Tamarin des Hauts

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Le Tamarin des Hauts (Acacia heterophylla) est une espèce d'arbre de la famille des Fabaceae, endémique de l'île de La Réunion. Il s'y développe entre 1 200 et 2 200 m d'altitude et peut constituer l'essence dominante de forêts appelés “tamarinaies”. Son bois est utilisé en ameublement et en ébénisterie.

Appellations[modifier | modifier le code]

Le Tamarin des Hauts est classé dans le genre Acacia, représenté par un grand nombre d'espèces dans le monde et dont le nom dérive du mot grec ἀκίς (akis) qui désigne une aiguille ou une épine. De nombreuses espèces d'acacias, surtout africaines, sont effectivement pourvues d'épines. Acacia heterophylla n'en possède cependant aucune.

L'épithète spécifique heterophylla fait référence à l'hétérophyllie de l'arbre qui présente des feuilles juvéniles disparaissant rapidement pour être remplacées par des phyllodes. Cette caractéristique est commune à beaucoup d'acacias, notamment australiens, mais c'est bien Acacia heterophylla qui a servi de modèle descriptif pour ce phénomène.

Le premier nom scientifique binomial, attribué par Lamarck en 1783, fut cependant Mimosa heterophylla[1]. La ressemblance du feuillage et de la floraison avec par exemple le mimosa des quatre saisons est évidente, mais tous ces “mimosas” furent ensuite rattachés au genre Acacia par Willdenow qui fixa ainsi le nom Acacia heterophylla dans l'édition de 1806 de Species plantarum[2].

On cite parfois comme autre synonyme historique Acacia brevipes[3], mais la diagnose d'Allan Cunningham publiée en 1834[4] décrit un spécimen du jardin botanique de Kew qui correspondrait plutôt à une variété de Acacia implexa selon George Bentham ou à Acacia koa selon Pedley et selon Maslin[5].

Quant à la récente appellation Racosperma heterophyllum, elle résulte d'une proposition faite en 2003 par le botaniste australien Leslie Pedley de faire éclater le genre Acacia[6], proposition qui ne fait pas l'unanimité parmi les botanistes[7].

Inversement l'appellation «Acacia heterophylla» a aussi englobé pendant un certain temps le koa[8] avant qu'on le différencie clairement comme une espèce endémique des îles Hawaii, Acacia koa.

Le nom commun “tamarin” a été établi par analogie avec le tamarinier (Tamarindus indica), appelé localement à La Réunion aussi «tamarin» ou «tamarin pays», un arbre acclimaté à l'île depuis les débuts de la colonisation et dont le nom, d'origine arabe, signifie “dattier de l'Inde” parce que la pulpe des fruits évoque un peu celle des dattes. Le Tamarin des Hauts et le Tamarinier appartiennent certes à la même famille des Fabaceae, mais ces deux arbres ne se ressemblent ni par l'allure générale ou le mode de vie, ni par le feuillage ou la floraison, ni même par les qualités du bois. Le glissement d'appellation, bien qu'attesté dès la fin du XVIIIe siècle par Commerson cité par Lamarck sous la forme “Tamarinier des hauts”, demeure donc quelque peu énigmatique.

Pour différencier l'espèce, on précise bien «Tamarin des Hauts», puisque celui-ci prospère dans les “Hauts de la Réunion”, nom consacré pour désigner les régions d'altitude de l'île.

Dans son récit d'exploration de l'île en 1801, Bory de Saint-Vincent ne mentionne cependant aucun nom vernaculaire et n'en parle en français que comme de la “mimeuse hétérophylle”[9].

Enfin le surnom de “chêne de Bourbon” a été utilisé par les forestiers pour promouvoir les qualités du bois[10].

Description[modifier | modifier le code]

Hétérophyllie.
Les fleurs, groupées en bouquets de petits pompons, sont caractéristiques des mimosoïdées et dégagent un léger parfum de mimosa.
Détail du feuillage montrant les phyllodes, les boutons floraux et les gousses en train de libérer des graines.

Le Tamarin des Hauts est un arbre qui dans de bonnes conditions de fertilité peut atteindre 20 à 25 m de hauteur, mais en raison de son enracinement superficiel il est facilement renversé par les cyclones tout en ayant souvent la capacité de reprendre son développement, ce qui réduit la hauteur dominante de nombreuses tamarinaies à dix ou quinze mètres avec des arbres en partie couchés[11]. Dans la végétation d'altitude, où l'espèce est présente de manière plus ou moins éparse, le port est celui d'un arbrisseau de quelques mètres de hauteur seulement.

