Élection fédérale canadienne de 1945

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La Chambre des communes après l'élection de 1945

  •      Libéraux (118)
  •      Progressistes-conservateurs (66)
  •      Co-operative Commonwealth Federation (28)
  •      Crédit social (13)
  •      Bloc populaire canadien (2)
  •      Travailliste-progressiste (1)
  •      Libéral-progressiste (1)
  •      Autres/Indépendants (16)

L'élection fédérale canadienne de 1945 se déroule le 11 juin 1945 afin d'élire les députés de la 20e législature à la Chambre des communes du Canada. Il s'agit de la 20e élection générale depuis la confédération canadienne de 1867. Le gouvernement libéral de William Lyon Mackenzie King est réélu pour un troisième mandat majoritaire consécutif.

Contexte[modifier | modifier le code]

Cette élection fédérale est la première depuis la victoire électorale de la Co-operative Commonwealth Federation lors de l'élection provinciale en Saskatchewan, et plusieurs prédisent une percée majeure pour la CCF au niveau fédéral. Certains s'attendent à ce que le parti remporte de 70 à 100 sièges, et même possiblement qu'il réussisse à former un gouvernement minoritaire. Malgré ces attentes élevées, le parti ne remporte que 28 sièges.

Pour défaire le CCF, dont la popularité menace le Parti libéral sur son flanc gauche, King estime qu'il faut offrir aux Canadiens une vie plus agréable que celle qu'ils ont connue au cours des années 1930. Se pose ainsi la question : comment éviter le retour aux conditions difficiles d'avant la Grande Guerre et d'après la Grande Dépression? King répond à cette question en adoptant une série de mesures sociales, qui allaient véritablement donner naissance à l'État Providence canadien. Les pouvoirs que l'État avait assumé pendant la Seconde Guerre mondiale, qu'Ottawa préservera jalousement par la suite, devaient ainsi fournir les ressources nécessaires à ce que les stratèges libéraux allaient appeler le « nouvel ordre social »[1]

L'élection de 1945 est également la première fois que le Parti progressiste-conservateur se présente sous son nouveau nom. Le Parti conservateur avait changé son nom en 1942 lorsque l'ancien premier ministre du Manitoba et membre du Parti progressiste, John Bracken, a été élu chef. Le parti fait des gains par rapport à l'élection précédente, où il avait utilisé le nom de Gouvernement national pour la campagne, mais ne réussit tout de même pas à briser l'hégémonie libérale.

Un enjeu important de cette élection est l'élection d'un gouvernement stable. Les libéraux exhortent les Canadiens à reconduire au pouvoir le gouvernement de Mackenzie King, et affirment que seul le Parti libéral a « une prépondérance de membres dans les neuf provinces ». Mackenzie King menace de déclencher une nouvelle élection s'il ne reçoit pas un mandat majoritaire : « Nous serions au prises avec la confusion à un moment où le monde se trouve dans un état très perturbé. La guerre en Europe est finie, mais les troubles dans l'est ne sont pas finis[2]. »

Les progressistes-conservateurs essaient de tirer profit de la victoire électorale massive, en pleine campagne électorale fédérale, du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario lors de l'élection générale ontarienne de 1945. Les publicités électorales du parti exhortent les électeurs à se rallier au parti : « L'Ontario le prouve ! Seul Bracken peut l'emporter [3]! ». Ils affirment qu'il sera impossible de former un gouvernement majoritaire sans une majorité de sièges en Ontario, que seuls les tories peuvent remporter. À la fin, les libéraux sont à quelques sièges d'un réel gouvernement majoritaire, même en remportant 34 sièges en Ontario (les progressistes-conservateurs en ont 48) ; toutefois, King peut compter sur huit libéraux indépendants pour appuyer le gouvernement.

