Suzanne Daveau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Suzanne Daveau
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (96 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
Suzanne Blanche Daveau RibeiroVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Formation
Activités
Conjoint
Autres informations
Domaines
Directeur de thèse
Influencée par
Distinctions
Liste détaillée
Ordre du Mérite ()
Chevalière de l'ordre national du Mérite ()
Docteure honoris causa (, et )
Grande officière de l'ordre de Sant'Iago de l'Épée ()
Mulheres na Ciência (d) ()
Medalha de Mérito Científico (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Suzanne Blanche Daveau Ribeiro, plus connue sous le nom de Suzanne Daveau, née à Paris le , est une géographe, chercheuse et photographe franco-portugaise. Ses plus de 300 publications portent sur la géographie en général et celle du Portugal en particulier[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Suzanne Daveau est la cousine-petite-fille du botaniste Jules Daveau[2]. Sa famille est originaire du vignoble d'Argenteuil et elle passe ses vacances dans le Jura. En 1945 elle est institutrice à l'école primaire de Pantin. Pendant l'Occupation, elle poursuit ses études non pas dans une école normale, qui sont supprimées par le régime de Vichy car vues comme orientées politiquement, mais en lycée. Ce parcours lui ouvre la voie à l'université. Elle choisit la géographie car pour elle, « c'était une façon de connaître le monde, de sortir, de voyager » au contraire de l'histoire qui lui rappelle trop la propagande sous l'Occupation. Les cours se déroulent le jeudi, ce qui lui permet de combiner son emploi d'institutrice, où ce jour est libre, et ses études. En 1947 elle est diplômée de géographie à l'Université de Paris. Face à ses bons résultats, Georges Chabot lui conseille le concours de l'agrégation[3]. Elle fait partie des premières personnes agrégées de géographie en 1949[4]. En 1949 elle enseigne la géographie et l'histoire en lycée à Gap, puis à Lons-le-Saunier, en 1952 et 1953 à Lille[5].

Elle donne des cours dans diverses universités, telles que l'Université de Besançon et l'Université de Reims[6].

Travaux[modifier | modifier le code]

Georges Chabot

En 1957, elle soutient à l'Université de Paris sa thèse Les Régions frontalières de la montagne jurassienne, étude de géographie humaine, sous la direction de Georges Chabot[4]. Ce travail thématique est considéré comme pionnier en se centrant, pour la première fois, sur l’étude d’une frontière d'un point de vue humain[7],[8]. Il met l’accent sur les discontinuités démographiques, économiques et paysagères séparant le Jura suisse et le Jura français[9]. Elle est la deuxième femme à obtenir un doctorat de géographie en France après Jacqueline Beaujeu-Garnier[10].

Comme beaucoup d'autres femmes de sa génération, elle rejoint des universités dites coloniales qui viennent de se créer. En 1957 elle est maîtresse de conférences à l'Université de Dakar au Sénégal puis professeure de 1960 à 1964[5]. Elle prend part lors des indépendances à la naissance d’une université nouvelle adaptée aux problématiques de l'Afrique. Suzanne Daveau apporte son soutien aux collègues africains militants et africanise l’enseignement[4]. Elle effectue plusieurs missions avec Paul Pélissier, Assane Seck, Amadou M'Bou et Charles Toupet[11].

Elle travaille sur les milieux naturels et agraires de Mauritanie : réalisation des premières études géographiques sur les falaises de l’Adrar, de l’Assaba et du Tagant et contribue à des recherches archéologiques : ruines de Tegdaoust avec Jean Devisse et Denise Robert, itinéraire transsaharien décrit par El Bekri ou les anciens terroirs Gangara[10].

Personnalité décrite comme dotée d'une curiosité inébranlable pour la connaissance du monde, ses travaux portent sur des sujets aussi diversifiés que la géomorphologie et la climatologie[11], la géographie historique et régionale, l'histoire de la géographie et la cartographie[6].

En 1960, elle rencontre le géographe portugais Orlando Ribeiro lors du Congrès international de géographie qui se tient à Stockholm. Leur mariage en 1965 acte le début d'une longue collaboration scientifique et la conduit à orienter ses recherches sur le Portugal[4],[1]. Mais du fait de la célébrité de son mari, la carrière scientifique de Suzanne Daveau reste moins connue du grand public[12].

Travaux sur le Portugal[modifier | modifier le code]

De 1970 à 1993, elle est professeure invitée à la Faculté des lettres de l'Université de Lisbonne. Elle y introduit l'enseignement de la cartographie thématique, qui n'existe pas au Portugal. Elle effectue plusieurs voyages dans ce qui était alors des colonies portugaises, îles du Cap Vert, Angola, Mozambique.

En 1973, elle publie avec Ribeiro l'ouvrage de référence La Zone intertropicale humide, richement illustré[13]. Centré sur l'être humain, il délaisse le développement sur les milieux naturels attendu pour un ouvrage de géographie zonale[14],[15].

L'ensemble de ses travaux durant toute sa carrière, plus de 300[16], font d'elle une spécialiste de la géographie du Portugal. Elle rédige ainsi plusieurs fiches pour l'Encyclopædia Universalis[17].

