Pédagogie Freinet

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Les pays avec des Mouvements de l'École moderne, les associations de la Pédagogie Freinet.

La pédagogie Freinet est une pédagogie originale, mise au point par Célestin Freinet, fondée sur l'expression libre des enfants ; texte libre, dessin libre, correspondance inter-scolaire, imprimerie et journal étudiant, etc., qui se perpétue de nos jours. C’est dans les camps de concentration de Vichy, que Freinet trouva le temps et l’occasion de repenser en profondeur son œuvre pédagogique. Célestin Freinet pensait avant tout en termes d'organisation du travail et de coopération. Freinet parle de « technique Freinet », pas de méthode ou de pédagogie, car les techniques évoluent. Il a mis au point un livre intitulé Les techniques Freinet de l'école moderne (1964). Depuis 1999 le mouvement de l'Éducation nouvelle existe officiellement, grâce au pédagogue suisse Adolphe Ferrière, et sous divers courants (Ferrière, Édouard Claparède, Ovide Decroly, Roger Cousinet, etc.).

La pédagogie Freinet veut bouleverser profondément l’école au bénéfice de tous les enfants et de tous les adolescents. Il veut une école centrée sur l’enfant. Avant, l’école traditionnelle était centrée sur la matière à enseigner et sur les programmes qui définissaient cette matière, la précisaient et la hiérarchisaient.

Freinet a été instituteur, d'abord au Bar-sur-Loup (1920-1928), puis à Saint-Paul-de-Vence (1928-1935), dans l'école qu'il crée à Vence (1935), et enfin à Cannes (1946) au sein de la Coopérative de l'enseignement laïc (CEL), toujours dans le département des Alpes-Maritimes. Élise Freinet, sa femme, apporta à la pensée de Freinet une dimension originale dans le domaine artistique. Guy Avanzini indiquait en 1972 que « le pourcentage de praticiens Freinet n'avait probablement jamais atteint 5 %[1] ». Henry Peyronie ajoute en 1999 ; « Il nous semble qu'on pourrait estimer aujourd'hui cette proportion à 1 ou 2 %. »[2]

Les techniques Freinet[modifier | modifier le code]

Les techniques Freinet ont de grandes valeurs :[pas clair]:

  • La rapidité de la connaissance des enfants grâce à l’expression libre dans tous les genres.
  • La possibilité de la réduction rapide des lacunes.
  • La thérapeutique qui fait que l’enfant s’ouvre et qu’il s’en porte mieux ensuite.

La classe-promenade (1922), « l'étude du milieu local »[modifier | modifier le code]

En 1922, Freinet, alors instituteur au Bar-sur-Loup (1920-1928), visite l'école d'Altona, un faubourg de Hambourg ; là, sous la direction de Heinrich Siemss, il voit une école sans autorité, sans discipline, où se pratiquent des « promenades scolaires », où existe un matériel scolaire abondant et spécialisé. L'enfant est et doit être enraciné dans le milieu naturel et social (traditions, mentalités, exigences sociales, y compris celles de l'institution scolaire avec ses programmes). Chaque début d'après-midi, les élèves prennent leur crayon et leur ardoise, et partent explorer leur milieu dans des « promenades scolaires ». De retour à l'école, ils écrivent leurs impressions dans de brefs compte-rendus. Ils font des visites chez les artisans.

Le « matérialisme pédagogique » (1922)[modifier | modifier le code]

Freinet revient de Hambourg avec la conviction qu'il faut un matériel scolaire adapté. D'où l'importance d'une situation spécifique de l'école (proche de la nature, avec potager, fruitier, espace d'élevage) et d'un aménagement intérieur (salle commune pour travaux collectifs, ateliers spécialisés de travail manuel ; menuiserie, filature mécanique, etc., ateliers spécialisés en documentation, expression, expérimentation).

L'abolition de l'estrade[modifier | modifier le code]

L'enseignant voit sa classe avec d’autres yeux et les élèves le verront différemment aussi. Cela correspond mieux à la norme de l'humanité.

