Serge Galam

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Serge Galam est un physicien français, directeur de recherche émérite au CNRS[1]. Il est spécialiste du désordre dans la matière et il a mené une carrière internationale (Israel, USA, France). Il a publié plus de cent cinquante articles originaux de recherche dans les revues scientifiques mondiales à comité de lecture (Web of Science) ainsi que de nombreux articles et tribunes dans la presse d’information généraliste (Le Monde, Libération, Causeur, New York Times...).

Serge Galam est l'inventeur de la Sociophysique [2],[3],[4]. La Sociophysique s'inspire de concepts et de techniques issus de la physique des comportements collectifs dans la matière pour construire des modèles de comportements sociaux et politiques. Il s'agit d'élaborer une méthodologie à la façon du physicien en vue d'apporter un éclairage nouveau et contre-intuitif aux sciences sociales, sans vouloir s'y substituer. L'ambition est la prédiction d'un certain type d'événements comme les élections et les référendums. Il a produit une série de modèles fondateurs notamment à propos du vote dans les systèmes hiérarchiques, la prise de décision en groupe, la stabilité et la fragmentation des alliances entre pays, la diffusion d'opinions minoritaires, le phénomène des rumeurs, le terrorisme, la dynamique de radicalisation et celle des opinions sous l'influence des préjugés, des contrarians et des inflexibles. A partir de ses modèles, Serge Galam a prédit avec succès plusieurs évènements hautement improbables, donnés comme impossibles par la quasi-totalité des sondeurs et experts (voir le détails plus bas).

Serge Galam est un auteur de référence en sociophysique, domaine qui compte aujourd'hui des centaines d'articles de recherche dans les revues internationales à comité de lecture avec chaque année de nombreuses conférences internationales sur le sujet. Il y a donné des centaines de conférences ainsi que des séminaires dans des universités du monde entier (USA, Japon, Chine, Brésil, Mexique, Israel, Europe, Géorgie, Arménie, Ouzbékistan, ...).

Serge Galam a non seulement fondé la sociophysique à la fin des années soixante-dix mais avait anticipé son expansion à partir d'une analyse à la fois épistémologique et sociologique. Elle fut cependant rejetée avec force par les physiciens jusqu'à la fin des années quatre vingt-dix, avant de devenir depuis les années deux mille, un domaine à part entière de la recherche scientifique au sein de la communauté internationale des physiciens.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1975, Serge Galam obtient un doctorat de physique à l’université Pierre-et-Marie-Curie de Paris (Effet de la polarisation des électrons sur les propriétés thermodynamiques des plasmas ioniques denses). En 1981, il reçoit un Ph.D. de physique (Etude des points multicritiques dans les systèmes magnétiques) à l'université de Tel Aviv où il enseigne de 1977 à 1981. De 1981 à 1983, il est chercheur associé et enseigne au City College de l'université de la ville de New York (CUNY) puis de 1983 à 1985 comme Assistant Professor à l'université de New York (NYU).

De 1984 à 2004, il travaille au sein de quatre laboratoires de physique de l’UPMC (Paris 6) : le Département de Recherches Physiques (DRP), le Groupe de Physique du Solide (GPS), le Laboratoire d'Acoustique et d'Optique de la Matière Condensée (AOMC), le Laboratoire des Milieux Désordonnés et Hétérogènes (LMDH)..

En 1999, il est nommé directeur de recherche au CNRS.

En 2004, il rejoint le Centre de recherche en épistémologie appliquée de l’École polytechnique (CREA) qu'il dirige comme directeur par intérim pendant six mois.

En 2013, il rejoint le Centre de recherche politique de Sciences Po, le CEVIPOF, y devenant le premier physicien.

De 2015 à 2017, il crée et donne un cours d'initiation à la sociophysique, équations incluses, suivis par des étudiants d'un grand nombre de Masters différents dans le cadre de la formation académique commune des Masters de Sciences Po. Il y anime en parallèle un séminaire doctoral transversal de l'Ecole Doctorale. En 2018, il devient directeur de recherche émérite au CNRS affecté au CEVIPOF.

En 2016, utilisant les principes de l’approche sociophysique, il prédit l’élection de Donald Trump puis la défaite d'Alain Juppé[5]. En revanche, il envisage à tort la qualification de François Fillon au second tour de l'élection présidentielle 2017[6].

