Molloy

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Molloy
Auteur Samuel Beckett
Genre Roman
Pays d'origine Drapeau de l'Irlande Irlande
Éditeur Éditions de Minuit
Date de parution 1951
Nombre de pages 298 p.
ISBN 2-7073-0588-X
Chronologie
Malone meurt Suivant

Molloy est un roman de Samuel Beckett publié en 1951.

Structure[modifier | modifier le code]

Premier volume de la trilogie romanesque, qui se poursuit avec Malone meurt et L'Innommable, Molloy présente deux parties bien distinctes, centrées sur deux personnages différents (Molloy et Moran).

Dans la première, le vieux solitaire Molloy nous raconte certains passages de sa vie, sous la forme de longues ressouvenances, accompagnées de vagues réflexions, de tentatives de comprendre avortées. Il est plus ou moins amnésique, paralysé d’une jambe, et bientôt des deux. Il désire rendre visite à sa mère, bien qu’on le voie à son chevet, mais sans qu’il sache si elle est vivante ou morte. Pour la voir, il décide de partir et enfourche sa bicyclette. On le suit au poste de police parce qu’il n’a pas voulu respecter les règles de circulation sur la voie publique ; chez une veuve, Lousse, dont il a écrasé le chien et qui l’a recueilli ; en pleine campagne, errant sans but. Au fur et à mesure de son récit, il tombe dans une inactivité, une inaptitude, une passivité physique, une attente des plus totales. Enfin, affamé, perclus de douleurs et ne pouvant plus ni pédaler ni marcher parce que son corps l’abandonne, il se retrouve dans une forêt, à se traîner, volontairement et avec plus ou moins de délices, par terre. Sa reptation l’amène par miracle ou par hasard à l’orée de la forêt, et il se laisse tomber dans une fosse profonde. Nous ne saurons rien de plus.

La seconde partie est narrée par Jacques Moran. Celui-ci se voit confier une mission par son supérieur hiérarchique, le mystérieux Youdi : retrouver Molloy (ou Mollose). C’est Gaber, le messager, qui vient porter l’injonction à Moran un dimanche après-midi. Après être allé communier avec le père Ambroise, Moran part avec son jeune fils au milieu de la nuit, fils qu’il élève seul et durement. Durant le trajet, la jambe de Moran est elle aussi frappée de paralysie. Obligé de s’arrêter, le père enjoint au fils de trouver une bicyclette contre un peu d’argent. Dans l’attente, Moran tue un quidam de passage sans trop savoir comment. Au retour du fils, ils partent tous deux, le père sur le porte-bagages et le fils à la peine. Mais, un matin, au réveil, le fils a disparu. Gaber réapparaît et ordonne à Moran de retourner chez lui, alors que celui-ci est très diminué physiquement et épuisé. Revenu avec des grandes difficultés dans sa contrée au bout de six mois, il se rend compte que sa maison est abandonnée.

Les deux récits se répondent dans une série d'échos fuyants et indistincts, et sont composés de jeux de miroirs et de boucles.

Écriture[modifier | modifier le code]

Œuvre au style très dépouillé, qui peut rendre son accès difficile, mais qui prend le lecteur aux je des personnages.

Dans ce livre, Beckett se plaît à bâtir un message qui s’annule constamment, affirme et nie en même temps. La défiance est générale puisque le langage lui-même se néantise dès lors qu'il est prononcé, comme dans les ultimes phrases du texte : « Il est minuit. La pluie fouette les vitres. Il n’était pas minuit. Il ne pleuvait pas. »

Dans sa forme narrative, l'écriture de Beckett semble bouleverser les structures et fonctions grammaticales usuelles. Comme il le fera dire à Malone dans Malone meurt : « Mes doigts aussi écrivent sous d'autres latitudes, et l'air qui respire à travers mon cahier et en tourne les pages à mon insu, quand je m'assoupis, de sorte que le sujet s'éloigne du verbe, et que le complément vient se poser quelque part dans le vide, cet air n'est pas celui de cette avant dernière demeure, et c'est bien ainsi. » Cette phrase, qui est censée décrire un vieillard en plein délire, s'applique remarquablement bien au ton et à la forme employés dans Molloy, et de manière plus générale dans la trilogie Molloy / Malone meurt / L'Innommable.

Malgré la noirceur des thèmes traités (mort, sénescence, solitude...), Beckett parvient à teinter ses phrases d'humour et de poésie.

Citations issues de Molloy[modifier | modifier le code]

  • « Y en avait-il un seul pour se mettre à ma place, pour sentir combien j'étais peu, à cette heure, celui dont j'avais l'air, et dans ce peu quelle puissance il y avait, d'amarres tendus à péter. C'est possible. Oui, je tirais vers ce faux profond, aux fausses allures de gravité et de paix, je m'y élançais de tous mes vieux poisons, en sachant que je ne risquais rien. »
  • « Dire c'est inventer. Faux comme de juste. On n'invente rien, on croit inventer, s'échapper, on ne fait que balbutier sa leçon, des bribes d'un pensum appris et oublié, la vie sans larmes, telle qu'on la pleure. »
  • « Car en moi il y a toujours eu deux pitres, entre autres, celui qui ne demande qu'à rester où il se trouve, et celui qui s'imagine qu'il serait un peu moins mal plus loin. »
  • « Car ne rien savoir, ce n'est rien, ne rien vouloir savoir non plus, mais ne rien pouvoir savoir, savoir ne rien pouvoir savoir, voilà par où passe la paix dans l'âme du chercheur incurieux. »
  • « Incompréhensible esprit, tantôt mer, tantôt phare. »
  • « Ma tête se vide de sang, de toutes parts m'assaillent les bruits des choses s'évitant, s'unissant, volant en éclats, mes yeux cherchent en vain des ressemblances, chaque point de ma peau crie un autre message, je chavire dans l'embrun des phénomènes. »
  • « Se taire et écouter, pas un être sur cent n'en est capable, ne conçoit même ce que cela signifie. C'est pourtant alors qu'on distingue, au-delà de l'absurde fracas, le silence dont l'univers est fait. »
  • « Car quelle fin à ces solitudes où la vraie clarté ne fut jamais, ni l'aplomb, ni la simple assise, mais toujours ces choses penchées glissant dans un éboulement sans fin sous un ciel sans mémoire de matin ni espoir de soir. »
  • « Mais que foutait Dieu avant la création ? »
  • « Pater quiétiste : Dieu qui n’êtes pas plus au ciel que sur la terre et les enfers, je ne veux ni ne désire que votre nom soit sanctifié, vous savez ce qui vous convient. Etc. »
  • « Mais pour moi, assis près de mes ruches baignées de soleil, ce serait toujours une chose belle à regarder et d'une portée que n'arriveraient jamais à souiller mes raisonnements d'homme malgré lui. Et je ne saurais faire à mes abeilles le tort que j'avais fait à mon Dieu, à qui on m'avait appris à prêter mes colères, mes craintes et désirs, et jusqu'à mon corps. »
  • « Se donner du mal pour les petites choses, c’est parvenir aux grandes, avec le temps. »