Éjaculation féminine

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L’éjaculation féminine désigne, chez la femme, la libération d'un liquide (différent de la cyprine) à l'approche ou au moment de l'orgasme. L'émission de liquide est très faible chez une majorité de femmes, mais abondante chez d'autres ; l'expression « femme fontaine » est parfois utilisée pour désigner une femme à l'éjaculation très abondante[1].

Physiologie[modifier | modifier le code]

Nature de l'éjaculat[modifier | modifier le code]

La sécrétion des glandes de Skene est émise par deux petits orifices à gauche et à droite du méat urinaire. Ce fluide est également différent des autres sécrétions émises près du vagin ou de la vulve, telles les sécrétions lubrifiantes des glandes de Bartholin. Ce liquide est expulsé vers l'extérieur du corps de manière réflexe quand l'excitation est très forte.

Beaucoup de recherches ont été faites à propos de la nature de cet éjaculat pour essayer de prouver que celui-ci n'est pas de l'urine, en mesurant notamment les quantités d'urée, de créatine, de phosphatase acide, de glucose et de fructose[2] qu'il contient. Cependant, les résultats restent contradictoires.

Gary Schubach par exemple a recruté des femmes éjaculant en grande quantité, puis leur a inséré un cathéter dans l'urètre jusqu'à la vessie. Quand ces femmes ont atteint l'orgasme en se masturbant, dans tous les cas, un grand volume de liquide est sorti par le cathéter, et dans quelques cas un peu de substance nacrée est sortie en dehors du cathéter. La conclusion de cette expérience est que l'éjaculat des femmes fontaines est principalement de l'urine, parfois accompagné d'une faible sécrétion des glandes de Skene[3]. D'autres études[4] évoquaient le rôle de la « prostate féminine », les glandes de Skene, glandes diffuses situées entre le vagin et l'urètre. Certains spécialistes concédaient à cet éjaculat toutes les caractéristiques du sperme, sauf la présence de spermatozoïdes.

Fréquence et abondance[modifier | modifier le code]

Le docteur Cabello Santa Maria, qui a travaillé sur ce phénomène, indique que 75 % des femmes étudiées par son équipe expulsent un liquide lors de l'orgasme[5] ; cependant la sécrétion est souvent insuffisante pour être perçue. Ses expérimentations ont permis de mettre en évidence que les sécrétions des glandes de Skene (ou prostate féminine) entrent dans la composition de la lubrification vaginale, un phénomène jusqu'ici méconnu.

Dans une enquête faite auprès d'un grand échantillon de femmes travaillant dans le milieu de la santé[6], 39,5 % des femmes affirmaient ressentir une éjaculation au moment de l'orgasme.

Dans certains cas, l'éjaculat passe totalement inaperçu alors que, dans d'autres, l'éjaculation s'accompagne d'un véritable jaillissement, pouvant atteindre un volume de 100 ml[3]. Le phénomène peut se produire plusieurs fois au cours d'un rapport sexuel. Chez les personnes non habituées ou non informées, l'imminence du jaillissement peut être ressentie comme une subite envie d'uriner, parfois l'éjaculation est accompagnée d'un jet réflexe d'urine. L'éjaculation peut se produire sous la forme d'un écoulement lent ou d'un véritable jet plus ou moins puissant, ce qui a fourni matière à une abondante production pornographique. Cette particularité peut être ressentie comme une gêne, un frein par certaines femmes non averties.

Rôle des muscles pubo-coccygiens[modifier | modifier le code]

Dans l'expérience de l'éjaculation, le mental compte beaucoup mais aussi le physique, plus précisément la force des muscles du plancher pelvien. Grâce à un ensemble d'exercices divers de relaxation, de reconnaissance anatomique et d'apprentissage des sensations, il est possible, pratiquement pour chaque femme, de parvenir à l'éjaculation et de la maîtriser[7].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'éjaculation féminine a été décrite par Ernst Gräfenberg dès 1950. Mais ce phénomène était déjà mentionné dans des manuscrits indiens du XIe  siècle[8].

Selon Voltaire, dans L'Homme aux quarante écus, le jésuite Tomás Sánchez croyait « que les deux véhicules fluides de l’homme et de la femme s’élancent et s’unissent ensemble, et que dans le moment l’enfant est conçu par cette union », partageant en cela l’opinion d’Hippocrate. Il souleva ainsi une question théologique qui peut se résumer, en latin, à : Utrum virgo Maria semen emiserit in copulatione cum Spiritu Sancto (« La Vierge Marie a-t-elle émis une semence en s'unissant avec l'Esprit Saint ? »). Voltaire remarque aussi qu’« il y a beaucoup de femmes qui ne répandent aucune liqueur, qui ne reçoivent qu’avec aversion les embrassements de leurs maris, et qui cependant en ont des enfants. Cela seul décide contre Hippocrate et Sanchez. »

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ce serait la psychanalyste Frédérique Gruyer qui aurait introduit la désignation poétique de « femme fontaine » dans Ce paradis trop violent. Autour des femmes fontaines, Éditions Robert Laffont, 1983. Voir sur etmoi.free.fr..
  2. (en) M. Zaviačič, S. Doležalová, I.K. Holomáň, A. Zaviačičová, M. Mikulecký et V. Valer Brázdil, Concentrations of Fructose in Female Ejaculate and Urine: A Comparative Biochemical Study, J. Sex. Res. 24: 319–25, 1988.
  3. a et b (en) Gary Schubach, Urethral expulsions during sensual arousal and bladder catheterization in seven human females, Ed. D. thesis, Institute for Advanced Study of Human Sexuality, 1996.
  4. (en) M. Zaviacic et R.J. Ablin, The Female Prostate and Prostate-Specific Antigen. Immunohistochemical Localization, Implications of This Prostate Marker in Women and Reasons for Using the Term "Prostate" in the Human Female, Histol. Histopathol., Jan;15(1):131-142, 2000
  5. Cabello Santa Maria, Francisco, communication au XVe congrès mondial de sexologie, Paris, juin 2001.
  6. (en) C. A. Darling, J. K. Davidson et C. Conway-Welch, Female ejaculation : perceived origins, the Gräfenberg spot/area, and sexual responsiveness, Archives of sexual behavior, vol. 19, no 1, p. 29-47, 1990.
  7. Voir sur babeland.com.
  8. (en) Simon Levay et Janice Baldwin, Human Sexuality, 3e édition, Sinauer Associates, 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]