Datagramme

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Le datagramme est un paquet de données dans un réseau informatique utilisé par des protocoles orientés non connectés tel que : IPX ou UDP. Le datagramme est le terme généralement utilisé pour désigner la transmission d'un paquet via un service non « fiable » : il n'y a aucun moyen de s'assurer que le paquet est arrivé à sa destination (un peu comme une lettre sans accusé de réception).

L'inventeur du datagramme est l'ingénieur Louis Pouzin.

En informatique, ce concept est également utilisé de manière plus générale pour décrire des blocs de données. Il est notamment utilisé pour décrire un bloc de données transféré à une fonction, dans l'esprit des réseaux, mais appliqué entre processus internes d'un ordinateur.

On le retrouve également dans le formatage des fichiers afin de décrire, soit des blocs, soit des mots identifiables. Par exemple, dans les formats d'archivage (tel le TAR), de compression (tel le ZIP) ou d'encapsulation (pour l'audio-vidéo entre autres).

Histoire[modifier | modifier le code]

Le principe de commutation de paquet, baptisé plus tard « datagramme », a été imaginé de manière encore abstraite et publié pour la première fois en 1964[1], et présenté en 1968 à la Conférence d'Edimbourg par Donald Davies, du National Physical Laboratory britannique puis par Paul Baran.

Mais en 1971, aucun réseau n'avait encore été conçu de la sorte, alors que toutes les administrations françaises souhaitent mettre en place leurs propres bases de données, souvent hétérogènes. C'est l'année d'une mission d’information technique française consacrée aux outils à leur offrir, qui effectue un séjour aux États-Unis, suivre les tout débuts d'Arpanet.

Le délégué général à l’informatique Maurice Allègre a alors proposé de les interconnecter via un réseau spécifiquement adapté au transport de données, moins gourmand en disponibilité immédiate que celui des appels téléphoniques. Il lance un projet public appelé Cyclades, dirigé par un chercheur venu du groupe Simca, Louis Pouzin. En septembre 1971, il prend la direction de la Délégation à l’Informatique, succédant à Maurice Allègre et se fait héberger par l’IRIA.

Louis Pouzin est épaulé pour le Datagramme par Michel Monpetit[2], ingénieur de l'Armement à la Délégation à l’Informatique, qui négocie des lignes gratuites avec les PTT et gère les relations avec les industriels[3]. Louis Pouzin recrute Hubert Zimmermann, Jean-Louis Grangé, Jean Le Bihan, Gérard Le Lann et Jean-Pierre Touchard, de la Compagnie internationale pour l'informatique. En 1974, Cyclades n'a qu'un buget très modeste et regroupe une vingtaine de salariés, pour la plupart employés par des sociétés exérieures participant au projet[4]. Son travail s'effectue avec André Danzin, qui part de chez Thomson-CSF pour direction de l’IRIA.

Cyclades est le premier à appliquer intégralement le principe du datagramme, qu'il présente en 1973, dans une conférence internationale[1]. Vinton Cerf et Robert E. Kahn s'en sont emparés pour concevoir le futur protocole de communication d'Internet, le TCP/IP, en reprenant la notion d'indépendance de paquets[1].

En 1974, Bell Canada opte pour le concept de datagramme pour son projet de réseau public Datapac[5].

En 1974 aussi, Vinton Cerf met en œuvre le concept de datagramme dans le réseau Arpanet, en se basant sur les travaux de "Cyclades"[6]. En France, le projet est cependant freiné par la Compagnie générale d'électricité, rivale de Thomson-CSF, et son grand client France Télécom, qui privilégie la norme X.25, pour lancer le réseau Transpac, avec le soutien d'autres opérateurs européens.

En 1975, après l’élection de Valéry Giscard d'Estaing comme président de la République française, la concurrence entre les deux grands groupes industriels de l’électronique, la Compagnie générale d'électricité et Thomson-CSF, l'IRIA est muselée. Soutien de VGE pendant la campagne électorale, la CGE veut éloigner la CII et son actionnaire Thomson de tout ce qui touche aux télécommunications, une volonté appuyée par son grand client, les PTT[4]. La délégation à l’informatique est supprimée, tout comme les crédits Cyclades, dont l'exploitation se poursuivra cependant, mais sur un public limité, via les universités, qui continuent à croire au datagramme.

Les représentants de la firme américaine Bull préféraient aussi les datagrammes aux circuits virtuels de X.25 (mis en avant par les PTT). La plupart des constructeurs de matériel informatique ne souhaitaient pas une grande implication des entreprises de télécommunications dans le marché des équipements numériques, mais ils perdent la bataille en France, où ces dernières triomphent lors du lancement du Minitel. Comme les autres constructeurs informatiques, Bull dut modifier ses produits pour assurer un support propre à la norme X.25, ce qui ne remporta pas un grand succès chez les clients informatiques[7].

Peu à peu se met en place le protocole TCP qui détecte les échecs de transmission car les multiples "paquets" émis ne parviennent pas tous à destination (jusqu'à 15% sont perdus) : en cas d'engorgement momentané, certains routeurs peuvent en effet être amenés à une nouvelle émission du paquet en attente, qui est détruit et réémis[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Entretien avec Louis Pouzin », par Isabelle Bellin, le 19/03/2007
  2. "Internet et Entreprise mirages et opportunités ? Pour un plan d'action - Contribution à l'analyse de l'économie de l'Internet", Rapport de la Mission conduite par Jean-Michel Yolin, ingénieur Général des Mines, page 23 [1]
  3. "Du datagramme à la gouvernance de l’Internet" Entretien avec Louis Pouzin par Claudia Marinica et Marc Shapiro, dans le Bulletin de la société informatique de France – numéro du 6 juillet 2015, page 23 [2]
  4. a et b "Du datagramme à la gouvernance de l’Internet" Entretien avec Louis Pouzin par Claudia Marinica et Marc Shapiro, dans le Bulletin de la société informatique de France – numéro du 6 juillet 2015 [3]
  5. « Les débuts du réseau public français de commutation de données par paquets : TRANSPAC », par Guy Pichon, ancien directeur de Transpac, page 49 [4]
  6. a et b "Internet et Entreprise mirages et opportunités ? Pour un plan d'action - Contribution à l'analyse de l'économie de l'Internet", Rapport de la Mission conduite par Jean-Michel Yolin, Ingénieur Général des Mines, page 23 [5]
  7. "Bull et les télécommunications (1960-1974)", par Jean Bellec