Vever (joaillerie)

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Vever est une maison de joaillerie et haute joaillerie fondée en 1821 par Pierre-Paul Vever, connue plus particulièrement pour ses créations de la période Art Nouveau (1895 – 1910). La Maison ferme ses portes en 1982, avant d’être relancée en 2021 par Camille et Damien Vever, descendants directs de Pierre-Paul Vever. Depuis novembre 2020, l'entreprise Vever[1] a le statut d’entreprise à mission.

Histoire[modifier | modifier le code]

Pierre-Paul Vever crée la Maison Vever en 1821, à Metz, et s’attire rapidement une clientèle fidèle, régionale puis du Luxembourg et des provinces rhénanes. Son fils, Ernest Vever (1823 - 1884) fut préparé dès sa sortie du lycée à devenir joaillier. Il reprend la maison en 1848 et participe activement à son expansion. En 1861, la maison obtient la plus haute récompense dans le cadre d’une importante exposition internationale organisée à Metz : la réputation de la Maison Vever devient nationale et franchit les frontières.  Après la défaite de la France contre l’Allemagne, la Lorraine est annexée à l’Allemagne en 1871 par la signature du traité de Francfort. La Famille Vever déménage alors à Paris, et Ernest Vever, fils de Pierre-Paul achète le fonds joaillier Beaugrand au 19 rue de la Paix pour y installer la Maison Vever. En 1875, Ernest Vever est nommé président de la Chambre syndicale de bijouterie, joaillerie, orfèvrerie.

En 1881, l’affaire est reprise par ses fils, Paul et Henri. Paul Vever, diplômé de l'École polytechnique s’occupe de la gestion de l’entreprise, tandis qu’Henri Vever[2],[3],[4], joaillier de formation et diplômé de l'École Nationale des Beaux-Arts, développe les collections. Artiste touche à tout, passionné d’arts et d’histoire, bibliophile, écrivain, peintre à ses heures, Henri Vever est notamment l’un des pionniers et fervents défenseurs du courant Art Nouveau, s’opposant au classicisme encore en vogue à l’époque. Il casse les codes de la joaillerie et fait preuve de beaucoup de créativité artistique et d’inventivité en utilisant notamment des matériaux nouveaux considérés comme non nobles (la corne, l’ivoire, la pâte de verre). Il participe ainsi au développement de l’émail translucide ou « émail-à-jour », largement utilisé dans ses collections.

Féru de japonisme, passionné d’art Perse depuis son voyage à Samarkand en 1890, il collectionne avec enthousiasme et éclectisme des tableaux, dessins, objets, soieries, bijoux anciens et s’en inspire dans la création de bijoux.

Des talents travaillent alors pour la Maison Vever, comme René Lalique, Eugène Grasset, Henri Vollet, etc.

La Maison Vever présente ses créations lors des expositions universelles et gagne plusieurs prix notamment  :

Expositions universelles
Date Prix
1878 Exposition universelle de Paris
1889 Exposition universelle de Paris (grand prix)[5]
1891 Exposition francaise à Moscou
1893 World’s Columbian Exposition, Chicago
1894 Exposition internationale de Lyon
1897 Exposition internationale de Bruxelles (grand prix)
1900 Exposition universelle de Paris (grand prix)[5]
1904 Exposition universelle de Saint Louis
1908 Exposition franco-britannique de Londres (grand prix)

La Maison Vever compte alors parmi ses clients des personnalités prestigieuses comme l’Impératrice Eugénie, le Tsar Alexandre III, le Chah de Perse, le premier ministre Japonais Prince Tokugawa Lesato, le Président Français Sadi Carnot, de grands industriels américains, ou encore des personnalités des arts et du spectacle, comme Sarah Bernhardt ou La Belle Otero.

En parallèle, Henri Vever publie entre 1906 et 1908 « la bijouterie française au XIXe siècle »[1]

En 1907, Paul Vever fait construire un immeuble au 14 rue de la Paix, réunissant bureaux, ateliers et magasin de la maison.

