Touchine (cheval)

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Touchine
Cheval touchine en Touchétie
Cheval touchine en Touchétie
Région d’origine
Région Drapeau de la Géorgie Géorgie
Caractéristiques
Morphologie Cheval de selle
Taille 1,34 m à 1,45 m
Robe Bai, alezan et gris majoritaire
Tête Profil rectiligne
Pieds Corne noire
Caractère Calme, endurant
Autre
Utilisation Équitation de travail

Le Touchine (géorgien : თუშური ცხენი) est une race de petits chevaux de selle originaire de la Touchétie, en Géorgie. Il résulte vraisemblablement d'une sélection antique, marquée par des conditions environnementales rudes, sous l'influence de chevaux arabes et turkmènes. De taille réduite, le Touchine est connu pour sa résistance, son adaptation à sa région montagneuse, et sa possibilité de se déplacer à l'allure de l'amble. Historiquement, il est surtout monté pour le travail agricole avec des ovins, et bâté pour le transport en montagne hors des routes. Rare, la race est très locale, et pourrait être menacée de disparition. Des mesures de protection ont été préconisées afin de la préserver, notamment en raison de son patrimoine génétique.

Dénomination[modifier | modifier le code]

Le nom du cheval touchine se transcrit თუშური ცხენი (Tushuri[1] / Tushuri Cxeni[2]) en géorgien, ce qui signifie littéralement « de la région de Touchétie ». Le nom se transcrit en Tushinskaya en russe[3], et Tush[4], Tushin[3], Tushuti, Tusheti ou encore Tushetian en anglais[1]. La traductrice Nina de Spengler traduit le nom de la race par « Touchine » en 1977[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

Il constitue l'une des deux races de chevaux identifiées en Géorgie[6].

Le Touchine est l'un des plus anciens chevaux du Caucase[4]. Ses ancêtres, connus sous le nom de « vieille race géorgienne », semblent présents dans la région dès les Ier et IIIe siècles[4]. En plus d'une sélection naturelle due aux conditions environnementales et climatiques[4], ils subissent l'influence du cheval oriental, et en particulier de chevaux du Turkménistan, de Turquie, d'Iran, et des chevaux arabes[7]. La race est utilisée militairement dans les combats des habitants de la Touchétie[8]. Elle s'est répandue dans toutes les régions d'élevage ovin de la Géorgie, en raison de son utilisation par les cavaliers agricoles[8]. Des croisements récents avec le Pur-sang et le Kabardin[7] ont entraîné une perte en adaptabilité, ce qui a motivé l'arrêt de ces croisements[9]. En 1976, les effectifs recensés sont très faibles, environ un millier de chevaux[7].

Description[modifier | modifier le code]

Vue d'un village à flanc de montagne, à droite à l'avant-plan des chevaux
Chevaux touchines à Dartlo.

Une étude de caractérisation génétique publiée en 2017 montre que le Touchine est le plus spécifique des chevaux géorgiens[10]. Il présente le type du cheval oriental[9] et du cheval de montagne[1], s'agissant d'un animal fin plutôt compact et maigre, au corps allongé et peu profond[7]. La base de données DAD-IS le classe comme « poney léger », avec une taille moyenne de 1,34 m[3]. L'étude de CAB International donne une fourchette de 1,34 m à 1,42 m[9], celle de l'étude de l'université d'Oklahoma allant jusqu'à 1,45 m[7]. L. A. Tortladze (université d'agriculture de Géorgie) et le Guide Delachaux donnent une moyenne de 1,34 m chez les juments et 1,36 m chez les mâles[1],[11]. Les sujets élevés dans de bonnes conditions sont plus grands et développés[1].

La tête, de profil rectiligne, est légère et large entre les deux yeux (de taille moyenne[4]), surmontée d'oreilles courtes[7],[4]. L'encolure est droite[7] et courte[1] ou de longueur moyenne, attachée plutôt bas[7]. Le garrot est long et modérément sorti[7]. Le poitrail peut être large[1] ou plus étroit[7], mais la poitrine est profonde[7]. L'épaule est longue et inclinée[7]. Le dos est court[1] et droit, la croupe brève et modérément inclinée[7]. Les jambes sont fines, avec des tendons nets et des jarrets souvent clos[7]. Les pieds sont petits, solides et de corne noire[1]. Crinière et queue sont fournies[1].

Plutôt tardif, il atteint sa maturité vers 5 ou 6 ans[3],[4]. Les juments ont une bonne fertilité, estimée de l'ordre de 65 à 70 %[4]. Il est d'une grande longévité, étant toujours mis au travail à l'âge de 20, ou même de 25 ans[12].

Robes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Robe du cheval.