Geografia de Portugal[modifier | modifier le code]

Avec Hermann Lautensach et son mari Orlando Ribeiro, Suzanne Daveau publie une monumentale Geografia de Portugal en quatre volumes. La construction de l'ouvrage est originale. Elle s’appuie sur les travaux de l'allemand Lautensach, prolongés par Ribeiro, actualisés et commentés par Suzanne Daveau[18]. Ce sont trois générations et formations différentes de géographes qui se combinent[19]. Travail important, exhaustif, sérieux et ambitieux, il propose des renseignements inédits et dispose d'une cartographie riche[20]. Ces livres deviennent une référence sur la géographie du Portugal. Ils sont synthétisés par Suzanne Daveau dans Portugal geográfico[21].

Création de Finisterra[modifier | modifier le code]

En 1966, avec Orlando Ribeiro et Ilidio do Amaral, Suzanne Daveau créée Finisterra, revue portugaise de géographie[22].

Publication des écrits posthumes d'Orlando Ribeiro[modifier | modifier le code]

Après son décès en 1997, Suzanne Daveau réorganise, publie et réédite les écrits de son mari, dont certains inédits, avec une perspective critique et un esprit de méthode[23]. Ses introductions et annotations apportent une remise en contexte historique du parcours scientifique de Ribeiro[2].

Photographie[modifier | modifier le code]

Initiée par son grand-père et sa mère, Suzanne Daveau fait de la photographie depuis ses onze ans. De Paris, en passant par ses terrains à Dakar puis sa vie au Portugal, ses photos sont un de ses outils de travail. Elles lui permettent d'interpréter le paysage et de noter des éléments réutilisés plus tard dans ses recherches[11]. Elles ont fait l'objet d'expositions[24],[25]. Les clichés sont publiés à destination du public dans Atlas Suzanne Daveau[6].

Hommages et distinctions[modifier | modifier le code]

  • Médaille du mérite scientifique par le Ministère portugais des Sciences, Technologies et de l'Enseignement supérieur « pour sa pertinence dans le domaine de la géographie ainsi que pour sa carrière d'enseignante et ses recherches développées en France, en Afrique de l'Ouest et au Portugal » en 2019[28].

Docteur honoris causa[modifier | modifier le code]