« L'expression libre par l'imprimerie à l'école » (1924)[modifier | modifier le code]

La pédagogie Freinet s'articule autour d'un projet, par exemple un journal réalisé avec une imprimerie scolaire.
Les caractères mobiles de l'imprimerie sont assemblés puis seront recouverts d'encre.

La première innovation de Freinet est le texte libre imprimé par les enfants eux-mêmes, grâce à des conférences, à des articles publiés dans l’École émancipée, dans Clarté, dans l’Imprimerie à l'école[3]. Un texte est librement rédigé, à la maison ou à l'école, individuellement ou collectivement. Il est choisi par la classe pour être imprimé. Il est exploité grammaticalement et analysé du point de vue des intérêts des élèves qu'il révèle. Les questions et les problèmes dégagés, d'ordre historique, géographique, technique, etc. donnent l'occasion d'expériences physiques, de travaux d'atelier, de recherches documentaires. La classe se répartit les tâches ainsi induites. Dans un agenda sont inscrits les travaux à faire ultérieurement, les suggestions de visite, les questions pouvant faire l'objet de la correspondance scolaire. La rédaction libre est grandement motivée par « sa transcription majestueuse en caractère imprimé, son illustration et sa diffusion ».

Le travail de groupe[modifier | modifier le code]

Freinet adopte la pédagogie de groupe élaborée par Roger Cousinet[4]. Dès 1920, avec une poignée d’instituteurs volontaires, Cousinet expérimente sa méthode de travail libre par groupes. Son hypothèse de départ est simple ; les enfants sont capables d’organisation, d’effort, de persévérance pour des activités qui leur plaisent, comme les jeux. Pourquoi ne montreraient-ils pas les mêmes qualités pour des travaux qu’ils seraient à même de choisir et de conduire par eux-mêmes ? Au lieu d’enseigner, le maître prépare des documents, des objets, des plantes, des minéraux. Très vite, les enfants apportent les objets qui les intéressent. Le maître propose aux enfants de former librement de petits groupes de travail ; nous entrerons dans les détails un peu plus loin. Parmi les activités que choisissent les enfants, Cousinet propose, à l’imitation de Tolstoï, la rédaction de textes d’enfants, L’oiseau bleu (1920-1928).

La coopérative scolaire (1924)[modifier | modifier le code]

L'idée vient de Barthélemy Profit. L'aspect communautaire n'est pas seulement un groupement formel sur le papier, en vue de l’achat de matériel par le versement d’une cotisation mensuelle, mais une vraie société d’enfants capable d’administrer la presque intégralité de la vie scolaire.

L'école Freinet donne un sens encore plus large au mot "coopérative" : « La coopérative, c’est à la fois le bien commun, le lien du groupe, l’outil d’autogestion, le forum, l’école de la démocratie. Les réunions sont hebdomadaires. Au minimum, il s’agit d’un tour de tous les plans de travail. Mais presque chaque semaine on débat ensuite d’un sujet important pour le moment où on prend collectivement des décisions qui concernent tout le monde. Décision de participer ou non à un concours ; choix de ce qu’on fera pour y participer ; sélection de ce qui sera planté ou semé dans le potager ; décisions sur des achats ; réponse/débat au sujet des questions de la boîte à questions ; élaboration ou modification du règlement intérieur ; distribution des responsabilités ; élections… Comme il y a un (ou une) responsable de la coopérative, élu(e), c’est lui ou elle qui préside les débats, donne la parole, fait le compte-rendu ou attribue cette tâche à un autre enfant. Le rôle de l'instituteur se limite à veiller à ce que tout se passe bien, à prendre des décisions qui ne peuvent être prises par les enfants, à accélérer un peu lorsque le débat s’enlise. »[5]

Cela permet de faire travailler aux enfants, les textes libres, les illustrations, création artistique, décoration, dessin de grande échelle, ...

Le journal mural (1925)[modifier | modifier le code]

D'un retour de voyage en URSS, en 1925, il adopte la technique du journal mural. Les élèves confectionnent un journal scolaire, affiché chaque semaine avec trois colonnes (critiques, félicitations, demandes). Le journal mural est un fichier scolaire coopératif, il comprend des documents de toutes sortes imprimés ou collés sur fiches carton 13.5 X 21 ou 21 X 27. 

