Un barrage contre le Pacifique

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Un barrage contre le Pacifique
Auteur Marguerite Duras
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur Gallimard
Collection Blanche
Date de parution

Un barrage contre le Pacifique est un roman de Marguerite Duras paru en 1950.

Contexte d'écriture[modifier | modifier le code]

C'est au moment où Marguerite Duras vient de divorcer de son premier mari, Robert Antelme, et de se remarier avec Dionys Mascolo (dont elle aura un enfant) qu'elle écrit ce roman. Marguerite Duras a écrit et publié son livre en pleine guerre d'Indochine.

Elle s'inspire largement de sa propre adolescence qu'elle a passée en Indochine française pour écrire ce roman.

Résumé[modifier | modifier le code]

Dans le sud de l’Indochine française, en 1931, une veuve vit avec ses deux enfants, Joseph et Suzanne (20 et 17 ans). Leur bungalow est isolé dans la plaine marécageuse proche de la petite ville de Ram (Prey-Nop, Province de Sihanoukville). Leurs conditions de vie sont déplorables à cause de leurs faibles revenus et ils sont fréquemment contraints à manger de l'échassier. Ils ne possèdent qu'une vieille automobile modèle B12 en fin de vie rafistolée de toute part.

La mère a économisé et travaillé dans un cinéma comme pianiste durant 15 ans pour se voir attribuer cette concession, qui s'est finalement révélée incultivable : les plantations sont détruites tous les ans par la mer de Chine (qui semble être le Pacifique aux yeux de la mère, à cause de l'inégalité du combat). La mère, désillusionnée après avoir vu ses barrages détruits par le Pacifique invincible et soumise au harcèlement de l'administration corrompue, commence à sombrer dans la folie.

Le récit s'ouvre sur la mort de leur vieux cheval, acheté quelques jours plus tôt. Cette mort entraîne leur visite à la ville de Ram, où ils font la connaissance de M. Jo, un jeune et riche planteur. Il porte au doigt un énorme diamant, et, malgré la laideur de son visage, la mère forme alors le souhait qu'il demande sa fille en mariage. Le planteur, fasciné par Suzanne, revient tous les jours au bungalow. La mère surveille leurs entrevues pour leur empêcher tout contact physique ; elle ne laisse ainsi à M. Jo que la solution du mariage pour satisfaire ses désirs.

Monsieur Jo se prend au jeu et essaie en quelque sorte d’acheter Suzanne en lui offrant des produits de beauté et une robe. Pour obtenir de la voir nue, il lui offre un phonographe. Face à l'ultimatum de la mère qui lui propose de l'épouser ou de la quitter, il offre à Suzanne un diamant. Ce don marque la fin des rapports de M. Jo avec la famille qui découvre par la suite que la bague n'a pas tant de valeur, car le diamant contient un crapaud. Cette découverte fait le désespoir de la mère qui s'obstine pourtant à vouloir vendre le diamant pour sa valeur supposée, et, ce faisant, elle se coupe du monde. Ses enfants en profitent pour s'émanciper.

Joseph tombe amoureux d'une femme mariée nommée Lina. Son mari est un grand alcoolique, ce qui l’empêche de voir la liaison secrète entre sa femme et Joseph. Finalement, Lina accepte de lui acheter le diamant pour plus cher qu'il ne vaut, mais le lui rend ensuite parce que elle veut aider la famille de Joseph. L'état de la mère ne s'améliore pas. De plus en plus faible, elle finit par accepter de revendre le diamant à sa valeur réelle. Joseph finit par quitter la maison avec cette jeune femme, et Suzanne s'apprête à partir aussi, quand la mère meurt. Joseph revient une dernière fois et, avec les domestiques, ils inhument la mère dans la concession. Par vengeance envers l'administration, Joseph confie ses fusils aux habitants pour que, selon le vœu de la mère, ils tuent les employés du cadastre responsables de leurs ennuis. Suzanne, qui a entre temps perdu sa virginité dans les bras du fils d'un voisin planteur - qu'elle ne compte toutefois pas épouser - s'en va de son côté.