Principaux ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Suzanne Daveau, Les plateaux du sud-ouest de la Haute-Volta, Dakar-Fann, , 64 p.
  • (pt) Suzanne Daveau, O ambiente geográfico natural aspectos fundamentais, Lisboa, , 135 p.
  • Suzanne Daveau, Le relief du Baten d'Atar, Adrar mauritanien, vol. 2, Paris, Centre de recherches et documentation cartographiques et géographiques, CNRS, , 101 p.
  • Suzanne Daveau, Orlando Ribeiro, La zone intertropicale humide, Paris, Armand Colin, , 275 p.
  • (pt) Suzanne Daveau, Mapas Climáticos de Portugal. Nevoeiro e Nebulosidade, Contrastes Térmicos, Centro de Estudos Geográficos, , 84 p.[29]
  • (pt) Orlando Ribeiro, Hermann Lautensach, Suzanne Daveau, Geografia de Portugal, 1987-1991 (4 volumes).
  • (pt) Suzanne Daveau, Portugal geográfico, Lisboa, , 223 p. (ISBN 972-923041-2)
  • (pt) Suzanne Daveau, A descoberta da África Ocidental: ambiente natural e sociedades, Lisboa, , 300 p.
  • (pt) Maria Fernanda Alegria, Suzanne Daveau, João Carlos Garcia, Historia da cartografia portuguesa, Porto, Fio do Palavra editores, , 310 p. (ISBN 978-989-8171-27-6)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (pt) Maria Fernanda Alegria, Geografias de Suzanne Daveau, Lisbonne, Centro de estudos geográficos, , 183 p. (ISBN 978-972-636-252-4)
  • Film documentaire Suzanne Daveau de Luísa Homem en 2019, sur suggestion de la petite-fille de Ribeiro[30],[12],[31].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (pt) João Carlos Garcia, « Suzanne Daveau: vida e obra geográfica » [PDF], Finisterra, vol. XXXII (63), 1997, Universidade de Lisboa, p. 11-44
  2. a et b (pt) Lucas Brandão, « As orientações do geógrafo Orlando Ribeiro », Comunidade Cultura e Arte, (consulté le )
  3. (pt) « O ensino da Geografia em França nos meados do século XX. Testemunho da Professora Suzanne Daveau », Revista de Educação Geográfica | U.P., vol. 1,‎ , p. 105-112 (ISSN 2184-0091, DOI 10.21747/getup/1, lire en ligne, consulté le )
  4. a b c d e f et g « Suzanne DAVEAU - Dictionnaire créatrices », sur www.dictionnaire-creatrices.com (consulté le )
  5. a et b Nicolas Ginsburger, « Portrait en groupe de femmes-géographes. La féminisation du champ disciplinaire au milieu du XXe siècle, entre effets de contexte et de structure (1938-1960) », Annales de géographie, varia no 713,‎ , p. 107–133 (lire en ligne, consulté le )
  6. a b et c (pt) Ana Pina, « Livro: “Atlas Suzanne Daveau” », sur O Jornal Económico, (consulté le )
  7. René Lebeau, « Suzanne Daveau, Les régions frontalières de la montagne jurassienne, étude de géographie humaine », Géocarrefour, vol. 36, no 1,‎ , p. 83–89 (lire en ligne, consulté le )
  8. Michel Izard, « Suzanne Daveau, Les régions frontalières de la Montagne Jurassienne, Étude de géographie humaine. », Études rurales, vol. 9, no 1,‎ , p. 118–120 (lire en ligne, consulté le )
  9. http://ler.letras.up.pt/uploads/ficheiros/6765.pdf
  10. a et b « Entretien avec…. Suzanne Daveau, l’auteur des premières études géographiques sur la Mauritanie », sur www.cridem.org (consulté le )
  11. a b et c (pt) Alain Huetz de Lemps, « Daveau Suzanne, 1999 -A descoberta da Africa ocidental. Ambiente natural e sociedades. », Les Cahiers d'Outre-Mer, vol. 53, no 211,‎ , p. 291–292 (lire en ligne, consulté le )
  12. a et b (it) « Intervista a Luísa Homem - Doclisboa 2019 | Quinlan.it », sur Quinlan, (consulté le )
  13. Paul Veyret, « Daveau (S.), Ribeiro (O.). — La zone intertropicale humide. », Revue de Géographie Alpine, vol. 61, no 4,‎ , p. 611–612 (lire en ligne, consulté le )
  14. Pierre Pagney, « S. Daveau et O. Ribeiro. La zone intertropicale humide (collection « U ») », Revue Géographique de l'Est, vol. 13, no 4,‎ , p. 559–560 (lire en ligne, consulté le )
  15. Jean Robert, « S. Daveau, O. Ribeiro. — La zone intertropicale humide », Norois, vol. 83, no 1,‎ , p. 480–483 (lire en ligne, consulté le )
  16. a b et c (pt) « O ensino da Geografia em França nos meados do século XX. Testemunho da Professora Suzanne Daveau »
  17. « Suzanne DAVEAU - Encyclopædia Universalis », sur www.universalis.fr (consulté le )
  18. Michel Poinard, « Portugal : de la géographie a son épistémologie. O. Ribeiro et H. Lautensach, S. Daveau (commentaires et actualisation), Georgrafia de Portugal - III. O Povo Portugués, IV. A Vida Económica e Social », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, vol. 62, no 2,‎ , p. 230–233 (lire en ligne, consulté le )
  19. Pierre-Yves Péchoux, « Un monument consacré au Portugal : O. Ribeiro et H. Lautensach, Geografía de Portugal. I. A posiçâo geográfica e o territorio », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, vol. 61, no 3,‎ , p. 419–421 (lire en ligne, consulté le )
  20. Jean Salomon, « Geografía de Portugal. O. Ribeiro , H. Lautensach et S. Daveau, (1987) », Méditerranée, vol. 68, no 2,‎ , p. 89–89 (lire en ligne, consulté le )
  21. François Guichard, « Suzanne Daveau, Portugal geográfico », Lusotopie, vol. 3, no 1,‎ , p. 408–408 (lire en ligne, consulté le )
  22. Jean Demangeot, « Une revue portugaise de géographie : Finisterra, revista portuguesa de Geografía », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, vol. 38, no 3,‎ , p. 300–300 (lire en ligne, consulté le )
  23. Suzanne Daveau, « Coup d’oeil sur la pratique de la géographie au Portugal, selon un important ouvrage récent », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, vol. 25, no 1,‎ , p. 11–23 (lire en ligne, consulté le )
  24. (pt) « Atlas: a viagem de Suzanne Daveau », sur TSF Rádio Notícias, (consulté le )
  25. (pt) « Apresentação do livro “O Ambiente Geográfico Natural” de Suzanne Daveau », sur CEG (consulté le )
  26. (en) « Academia das Ciências », sur www.acad-ciencias.pt (consulté le )
  27. Alvará n.º 147/2002, Diário da República n.º 256/2002, Série II de 2002-11-06
  28. Despacho n.º 8391/2019, Diário da República n.º 181/2019, Série II de 2019-09-20
  29. G. D. De Dobbeleer, M. H. Ledoux-Corbusier et G. A. Achten, « Graft versus host reaction. An ultrastructural study », Archives of Dermatology, vol. 111, no 12,‎ , p. 1597–1902 (ISSN 0003-987X, PMID 972, DOI 10.1001/archderm.111.12.1597, lire en ligne, consulté le )
  30. « Suzanne Daveau » (consulté le )
  31. (pt) orapazdafabrica, « Luísa Homem e Maria Clara Escobar | Entrevistas | Antena 3 | RTP », sur Antena 3 (consulté le )
  32. (pt) « Biblioteca Nacional adquire espólio de Fernando Pessoa ainda na posse da família », sur Luxemburger Wort - Edição em Português, (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]