La coopération entre instituteurs (1925)[modifier | modifier le code]

Freinet réalise un bulletin de liaison, il va dans divers colloques, il crée une revue pédagogique (Le nouvel éducateur, appelé d'abord, en 1932, L'éducateur prolétarien), il favorise un réseau d'écoles se réclamant de sa pédagogie (1937)...

La « boîte aux questions » ou « l'agenda scolaire »[modifier | modifier le code]

Dans la boîte à questions l'élève dépose une question, à laquelle le maître répondra. Plus tard, ce sera l'agenda scolaire. « Agenda scolaire. Préférable à la « Boîte aux questions » de destination similaire, sur lequel les élèves inscrivent les questions auxquelles vous répondrez conformément à nos indications. Mode d’emploi ; Questions, comptes rendus, conférences. »

La correspondance inter-scolaire (1926)[modifier | modifier le code]

« Nous avons fait mieux en 1925-1926 [au Bar-sur-Loup]. Non seulement les enfants mieux entraînés composent très aisément des textes plus longs, mais surtout nous avons organisé l'échange régulier de nos imprimés avec une classe de Villeurbanne. »[6] « La correspondance avec une autre classe, plus ou moins éloignée géographiquement, est une ouverture de l'école vers l’extérieur d’une richesse infinie. Cela permet d’abord de motiver l’écriture, la lecture, le dessin. Cela fait découvrir de façon concrète d’autres modes de vie, d’autres contextes géographiques et culturels. Cela crée des attentes, des buts. Cela procure un public et des interlocuteurs pour les réalisations de toutes sortes. Les enfants peuvent partager avec leurs correspondants des recherches, des découvertes, des lectures. Il y a aussi un côté affectif puisque la communication se fait de classe à classe mais aussi d’enfant à enfant : chacun a son correspondant. Si l’on arrive à trouver les fonds, cela permet même de voyager à moindre frais puisque chaque enfant est reçu chez son correspondant. »[5]

La cinémathèque coopérative de l'enseignement laïc (1927)[modifier | modifier le code]

Freinet adopte le cinéma et la radio à but pédagogique dès 1927.

La publication de textes et de dessins d'enfants (1927)[modifier | modifier le code]

La transcription de récits de la tradition orale (1927)[modifier | modifier le code]

En 1927, les élèves transcrivent un conte populaire, Péquénain[7]. Le théâtre libre permet à l'enfant de s'exprimer car celui qui ne veut pas parler de lui devant tout le monde le fait par l’intermédiaire des marionnettes.

Le dessin libre (1931)[modifier | modifier le code]

Après son mariage avec Élise Lagier-Bruno (1926), qui avait une carrière d'illustratrice et de graveur (prix Gustave Doré en 1927), Célestin Freinet fait entrer les activités d'art et de dessin libre à l'école.

Le travail libre[modifier | modifier le code]

Freinet connaît le Dalton Plan, une méthode de travail personnel de l'élève d'après un plan fourni par le maître. Chez Freinet, les élèves élaborent avec le maître un plan général de travail pour la semaine, ainsi qu'un plan de travail individuel où l'élève inscrit les tâches qu'il veut accomplir. Le travail libre de l'élève est rendu possible par la production d'une bibliothèque de travail, par des fichiers scolaires coopératifs, par des visites, enquêtes... On a donc le plan général, les plans annuels et mensuels, qui sont collectifs, et des plans hebdomadaires et quotidiens, qui sont individuels.

Les fichiers scolaires coopératifs (1929) : les F.S.C.[modifier | modifier le code]

Les fichiers scolaires coopératifs comportent des fiches en grammaire, calcul, etc.[8]. La documentation comprend trois sortes de fiches ; les fiches documentaires donnant des indications précises, les fiches mères contenant l'indication des notions à acquérir, les fiches d'exercices renfermant des séries de problèmes et exercices divers et gradués pour le travail individuel. Le fichier scolaire est classé selon la méthode décimale. Il se compose de fiches contenant des textes sur les sujets les plus divers. Sur ce plan le travail est organisé d'une manière coopérative.

