Symphonie nº 2 de Bruckner

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Symphonie nº 2.
Symphonie no 2 en do mineur
WAB 102
Symphonie de la Haute-Autriche
Genre Symphonie
Nb. de mouvements 4
Musique Anton Bruckner
Effectif Orchestre symphonique
Durée approximative 50 à 60 minutes, suivant les versions
Dates de composition -
Création (version de 1873)
Vienne Drapeau de l'Autriche Autriche
Interprètes Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Bruckner
Versions successives
  • Version de 1872
  • Versions intermédiaires de 1873 et 1876
  • Version de 1877
  • Version de 1892

La Deuxième symphonie en ut mineur d’Anton Bruckner (WAB 102), surnommée Symphonie de la Haute-Autriche par le biographe August Göllerich, a composée en 1872.

Historique[modifier | modifier le code]

Esquissée en octobre 1871, la symphonie fut achevée en septembre 1872 à Saint-Florian[1],[2].

Liszt, à qui la symphonie fut initialement dédiée, s'en montra fort « enthousiasmé » et s'efforça aussitôt, mais en vain, de la faire jouer[3]. La symphonie devait initialement être exécutée par la philharmonie de Vienne sous la baguette de Otto Dessoff. Cette exécution n'eut cependant pas lieu, car Dessoff et les exécutants la considérèrent impossible à exécuter. La deuxième symphonie est la seule symphonie numérotée de Bruckner sans dédicace, car Liszt en rejeta la dédicace et Richard Wagner choisit la Symphonie n° 3 en ré mineur lorsque les deux symphonies lui furent présentées.

La création (version révisée de 1873) eut finalement lieu le à Vienne, sous la direction du compositeur[4].

Des remaniements ultérieurs eurent lieu en 1876 et 1877. Avec quelques modifications de détail supplémentaires l'œuvre a été publiée en 1892.

Versions et éditions[modifier | modifier le code]

  • Version originale (1872) : reconstituée par William Carragan et éditée en 2005[5].
  • Versions intermédiaires (1873 et 1876) : reconstituées également par William Carragan
    • Bruckner fit des adjustments en préparation de la première de 1873. Il introduisit dans la cinquième partie de l'Adagio un solo de violon et remplaça le solo de cor de sa coda – jugé d'exécution trop difficile à l'époque – par une clarinette et les altos. Dans le Scherzo, maintenant en troisième position, les répétitions sont supprimées. Dans le dévelopement du Finale un « passage très dissonant » est remplacé par une « charmante Neuer Satz » et dans sa péroraison, un quatrième trombone est introduit pour renforcer le motif des basses.
    • En 1876, Bruckner introduisit quelques changements supplémentaires en préparation de la deuxième exécution, notamment des coupures dans la coda du premier mouvement et du Finale.
Les détails de ces variantes apparaissent dans les deux éditions de Carragan[6].
  • Version révisée (1877) :
    Bruckner fit quelques coupures supplémentaires dans le premier mouvement et le Finale. Il raya la deuxième partie de la section 2 du mouvement lent, jugée trop difficile pour le corniste – avec comme résultat un déséquilibre dans la structure du mouvement[7], et en réorchestra la section 5.
    • première édition (dite « version mixte » 1872-1877) par Robert Haas en 1938. Dans cette édition basée sur la version 1877, Haas a introduit des passages provenant de la version 1872.
    • réédition par Nowak en 1965. Cette réédition contient encore des résidus de la « version mixte » de Haas
    • réédition critique par William Carragan en 2007. Dans cette nouvelle édition, en conformité avec le manuscrit original, la partie rayée de la section 2 du mouvement lent est mise en optionnel.

      In my edition of the Second I kept that music in the score, and borrowing from Haas marked it with a “vide”, to be retained at the conductor’s option. In the preface I point out that if the pure 1877 version of the symphony is desired, the cut must be made, but some conductors are keeping the music and in my opinion as a listener, the effect is better.
      Traduction : Dans mon édition de la Deuxième Symphonie j'ai conservé ce passage dans la partition, et l'ai marqué comme l'avait fait Haas avec un “vide”, laissant l'option à la discrétion du dirigeant. Dans la préface je note que, si on veut la version 1877 de la symphonie à l'état pur, il faut éliminer ce passage, mais quelques dirigeants le conservent et, en tant qu'auditeur, je trouve que le résultat est meilleur.[7]

  • Version finale (1892) : supervisée par Cyrill Hynais et éditée par Ludwig Doblinger. Cette version est quasi identique à celle de 1877.

