Éon de l'Étoile

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Éon de l'Étoile est un brigand prédicateur qui terrorisa la Bretagne et la Normandie, pillard de monastères et abbayes, au point d’accumuler un fabuleux trésor de (1140 à 1148).

Éon de l’Étoile : un hérétique breton dans la réforme grégorienne[modifier | modifier le code]

Éon de l'Étoile serait natif de Loudéac en Bretagne[1]. Il fut probablement mêlé aux troubles touchant le clergé local ; la mise en œuvre tardive de la réforme grégorienne en Bretagne qui met fin, entre autres, au mariage des prêtres[2], ne se fit pas sans difficultés. Selon Othon de Freisingen, Éon de l'Étoile était un pene laicus, c'est-à-dire un « à peine laïc » donc un « quasi clerc », ce qui renforce l'hypothèse qu'il faisait partie du clergé breton.

D'après le Chronicon Britannicum, Éon et ses partisans auraient tué des habitants et brûlé des habitations d'ermites dans les forêts dont celle de Brocéliande. Outre les troubles à l'ordre public reprochés à Éon et ses disciples, celui-ci était accusé de se prendre pour Dieu en entendant son prénom (Éon = Eum) dans certaines prières, telles que la prière de la quête[3] : per eumdem dominum nostrum, ou celle de l'exorcisme[4] : « per eum qui venturus est judicare vivos & mortuos & secularum per ignem » (« par celui (Éon) qui viendra juger les vivants et les morts et punir le monde par le feu »).

Il tiendrait son surnom « de l'Étoile » (Stella en latin) du passage de la comète de Halley en 1145[5]. Hugues d'Amiens dans sa préface voyait, dans le passage de cette comète, le présage de la « ruine de cette hérésie ».

Le Chronicon Britannicum situe cette hérésie principalement dans le diocèse d'Aleth dont l'évêque était Jean de Châtillon. Cet ancien chanoine augustin fut élu évêque d'Aleth en 1143[6]. Très vite, il fut en conflit avec les moines de Marmoutier installés sur l'île d'Aaron où étaient conservées les reliques de saint Malo. Jean de Châtillon voulait récupérer cette île prétextant qu'elle fut le siège épiscopal. Il fallut dix ans de procédure à Jean de Châtillon pour obtenir gain de cause[7]. Il fit plusieurs recours et obtint l'aide décisive de saint Bernard.

Éon de l'Étoile était arrêté et présenté au concile de Reims en 1148. Il aurait été amené à ce concile par un évêque breton[8]. Il est possible que ce soit Jean de Châtillon qui fut cet évêque[9]. Ayant perdu ses premiers recours, il est possible que Jean de Châtillon se chargea de présenter l'hérétique Éon de l'Étoile pour s'attirer les bonnes grâces du pape Eugène III[10] et de saint Bernard afin d'obtenir gain de cause dans son différend l'opposant aux Marmoutiers de Saint-Malo.

Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer du sort d'un hérétique jugé par l'Église, Éon de l'Étoile ne fut pas envoyé au bûcher. Il fut jugé publiquement par des pairs de l’Église et il fut condamné à la prison. Son cas relevait de la folie et en droit canon, on enferme les fous[11]. Dans ce même concile un autre personnage accusé d'hérésie fut condamné. Il s'agissait de Gilbert de la Porrée, évêque de Poitier. Ce personnage fut un scolastique célèbre qui étudia Aristote. Son erreur fut de vouloir rapprocher la philosophie d'Aristote avec le catholicisme. Il eut pour élève Othon de Freisingen. Ce dernier dans le De Gestis Frederici, relate le concile de Reims et particulièrement le jugement à huis clos de son ancien maître accusé d'hérésie. Tout oppose Éon de l'Étoile à Gilbert de la Porrée. Éon est un petit clerc ignorant, violent, se prenant pour Dieu, le résultat d'une réaction à la réforme grégorienne qui voulait relever le niveau spirituel et moral du clergé. Gilbert est un évêque, ancien maître de scolastique de Paris, fruit de la « petite Renaissance » du Moyen Âge, grand intellectuel de son temps que la réflexion mena « trop loin » pour ses pairs de l'époque. Othon de Freisingen met dans son texte les deux hommes en opposition et se moque d'Éon de l'Étoile dont l'hérésie est intellectuellement bien inférieure aux concepts que Gilbert de La Porrée a pu proférer. Gilbert de La Porrée fut condamné au silence.

