René Dalize

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René Dalize
Nom de naissance René Dupuy
Naissance
à Paris (France)
Décès (à 37 ans)
au Chemin des Dames (France)
Activité principale
romancier, poète, journaliste
Auteur
Langue d’écriture français
Genres
roman, poésie

Œuvres principales

  • Le Club des neurasthéniques (roman, 1912)
  • Ballade du pauvre Macchabé mal enterré (poème, 1915)

René Dalize, né René Dupuy à Paris le et mort le au Chemin des Dames dans les combats de la Première Guerre mondiale, est un écrivain français, ami de Guillaume Apollinaire, qui lui a dédié son recueil Calligrammes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles Marie Edouard René Dupuy est le fils du journaliste parisien Charles Dupuy, rédacteur en chef de l'hebdomadaire monarchiste La Gazette de France ; la famille a des origines en Martinique et se flatte de descendre du chevalier Auguste Dupuy des Islets (1760-1829), créole de Saint-Domingue, lointain cousin de Joséphine Tascher de la Pagerie dont il aurait été l'amant et introducteur du menuet aux Antilles [1]. Dans ses mémoires autobiographiques parues en 1994, J'ai eu pour métier ma passion, le metteur en scène René Dupuy (1920-2009) indique qu'il est le fils d'une sœur de René Dupuy, Charlotte, et que les enfants, mal aimés de leur mère, avaient été expédiés dans des établissements religieux [2].

René Dalize rencontre Guillaume Apollinaire, qui a un an de moins que lui, en 1892 au collège catholique Saint-Charles de Monaco, dirigé par les frères Maristes et devient son ami [1]. Dalize y sera élève pendant deux ans. Apollinaire évoque cette période dans le poème « Zone » d'Alcools :

Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize
Vous n'aimez rien tant que les pompes de l'Église
Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir en cachette
Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège 

En 1897, René Dupuy entre dans la marine où il restera jusqu'en 1908 ; il est aspirant à Cherbourg, enseigne de vaisseau en 1901-1902 sur le croiseur "Suchet" ; il assiste le 8 mai 1902 à l'éruption de la montagne Pelée à la Martinique : le "Suchet" s'y trouvait et put secourir des marins et des passagers des autres navires en feu au mouillage dans la rade[N 1]. Dalize sert ensuite sur le contre-torpilleur "Mousquet" en Méditerranée en 1904 et comme second sur un torpilleur dans la Manche en 1905-1906. Il quitte la marine en 1908 [3].

Il est à Paris à partir de 1909 et renoue avec Guillaume Apollinaire ; il fréquente le monde littéraire et journalistique, notamment dans le salon animé par Augustine Bulteau qui épousera Paul-Jean Toulet avec lequel il se lie. Dalize, comme d'autres anciens officiers de marine [4], est l'un des introducteurs dans ce monde d'artistes, d'écrivains et et de journalistes de l'usage de l'opium [N 2].

En février 1912, il fonde avec Guillaume Apollinaire, André Billy, André Salmon et André Tudesq la revue littéraire et artistique Les Soirées de Paris qui paraîtra jusqu'en août 1914. Il y publie des articles et des textes (« La littérature des intoxiqués », n° 1, où il propose « trois récits de vision » qui « résument [...] assez bien à eux seuls, la littérature entière de l'opium » ; « Sur le bateau de fleurs », n° 2 ; « Variations sur le cannibalisme », n° 3 ; « La Révolte », n° 4 ; « À propos d’un livre de M. Barrès », compte-rendu de Gréco ou le secret de Tolède de Maurice Barrès, n° 5) ainsi que des poèmes [5].

Il publie en 1912 sous le pseudonyme de Franquevaux en feuilleton dans le journal Paris-Midi un roman d'aventures Le Club des neurasthéniques. Trois romans parus en 1914 sous le nom d'Apollinaire ont été attribués à René Dalize : La Fin de Babylone [6], Les trois Don Juan et La Rome des Borgia [7].

La guerre[modifier | modifier le code]

Incorporé en 1914, René Dalize est affecté au 18e régiment d'infanterie puis au 414e régiment d'infanterie où il retrouve le poète Jean Le Roy ; avec lui, et François Bernouard, poète et typographe, il crée un journal de tranchées, Les Imberbes, qui a pour sous-titre « paraissant de temps à autre et longtemps s'il plaît à M.M. les Allemands ». Sa Ballade du pauvre Macchabé mal enterré y paraît dans le n° 4 d'octobre 1915 sous le pseudonyme de caporal Baron de Franquevaux [8].

