Vallée dérangeante

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La vallée de l'étrange[1] (de l'anglais uncanny valley) est une théorie scientifique du roboticien japonais Masahiro Mori, publiée pour la première fois en 1970[2], selon laquelle plus un robot androïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses. Ainsi, certains observateurs seront plus à l'aise en face d'un robot clairement artificiel que devant un robot doté d'une peau, de vêtements et d'un visage pouvant passer pour humain. La théorie prévoit cependant qu'au delà d'un certain niveau de perfection dans l'imitation, les robots humanoïdes sont beaucoup mieux acceptés. C'est pour cela qu'est utilisé le terme de vallée : il s'agit d'une zone à franchir dans laquelle chaque progrès fait vers l'imitation humaine amènera plus de rejet avant de finalement amener une acceptation plus grande.

Théorie[modifier | modifier le code]

L'explication avancée de ce phénomène est la suivante : lorsqu'une entité est suffisamment non-humanoïde pour être immédiatement identifiée comme un robot, un être humain aura tendance à noter ses quelques aspects humains et à avoir une certaine empathie pour cette machine qui se comporte un peu comme un humain mais qui n'est pas plus assimilable que ne le serait un animal. Lorsque l'entité a une apparence presque totalement humaine au point de pouvoir provoquer la confusion, une sensation d'étrangeté est provoquée par chacun de ses aspects non-humains. Un robot se situant dans la « vallée de l'étrange » n'est plus jugé selon les critères d'un robot réussissant à se faire passer pour un humain mais est inconsciemment jugé comme un humain ne parvenant pas à agir d'une façon normale.

Une autre théorie avancée est que les anomalies de comportement présentées par les robots humanoïdes ressemblent à des anomalies présentes chez des personnes gravement malades ou sur les cadavres. Cette assimilation provoquant un rejet instinctif d'autant plus grand que, s'il existe des normes sociales pour se comporter devant une personne malade ou devant un cadavre, les réactions devant un robot ne sont codifiées par aucune règle sociale.

En outre, on peut interpréter la « vallée de l'étrange » comme le fossé entre l'humain et l'imaginaire. En effet, la proximité à l'imaginaire altère le côté humain de l'apparence. Chez le robot humanoïde, ceci est causé par un manque de précision technique, mais au fur et à mesure de recherches, on pourrait aboutir à un résultat qui « rentre » dans la sphère de l'assimilation à l'humain et ainsi ne plus considérer le robot comme dans la « vallée de l'étrange ».

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Réaction émotionnelle supposée de sujets humains à l'apparence humaine d'un robot représentée sous forme de graphique, selon les théories de Masahiro Mori. La vallée de l'étrange est la région de réponse émotionnelle négative envers les robots qui ont l'air presque humains.

Masahiro Mori utilise le terme « Uncanny Valley », uncanny étant la traduction anglaise du terme freudien de unheimlich, qui peut être traduit en français par « inquiétante étrangeté » ; Jacques Lacan, pour sa part, a forgé le mot « extime » pour traduire le unheimlich de Freud, le concept d'extimité ayant ensuite été encore développé. La vallée en question correspond, sur un schéma, à la zone de perception négative ressentie par un observateur humain face à un robot humanoïde.

Critique[modifier | modifier le code]

Cette notion a été l'objet de critiques partant notamment du fait que les techniques actuelles ne permettent pas de créer des robots franchissant ou même entrant dans la vallée de l'étrange. David Hanson, qui a réalisé entre autres des humanoïdes imitant des personnalités telles que Albert Einstein ou Philip K. Dick, estime que la notion de vallée de l'étrange est « réellement pseudo-scientifique mais les gens la traitent comme de la science »[3]. Sara Kiesler, chercheur en interaction humains-robots à l'Université Carnegie-Mellon (États-Unis) s'est interrogée sur le statut scientifique de la vallée de l'étrange, affirmant : « Nous avons des preuves que c'est vrai et des preuves que c'est faux »[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masahiro Mori, « La vallée de l’étrange », Gradhiva. Revue d'anthropologie et d'histoire des arts, no 15,‎ , p. 26–33 (ISSN 0764-8928, DOI 10.4000/gradhiva.2311, lire en ligne)
  2. Mori, MacDorman et Minato 1970, p. 33–35.
  3. a et b (en) Dan Ferber, « The Man Who Mistook His Girlfriend for a Robot » [« L’homme qui prit sa petite amie pour un robot »], sur Popular Science, (consulté le 15 mars 2016)

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) Masahiro Mori, K. F MacDorman (trans.) et T Minato (trans.), « The uncanny valley » [« La vallée de l'étrange »], Energy, vol. 7, no 4,‎ , p. 33–35 (lire en ligne)
    • (en) Masahiro Mori, K. F MacDorman (trans.) et T Minato (trans.), « The uncanny valley » [« La vallée de l'étrange »], Proceedings, Android science,‎ , p. 33–35 (lire en ligne).
  • (en) « Hanson Robotics » [« Robotique Hanson »], Word press.