Les programmes sociaux sont également un enjeu important de la campagne électorale. Un autre slogan libéral encourage les Canadiens à « instaurer un nouvel ordre social[4] » en appuyant la plateforme du Parti libéral, qui prévoit :

  • 750 millions $ pour des terres, des emplois et des subventions d'entreprise aux anciens combattants ;
  • 400 millions $ de dépenses publiques pour construire des logements ;
  • 250 millions $ pour des allocations familiales ;
  • l'établissement d'une Banque de développent industriel ;
  • des prêts pour les agriculteurs ainsi que des prix planchers pour les produits de l'agriculture ;
  • des réductions d'impôts.

Faisant campagne avec le slogan « Travail, sécurité, et liberté pour tous — avec la CCF[5] », la CCF promet de garder les impôts de temps de guerre pour les personnes à revenu élevé et les profits excessifs afin de financer les services sociaux, et d'abolir la Sénat du Canada. La CCF se bat pour empêcher que l'appui du mouvement ouvrier soit accordé au Parti ouvrier progressiste (c'est-à-dire, le Parti communiste du Canada).

Le Parti travailliste-progressiste, quant à lui, fait valoir que le refus de la CCF de conclure un pacte électoral avec eux a enlevé 100 000 voix à la CCF lors de l'élection ontarienne, et avait conduit à la victoire des progressistes-conservateurs en Ontario. Il exhorte les électeurs à faire du mouvement ouvrier un « un partenaire au gouvernement[6] ».

Le Parti du Crédit social du Canada tente, avec un succès modeste, de tirer profit de la perception positive du gouvernement créditiste albertain de William Aberhart en utilisant le slogan « Un bon gouvernement en Alberta — pourquoi pas à Ottawa [7]? ». En référence aux théories monétaires du crédit social, il encourage les électeurs à « voter pour le dividende national[8] ».

Notes[modifier | modifier le code]

  1. MORTON, Desmond. « L'impact des Guerres mondiales sur le Canada », dans Bulletin d'histoire politique, vol. 8 numéros 2-3, p. 249
  2. "We would have confusion to deal with at a time when the world will be in a very disturbed situation. The war in Europe is over, but unrest in the east is not over."
  3. "Ontario shows! Only Bracken can win!"
  4. "Build a New Social Order"
  5. "Work, Security, and Freedom for All — with the CCF"
  6. "Make Labor (sic) a Partner in Government"
  7. "Good Government in Alberta — Why Not at Ottawa?"
  8. "Vote for the National Dividend"

Résultats[modifier | modifier le code]

Pays[modifier | modifier le code]

Parti Chef Nombre de
candidats
Sièges Voix
1940 Élus % Diff. Nombre absolu % % Diff.
     Libéral Mackenzie King 236 177 118 -33,9 % 2 086 545 39,78 % -11,54 %
     Progressiste-conservateur1 John Bracken 203 39 66 +66,7 % 1 448 744 27,62 % -2,79 %
     Co-operative Commonwealth M. J. Coldwell 205 8 28 +250 % 815 720 15,55 % +7,31 %
     Crédit social² Solon Low 93 10 13 +30,0 % 212 220 4,05 % +1,46 %
     Libéral indépendant 20 2 8 +300 % 93 791 1,79 % -1,40 %
     Indépendant 64 1 6 +500 % 256 381 4,89 % +3,65 %
     Bloc populaire canadien Maxime Raymond 35 * 2 * 172 765 3,29 % *
     Ouvrier progressiste³ Tim Buck 68 - 1 111 892 2,13 % +1,94 %
     Progressiste-conservateur indépendant 8 * 1 * 14 541 0,28 % *
     CCF indépendant4 2 * 1 * 6 402 0,12 % *
     Libéral-progressiste 1 3 1 -66,7 % 6 147 0,12 % -0,48 %
     Gouvernement national5 1 - 4 872 0,09 %
     Trades Union 1 * - * 4 679 0,09 % *
     Farmer-Labour 2 - - - 3 620 0,07 % -0,11 %
     Conservateur indépendant 1 - - -100 % 2 653 0,05 % -0,18 %
     Démocratique W.R.N. Smith 5 * - * 2 603 0,05 % *
     Union des électeurs 1 * - * 596 0,01 % *
     Socialiste-travailliste 2 * - * 459 0,01 % *
     Travailliste 1 - - - 423 0,01 % -0,07 %
     Libéral-travailliste 1 * - * 345 0,01 % *
     Travailliste indépendant 1 * - * 241 x *
     Inconnu 1 - - - 70 x x
Total 952 243 245 - 5 245 709 100 %
Sources: http://www.elections.caHistorique des circonscriptions depuis 1867

