Yvonne-Aimée de Malestroit

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Yvonne Beauvais
Yvonne-Aimee.jpg
Yvonne-Aimée de Malestroit
Biographie
Naissance
Décès
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MalestroitVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Maître des novices, résistanteVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Religion
Distinction
Prononciation
Église de Cossé-en-Champagne où fut baptisée Yvonne Beauvais.

Yvonne-Aimée de Malestroit (née Yvonne Beauvais Écouter, en religion « mère Yvonne-Aimée de Jésus ») née le 16 juillet 1901 à Cossé-en-Champagne (Mayenne) et morte le 3 février 1951, est une religieuse augustine française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Yvonne-Aimée de Malestroit naît le à Cossé-en-Champagne : elle est la fille d'Alfred Beauvais, négociant en vin, et de Lucie Brulé. Elle est baptisée trois mois plus tard. Son père meurt le . À la mort du père, qui a fait de mauvaises affaires, la mère se trouve financièrement contrainte de vendre la maison familiale. La mère confie Yvonne à ses parents, qui vivent au Mans. Les grands-parents élèvent Yvonne, de ses 3 ans à ses 6 ans. Ils la sensibilisent à la condition des pauvres, qui frappent à leur porte. Sa grand-mère lui lit l’Histoire d’une âme de Thérèse de Lisieux, ouvrage qui la marque au point qu'elle souhaite ardemment « devenir une sainte »[1].

Puis, elle rejoint sa mère à l'âge de six ans et la suit dans différents pensionnats dont elle a la direction. À l'âge de 9 ans, le , Yvonne voue sa vie au Christ, dans une lettre qu'elle lui écrit avec son sang : « Ô mon petit Jésus. Je me donne à toi entièrement et pour toujours. Je voudrai toujours ce que tu voudras. Je ferai tout ce que tu me diras de faire. Je ne vivrai que pour toi. Je travaillerai en silence. Et, si tu veux, je souffrirai beaucoup en silence. Je te supplie de me faire devenir sainte, une très grande sainte, une martyre. Fais-moi être fidèle, toujours. Je veux sauver beaucoup d'âmes et t'aimer plus que tout le monde, mais je veux aussi être toute petite afin de te donner plus de gloire. Je veux te posséder mon petit Jésus, et te rayonner, je veux n'être qu'à toi, mais je veux surtout ta volonté. Ta petite Yvonne ». En 1914, elle part pour l'Angleterre, voulant entrer dans les Filles de Jésus de Kermaria où elle est pensionnaire.

À l'âge de 18 ans, à Paris, ayant terminé ses études, elle fait plusieurs métiers pour venir en aide aux pauvres. Ainsi, elle travaille comme bonne à tout faire, vend des dessins, écrit des romans et donne des récitals de pianos. Plus tard, l'abbé de la Chevalerie relatera cet épisode de la vie d'Yvonne dans le livre Monette et ses pauvres. En 1922, elle est atteinte de la fièvre paratyphoïde. Elle part, pour la première fois, en convalescence dans la clinique des Sœurs Augustines de la Miséricorde à Malestroit (Morbihan) où elle se remet de cette fièvre. Le 5 juillet 1922, dans sa chambre à Malestroit, elle a une crise mystique au cours de laquelle Jésus lui apparaît et lui parle[2].

En 1925, elle entre en religion, sous le nom de sœur Yvonne-Aimée. En 1927, elle gagne le couvent des Augustines dont elle devient la supérieure en 1935. Elle y œuvre de 1927 à 1951. Grande organisatrice, elle réforme la communauté des Augustines hospitalières et lance en, 1928, le projet d'une clinique moderne, qui ouvrira ses portes en 1929. En 1935, elle conçoit le projet novateur d'une fédération des Augustines hospitalières de la miséricorde de Jésus, projet qu'elle mène jusqu’au bout malgré les réticences des autorités ecclésiastiques[3].

En , elle développe la dévotion du « petit Roi d’Amour », qui unit celle à l'Enfant Jésus et celle au Sacré-Cœur. Cette dévotion est étendue à l’Église universelle par le pape Jean XXIII en 1958[4]. Durant l'Occupation, elle soigne dans la clinique de Malestroit aussi bien des blessés allemands que des résistants (spécialement ceux du maquis de Saint-Marcel) et sauve notamment la vie du général Louis-Alexandre Audibert (commandant de la région ouest de l'Armée Secrète)[5], tout en réalisant des prodiges (stigmatisation, xénoglossie, bilocation). En , un prêtre, la soupçonnant d'imposture, l'accuse d'être une « fausse mystique » et prépare un procès pour la déposer. Le , comme elle en avait eu la prémonition, elle est arrêtée par la Gestapo au prieuré Notre-Dame de la Consolation[a] et amenée à la prison du Cherche-Midi. Torturée, elle s'évade « miraculeusement » après avoir demandé, par la bilocation, des prières au père Paul Labutte, son fils spirituel[6].