La robe est généralement de couleur sombre. D'après Hendricks (université d'Oklahoma), la plus représentée est le bai, suivie par l'alezan, le gris et le noir[7]. Cependant, L. A. Tortladze cite l'alezan comme étant plus fréquent (45 %), suivi par le gris (28 %)[4].

Le pie et le tacheté sont rares, mais possibles[9],[1]. Les marques blanches sont globalement rares[7].

Tempérament et allures[modifier | modifier le code]

De caractère réputé calme et obéissant, il est adapté aux conditions de travail difficiles en altitude, avec une forte capacité à stocker des réserves de graisse durant l'été afin de subsister les mois d'hiver[7],[4]. Son sens de l'orientation se combine à un pied sûr[1]. Il est décrit comme courageux et endurant[4].

La race est réputée posséder une allure supplémentaire[9], l'amble, souvent très recherché par les éleveurs et cavaliers pour le confort qu'il procure en selle[7]. D'après Hendricks, l'amble serait préféré au trot, notoirement inconfortable chez ces chevaux[7]. L. A. Tortladze estime au contraire que ces chevaux disposent d'une bonne qualité de trot et de galop[4] ; les mesures de rapidité sur 1 000 m donnent une moyenne de 1 min 327[4].

Le Touchine a fait l'objet d'une étude visant à déterminer la présence de la mutation du gène DMRT3 à l'origine des allures supplémentaires (et donc de l'amble) : cette étude n'a pas permis de confirmer la présence ou l'absence d'allures supplémentaires chez le Touchine, mais elle a confirmé l'existence de la mutation génétique qui en est responsable dans la race[13],[2].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Habituellement mis au travail de façon modérée à partir de l'âge de 3 ans[4], le Touchine sert de cheval de selle[3], notamment pour le travail agricole[9]. Les éleveurs locaux, pasteurs nomades, le montent pour manœuvrer leurs moutons d'un terrain de pacage à un autre dans la montagne, en fonction des saisons[7],[1]. Grâce à son pied sûr, la race est très appréciée localement[12]. Ces chevaux continuent (2014) d'être utilisés au bât pour le transport dans la région des denrées de première nécessité[4], entre autres du fromage[14]. L'absence de routes favorise l'usage du cheval pour les déplacements en montagne[4]. Des courses de chevaux sont organisées dans la région, mais le mode de vie traditionnel et ces divertissement qui y sont associés sont en recul[15].

Les juments fournissent du lait[1]. Le Touchine a également rempli des fonctions de cheval militaire[1]. Il présente des dispositions pour le tourisme équestre[1] ; par ailleurs les régions protégées de Touchétie sont ouvertes aux randonnées équestres touristiques[16]. D'après un article de l'agence de presse Sputnik (2017), cette activité de tourisme équestre connaît un fort développement[17].

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Il est élevé en Touchétie, dans l'Est de la Géorgie[3], dans les zones montagneuses du Caucase[7], essentiellement en race pure[4]. Un recensement effectué en 1990 indiquait la présence de 1 496 sujets de la race dans toute l'URSS[3]. D'après le Guide Delachaux, l'élevage reste depuis assez stable[1], mais Tortladze signale un recul des pratiques d'élevage équin, et avec elles du nombre d'animaux, du savoir faire technique et du matériel associés[11].

