La Dernière Bande

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La Dernière Bande est un texte de théâtre de Samuel Beckett. La pièce a été représentée pour la première fois en France, devant le grand public, le 22 mars 1960 au Théâtre Récamier, dans une mise en scène de Roger Blin avec René-Jacques Chauffard.

L'auteur avait initialement l'intention d'écrire pour la radio anglaise, mais il a rapidement décidé de destiner à la représentation ce texte très court (quelques pages dont le titre anglais est Krapp’s Last Tape) qui a été monté en complément de Fin de partie et joué en anglais en 1958.

Samuel Beckett l'a traduit lui-même en français - avec l'aide de Pierre Leyris - en 1959 et la pièce (9 pages), en pré-édition originale, a été publié par Les Lettres Nouvelles/Julliard le 4 mars 1959. Elle a été jouée pour la première fois (deux représentations) en 1959, sous la direction de Jean-Pierre Laruy , metteur en scène[1], interprétée par Jacques Bouzerand au Théâtre de la Contrescarpe, rue Mouffetard, en présence de Suzanne Beckett, l'épouse de l'écrivain, de Jérôme Lindon, son éditeur des Éditions de Minuit et de Jean Martin un des interprètes favoris du Prix Nobel irlandais. L'œuvre est, depuis, souvent mise en scène, parfois associée à d'autres pièces brèves de l'auteur.

Beckett l'a mise en scène en 1970 au Théâtre Récamier, reprise en 1975 au Théâtre d'Orsay.

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Dans ce "monodrame" comme on le qualifie parfois, le vieux Krapp, écrivain raté et clochardisé, soliloque en réécoutant une vieille bande magnétique, sorte de journal où il témoignait du bonheur de son amour et de sa rupture désolante. Confronté trente ou quarante ans plus tard au vide, il semble ne donner sens à sa vie qu'en se souvenant, avec nostalgie et dérision, dans un "monologue sentimental" des "beaux jours de bonheur indicible" qu'évoque Verlaine à la fin des Fêtes Galantes et que Beckett reprendra pour titre dans une œuvre célèbre. Les mots du passé survivent et témoignent : c'est à eux que se raccroche malgré tout le vieillard comme d'autres personnages beckettiens - Willie dans Oh les beaux jours, par exemple.

"J'ai aimé !" semble-t-il dire avec le romantisme du Perdican de Musset, dévoilant une face sous-estimée de Samuel Beckett que l'on réduit trop facilement au sentiment de l'absurde.

Citation[modifier | modifier le code]

Les dernières lignes de l'œuvre montrent bien la force du souvenir heureux opposé à la solitude finale au cœur des ténèbres :

(Il écoute la bande ancienne) : "J'ai dit encore que ça me semblait sans espoir et pas la peine de continuer. Et elle a fait oui sans ouvrir les yeux. (Pause) Je lui ai demandé de me regarder et après quelques instants - (pause) - et après quelques instants, elle l'a fait, mais les yeux comme des fentes à cause du soleil. Je me suis penché sur elle pour qu'ils soient dans l'ombre et ils se sont ouverts. (Pause) M'ont laissé entrer. (Pause) Nous dérivions parmi les roseaux et la barque s'est coincée. Comme elle se pliait avec un soupir devant la proue, je me suis coulé sur elle, mon visage dans son sein et ma main sur elle. Nous restions là couchés. Sans remuer. Mais sous nous, tout remuait, et nous remuait, doucement, du haut en bas, et d'un côté à l'autre."

- Passé minuit. Jamais entendu pareil silence. La terre pourrait être inhabitée. (FIN)

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.avant-scene-theatre.com/ficheAuteur.php?auteurID=632