Analyse[modifier | modifier le code]

Dans la même tonalité que la première symphonie, la Deuxième Symphonie, initiée en 1871 et achevée durant l'été 1872, constitue un jalon dans la conception des symphonies de Bruckner. Quoiqu'il avait dès 1862 déjà composé des symphonies en forme sonate avec trois thèmes, il élargit en 1872 leur présentation et développement, et établit ainsi le cadre qu'il utilisera systématiquement dans ses symphonie ultérieures[8].

Effectif orchestral : 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons; 4 cors, 2 trompettes; 3 trombones; timbales; les cordes.
Durée d'exécution (version initiale de 1872) : 70 minutes environ.

Les quatre mouvements sont Moderato, Scherzo, Andante et Finale.

1. Moderato[modifier | modifier le code]

Indiqué Ziemlich schnell, "assez vite" : c'est sur un trémolando de sextolets, sur accords d'ut mineur (violons et altos), que se fait entendre le thème principal confié aux violoncelles; mélodie prégnante, sur de brefs appels de cors. La trompette soulignera un rythme brucknérien typique "2 + 3" (qu'on retrouvera entre autres dans les sixième et huitième symphonies), pointé sur la note ut ; et le thème, harmoniquement enrichi, subira quelques transformations avant de s'éteindre dans un pianissimo des clarinettes, des bassons et des cors. Trois légers battements de timbale : une pause générale précède l'énoncé d'un second thème superbement chantant, à nouveau par les violoncelles, dans la tonalité de mi bémol majeur (relatif de l'ut mineur initial). Bref crescendo, avant un autre appel des cors; puis la mélodie calme, intériorisée, du troisième thème (flûtes, clarinettes et hautbois), - sujet lui aussi à plusieurs transformations. De nouveau, une pause de l'orchestre : un solo de cor introduit le développement dont s'accuse la dimension épique. Lors de la réexposition, les violoncelles proposent encore le thème principal; retour des autres thèmes selon leur présentation initiale, avant un nouveau silence que brise la coda - dans le tempo primo - conclue par un tutti héroïque d'ut mineur, que scandent rythmiquement les trompettes.

2. Scherzo[modifier | modifier le code]

Marqué Schnell, "rapide" : rythmé à 3/4, très terrestre, "terrien", - tandis que le charmant trio prend l'allure d'un Ländler parfois rêveur (les altos, puis seconds violons, clarinettes et violoncelles). Ensuite reprise du Scherzo, suivie d'une puissante coda, comme dans la première symphonie, la version de 1877 de la troisième symphonie et la première version de la quatrième symphonie.

Ce mouvement sera placé en troisième position dans les versions ultérieures.

3. Andante[modifier | modifier le code]

Indiqué Feierlich, etwas bewegt ("solennel, un peu animé") : en forme lied en 5 parties (ABA'B'A’’), il est une illustration parfaite de la manière dont Bruckner élabore un mouvement de symphonie en nourrissant le matériau thématique de figurations mélodiques et harmoniques. Ton méditatif du thème principal aux premiers violons, - repris par les autres cordes. Belle idée secondaire au hautbois. Le cor solo amène un nouveau thème d'une grande expressivité, - tel un choral ponctué par le pizzicato des cordes. Ce thème est habilement combiné avec le premier par l'entremise d'un solo de basson. Bref et calme intermède des cordes, avant une réminiscence du Bénédictus de la Messe en fa mineur, crée la même année - 1872 - que l'achèvement de la présente symphonie : In nomine Domini, - citation orchestrale quasi textuelle du chant à la gloire de Dieu... Tout s'évanouira dans l'extrême douceur - triple piano - avec le solo de cor, jugé injouable par les musiciens de l'époque et remplacé par une clarinette et les altos lors de la première de 1873, les cordes jouant avec sourdines.

Ce mouvement sera placé en deuxième position dans les versions ultérieures.