Freinet s'oppose au manuel scolaire :

« Le manuel fatigue nécessairement par sa monotonie. Il est fait pour des enfants par des adultes. Il est un moyen d'abrutissement. Il continue à inculquer l'idolâtrie de l'écriture imprimée. Il asservit aussi les maîtres en les habituant à distribuer uniformément la matière incluse à tous les enfants. On moule déjà l'enfant à la pensée des autres et on tue lentement sa propre pensée. »[8]

La Bibliothèque de travail (1932) : la B.T.[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bibliothèque de travail.

La Bibliothèque de travail est constituée de brochures documentaires. Au début, un érudit, Alfred Carlier, aide à la confection des brochures. La première a pour titre ; Chariots et carrosses. En 1988, le millième numéro de la série Bibliothèque de travail a été édité.

Il faut une organisation de la bibliothèque de travail : d’abord avec les livres de la classe, les manuels scolaires, les collections documentaires, et les dictionnaires. Le classement des fiches et le dictionnaire par un index avec la numérotation, classement est clair et la recherche rapide de tous les documents du fichier.

Contrôle et auto-correction : les fiches auto-correctrices (1932)[modifier | modifier le code]

Le contrôle est assuré par la comparaison entre le plan individuel de travail avec le plan exécuté, par l'auto-contrôle (fiches auto-correctrices), par l'attribution d'une note appréciative de la discipline, de la propreté et de la vie communautaire, enfin par la délivrance de « brevets » concernant les travaux pratiques réalisés par l'élève. Exemples : additions-soustractions, multiplications-divisions, problèmes, géométrie, conjugaison, orthographe, grammaire, ... pour tous les cours. Le contrôle a un profil vital.

Végétarisme, douche froide... (1935)[modifier | modifier le code]

Sous l'influence de son épouse, Élise, l'école de Vence, qu'il vient de fonder (1935), prône la nourriture végétarienne, le bain froid, le naturisme, les bains de soleil, les médecines alternatives, etc.

La solidarité (1937)[modifier | modifier le code]

À l'école de Vence, Freinet accueille en 1937 des jeunes réfugiés espagnols, victimes de la guerre civile en Espagne.

Le tâtonnement expérimental (1943)[modifier | modifier le code]

Le tâtonnement expérimental : c’est un processus par lequel un être se construit et non un processus qui se justifie par lui-même et s’exerce pour la seule satisfaction du tâtonnement.

Selon Freinet, l'enfant apprend par tâtonnement expérimental[9].:« Il s’agit de laisser les enfants émettre leurs propres hypothèses, faire leurs propres découvertes, éventuellement constater et admettre leurs échecs mais aussi parvenir à de belles réussites dont ils peuvent se sentir les vrais auteurs. Les résultats ? Une motivation très forte, une implication immédiate de chaque enfant, qui acquiert ainsi confiance en lui et en ses possibilités de progresser par lui-même. L’intérêt réside aussi dans le fait qu’il est inutile d’apprendre par cœur quelque chose que l’on a découvert par le tâtonnement expérimental ; on s’en souvient sans effort. [...]

Il est important de préciser la part de l’enseignant dans ce qui n’est que du tâtonnement. Le rôle de l’instituteur est de transformer cela en foisonnement organisé. Il suffit de beaucoup d’écoute et de quelques interventions au bon moment, soit pour donner un petit coup de pouce à une idée intéressante émise par un élève et qui ouvre des portes sur la compréhension du phénomène observé, soit, mais le plus rarement possible, pour proposer un changement de cap si la recherche ou la discussion s’enlisent ou partent dans une direction vraiment stérile, soit pour indiquer des pistes documentaires pour poursuivre la recherche ou valider des intuitions ; dictionnaire, livre, Internet.
Le tâtonnement expérimental peut-être utilisé en sciences, mais aussi en histoire, en géographie, et même pour l’apprentissage de la lecture ou du calcul. »[5]

Vivarium, « jardin scolaire », musée... (1946)[modifier | modifier le code]

Freinet recommande « l'administration du jardin », le musée, le vivarium... :