L'étude de l'Université d'Oklahoma (2007) considère le Touchine comme rare[7]. Bien qu'il soit en danger d'extinction en Géorgie[1], l'étude menée par l'Université d'Uppsala pour la FAO et publiée en 2010 en fait une race locale non-menacée[18]. Son intérêt génétique en tant que race locale ancienne a été souligné[11]. Il a été signalé comme contribuant à la diversité biologique du bassin de la mer Noire[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q et r Rousseau 2016, p. 275.
  2. a et b (en) E. A. Staiger, M. S. Almén, M. Promerová et S. Brooks, « The evolutionary history of the DMRT3 ‘Gait keeper’ haplotype », Animal Genetics, vol. 48, no 5,‎ , p. 551–559 (ISSN 1365-2052, DOI 10.1111/age.12580, lire en ligne)
  3. a b c d e f et g DAD-IS.
  4. a b c d e f g h i j k l m n o p et q Tortladze 2014, p. 4.
  5. Bobilev 1977, p. 81-83.
  6. (en) Abele Kuipers, Marija Klopčič et Arunas Svitojus, Farm Management and Extension Needs in Central and Eastern European Countries Under the EU Milk Quota, Wageningen Academic Pub, , 277 p. (ISBN 9076998922 et 9789076998923), p. 232.
  7. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u et v Hendricks 2007, p. 427.
  8. a et b (ka) « საქართველოს ენდემურ და აბორიგენულ სასოფლო-სამეურნეო ცხოველთა მოშენების საკითხები (II) » [« Problèmes des animaux d'élevage endémiques et autochtones en Géorgie (II) »], sur www.medgeo.net (consulté le 17 décembre 2017).
  9. a b c d e et f Porter et al. 2016, p. 510.
  10. მაზმანიანი 2017, p. 1.
  11. a b et c Tortladze 2014, p. 5.
  12. a et b Bobilev 1977, p. 83.
  13. (en) M. Promerová, L. S. Andersson, R. Juras et M. C. T. Penedo, « Worldwide frequency distribution of the ‘Gait keeper’ mutation in the DMRT3 gene », Animal Genetics, vol. 45, no 2,‎ , p. 274–282 (ISSN 1365-2052, DOI 10.1111/age.12120, lire en ligne).
  14. (en) « Food safety hazards in Georgian Tushuri Guda cheese », Annals of Agrarian Science, vol. 14, no 3,‎ , p. 212–216 (ISSN 1512-1887, DOI 10.1016/j.aasci.2016.08.005, lire en ligne).
  15. (ka) შოთა ყიზილაშვილ [Shota Kizilashvili], « როცა სამინისტროს მესვეურებს მეცხვარეობაზე წარმოდგენაც არა აქვთ! თუშური ცხვრის მოსპობის "არაბული მეთოდი" შეუფერხებლად მუშაობს », sur www.opentext.org.ge,‎ (consulté le 17 décembre 2017)
  16. (ka) « თუშეთის დაცული ტერიტორიების ადმინისტრაცია - დაცული ტერიტორიების სააგენტო », sur apa.gov.ge (consulté le 17 décembre 2017).
  17. (ka) მერი ბლიაძე [Mary Bliadze], « თუშეთი ტურისტული სეზონის მოლოდინში », sur sputnik-georgia.com,‎ (consulté le 17 décembre 2017).
  18. (en) Rupak Khadka, « Global Horse Population with respect to Breeds and Risk Status », Uppsala, Faculty of Veterinary Medicine and Animal Science - Department of Animal Breeding and Genetics, , p. 58 ; 67.
  19. (en) G. Agladze, L. Eliava, A. Komakhize et N. Mazmanidi, Conservation of the Biological Diversity as a Prerequisite for Sustainable Development in the Black Sea Region, Springer, Dordrecht, coll. « NATO ASI Series », (ISBN 9789401061490 et 9789401151146, DOI 10.1007/978-94-011-5114-6_1, lire en ligne), p. 1–15.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Igor Bobilev, Le grand livre du cheval en Russie, La bibliothèque des Arts,
  • [Chubinidze et al. 2002] (en) A. Chubinidze, J. Gugushvili, T. Barbakadze, T. Gioirgobiani et G. Gigitashvili, « Growth and Physical Development of Tushuri Growing Horses », Proceedings of the Georgian State Zooveterinary Academy,‎ (présentation en ligne).
  • (en) Bonnie Lou Hendricks, International Encyclopedia of Horse Breeds, Norman, University of Oklahoma Press, , 2e éd., 486  p. (ISBN 0-8061-3884-X, OCLC 154690199, lire en ligne), « Tushin », p. 427. Voir et modifier les données sur Wikidata
  • [მაზმანიანი 2017] (ka) შორენა მაზმანიანი [Shorena Mazmanani], საქართველოს რეგიონებში გავრცელებული ცხენების პოპულაციურ გენეტიკური კვლევა [« Populations de chevaux réparties dans les régions de Géorgie - Recherche génétique »], Tbilissi, ილიას სახელმწიფო უნივერსიტეტი [Université d'État d'Ilia],‎ (lire en ligne). 
    Diplôme d'études supérieures de maîtrise en génétique appliquée
  • [Porter et al. 2016] (en) Valerie Porter, Lawrence Alderson, Stephen J.G. Hall et Dan Phillip Sponenberg, Mason's World Encyclopedia of Livestock Breeds and Breeding, CAB International, , 6e éd., 1 107  p. (ISBN 1-84593-466-0, OCLC 948839453). Voir et modifier les données sur Wikidata
  • [Rousseau 2016] Élise Rousseau (ill. Yann Le Bris), Guide des chevaux d'Europe, Delachaux et Niestlé, (ISBN 978-2-603-02437-9), « Touchine », p. 275. Voir et modifier les données sur Wikidata
  • [Tortladze 2014] (en) L. А. Tortladze, « The diversity of georgian local agriculture animals », Annals of agrarian science, vol. 12, no 1,‎ (lire en ligne). 

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) « Tushuri Horse/Georgia », Domestic Animal Diversity Information System of the Food and Agriculture Organization of the United Nations (DAD-IS) (consulté le 20 novembre 2016) Document utilisé pour la rédaction de l’article
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