4. Finale[modifier | modifier le code]

Moderato indiqué Mehr schnell, "plus rapide" : à 3/4, et en ut mineur. Il est construit, comme le Moderato initial, sur trois thèmes. Les deux mouvements entretiennent d'ailleurs des relations thématiques marquées, en particulier par la résurgence d'un ostinato dérivé du thème inaugurale de l'œuvre; ce thème lui-même reparaît au cours du développement, et figurera dans la coda. La base rythmique constitue un autre élément d'unification, notamment dans la péroraison finale. De même remarquera-t-on les transformations tonales parentes de celles du mouvement introductif : au la bémol majeur de départ se substitue, avec le second thème, un la majeur qui évoluera vers mi bémol..., avant la conclusion en ut majeur. C'est donc un semblable souci d'organisation, parfois un peu voyant, - avec, cette fois, deux citations du Kyrie de la Messe en fa mineur - qui a présidé à l'architecture de ce dernier mouvement ; par là même de l'œuvre entière. On regrettera seulement certain "fouillis" de la thématique, trop riche sans doute, et trop fragmentée, - donnant à penser que le compositeur malgré la rigueur de ses intentions, n'a pas complètement dominé leur traduction musicale.

Discographie[modifier | modifier le code]

La Deuxième symphonie - symphonie de transition, comme la deuxième symphonie de Beethoven - ne jouit pas de la même audience que ses cadettes, ni même que son aînée.

Version 1872[modifier | modifier le code]

Premier enregistrement de cette version : Kurt Eichhorn avec l'Orchestre Bruckner de Linz - Camerata CD 15CM-379 et 30CM-195, 1991

Quelques enregistrements les plus récents sont aussi basés sur la version originale de 1872, notamment :

Version 1873[modifier | modifier le code]

Cette version intermédiaire a été enregistrée par Kurt Eichhorn en 1991 : Camerata CD 30CM-196.

Version 1876[modifier | modifier le code]

Un enregistrement de cette version intermédiaire a été réalisé par William Carragan et John Berky à partir des trois enregistrements Camarata (15CM-380, 30CM-195 et 30CM-196) de Kurt Eichhorn : CD abruckner.com BSVD-0103

Version 1877[modifier | modifier le code]

« Version mixte » de Haas (1938)[modifier | modifier le code]

Les enregistrement les plus anciens, mais également celui Ricardo Chailly avec l'Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam en 1991 et ceux de Bernard Haitink, sont basés sur cette version, considérée comme inauthentique par Nowak.

Édition Nowak (1965)[modifier | modifier le code]

Les enregistrements plus récents sont basés en général sur cette version, notamment :

Réédition critique de Carragan (2007)[modifier | modifier le code]

Un premier enregistrement conforme au manuscrit original de Bruckner a eu lieu en 1997 par Daniel Barenboim avec la Philharmonie de Berlin - Teldec CD 3984 21485-2.

Quelques enregistements récents utilisent aussi cette réédition:

Version 1892[modifier | modifier le code]

Il existe quelques enregistrement de cette première édition :

  • Hermann Scherchen avec l'Orchestre symphonique de Toronto - Disco Archivia CD DA-095, 1965 (avec une importante coupure dans le finale)
  • Cristian Mandeal avec l'Orchestre philharmonique de Cluj-Napoca - Electrecord LP ST-ECE 02731/32/33, 1984
  • Hun-Joung Lim avec l'Orchestre symphonique de Corée - Decca CD Set DD 41143, 2016

Notes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Anton Bruckner, Sämtliche Werke, Kritische Gesamtausgabe – Band 2: II. Symphonie c-Moll (Originalfassung), Musikwissenschaftlicher Verlag der internationalen Bruckner-Gesellschaft, Robert Haas (Éditeur), Vienne, 1938
  • Anton Bruckner: Sämtliche Werke: Band II: II. Symphonie c-Moll, Musikwissenschaftlicher Verlag der Internationalen Bruckner-Gesellschaft, Vienne
    • II/1: Fassung 1872, William Carragan (Éditeur), 2005
    • II/2: Fassung 1877, Leopold Nowak (Éditeur), 1965 ; réédition par William Carragan, 2007
  • François-René Tranchefort et al., Guide de la musique symphonique, Fayard 1986
  • Uwe Harten, Anton Bruckner. Ein Handbuch. Residenz Verlag, Salzbourg, 1996 (ISBN 3-7017-1030-9)
  • Cornelis van Zwol, Anton Bruckner 1824-1896 - Leven en werken, uitg. Thot, Bussum, Pays-Bas, 2012 (ISBN 978-90-6868-590-9)

Liens externes[modifier | modifier le code]