« Si l’école possède un jardin, cédez-le aux enfants qui le travailleront eux-mêmes, avec votre aide et vos conseils, sous l’égide et au bénéfice exclusif de leur Coopérative. Sinon, tâchez de vous en procurer un, le moins loin possible de l’école : potager, parterre, fruitier, pépinière, ruches, lapins, oiseaux, poules, chèvres (selon la région, les préférences et les possibilités). Mode d’emploi : Technique du milieu local (BENP n°12). »

La méthode naturelle (1947)[modifier | modifier le code]

Freinet a découvert cette méthode en observant parler, marcher, lire sa propre fille, Baloulette (Madeleine Freinet, née en 1929). Il prône la « méthode naturelle », appuyé sur le tâtonnement expérimental, la libre expression, le matériel pédagogique[10].

« Par la méthode naturelle, l'enfant lit et écrit bien avant d'être en possession des mécanismes de base, parce qu'il accède à la lecture par d'autres voies complexes, qui sont celles de la sensation, de l'intuition et de l'affectivité dans le milieu social... L'élève de l'école moderne cherchera d'abord à comprendre ce que signifient les signes, parce que, pour lui, pour la construction de sa vie, seul le sens importe. Nous le verrons alors scruter le texte globalement et ajuster les connaissances techniques qu'il a pu acquérir par ses précédentes expériences et qui joueront le rôle de poteaux indicateurs qui l'aideront à s'orienter. »[11]

Les invariants pédagogiques[modifier | modifier le code]

En 1964, Freinet rédige les « invariants pédagogiques[12] ». Freinet a énoncé ces invariants pour permettre aux enseignants d’évaluer leurs pratiques de la classe par rapport aux valeurs de base et d’apprécier ainsi le chemin qui reste à parcourir.« C'est une nouvelle gamme des valeurs scolaires que nous voudrions ici nous appliquer à établir, sans autre parti pris que nos préoccupations de recherche de la vérité, à la lumière de l'expérience et du bon sens. Sur la base de ces principes que nous tiendrons pour invariants, donc inattaquables et sûrs, nous voudrions réaliser une sorte de Code pédagogique… »Le Code pédagogique a plusieurs couleurs de feu pour aider les éduquant a juger leur situation psychologique et pédagogique d'enseignant :

  • Feu vert : pour les pratiques non conformes à ces invariants, dans lesquels les éducateurs peuvent s’engager sans appréhension parce qu’ils y sont assurés d’une réconfortante réussite.
  • Feu rouge: pour les pratiques on conformes à ces invariants et qu’il faut donc proscrire le plus tôt possible.
  • Feu orange et clignotant : pour les pratiques qui dans certaines circonstances peuvent être bénéfices mais qui risquent au d’être dangereuses et vers lesquelles il ne faudra vous avancer qu’avec prudence dans l’espoir de bientôt les dépasser.

C’est en fonction de ces indicateurs méthodologiques que les conseils plus spécifiquement ethniques donnés vont permettre d’aboutir avec un minimum de tâtonnements et de risques.

