Duplicateur à alcool

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Machine à polycopier à alcool

La duplication à l'alcool est un procédé de reproduction de documents par transfert d'encre via une solution à base d'alcool. La presse permettant la duplication à l'alcool est appelée duplicateur à alcool.

Les termes Ronéo, ronéotypie ou ronéotypeuse sont souvent usités en France pour définir la duplication à l'alcool. Or, ces termes sont également usités pour un procédé différent : la miméographie. Le terme Ronéo et ses déclinaisons vient du nom déposé d'une entreprise. Elle fabriquait, entre autres dispositifs, des duplicateurs à alcool. Des phénomènes similaires se sont produits aux États-Unis avec la marque Ditto, et au Royaume-Uni avec la marque Banda.

Historique[modifier | modifier le code]

La duplication à l'alcool est inspirée de l'hectographie, où une surface de gélatine sert de support encreur.

En 1923, Wilhelm Ritzerfeld, créateur de la société allemande Ormig, eut l'idée d'utiliser directement le papier comme support encreur[1],[2].

Procédé[modifier | modifier le code]

Trois feuilles sont superposées : une feuille blanche classique, une feuille paraffinée et une feuille de papier carbone dit hectographique. Lorsque l'utilisateur exerce une pression via un stylo à pointe dure ou une machine à écrire sur la feuille classique, le papier carbone dépose une couche d'encre à l'envers du papier paraffiné. Au fur et à mesure de la rédaction de l'original, un négatif est ainsi copié sur la feuille paraffinée.

La feuille paraffinée où se trouve le négatif est ensuite placée dans une presse rotative. Une solution alcoolisée dilue légèrement l'encre du négatif afin d'en déposer sur une nouvelle feuille à chaque rotation de la presse. La quantité d'encre étant limitée au dépôt initial sur la feuille paraffinée, le nombre de copies dépasse rarement les 200 exemplaires[3],[4] et l'impression est peu contrastée.

La feuille paraffinée a un rôle similaire aux pochoirs (stencil en anglais) d'autres procédés de reproduction, comme le cyclostyle. Aussi, elle est appelée, par impropriété de termes puis par anglicisme, stencil.

Il est possible d'utiliser seulement deux feuilles : une feuille de papier classique et une feuille de papier carbone. La feuille de papier classique tient alors à la fois le rôle d'original et le rôle de stencil[5]. Cette technique a l'inconvénient de consommer l'original lors de la mise sous presse.

Consommables[modifier | modifier le code]

Papier carbone hectographique[modifier | modifier le code]

Le pigment le plus répandu pour la production de papier carbone adapté à la duplication à l'alcool est la mauvéine. Diluée par la solution alcoolisée, l'impression est violacée. D'autres teintes furent également disponibles : rouge, vert, bleu, noir[4], et jaune/marron[6].

En changeant successivement de papier carbone, il est possible de déposer plusieurs couleurs sur un même négatif[4]. Une fois le stencil réalisé et mis en presse, une seule passe suffit pour dupliquer des documents en couleurs.

Solvant[modifier | modifier le code]

Une solution alcoolisée volatile doit imbiber le papier afin de diluer l'encre. Elle est responsable de l'odeur des reproductions fraîches.

Cette solution était de l'alcool méthylique à 99 %, pouvant provoquer des troubles de la vision, des céphalées, vertiges et nausées[7]. En raison de sa toxicité, il fut remplacé par de l'alcool éthylique dénaturé ou par du propylène glycol[8].

Usages[modifier | modifier le code]

Journal d'école imprimé avec un duplicateur

Les duplicateurs se sont généralisés, d'abord aux États-Unis au début du XXe siècle, puis en Europe (en France après la Première Guerre mondiale), dans le cadre de l'organisation scientifique du travail des bureaux. Ils étaient ainsi utilisés dans le cadre du traitement du courrier (gestion de la clientèle, etc.), afin d'envoyer, par exemple, des lettres personnalisées à chaque client, dans une optique publicitaire. On les utilisait souvent de conjonction avec des machines à écrire.

Ne nécessitant pas d'investissement lourd, ce procédé a été abondamment utilisé pas les éditeurs des petites revues indépendantes, les fanzines[2].

Adapté à des tirages en peu d'exemplaires, il a été largement utilisé dans les écoles. L'odeur caractéristique des copies fraîches, mélange d'encre, de papier et d'alcool, font du duplicateur à alcool une madeleine de Proust pour les écoliers.

Ce procédé est tombé en désuétude pour la reproduction sur support papier avec la généralisation de la photocopie et de l'informatisation des documents. Le papier carbone hectographique est encore utilisé, sans presse, pour reproduire une illustration sur la peau avant un tatouage.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Communication arts nº 318-320, Coyne & Blanchard, 2003
  2. a et b Whatcha mean, what's a zine?: the art of making zines and minicomics, Mark Todd, Esther Watson, 2006.
  3. Encyclopedia of modern everyday inventions, David John Cole, Eve Browning, Fred E. H. Schroeder, 2003, p. 84
  4. a, b et c Kiplinger's Personal Finance, novembre 1968, p. 36.
  5. Teaching Practice, Duminy et al., 1992, p. 44.
  6. Brochure Tam tam de l'expression dans les classes de mars-avril 2009, Un outil : carbone hectographique
  7. Investigation and control of occupational Hazards associated with the use of spirit duplicators, Frederick L. J. ; Schulte P. A. ; Apol A., American Industrial Hygiene Association journal, 1984, vol. 45, no1, p. 51-55
  8. Encyclopédie de sécurité et de santé au travail, Volume 3. Jeanne Mager Stellman.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]