Analyse[modifier | modifier le code]

Ce roman propose le récit de la désillusion indochinoise, une histoire dans la face cachée de la prospérité, l'Indochine du vice et de la dérive. Au fil d'Un barrage contre le Pacifique, on rencontre différents personnages et donc différentes histoires, différentes destinées (la mère, Suzanne, Joseph, mais aussi Carmen, le caporal, Barner...), dressant ainsi un tableau assez complet de la vie coloniale. D'inspiration autobiographique, ce roman révèle Marguerite Duras au grand public. Ce roman dénonce bien la malhonnêteté de la société coloniale.

Personnages[modifier | modifier le code]

Joseph[modifier | modifier le code]

  • Âge : 20 ans
  • Activité principale : Chasse
  • Portrait physique : Un bel homme, fort, et capable de dompter la nature. L'opposé de M.Jo
  • Caractère : Rude et direct, il ne mâche jamais ses mots. Très protecteur avec sa famille, il n'hésite pas à sortir son fusil quand on vient menacer de les expulser de leur concession. Incapable de cacher ses émotions.

Suzanne[modifier | modifier le code]

  • Âge : 17 ans
  • Portrait physique : Une belle jeune fille.
  • Caractère : D'apparence plutôt froide et superficielle, tout ce qu'elle fait vise à faire le bonheur de sa famille.

Le prénom de Suzanne fait référence à l'épisode biblique et iconographique de "Suzanne et les vieillards" ou "Suzanne au bain", dont la scène où M. Jo demande à voir Suzanne nue sous la douche constitue une réécriture[1].

La mère[modifier | modifier le code]

  • Âge non défini, probablement entre 40 et 50 ans
  • Activité : Institutrice puis professeur particulier, elle sera forcée de devenir pianiste dans un cinéma après la mort de son mari. Elle s'achète finalement une concession, qu'elle va tenter de rendre fertile avec tout type de plante, sans succès.
  • Portrait physique : Une femme usée par la vie et par ses nombreux échecs.
  • Caractère : Obstinée, c'est une battante. Bien que la vie se soit acharnée à lui faire subir les pires épreuves, elle garde une part d'espoir. Elle est aussi très honnête.

M. Jo[modifier | modifier le code]

  • Âge : il est dit qu'il « donne l'air d'avoir 25 ans ».
  • Pas d'activité réelle, il vit aux crochets de son père, grand planteur établi au nord de l'Indochine.
  • Portrait physique : très laid, il a un physique peu avantageux.
  • Caractère : il a peu de qualités, mais n'est pas méchant. N'hésite pas à tirer de ses avantages financiers pour tenter de convaincre Suzanne de coucher avec lui.

Carmen[modifier | modifier le code]

  • Activité : Proxénète, gérante d'un hôtel.
  • Portrait physique : Plutôt laide de visage, cette ancienne prostituée a cependant des "jambes de rêve".
  • Caractère : Archétype de la « pute au grand cœur », Carmen aide facilement son prochain. Elle va aussi contribuer à l'émancipation de Joseph et de Suzanne.
  • Elle est une amie de la famille de Joseph

Lina[modifier | modifier le code]

  • Vieille femme bien plus âgée que Joseph
  • Activité : femme d'un riche mari alcoolique
  • Devient l’amante de Joseph, pour qui elle décide de quitter son mari

Le caporal[modifier | modifier le code]

  • Activité: aide la mère
  • Indigène vivant dans la misère et qui était autrefois exploité par les colons pour construire des pistes.

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Adaptation théâtrale[modifier | modifier le code]

En 1960, Geneviève Serreau crée une adaptation théâtrale au Studio des Champs-Elysées avec :

Par ailleurs, une adaptation théâtrale du roman a été réalisée par le metteur en scène Moïse Touré (Ivoirien né en France) et créée à Ouagadougou en mai 2012 avant d'être présentée en France en 2013 (Évry : mars ; Belfort et Vesoul : mai 2013). La particularité du projet Belfortain étant d'associer un chœur d'enfants français avec des enfants burkinabès venus de Bazoulé pour les représentations.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Un barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras sur altersexualite.com
  2. Sortie en 1958. Cf. la fiche média proposée par l’Institut national de l'audiovisuel (INA) sur son site web.
  3. Sortie mondiale en 1958. Cf. la fiche du film sur DvdToile.com
  4. Première mondiale le au Festival du film de Toronto : site officiel du festival.
  5. Cf. la fiche du film sur Evene.fr
  6. Cf. notamment un article du 19 décembre 2006 publié en ligne par Allocine.fr.

Liens externes[modifier | modifier le code]