Unidata

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Unidata était un consortium européen dirigé par un entrepreneur français, Jean Gaudfernau, destiné à créer dans les années 1970 une puissante gamme de produits d'informatique européenne, à l'identique d'Airbus dans l'aéronautique.

Première tentative en 1970[modifier | modifier le code]

Une première tentative européenne avait pris la forme de Multinational Data, fondée en avec un capital de six millions de francs, et regroupant trois constructeurs informatiques alors en forte croissance. La CII, soucieuse de développer un supercalculateur en réseau, avait réussi à enrôler l'américain Control Data et l'anglais ICL, fondé en 1968 par la fusion de trois constructeurs informatiques anglais, dans le consortium européen "Multinational Data", basé à Bruxelles[1].

Mais Control Data avait été rapidement obligé d'y renoncer, dans l'espoir de ne pas compromettre ses chances de succès dans son procès avec IBM sur la propriété intellectuelle. La CII avait alors préféré se retourner vers l'allemand Siemens en [1], jugant la gamme ICL trop en retard et incompatible IBM [1]. Le néerlandais Philips se déclare immédiatement intéressé lui aussi[1].

La répartition des rôles[modifier | modifier le code]

Unidata s'appuyait sur les points forts des trois associés, issus de trois pays :

Une utilisation ingénieuse de la microprogrammation devait permettre à cette gamme de machines de fonctionner avec les instructions machine de la série P1000 Philips, des machines Siemens compatibles IBM 360, et des Iris 80 de CII[2]. Au même moment le MITI japonais lançait un plan similaire, avec des choix techniques très proches[2].

Le processus de blocage puis d'arrêt d'Unidata[modifier | modifier le code]

Démarré en par l'annonce de l'accord CII-Simens, puis lancé en 1973, ce projet européen a été stoppé par la France après seulement deux ans, en raison de l'opposition d'Ambroise Roux, patron de la CGE, l'un des deux premiers actionnaires de la CII.

Dès la fin 1973, il demande au Tribunal de Commerce, en référé, l'annulation de l'augmentation de capital d'Unidata[3].

Mais la mi-, lors d'un comité interministériel restreint, la CGE échoue à bloquer Unidata[4], même si elle espérait encore quatre jours plus tôt[5] obtenir une alternative, le rapprochement de la CII avec l'américain Honeywell. L'Élysée et le ministre de l'Industrie imposent le choix Unidata au ministre des Finances Valéry Giscard d'Estaing. La CGE refusant de participer aux augmentations de capital, il est prévu de lui substituer le Commissariat à l'Énergie atomique[4].

Valéry Giscard d'Estaing, élu président en 1974, mit fin au projet en 1975 : la France dénonça unilatéralement l'accord Unidata[6]. Valéry Giscard d'Estaing décida de fusionner la Compagnie internationale pour l'informatique avec Honeywell-Bull, contre la volonté de son patron et de ses personnels mais à la demande d'un de ses actionnaires, la CGE.

Le succès d'Unidata et sa croissance attendue pouvait induire éventuellement des aides publiques importantes, ce qui était le cas au Japon.

Au même moment naît aux États-Unis le système universel Unix : en 1973, Ken Thompson et Dennis Ritchie présentent le premier article sur Unix au Symposium Operating Systems Principles à l'Université de Purdue[7]. Immédiatement intéressé, le professeur Bob Fabry de l'université de Californie Berkeley (UCB), fait installer la Version 4 sur bande magnétique.

La création d'Unidata et son ambition dans les réseaux à base de datagramme ne faisait pas l'affaire de la CGE, grand fournisseur des PTT et dont le patron, Ambroise Roux, craignait ce nouveau concurrent qu'il a souhaité voir disparaitre[8]. Le capital de la CII était détenu à 70 % par Thomson-CSF et la CGE, via un holding commun baptisé Fininfor, dont 52 % appartenait à Thomson-CSF, qui avait imposé son homme à la tête de la CII, Michel Barré.

Dates clefs[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Arts et littérature[modifier | modifier le code]

L'histoire des recherches d'économie d'échelle ayant mené à l'élaboration du consortium Unidata au début des années 1970, puis son abandon est évoquée dans Comédies Françaises, un roman d’Eric Reinhardt publié en 2020 aux Éditions Gallimard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g et h Histoire de la CII, documents collectés dans les archives Bull par Bruno Dallemagne en 2006-2007 [1]
  2. a b et c "Histoire, épistémologie de l'informatique et Révolution technologique" Résumés du cours de Gérard VERROUST de 199 à 1997 Maîtrise Sciences & Techniques Hypermédia - 2e année, Université Paris VIII [2]
  3. L'Usine nouvelle : " CII, des parents terribles", Le Monde : "le conflit entre Thomson et CGE rejaillit sur le développement de la CII", Le Courrier de l’Informatique : " Le financement du développement de CII en panne " [3]
  4. a et b Article de Jean-Michel Quatrepoint dans Le Monde du 16 février 1974 [4]
  5. "Un conseil interministériel sur l'avenir de la CII", par Jean-Michel Quatrepoint dans Le Monde du 12 février 1974
  6. Cécile Ducourtieux, « Les erreurs du Plan calcul », Le Monde Informatique, no 834,‎ , p. 92
  7. Eugene H. Spafford, « Unix and Security: The Influences of History », Université de Purdue, p. 4
  8. a b et c "Histoire d'un pionnier de l'informatique: 40 ans de recherche à l'Inria", par Alain Beltran,Pascal Griset, page 129 [5]