Il se dit climato-sceptique[7],[8] ou « climato-exigeant »:

« Je ne suis pas un climatosceptique au sens de conspirationniste. Je doute face à l'unanimisme sur le climat qui profite à des intérêts politiques alors que la climatologie n'est pas encore une science dure[9]. »

 Son principal argument étant que contrairement à la gestion du politique, la science ne se décrète pas, ni à l'unanimité ni au consensus, soit elle est soit prouvée, soit elle ne l'est pas. Et contrairement au sens commun, en science, 99% de preuve ne permet pas de conclure que c'est 100% vrai. Dans ces conditions, il appelle à une séparation entre la science, les scientifiques et les politiques, qui eux doivent assurer leur responsabilité en prenant des décisions sur la base de données incomplètes, ce qui implique entre autres, la réhabilitation de la prise de risque assumée dans les choix politiques :

Thèmes de recherche[modifier | modifier le code]

  • Ses principales prédictions : Stabilité des systèmes communistes et leur effondrement soudain : un de ses premiers modèles de sociophysique a concerné les hiérarchies pyramidales démocratiques dites "bottom-up". Serge Galam a montré comment une très grande majorité de plus de soixante-dix pour cent d'opposition à la base de la hiérarchie contre la direction du sommet, s'auto-éliminait démocratiquement depuis la base de l'organisation au fur et à mesure que les niveaux hiérarchiques sont gravis par des votes majoritaires. Il en a obtenu une idéalisation d'un "totalitarisme démocratique" qui permet de donner une explication contre-intuitive de l'apparente immuabilité des systèmes communistes, ainsi que leur effondrement soudain comme survenu en Europe. Ces effondrements ne seraient pas le résultat d'un retournement opportunisme des membres dirigeants des partis, mais le résultat d'un très long processus d'opposition, qui a finalement permis de franchir le seuil (de l'ordre de 77%) entrainant un basculement soudain, total, et immédiat du sommet de la pyramide.
  • Scénario Le Pen au second tour des présidentielles de 2002 : dés 1997 et 1998, Serge Galam, à partir de ses modèles de votes, a prévu comment le Front National pourrait arriver démocratiquement au pouvoir par surprise à la faveur d'une nouvelle élection, avec seulement quelques quelques centaines de milliers de voix supplémentaires par rapport à la précédente, alors qu'auparavant, des millions voix supplémentaires n'avaient eu aucune conséquence. Ce scénario s’est effectivement réalisé lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2002 avec Jean-Marie Le Pen face à Jacques Chirac, qui l'emporte finalement très largement grâce à la mise en place du Front Républicain.
  • Victoire du Non au référendum sur la constitution européenne : en 2002 et 2004, les travaux de Serge Galam sur la propagation d'opinions minoritaires, lui permettent de conclure que les partisans de la construction Européenne ont raison de ne pas tenir de référendums sur la question européenne. D'après son modèle, en cas de référendum sur l'Europe, malgré des sondages très favorables à l'Europe en début de campagne, la dynamique d'opinion fera finalement gagner le rejet à l'Europe. C'est ainsi qu'en 2004, lors du référendum sur la constitution européenne, alors que le Oui est donné largement gagnant, il prédit sa victoire avec plusieurs mois d'avance. La même dynamique de renversement majoritaire donnera la victoire inattendue du Brexit en 2016.
  • Votes à 50/50 : en 2004, à partir d'une étude sur l'impact des contrarians dans la dynamique d'opinion, il explique la victoire de Bush sur Gore en 2000 grâce à 537 voix de plus en Floride, non comme l'occurrence accidentelle d'un résultat hautement improbable, mais comme le résultat aléatoire d'un vote déterministe à exactement 50/50, le vainqueur étant le bénéficiaire d'erreurs infimes, normalement sans conséquence sur le résultat. Il en conclut que de tels votes à quasiment 50/50 vont se reproduire les années suivantes, ce qui se réalise entre autres, en Allemagne (2002) et en Italie, Mexique et Tchéquie (2006).
  • Dynamique de coalition/fragmentation : en combinant deux systèmes d'interactions gelés et désordonnées respectivement en liens et en sites, il construit un modèle d'interactions superposées entre états, capable de produire des dynamiques de coalition/fragmentation entre pays. Il montre comment l'établissement de coalitions supra-nationales comme l'Europe permet de neutraliser les tendances naturelles de confrontation entre certains pays, bien illustrées par la longue histoire de conflit-alliance par le triangle France - Allemagne - Angleterre. Le modèle donne une explication au paradoxe de la stabilité européenne durant la guerre froide versus les guerres qui ont suivi en Europe de l'Est après l'effondrement du bloc soviétique alors que l'Europe de l'Ouest est restée stable.
  • Attentat du à New York : il utilise le concept de percolation pour mettre en avant le rôle essentiel des supporters passifs dans l'action terroriste étendue géographiquement. Le modèle montre pourquoi l'action militaire seule ne peut pas venir à bout du terrorisme, l'action devant aussi se focaliser sur la neutralisation des composants d'identification de chaque groupe terroriste dans un espace social qui détermine la valeur effective du seuil de percolation dans l'espace réel.
  • En 2016, utilisant les principes de l’approche sociophysique, il prédit l’élection de Donald Trump plusieurs mois avant le vote. Son modèle de dynamique d'opinion qui intègre l'effet des préjugés, montrait comment Trump, par la répétition de ses saillies choquantes, modifiait les préjugés activés en mobilisant ceux qui sont normalement gelés, comme le racisme et le sexisme.
  • En 2017, Il prédit la défaite d'Alain Juppé aux primaires de la droite. Il envisage également la qualification de François Fillon au second tour de l'élection présidentielle, si ce dernier arrive à dépasser le socle stable de ses 17% de soutien pour atteindre les 20%, ce qui ne se produira pas. Pour la présidentielle, il met en garde contre la tentation de l'abstention inavouée, qui pourrait faire gagner Marine Le Pen avec moins de 50% d'intention de votes. Pour cela, elle devait atteindre les 44-45% d'intention de votes, Cela n'a finalement pas eu lieu à la suite de son débat avec Emmanuel Macron qui aboutira à un renversement des attitudes avec des électeurs qui avaient pensé voter pour elle pour la première fois et qui s'abstiendront, et des abstentionnistes inavoués potentiels qui finalement iront voter Macron.
  • En 2020, pour l'élection US de novembre, il considère que la martingale gagnante de 2016, à savoir la répétition de sorties “choquantes” qui, en provoquant l'indignation réelle de nombreux électeurs, a en même temps activé leurs préjugés gelés en sa faveur, ne fonctionnera plus, car après quatre de Trump au pouvoir, dévitalisées, elles ont perdu leur capacité à générer de grandes réactions émotionnelles. En revanche, si les préjugés gelés resteront gelés, ce seront les préjugés spontanément activés qui vont être actifs, en particulier ceux de la peur de l'autre candidat, et de la perception de l'attitude personnelle face aux risques du Covid, téméraire contre prudent. Chaque candidat activant ces préjugés, c'est leur différentiel dans chaque état Swing qui va être déterminant. De plus, constatant que quatre années de Trump avaient polarisé une grande partie des électeurs américains en anti-Trump bornés et pro-Trump bornés, individus qu'il désigne dans son modèle comme des inflexibles, face au flotteurs, les électeurs qui ont fait un choix, mais qui peuvent éventuellement en changer, il montre que ce sont les surplus d'inflexibles, combinés aux différentiels des préjugés, qui feront le vainqueur à la marge dans les états Swing. Faisant des estimations approximatives sur un excédent de surplus pour Trump dans suffisamment d'états, il prédit à tort la victoire de Trump. Ce sera finalement Biden qui aura ces surplus gagnant à la marge au lieu de Trump. Sa prédiction s'avère donc "presque" juste, la victoire de Biden état effectivement à la marge. Elle est également bien plus proche de la réalité que l'ensemble des prédictions qui donnaient une large victoire à Biden.
  • A ce stade, Serge Galam ne prétend pas que ses « prédictions » prouvent la validité de la sociophysique, mais qu'elles illustrent le bien-fondé de l'approche, justifiant la poursuite et l'accroissement des recherches dans ce domaine très prometteur, aux enjeux de société considérables. Il précise que ce n'est pas un "work in progess" mais "a field in progress".
  • Mots-clés : Coalitions, controverses, dynamique d’opinion, prises de décision, rumeurs, sociophysique, systèmes désordonnés, terrorisme, votes[1].