En septembre 1915, Dalize est nommé capitaine. Il obtient la Légion d'honneur le 1er avril 1917 [9].

Il est tué le 7 mai 1917 par un obus au Plateau de Californie, partie orientale du Chemin des Dames qui domine le village de Craonne[N 3]. Il est enterré à la hâte, et il ne reste rien de sa tombe, un sort que Dalize a anticipé dans sa Ballade du pauvre Macchabé :

Je suis le pauvre macchabée, mal enterré,
Mon crâne lézardé s’effrite en pourriture,
Mon corps éparpillé divague à l’aventure,
Et mon pied nu se dresse vers l’azur éthéré.


Plaignez mon triste sort.
Nul ne dira sur moi : « Paix à ses cendres ! »
Je suis mort
Dans l'oubli désolé d'un combat de décembre.

Son nom figure au Panthéon de Paris parmi les écrivains morts pour la France.

L'annonce de la mort de Dalize affecte profondément Apollinaire, qui l'évoque dans une longue lettre du 21 mai 1917 à Georgette Catelain : « Je viens de perdre mon plus cher ami, celui qui est mentionné dans Alcools [...] Un obus est venu confirmer son récent pessimisme. Il a clamé sa mort en des lettres. Il a su qu'il mourrait si on ne le tirait pas de l'épouvantable enfer où il était depuis 1914. C'est une chose effrayante que cette mort, je n'y peux penser sans frémir [...] Je perds outre un compagnon délicieux mon plus ancien mon meilleur ami. Cela ne se remplace pas et celui-là était d'une qualité unique. » [10]. Le 1er septembre 1917, il lui consacre un article dans le Mercure de France et contribuera à l'édition en 1919 de son poème Ballade du pauvre macchabée mal enterré illustré de gravures sur bois par André Derain [11].

Apollinaire avait brièvement évoqué Dalize dans un des contes du recueil Le Poète assassiné, publié en 1916[N 4],[12]. Il lui dédie en 1918 le recueil de poèmes Calligrammes : « A la mémoire du plus ancien de mes camarades RENE DALIZE mort au champ d'honneur le 7 mai 1917. », et l'évoque dans le poème "La colombe poignardée et le jet d'eau" :

alternative textuelle
La Colombe poignardée et le Jet d’eau
Où sont Raynal Billy Dalize
O mes amis partis en guerre
Dont les noms se mélancolisent