Éon de l'Étoile mourut peu de temps après, probablement dans une prison de Reims. Quant au sort de ses disciples, ceux-ci furent réprimés dès 1145, ce qui laisse supposer que la condamnation d'Éon de l'Étoile au concile de Reims fut l'épilogue de son hérésie.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Éon de l'Étoile est un hérétique breton du XIIe siècle (1145-1148). Les sources médiévales, le concernant, sont rares voir fragmentaires, ce qui laissa par la suite une plus grande liberté aux auteurs postérieurs d'imaginer Éon de l'Étoile successivement comme l'auteur d'une nouvelle religion, un magicien, un manichéen, un cathare voit un révolutionnaire. Éon de l'Étoile doit être replacé dans le contexte de son temps et plus précisément dans celui de l'application de la réforme grégorienne en Bretagne au XIIe siècle.

Les sources médiévales relatives à Éon de l'Étoile[modifier | modifier le code]

Les sources médiévales faisant référence à Éon de l'Étoile sont les suivantes (dans l'ordre chronologique) et peuvent être classées en deux périodes :

Les sources contemporaines ou relativement proches des faits (1145 à 1195) sont :

Ce sont les sources de référence pour une étude d'Éon de l'Étoile.

Les sources datant de la fin du XIIe siècle, début XIIIe siècle :

  • Annales Parchenses[18] ;
  • Annales Magdeburg[19] ;
  • De Rebus Anglicis, livre I, Guillaume de Newburg[20] ;

Nicols Ambianensis Chronico, Nicolas d'Amiens[21]

  • Appendice Ad Sigebert - Altierus Roberti, Robert Abolant[22] ;
  • Chronico Alberici, Albéric des Trois-Fontaines[23] ;
  • Chronico Cassinensi (Chroniques du Mont Cassin[24]).

Ces sources, excepté le De Rebus Anglicis de Guillaume de Newburg, sont des reprises plus ou moins approximatives des sources précédentes. Quant à Guillaume de Newburg, il écrivit une véritable fable sur Éon de l’Étoile. Ce texte, le plus important par la taille et par les détails (farfelus) nombreux, influença jusqu'aux auteurs actuels.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean-Loup Avril, Mille Bretons, dictionnaire biographique, Les Portes du Large, Saint-Jacques-de-la-Lande, 2002, (ISBN 2-914612-10-9)
  • Emmanuel Salmon-Legagneur, Les Noms qui ont fait l’histoire de Bretagne, Coop Breizh/Institut culturel de Bretagne, 1997, (ISBN 2-84346-032-8) et (ISBN 2-86822-071-1)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Chronicon Britannicum
  2. Le mariage des prêtres, appelé aussi Nicolaïsme était courant en Bretagne : cfr. Bulletin philologique et historique, "Les prodromes de la réforme grégorienne en Bretagne", p. 871-891, 1960.
  3. Ex Autario Gemblacensis
  4. in Guillaume de NEWBURG & Nicolas d'Amiens
  5. Gilles Bounoure "L'archevêque, l'hérétique et la comète", revue Médiévales, n°14, 1988
  6. J.P Legay, Histoire de Saint-Malo, Toulouse 1984; François Tuloup, Saint-Malo : histoire générale, Paris 1962
  7. Le diocèse d'Aleth devint celui de Saint-Malo.
  8. Anonyme de Gembloux & Lambert de Waterlos
  9. Dom Morics "Mémoire pour servir de preuve à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne", Paris 1713; Jean Guiraud Histoire de l'inquisition au Moyen Âge, tome 1, Paris 1935
  10. ancien disciple de saint Bernard. C'est sous son égide que ce tint ce concile
  11. Grand Coutumier de Normandie « s'il (le fou) tue ou blesse quelqu'un, on le mettra en prison où il sera nourri et entretenu à ses frais ou ceux de sa famille. Sil n'a pas les moyens, on fera appel à l'aumône », Bernard Chaput Aspect de la marginalité au Moyen Âge Montréal 1975
  12. R.H.G.F, tome XII, page 558, nota d, Paris 1877. Traduction de Gilles Bounoure "L'archevêque, l'hérétique et la comète", revue Médiévales, n°14, 1988, p115 & 116
  13. R.H.G.F, tome XIII, p273, Paris 1786
  14. R.H.G.F, tome XIII, p. 501, Paris 1786
  15. R.H.G.F, tome XIII, p. 658, Paris 1786
  16. R.H.G.F, tom XIII, page 58, Paris 1877
  17. P.L 205, col 229 & col 515
  18. M.G.H, tome XVI, p. 605
  19. M.G.H, tome XVI, p. 190
  20. R.H.G.F, tome XIII, p. 97 à 99, Paris 1786; traduction de Claude Carrozzi et Huguette, in La Fin des temps - Terreurs et prophéties au Moyen Âge, p. 87 à 91, Paris 1982
  21. R.H.G.F, tome XIV, p. 22, Paris 1877
  22. R.H.G.F, tome XIII, p 332, Paris 1786 et Annales Ecclesiastici, de Caesare Baronio, tome XII, p 344, Rome Vatican 1708
  23. R.H.G.F, tome XIII, p. 701, Paris 1786
  24. R.H.G.F, tome XIII, p. 736, Paris 1877