Paul Vever décède en 1915, et Henri Vever décide en 1921 de transmettre la joaillerie à ses neveux, enfants de Paul, pour se consacrer pleinement à ses passions de collectionneur. Pierre Vever, fils de Paul, lui succède, mais la maison peine à s’adapter au courant Art Déco qui a supplanté l’Art Nouveau, victime de son succès, trop copié, trop diffusé et désormais passé de mode. Durant l’Exposition Universelle de 1925, La Maison Vever ne gagne pas de prix. Les générations successives reprendront le flambeau, sans parvenir à renouer avec le succès d’antan. L'entreprise ferme en 1982.

En 2021, Camille et Damien Vever, 7e génération de descendants de Pierre-Paul Vever, décident de relancer l'entreprise.

Patrimoine[modifier | modifier le code]

En 1924, Henri Vever fait don de sa collection de bijoux du XIXe siècle au Musée des Arts Décoratifs à Paris, dont une soixantaine de pièces signées Vever, notamment la collection de pièces dessinées par Eugène Grasset pour l’exposition universelle de Paris en 1900.

Plus tard, ses descendants lèguent à leur tour l’intégralité des archives photographiques de la Maison au même musée, soit plus de mille photos de bijoux, montures, dessins, travaux de recherche etc.

Des pièces Vever sont par ailleurs présentes au musée d’Orsay, au Petit Palais, au Cooper-Hewitt Smithsonian Design Musem de New York, et au Virginia Museum of Fine Arts de Richmond.

Henri Vever a par ailleurs légué une grande partie de sa collection de 8000 estampes japonaises au Musée National de Tokyo.

Pièces emblématiques :

Pièces emblématiques
Date Pièces
1851 Le bâton offert au chef d'orchestre messin Edouard Mouzin.
1851 Bénitier en argent.
1865 Anneau épiscopal de monseigneur Dupont des Loges, orné d'une énorme émeraude entourée de brillants.
1900 Bijoux Art Nouveau dessinés par Grasset.
Vers 1900 ornement de corsage « Cerisier »
1918 Bâton du Maréchal Pétain.
1918 Pour le Maréchal Foch: épée, coffret, album.

Le renouveau de la joaillerie familiale[modifier | modifier le code]

Camille et Damien Vever sont triplés, nés le 27 janvier 1979. En 2019, Camille décide de quitter son emploi et de relancer la Maison Vever. Damien la rejoint en 2020. Vever devient la première entreprise du luxe à se doter du statut d’ « Entreprise à mission ».

La Maison Vever s’attache à mettre en avant l’innovation écoresponsable de ses créations et à valoriser le savoir-faire français et ses techniques historiques. L’ensemble de sa production est réalisé en France. L’émail-à-jour, un des éléments distinctifs des bijoux Art Nouveau est remis au goût du jour. Pour ce faire, la maison fait appel à Sandrine Tessier, meilleur ouvrier de France.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Henri (1854-1942) Auteur du texte Vever, La bijouterie française au XIXe siècle (1800-1900). 3 / par Henri Vever,..., 1906-1908 (lire en ligne)
  2. Willa Z. Silverman, Henri Vever, Champion de l’Art Nouveau, Paris, Armand Colin, , 377 p. (ISBN 978-2-200-61941-1), p. 377
  3. INHA, « VEVER, Henri », sur http://www.inha.fr, (consulté le )
  4. « Les facettes d’Henri Vever, joaillier art nouveau », sur gazette-drouot.com (consulté le )
  5. a et b Georges Jacta, O Massin, A Hénin et ---- Plichon, Études et rapports techniques sur la bijouteri, la joaillerie, l'orfèvrerie et la bijouterie en or doublé à l'exposition universelle de Paris, 1889 et rapport de la commission administrative, Chambre syndicale de la bijouterie, de la joaillerie, de l'orfévrerie et des industries qui s'y rattachent, (lire en ligne)