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le Club des neurasthéniques, Paris, , paru en feuilleton sous le pseudonyme de Franquevaux dans le journal Paris-Midi.
  • en collaboration avec Guillaume Apollinaire ?
    • La Rome des Borgia, Paris, Bibliothèque des curieux, , 185 p..
    • Les trois Don Juan, Paris, Bibliothèque des curieux, , 320 p..
    • La fin de Babylone, Paris, Bibliothèque des curieux, , 302 p..
  • éditions posthumes
    • Ballade du pauvre Macchabé mal enterré : poëme de René Dalize ; décoré de six bois inédits et gravés par André Derain ; suivi de deux souvenirs de Guillaume Apollinaire et André Salmon, Paris, François Bernouard, , 36 p. : in-4 oblong, tiré à 130 exemplaires, illustré de 6 bois gravés par Derain dont 4 en pleine page[13].
    • René Dalize et Paul-Jean Toulet, Au Zanzi des coeurs : comédie en un acte ; préface d'André Billy ; pointe sèche d'Yvonne Préveraud, Paris, Le Divan, , 126 p. (ISBN 979-10-91504-00-3).
    • Ballade du pauvre macchabée mal enterré : suivi de deux souvenirs de Guillaume Apollinaire & André Salmon. Edition proposée et établie par Laurence Campa, Paris, Abstème & Bobance, , 19 p. (ISBN 2-914490-21-6).
    • Le Club des neurasthéniques, roman inédit présenté par Éric Dussert, Talence, L'Arbre Vengeur, coll. « L'Alambic (18) », , 324 p. (ISBN 979-10-91504-00-3).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. René Dalize décrit l'éruption dans son roman Le Club des neurasthéniques et dans un article de la revue Les Soirées de Paris en janvier 1913.
  2. Selon Max Jacob : « Dans les premières années de ce siècle, un officier de marine ami de Guillaume Apollinaire, René Dalize, apporta de l'opium à sa petite amie. Il est bien possible que ce soit là la première apparition de l'opium à Montmartre. Picasso, Delormel (autre ami d'Apollinaire) et moi, nous fûmes invités à goûter à la drogue dans un petit appartement du boulevard de Clichy, je crois. On nous installa sous la table de la salle à manger qui était Henri II. Picasso prit un certain enthousiasme pour l'opium et pendant quelques semaines, Fernande Olivier, lui et moi, nous ne fîmes plus autre chose que de fumer. », Le Figaro, 12 août 1939.
  3. Guillaume Apollinaire dans l'article qu'il lui consacre dans le Mercure de France indique qu'il est enterré à « Cogne-le-Vent » ; il est possible qu'il s'agisse de la ferme d'Hurtebise, lieu stratégique où de violents combats ont eu lieu.
  4. Dans le Cas du brigadier masqué c’est-à-dire le poète ressuscité : « Dans de grands paysages de neige et de sang il vit la dure vie des fronts ; la splendeur des obus éclatés ; le regard éveillé des guetteurs épuisés de fatigue ; [... René Dalize commandait à une compagnie de mitrailleuses [...] »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Laurence Campa, Guillaume Apollinaire, Paris, Gallimard, coll. « Biographies », (ISBN 2070775046, lire en ligne) ; on trouve parfois le nom de René Dupuy des Islettes.
  2. René Dupuy, J'ai eu pour métier ma passion, Paris, Libraire Nizet, coll. « Théâtre en mémoire(s) », (ISBN 2-7078-1177-7), p. 11-13.
  3. « Officiers et anciens élèves. Charles Marie Edouard René Dupuy », sur Parcours de vie dans la Royale (consulté le 29 janvier 2017).
  4. Andrada Fatu-Tutoveanu, « L’opium dans le contexte de l'imaginaire colonial. Voyages dans l'Orient et intoxications opicées », Bulletin of the Transilvania University of Braşov, vol. 2, no 51,‎ , p. 59-64 (lire en ligne)
  5. Isabel Violante Picon, « Les "Soirées de Paris" (1912-1914) : du cubisme au surréalisme en passant par le futurisme », dans Futurisme et surréalisme, Lausanne, L'Âge d'homme, (lire en ligne), p. 35-57
  6. Selon André Billy, rubrique "Gazette des lettres" de Paris-Midi, 6 août 1913 : « M. René Dalize a entrepris d'écrire une vaste épopée en prose sur La Fin de Babylone ».
  7. « Dossier de presse de La Rome des Borgia », Que Vlo-Ve ? Bulletin international des études sur Apollinaire, no 18,‎ , p. 48-52.
  8. « Les Imberbes », sur Gallica. Journaux de tranchées (consulté le 30 janvier 2017).
  9. « Cote LH/862/47 », base Léonore, ministère français de la Culture
  10. Annette Becker, La Grande Guerre d'Apollinaire : un poète combattant, Paris, Éditions Tallandier, coll. « Texto », (lire en ligne)
  11. Laurence Campa, « 'Derain aux yeux gris comme l'aube' : Apollinaire et Derain 1904-1918 », Cahiers André Derain, vol. 7,‎ (lire en ligne).
  12. Olivia-Ioana Costaş, « Le Poète assassiné et l'écriture de guerre : collage et métissage générique », Relief, vol. 8, no 2,‎ , p. 51-61 (lire en ligne).
  13. Luc Monod, Manuel de l'amateur de livres illustrés modernes 1875-1975, t. 2, Ides et calendes, (ISBN 2-8258-0038-4), p. 479.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guillaume Apollinaire, « Sur la mort de René Dalize », Mercure de France, no 461,‎ , p. 179-182 (lire en ligne).
  • André Salmon, René Dalize. Dans : Anthologie des écrivains morts à la guerre (1914-1918), tome 5, 1926.
  • André Salmon, « René Dalize », Jean-Jacques, littéraire et parisien,‎ , p. 1 (lire en ligne).
  • Eric Dussert, « René Dalize (1879-1917) », dans Une forêt cachée. 156 portraits d'écrivains oubliés, Paris, La Table ronde, , 850 pages p., p. 283-286.
  • Eric Dussert, « L'opium et la camarde », Le Matricule des Anges, no 105,‎ juillet-août 2009 (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]