Notes :

* N'a pas présenté de candidats lors de l'élection précédente

x - moins de 0,005 % des voix

1 Le vote progressiste-conservateur en 1945 est comparé au vote combiné du gouvernement national et conserverateur en 1940.

² Le vote du Crédit social en 1945 est comparé au total du vote combiné du Crédit social et de Nouvelle démocratie en 1940.

³ Le vote ouvrier progressiste en 1945 est comparé au vote communiste en 1940.

4 Le candidat « CCF indépendant » élu se présente en tant que candidat People's Co-operative Commonwealth Federation.

5 Un candidat progressiste-conservateur se présente sous la bannière du « gouvernement national » utilisé par le parti lors de l'élection de 1940.

Par province[modifier | modifier le code]

Parti C-B AB SK MB ON QC N-B N-É ÎPE YK Total
     Libéral Sièges : 5 2 2 9 34 47 7 9 3 118
     Voix (%) : 27,5 21,8 33,0 32,7 40,8 46,5 50,0 45,7 48,4 39,8
     Progressiste-conservateur Sièges : 5 2 1 2 48 1 3 2 1 1 66
     Voix (%) : 30,0 18,7 18,8 24,9 41,4 9,7 38,3 36,8 47,4 40,0 27,6
     Co-operative Commonwealth Sièges : 4 - 18 5 - - - 1 - - 28
     Voix (%) : 29,4 18,4 44,4 31,6 14,3 2,4 7,4 16,7 4,2 27,5 15,6
     Crédit social Sièges : - 13 - - - - 13
     Voix (%) : 2,3 36,6 3,0 3,2 0,2 4,4 4,0
     Libéral indépendant Sièges : 1 7 - 8
     Voix (%) : 1,7 5,9 1,1 1,8
     Indépendant Sièges : - - 6 - - 6
     Voix (%) : 0,8 0,4 16,9 3,2 0,2 4,9
     Bloc populaire Sièges : - 2 2
     Voix (%) : 0,3 11,9 3,3
     Ouvrier progressiste Sièges : - - - - - 1 - - 1
     Voix (%) : 5,9 4,5 0,8 5,0 2,0 1,0 0,6 32,4 2,1
     PC indépendant Sièges : - 1 1
     Voix (%) : xx 1,0 0,3
     CCF indépendant Sièges : 1 - 1
     Voix (%) : 1,4 xx 0,1
     Libéral-progressiste Sièges : 1 1
     Voix (%) : 1,9 0,1
Total sièges 16 17 21 17 82 65 10 12 4 1 245
Partis n'ayant remporté aucun siège :
     Gouvernement national Voix (%) : 0,3 0,1
     Trades Union Voix (%) : 1,1 0,1
     Farmer-Labour Voix (%) : 0,2 0,1
     Conservateur indépendant Voix (%) : 0,2 0,1
     Démocratique Voix (%) : 0,6 xx
     Union des électeurs Voix (%) : xx xx
     Socialiste-travailliste Voix (%) : 0,1 xx
     Travailliste Voix (%) : xx xx
     Liberal-travailliste Voix (%) : xx xx
     Travailliste indépendant Voix (%) : 0,1 xx
     Inconnu Voix (%) : xx xx

xx - moins de 0,05 % des voix