Les jeunes plants développent d'abord des feuilles bipennées, puis rapidement les nouvelles feuilles qui se forment ont un pétiole de plus en plus allongé et aplati alors que le limbe devient progressivement insignifiant jusqu'à disparaître complètement[12]. La foliaison ne produit alors plus que des phyllodes, feuilles réduites à un pétiole transformé, qui ont la forme de lames orientées dans un plan vertical[13]. Ces phyllodes, légèrement arqués, longs de 6 à 16 cm et larges de 0,5 à 2 cm, sont assez coriaces, présentent de nombreuses nervures longitudinales[14] et sont parfois plus ou moins recouverts d'un enduit cireux argenté. Des feuilles juvéniles composées peuvent parfois réapparaître lorsque l'arbre produit des rejets[15].

Les inflorescences forment des capitules globuleux de quelques millimètres de diamètre groupant 30 à 40 fleurs de couleur jaune pâle[14], petits “pompons” eux-mêmes rassemblés en grappes terminales ou latérales. Les fruits sont des gousses plates longues de 8 à 10 cm, brunes à maturité[16]. Elle contiennent 5 à 10 graines comprimées, de 6 à 7 mm de long[14], de couleur brun-noir et d'aspect vernissé.

Le bois de Tamarin des Hauts présente un aubier de faible épaisseur, blanchâtre et peu durable, qui contraste nettement avec un bois de cœur coloré, beige à brun clair, parfois nuancé vers le rouge ou présentant des veines brun foncé. La densité est comprise entre 0,60 et 0,70. Les vaisseaux ont un diamètre moyen d'environ 0,14 mm et sont parfois accolés par 2 ou 3. Leur densité est assez faible (4 à 7 par mm2)[17].

Origine[modifier | modifier le code]

C'est une espèce qui a évolué, à partir d'un ancêtre originaire d'Australie, le blackwood (Acacia melanoxylon)[18]. Le koa (Acacia koa), espèce endémique de l'archipel d'Hawaii, aurait la même ascendance[19].
Le tamarin et le koa ont la particularité d'être tous deux de forme chromosomique tétraploïde.

Écologie[modifier | modifier le code]

Le Tamarin des Hauts se développe de manière optimale sous un climat à températures moyennes modérées (11 à 17 °C), bénéficiant d'une pluviométrie abondante et régulière (au moins 1 500 mm/an) et d'une hygrométrie élevée. Ces conditions sont généralement réunies à La Réunion entre 1 200 et 1 900 m d'altitude[16]. Le feuillage juvénile étant sensible aux gelées blanches qui peuvent survenir en hiver, l'implantation du Tamarin à plus haute altitude se fait plus rare et se limite à quelques buissons qui ont démarré leur croissance à l'abri d'autres espèces.

C'est une post-pionnière incapable de se régénérer en sous-bois car les graines ont besoin de la pleine lumière pour germer. Celles-ci accumulées dans le sol pendant des décennies peuvent alors sortir de leur dormance en masse et contribuer de cette manière au caractère grégaire de l'espèce[20]. Les colonies de tamarins s'épanouissent ainsi lorsque se forment des trouées dans la forêt à l'occasion de cyclones, d'incendies ou d'exploitations forestières.

Les tamarinaies sont souvent associées à la présence de calumets (Nastus borbonicus), bambous endémiques de La Réunion.

Usages[modifier | modifier le code]

Les murs latéraux de l'église Saint-Martin de Grand Îlet à Salazie sont protégés par des bardeaux de tamarin.
Tamarin des Hauts, ici stocké comme bois de feu, sur l'île de La Réunion

Le bois de Tamarin fut recherché pour la construction navale[21] et entre encore dans la fabrication des canots traditionnels réunionnais.

C'est un très joli bois d'ébénisterie qui permet des finitions soignées.

Il est également utilisé pour la fabrication de bardeaux.

Les branches fournissent du bois de feu.

Gestion forestière[modifier | modifier le code]

L'exploitation anarchique, jusqu'au milieu du XXe siècle, de certaines tamarinaies, notamment celle de Bélouve, a provoqué leur ruine et leur envahissement par des espèces exotiques comme la vigne marrone (Rubus alceifolius). L'impulsion pour une gestion forestière durable n'est réellement donnée qu'en 1949[22].

