En 1892, l'éditeur Naumann confia l'édition des Œuvres complètes à Köselitz, en donnant la priorité à la publication du Zarathoustra pour la première fois en intégralité (la partie IV n'avait fait l'objet que d'un tirage à usage privé), pourvu d'une large introduction signée Peter Gast. Suivirent les Considérations inactuelles, puis, en 1893, Humain, trop humain, Par-delà bien et mal et La Généalogie de la morale, chacune de ces œuvres dotée d'une préface, dans laquelle il en proposait son interprétation[4], cherchant à l'étayer à partir des expériences et des impressions personnelles qu'il avait reçues au temps de son étroite collaboration avec Nietzsche[5]. Mais en octobre 1893, Elisabeth Förster-Nietzsche, de retour du Paraguay, refusait toute légitimité à l'ancien secrétaire de Nietzsche et faisait envoyer au pilon tous les ouvrages édités sous sa responsabilité, allant jusqu'à le faire discréditer dans la presse. Köselitz, dont le travail n'était pas protégé par un contrat avec l'éditeur, dut s'incliner et lui remettre tous les manuscrits qu'il avait soigneusement collectés et rassemblés, en particulier tout ce qui n'avait pas été édité : le Nachlass, édité en français sous le terme de fragments posthumes. En 1899, pourtant, la sœur de Nietzsche, qui avait créé entre-temps le Nietzsche-Archiv, le sollicita pour l'assister dans l'édition de la correspondance, puis des cahiers de Nietzsche restés à l'état manuscrit, lui seul étant capable alors de déchiffrer l'écriture du philosophe. Köselitz accepta alors de collaborer activement à une compilation de 483 aphorismes posthumes, éditée en 1901 sous le titre : La Volonté de puissance, élargie à 1067 aphorismes en 1906. Rompant de nouveau en 1909 avec l'entreprise de falsification et d'orientation idéologique d'Elisabeth Förster-Nietzsche, il se retira dans son "jardin d'Epicure" à Annaberg pour y mener des jours paisibles, consacrant ses dernières années à l'écriture d'essais et de poèmes, empruntant quelquefois dans ces derniers les tournures de langage propres à sa région, l'Erzgebirge.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Heinrich Köselitz, préface au tome IV des Gesammelte Briefe citée par Curt Paul Janz (Nietzsche, tome II, Gallimard, 1984, p.148 sq.)
  2. C'est seulement en 1891, trop tard donc pour le philosophe, que son correspondant le musicologue Carl Fuchs parviendra à faire créer l'œuvre à l'Opéra de Dantzig (avec son titre original, Die heimliche Ehe).
  3. L'antéchrist sera publié en 1895 dans les Œuvres complètes. Quant à Ecce Homo, il devra attendre 1906 !
  4. Cf. lettre de Köselitz à Overbeck du 29 octobre 1892
  5. Pour ce travail d'édition, Köselitz se servit des exemplaires des premières éditions que Nietzsche avait annotés, voire parfois « passablement remaniés » (lettre de Köselitz à Franziska Nietzsche d'août ou septembre 1892 citée par C.P.Janz, op. cit, T.III, p.543)