Le , elle reçoit la croix de guerre avec palme, à Saint-Marcel. Le , le général de Gaulle en personne lui remet la Légion d'honneur, à Vannes, pour avoir caché et soigné à la clinique soldats alliés et résistants bretons. Le , les autorités lui décernent la médaille de la Résistance et la médaille de la Reconnaissance française. En 1946, elle fonde la Fédération des monastères d'Augustines et est élue première supérieure générale. Le , la clinique de Malestroit reçoit la croix de guerre. Sa notoriété est telle qu'elle est reçue par Pie XII[7].

Le soir du , elle meurt d'une hémorragie cérébrale foudroyante[b], conséquence de son hypertension artérielle, alors qu'elle s'apprêtait à partir pour l'Afrique du Sud[8].

Postérité[modifier | modifier le code]

Yvonne Beauvais a laissé de nombreux carnets intimes ainsi qu’une abondante correspondance depuis 1924, date à laquelle son confesseur, le père Crété, lui demande de mettre par écrit ses souvenirs et ses rêves[9].

Le , à la veille de Vatican II, craignant que son cas ne suscite « une vague d'illuminisme », le cardinal Alfredo Ottaviani, alors pro-secrétaire du Saint-Office, décrète la fin du procès de béatification (commencé à la suite de son exhumation qui a lieu le 25 mars 1957 et à la reconnaissance de sa mort en odeur de sainteté) et interdit la publication d'ouvrages sur elle. Le Saint-Office était en effet circonspect devant le nombre élevé de ses miracles après sa mort et les faits extraordinaires qui auraient jalonné la vie de la mystique : dons de prophétie, de guérison, de langue, de bilocation (151 cas recensés), stigmatisation, prémonitions, xénoglossie et matérialisations (de fleurs, le plus souvent des lys ou des roses, de bagues d’or et de diamants, de parfums, etc.)[10].

Cependant, en réponse à une demande de sœur Nicole Legars, prieure de Malestroit, le cardinal Franjo Šeper, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican, autorisa, dans une lettre du , la publication d’une biographie sur Yvonne Beauvais, et suggéra même le nom du chanoine René Laurentin pour ce faire. Cette biographie devint le livre Yvonne-Aimée de Malestroit : un amour extraordinaire de l'abbé Laurentin[11], auquel l'évêque de Vannes, Mgr Boussard, accorda l'imprimatur en ces termes, le  :

« Par sa lettre datée du , le cardinal Ratzinger[c], préfet de la Congrégation pour la foi, ayant levé l’interdiction portée par son prédécesseur, le cardinal Ottaviani, le , de donner l’imprimatur « à toute éventuelle future publication sur mère Marie-Yvonne », j’ai estimé que je pouvais autoriser la parution de l’ouvrage de monsieur le chanoine René Laurentin, après en avoir pris connaissance. […] La personnalité de cette religieuse, les circonstances qui ont mis en valeur ses qualités exceptionnelles ne peuvent être exclues des recherches historiques. C’est pourquoi l’avis favorable du Cardinal Préfet de la Congrégation pour la foi, a été accueilli avec satisfaction et gratitude. »

Le travail est aujourd'hui poursuivi par une équipe interdisciplinaire, le dossier contenant quatre mille pages et soixante mille pièces[12].

En 2009, monseigneur Raymond Centène, évêque de Vannes, a de nouveau demandé, très officiellement, que les autorités vaticanes examinent attentivement le dossier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Petit prieuré ouvert à Paris dans le quartier d’Auteuil par Yvonne Beauvais en pour permettre aux jeunes religieuses de l’Ordre de préparer leurs diplômes d’hospitalières.
  2. Un de ses biographes, le docteur Patrick Mahéo, a fait un historique de ses maladies : fièvre paratyphoïde, scarlatine, syndrome néphrotique, tuberculoses pulmonaire et rénale, hypertension artérielle, fibrome de l'utérus dont elle est opérée, cancer du sein.
  3. Futur pape Benoît XVI.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Labutte 1997, p. 55.
  2. Laurentin 1985, p. 33.
  3. La Rocca 2007, p. 247.
  4. La Rocca 2007, p. 245.
  5. Témoignage de sœur Marie Bernard d'Antin sur le site de l'INA.
  6. Paul Labutte et Yvonne-Aimée de Jésus 2000, p. 193.
  7. La Rocca 2007, p. 241.
  8. « Mère Yvonne Aimée de Jésus - Présentation générale », sur augustines-malestroit.com (consulté le 27 janvier 2020).
  9. Sandra La Rocca, « Le Petit Roi d’Amour : entre dévotion privée et politique », Archives de sciences sociales des religions, no 113,‎ , p. 21.
  10. Barral 1956, p. 182-186.
  11. Laurentin 1985.
  12. Didier van Cauwelaert, Dictionnaire de l'impossible, Plon, , 520 p. (ISBN 978-2259219273).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Par Yvonne-Aimée de Malestroit
Sur Yvonne-Aimée de Malestroit
Ouvrages généraux
  • Sandra La Rocca, L'Enfant-Jésus : histoire et anthropologie d'une dévotion dans l'Occident chrétien, Presses universitaires du Mirail, , 328 p. (ISBN 978-2-85816-857-6, lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]