Publications[modifier | modifier le code]

Il a publié de nombreux articles dont les suivants :

S. Galam, « About imperialism of physics », Fundamenta Scientiae 3 (1982) 125

P. Pfeuty and S. Galam, « Les physiciens et la frustrations des électrons », La Recherche 124 (1981) 862

S. Galam, « Physicists as a revolutionary catalyst », Fundamenta Scientiae 1 (1980) 351-353

S. Galam, « Le vote majoritaire est-il totalitaire ?», Pour La Science, Hors série, Dossier N°24 « Les Mathématiques Sociales », (1999) 90-94

S. Galam, « Application of Statistical Physics to Politics», Physica A 274 (1999) 132-139

S. Galam, « Sociophysics: a personal testimony », Physica A 336 (2004) 49-55

S. Galam, « Sociophysics: A Physicist's Modeling of Psycho-political Phenomena », New York, Springer, 2012, 439 p. (ISBN 978-1-4614-2031-6)

S. Galam, « Sociophysics: a review of Galam models », International Journal of Modern Physics C 19, N°3 (2008) 409-440

Serge Galam est aussi l'auteur de livres de sociophysique et d'épistémologie à destination d'un plus large public :

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (Galam Cevipof)
  2. (Galam 2012)
  3. (en) Cesar Garcia-Diaz, « Review », JASSS,
  4. Vincent Verschoore, « Sociophysique, ultra-brève introduction » (consulté le )
  5. « L’homme qui a prévu l’élection de Trump et la défaite de Juppé », causeur.fr, 2 décembre 2016.
  6. « Emission Polonium sur Paris Première » (consulté le ).
  7. (Galam 2008).
  8. Jean-Marc JANCOVICI, « Commentaire de lecture : Les Scientifiques ont Perdu le Nord », (consulté le ).
  9. « Serge Galam, le physicien qui prédit la victoire de Marine Le Pen », Le Journal du dimanche,‎ (lire en ligne, consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]