Photos[modifier | modifier le code]

Informations complémentaires[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Baptiste de Lamarck, Encyclopédie méthodique : Botanique, t. premier, Paris & Liège, chez Panckoucke & chez Plomteux,‎ 1783 (lire en ligne), p. 14
  2. (la) Carl Ludwig Willdenow, Species plantarum, t. 4 : partie II (lire en ligne), p. 1054
  3. Tela Botanica, eFlore, Index de la flore vasculaire de La Réunion : Acacia heterophylla Willd., synonymie
  4. (en) Allan Cunningham, « (3357) Acacia brevipes : Short-pedicelled Acacia », Curtis's botanical magazine, Glazenwood, Samuel Curtis, vol. 61,‎ 1834 (lire en ligne)
  5. (en) B.R. Maslin, Flora of Australia : Mimosaceae Acacia, vol. 11B, part. 2, Melbourne, ABRS/CSIRO Publishing,‎ 2001 (ISBN 0643067205, présentation en ligne), p. 142
  6. (en) Leslie Pedley, « A synopsis of Racosperma C.Mart », Austrobaileya, vol. 6, no 3,‎ 2003, p. 445-496
  7. (en) Australian plants online Another view on Racosperma (d'après le bulletin du Groupe d'étude des acacias de l'ASGAP, n° 90, février 2004).
  8. Jules Rémy, Ka Mooolelo Hawaii : histoire de l'archipel havaiien (iles Sandwich), introduction, Paris & Leipzig, A. Franck,‎ 1862 (lire en ligne), p. XXII
  9. Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique, fait par ordre du gouvernement pendant les années neuf et dix de la République (1801 et 1802), t. premier, Paris, F. Buisson,‎ 1804, 412 p. (lire en ligne), p. 322-325
  10. Michel Bordères, « Histoire d'une sylviculture : le tamarin des Hauts », Bois et forêts des Tropiques, no 229,‎ 1991, p. 35-42 (lire en ligne)
  11. Régis Michon, « Tamarin des Hauts et tamarinaies à La Réunion : vers la gestion durable d'une espèce unique au monde », Bulletin technique, Fontainebleau, Office national des forêts, no 36,‎ décembre 1998, p. 79-89
  12. Pierre Duchartre (ill. A. Riocreux), Éléments de botanique : comprenant l'anatomie, l'organographie, la physiologie des plantes, les familles naturelles et la géographie botanique, Paris, J.B. Baillère et fils,‎ 1867, 1088 p. (lire en ligne), p. 298-300
  13. Thérésien Cadet, Fleurs et plantes de la Réunion et de l'île Maurice, Papeete, Les éditions du Pacifique,‎ 1983 (1re éd. 1981), 131 p. (ISBN 2857001630), p. 36
  14. a, b et c Protabase : Acacia heterophylla (Lam.) Willd.
  15. Thérésien Cadet (préf. Michel Albany), À la découverte de La Réunion : Tout l'univers réunionnais de ses origines à nos jours, vol. 4 : La flore, Saint-Denis, Favory,‎ 1980, 111 p., p. 63
  16. a et b Alain Slimak (ill. Olivier Désiré), Le Tamarin des Hauts et la forêt de Tamarins, Office national des forêts, coll. « Découvrir », 37 p.
  17. Détienne P., Jacquet P., Identification des bois de l'ile de La Réunion, CIRAD Forêt, Saint-Pierre, 1993
  18. (en) Joëlle Coulaud, Spencer C. Brown et Sonja Siljak-Yakovlev, « First cytogenetic investigations in populations of Acacia heterophylla, endemic from La Réunion island, with reference to A. malanoxylon », Annals of botany, no 75,‎ 1995, p. 95-100 (lire en ligne)
  19. J. Vassal, À propos des acacias heterophylla et koa, Bulletin de la société d'histoire naturelle de Toulouse, 1969
  20. CIRAD, Arbres, arbustes de la forêt réunionnaise, description et méthodes de multiplication : Acacia heterophylla Willd.
  21. Eugène Jacob de Cordemoy, Flore de l'île de la Réunion : (phanérogames, cryptogames vasculaires, muscinées) avec l'indication des propriétés économiques et industrielles des plantes, Paris, P. Klinsksieck,‎ 1895 (lire en ligne), p. XVIII
  22. Jean-Marc Miguet, « Mise en valeur et régénération de la forêt de Tamarin des Hauts en zone tropicale d'altitude : la forêt de Bélouve à La Réunion », Revue forestière française, no 4,‎ 1957, p. 285-310 (lire en ligne)