  • Invariant no 1 : L'enfant est de la même nature que nous. (l'enfant se nourrit, sent, souffre, cherche et se défend exactement comme l’adulte avec seulement des rythmes différents qui viennent de sa faiblesse organique, de son ignorance, de son inexpérience et aussi de son incommensurable potentiel de vie).
  • Invariant no 2 : Être plus grand ne signifie pas forcément être au-dessus des autres. (ex: se mettre au niveau des élèves en supprimant l’estrade).
  • Invariant no 3 : Le comportement scolaire d'un enfant est fonction de son état physiologique, organique et constitutionnel. (les enfants sont comme les adultes, lorsqu’ils ont mal à la tête, ou pour des causes de santé, d’équilibre, de difficultés familiales, ne travaillent pas, et leur comportement est différent).
  • Invariant no 4 : Nul - l'enfant pas plus que l'adulte - n'aime être commandé d'autorité. (cette loi est générale, elle ne souffre pas d’exception, ni au point de vue physiologique, ni pour notre comportement moral, social ou intellectuel. C’est pourquoi tout geste, tout commandement d’autorité entraine une opposition comme automatique de celui qui les subit).
  • Invariant no 5 : Nul n'aime s'aligner, parce que s'aligner, c'est obéir passivement à un ordre extérieur. (Il faut bannir tous alignements dont l'enfant ne sent pas la nécessité et qui peuvent être réalisés par l'organisation coopérative. Il peut y avoir de l'ordre et de la discipline sans l'autorité qui vise l'alignement.)
  • Invariant no 6 : Nul n'aime se voir contraint à faire un certain travail, même si ce travail ne lui déplaît pas particulièrement. C'est la contrainte qui est paralysante. (Il faut s’abstenir de tout commandement strictement autoritaire, personne n'aime en être l'objet).
  • Invariant no 7 : Chacun aime choisir son travail, même si ce choix n'est pas avantageux. (il faut éviter d'imposer aux élèves un texte à lire et à étudier, car ils n'auront ni enthousiasme ni l'envie de le faire. il faut s'organiser et prévoir des techniques telles que l'enfant ait toujours l’impression de choisir son travail).
  • Invariant no 8 : Nul n'aime tourner à vide, agir en robot, c'est-à-dire faire des actes, se plier à des pensées qui sont inscrites dans des mécaniques auxquelles il ne participe pas. (Dans les conditions actuelles de travail scolaire, il sera pendant longtemps difficile de substituer au travail scolastique les activités motivées qui sont la raison d’être de notre pédagogie).
  • Invariant no 9 : Il nous faut motiver le travail. (Il faut apporter des activités qui motive l'enfant).
  • Invariant no 10 : Plus de scolastique. (La scolastique, est une règle de travail et de vie particulière à l’école et qui n'est pas valable hors de l’école.)
    • Invariant 10 bis : Tout individu veut réussir. L'échec est inhibiteur, destructeur de l'allant et de l'enthousiasme. (Mettre en place une pédagogie de la réussite).
    • Invariant 10 ter : Ce n'est pas le jeu qui est naturel à l'enfant, mais le travail. (Il faut avoir une pédagogie du travail, mélange de devoirs et de travail).
  • Invariant no 11 : La voie normale de l'acquisition n'est nullement l'observation, l'explication et la démonstration, processus essentiel de l'École, mais le tâtonnement expérimental, démarche naturelle et universelle. (Pour une éducation fondée sur l'expérience et la vie il faut passer par le tâtonnement expérimental).
  • Invariant no 12 : La mémoire, dont l'École fait tant de cas, n'est valable et précieuse que lorsqu'elle est vraiment au service de la vie. (il faut donner un enseignement vivant où la mémoire ne joue que son rôle d'aide technique).
  • Invariant no 13 : Les acquisitions ne se font pas comme l'on croit parfois, par l'étude des règles et des lois, mais par l'expérience. Étudier d'abord ces règles et ces lois, en français, en art, en mathématiques, en sciences, c'est placer la charrue devant les bœufs. (Il faut un travail vivant expérimentalement).
  • Invariant no 14 : L'intelligence n'est pas, comme l'enseigne la scolastique, une faculté spécifique fonctionnant comme en circuit fermé, indépendamment des autres éléments vitaux de l'individu. (L’intelligence n'existe pas en soi, il n'y a pas une méthode spéciale de culture de cette intelligence. Elle est une synthèse d’éléments intimement liés sur lesquels nous aurons à agir favorablement).
  • Invariant no 15 : L'École ne cultive qu'une forme abstraite d'intelligence, qui agit, hors de la réalité vivante, par le truchement de mots et d'idées fixées par la mémoire. (Il faut essayer par des techniques adéquates de cultiver au maximum tout le potentiel d'intelligence des individus).
  • Invariant no 16 : L'enfant n'aime pas écouter une leçon ex cathedra. (Pour chaque leçon, il faut commencer par l'expérience et l'information).
  • Invariant no 17 : L'enfant ne se fatigue pas à faire un travail qui est dans la ligne de sa vie, qui lui est pour ainsi dire fonctionnel. (Lorsqu’il est occupé à un travail vivant qui répond à ses besoins, l'enfant ne se fatigue absolument pas et il peut s'y appliquer pendant 2 à 3 heures).
  • Invariant no 18 : Personne, ni enfant ni adulte, n'aime le contrôle et la sanction qui sont toujours considérés comme une atteinte à sa dignité, surtout lorsqu'ils s'exercent en public. (Ce ne sont pas tant les corrections en elles-mêmes qu'il faut abandonner mais bien plutôt modifier l'attitude du maitre vis à vis du travail de l'enfant).
  • Invariant no 19 : Les notes et les classements sont toujours une erreur. (La note est l'appréciation, par un adulte, du travail de l'enfant. Elle serait valable si elle était objective et juste mais ce n'est pas toujours le cas. C'est pour cette raison qu'il faut les abandonner).
  • Invariant no 20 : Parlez le moins possible. (Ne pas chercher à toujours expliquer, cela ne sert à rien ; moins l’enseignant parle plus il agit).
  • Invariant no 21 : L'enfant n'aime pas le travail de troupeau auquel l'individu doit se plier comme un robot. Il aime le travail individuel ou le travail d'équipe au sein d'une communauté coopérative. (Travailler en équipe ou en coopérative ne signifie pas forcement que chaque membre fait le mémé travail. L'individu doit au contraire garder au maximum sa personnalité mais au service d'une communauté).
  • Invariant no 22 : L'ordre et la discipline sont nécessaires en classe. (L'ordre et la discipline de l’École Moderne, c'est l'organisation du travail).
  • Invariant no 23 : Les punitions sont toujours une erreur. Elles sont humiliantes pour tous et n'aboutissent jamais au but recherché. Elles sont tout au plus un pis-aller. (Il faut supprimer les punitions sous leur forme de sanction automatique).
  • Invariant no 24 : La vie nouvelle de l'École suppose la coopération scolaire, c'est-à-dire la gestion par les usagers, l'éducateur compris, de la vie et du travail scolaire.
  • Invariant no 25 : La surcharge des classes est toujours une erreur pédagogique. (L'idéal pour les apprentissages est une classe de 20 à 25 élèves).
  • Invariant no 26 : La conception actuelle des grands ensembles scolaires aboutit à l'anonymat des maîtres et des élèves; elle est, de ce fait, toujours une erreur et une entrave. (On réussit plus facile dans une école composée de 5 à 6 classes).
  • Invariant no 27 : On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l'École. Un régime autoritaire à l'École ne saurait être formateur de citoyens démocrates. (Il faut former les élèves à la citoyenneté, organiser la démocratie à l’École).
  • Invariant no 28 : On ne peut éduquer que dans la dignité. Respecter les enfants, ceux-ci devant respecter leurs maîtres est une des premières conditions de la rénovation de l'École. (Le vieux proverbe recommande aux adultes est intégralement valable en classe : « ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’il vous fassent. Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent ».)
  • Invariant no 29 : L'opposition de la réaction pédagogique, élément de la réaction sociale et politique est aussi un invariant. avec lequel nous aurons, hélas! à compter sans que nous puissions nous-mêmes l'éviter ou le corriger. (Telle est la nature humaine qu’elle s’installe égoïstement dans ce qui est et se défend jusqu’à l’injustice et la violence, contre quiconque prétend, au nom de progrès troubler la quiétude des gens en place.)
  • Invariant no 30 : Il y a un invariant aussi qui justifie tous nos tâtonnements et authentifie notre action : c'est l'optimiste espoir en la vie. (C’est ainsi, plus l’individu est jeune et neuf, plus il éprouve le besoin d’avancer avec témérité.)

La pédagogie institutionnelle issue de la pédagogie Freinet[modifier | modifier le code]

La pédagogie institutionnelle élaborée par Fernand Oury, instituteur qui, au départ, était membre du mouvement Freinet, est un prolongement de la Pédagogie Freinet. Fernand Oury a cependant rompu avec le mouvement Freinet.

Issue de la pédagogie Freinet, la pédagogie institutionnelle (PI) s’en distingue dès l’origine (années 60) par le rapport qu’elle entretient avec la psychanalyse et, partant, avec la loi dont les institutions sont les piliers. Aujourd’hui l’ancrage de la pédagogie institutionnelle semble moins évident, notamment pour ce qui concerne la rapport à la poésie, à l’imaginaire et à l’expression des enfants.

Il reste fidèle à certains aspect de la classe coopérative, mais organise différemment les « institutions » de son fonctionnement : le « quoi de neuf », le conseil. Sur le plan théorique, il s'inspire de la psychanalyse pour trouver une place à chacun dans la classe..

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guy Avanzini, in Pierre Clanché et al., La pédagogie Freinet. Mises à jour et perspectives, Presses Universitaires de Bordeaux, 1994, p. 15-23
  2. Henry Peyronie, Célestin Freinet. Pédagogie et émancipation, Hachette éducation, 1999, p. 110
  3. Célestin Freinet, L'imprimerie à l'école, 1927. Dans la série Brochures d'Éducation Nouvelle Populaire, 1937-1959 ; La technique Freinet. Méthode nouvelle d'éducation populaire basée sur l'expression libre par l'imprimerie à l'école (1937), Le texte libre (1947)
  4. Roger Cousinet, Une méthode de travail libre par groupes, 1943
  5. a, b et c La danseuse sur un fil : une vie d'école Freinet, Ginette Fournès, Sylvia Dorance, Ed. École vivante, 2009
  6. Célestin Freinet, L'imprimerie à l'école, 1927
  7. Michel Barré, Avec les élèves de Célestin Freinet. Extraits des journaux scolaires de sa classe de 1926 à 1940, I.N.R.P., 1996
  8. a et b Célestin Freinet, Plus de manuels scolaires, 1928.
  9. Célestin Freinet, Œuvres pédagogiques, Seuil, 1994, tome 1 ; Essai de psychologie sensible appliquée à l’éducation (1943)
  10. Célestin Freinet, La méthode naturelle (1963), t. 1 : L'apprentissage de la langue, t. 2 : L'apprentissage du dessin, Delachaux et Niestlé, 1968-1969. La méthode naturelle de lecture 1947, in Œuvres, Seuil, t. 2.
  11. Célestin Freinet, La méthode naturelle de lecture (1947), in Œuvres, Seuil, t. 2, p. 237.
  12. Célestin Freinet, Œuvres pédagogiques, Seuil, 1994. Tome 2 : Les invariants pédagogiques (1964).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de Célestin Freinet[modifier | modifier le code]

Freinet a énormément écrit.

  • premier livre : L'imprimerie à l'école (1927).
  • deuxième livre : Plus de manuels scolaires (1928).
  • dernier livre de son vivant : Les techniques Freinet de l'École moderne (1964).
  • Célestin Freinet, Œuvres pédagogiques, Seuil, 1994. Édition en deux tomes établie par sa fille, Madeleine Freinet.
    • Tome 1 : L’éducation du travail (1942-1943) - Essai de psychologie sensible appliquée à l’éducation (1943).
    • Tome 2 : L’école moderne française (1943). Autre titres ; Pour l'école du peuple (1969) - Les dits de Matthieu (1954) - Méthode naturelle de lecture (1947) – Les invariants pédagogiques (1964) - Méthode naturelle de dessin - Les genèses.
  • Les techniques Freinet de l'École moderne (1964), Paris, Librairie Armand Colin, collection Bourrelier, 144 p.
  • Célestin Freinet, Pour l'école du peuple (1969), Paris, Librairie François Maspero, 181 p.

Livres en français sur les techniques Freinet[modifier | modifier le code]

  • Marc-André Bloch, Philosophie de l'éducation nouvelle (1948), PUF, 1968.
  • Institut coopératif de l'École moderne, Pédagogie Freinet. Perspectives d'éducation populaire, Maspero, 1979.
  • Philippe Meirieu,Célestin Freinet. Comment susciter le désir d'apprendre ?, PEMF, 2001.
  • Ginette Fournès, La danseuse sur un fil : une vie d'école Freinet, École vivante (2009).
  • Sylvia Dorance, S'engager dans la pédagogie Freinet, École vivante (2014). Voir : S'engager dans la pédagogie Freinet
  • Henri Louis Go, "Freinet à Vence. Vers une reconstruction de la forme scolaire", PUR, 2007.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]