Religions de la Préhistoire

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Chevaux de la grotte Chauvet, Aurignacien, 31 000 ans BP

Les religions de la Préhistoire sont particulièrement difficiles à reconstituer puisqu'aucun document écrit ne les décrit : la Préhistoire est en effet définie comme la longue période qui précède l'invention de l'écriture. Elle n'est donc accessible qu'à travers des vestiges matériels, objets manufacturés ou œuvres d'art.

Cette limite est résumée ainsi par André Leroi-Gourhan : « À partir du point où l'homme ne peut plus parler, parce qu'il est absent ou mort, où les archives font défaut, deux témoignages subsistent : celui de l'Art et celui des Techniques. »[réf. souhaitée]

Paléolithique inférieur[modifier | modifier le code]

Au Paléolithique inférieur, les indices de préoccupations spirituelles sont extrêmement ténus et sujets à discussion. Pour certains auteurs, la forme symétrique que présentent la plupart des bifaces acheuléens traduirait une première manifestation de recherche esthétique[1].

Le gisement de la Sima de los Huesos à Atapuerca a livré l'ensemble le plus important des fossiles osseux de la seconde moitié du Pléistocène moyen[2]. Les os appartiennent à un groupe de quelque 30 squelettes de l'espèce Homo heidelbergensis, considéré comme l'ancêtre de l’Homme de Néandertal. L'âge de ces prénéandertaliens est estimé à plus de 530 000 ans BP [3]. Ils semblent avoir été jetés intentionnellement dans la cavité ; l’absence d’ossements animaux, de marques de dents de charognards et d'outils, à l'exception d'un biface, indique qu'il ne s'agit pas d’un habitat mais plutôt d'un dépôt intentionnel dans le cadre d’un rite funéraire. Le seul biface découvert est interprété par certains auteurs comme un dépôt funéraire[4].

Paléolithique moyen[modifier | modifier le code]

Sépulture d'homme de Néandertal découverte dans la grotte de Kébara.
Le crâne a été prélevé longtemps après enfouissement, une molaire supérieure s'étant déchaussée.

Les premières sépultures proprement dites font leur apparition au cours du Paléolithique moyen, il y a environ 100 000 ans[5]. Elles sont liées à l'Homme de Néandertal en Europe et aux premiers humains anatomiquement modernes au Proche-Orient. Des vestiges osseux animaux considérés comme des offrandes sont parfois associés aux individus ensevelis. Un rituel impliquant le prélèvement du crâne post-mortem a été mis en évidence dans le cas de la sépulture néandertalienne de Kébara en Israël.

Dans certains sites moustériens tels que le Regourdou en Dordogne, des accumulations de crânes d'ours qui semblaient disposés intentionnellement ont été interprétées comme le résultat d'un « culte de l'ours ». Au Regourdou, un squelette d'ours brun reposait sous une dalle monolithe d'un poids de 850 kg, dans une fosse peu profonde. À proximité, le corps d'un Néandertalien était couché sur le côté gauche, la tête vers le nord, en position fœtale. Le crâne manquait, mais il restait la mandibule. D'après E. Bonifay, il s'agissait d'une véritable tombe composée d’une fosse dallée, empierrée et couverte de sable et de cendres de foyer[6],[7].

L'existence du culte de l'ours, évoquée également par l'écrivain Jean M. Auel, est aujourd'hui contestée par la plupart des scientifiques. Les crânes d'ours sont extrêmement résistants et peuvent être déplacés par des phénomènes naturels jusqu'à acquérir des positions évoquant une organisation volontaire mais en fait seulement due au hasard[8].

Au Paléolithique moyen apparaissent également les premières manifestations de préoccupations esthétiques ou symboliques évidentes, mais il est toutefois délicat de déterminer dans quelle mesure elles traduisent des sentiments religieux[9].

Paléolithique supérieur[modifier | modifier le code]

Au Châtelperronien, industrie de transition entre Paléolithique moyen et supérieur dont l'auteur semble être l'Homme de Néandertal, les éléments de parure se multiplient (pendeloques en ivoire, dents percées, etc.) [10].

L'art figuratif paléolithique apparaît véritablement en Europe avec les débuts du Paléolithique supérieur et l'Aurignacien ancien, attribué aux premiers humains anatomiquement modernes venus du Proche Orient il y a environ 32 000 ans. Il se traduit par des œuvres d'art mobilier comme l'homme lion de Hohlenstein-Stadel, une statuette anthropomorphe en ivoire d'une trentaine de centimètres de haut. Il se traduit également par des formes d'art pariétal dont les plus remarquables sont incontestablement celles de la grotte Chauvet en Ardèche[11].

Les thèmes abordés par ces différentes formes artistiques (félins, hybrides humains-animaux, etc.) se retrouvent dans des régions éloignées et traduisent probablement des croyances partagées.

Au Gravettien, le thème des Vénus paléolithiques est présent dans différentes régions d'Europe, du sud-ouest de la France à l'Ukraine en passant par l'Italie et l'Allemagne [12]. Il est interprété par certains auteurs comme le témoignage d'un ancien culte de la déesse[13]. Les théories concernant un éventuel culte de la fécondité ou de la Déesse-Mère sont purement spéculatives et ne peuvent être évaluées scientifiquement.

Les figurations féminines de l'art mobilier du Paléolithique supérieur n’avaient aucune utilité pratique dans le cadre des activités de subsistance. Elles ont le plus souvent été découvertes dans le cadre d’habitat, en plein air comme en grotte, plutôt que dans des sépultures. À Gagarino en Russie, sept Vénus ont été découvertes à l’intérieur d’une cabane ovale de plus de 5 m de large : elles ont été interprétées comme des amulettes apotropaïques correspondant aux occupants du lieu. À Mal’ta, près du lac Baïkal, les figurines n’étaient présentes que du côté gauche de la hutte. Les Vénus n’étaient donc probablement pas des amulettes cachées ou secrètes, mais plutôt exposées à la vue de tous (ce qui expliquerait leur grande diffusion géographique) [14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lorblanchet, M. (2006) Les Origines de l'art, éditions Le Pommier.
  2. Cervera, J., Arsuaga, J. L., Bermudez de Castro, J. M. et Carbonell, E. (2000) - Atapuerca - Un millón de años de historia, Madrid, Plot Ediciones, Editorial Complutense, 240 p.
  3. Bischoff, J. L., Williams, R. W., Rosenbauer, R. J., Aramburu, A., Arsuaga, J. L., Garcia, N. et Cuenca-Bescos, G. (2007) - « High-resolution U-series dates from the Sima de los Huesos hominids yields : implications for the evolution of the early Neanderthal lineage », Journal of Archaeological Science, 34, 5, pp. 763-770.
  4. Revoy, N. (2003) - « Un biface relance le débat sur l'origine des rites funéraires », Sciences et Vie, n° 1030, pp. 20-21.
  5. Maureille, B. Les premières sépultures, Le Pommier / Cité des sciences et de l'industrie, (2004)
  6. Bonifay, E. (1965) - « Un ensemble rituel moustérien à la grotte du Regourdou (Montignac, Dordogne) », in: Actes du IVe Congrès de l'UISPP, Rome, vol. II, pp. 136-140.
  7. Bonifay, E. (2002) - « L'Homme de Neandertal et l'ours (Ursus arctos) dans la grotte du Regourdou (Montignac-sur-Vézère, Dordogne, France) », in: L'ours et l'Homme, Tillet, T. et Binford, L., (Éds.), Liège, ERAUL 100, pp. 247-254.
  8. « Le Regourdou aujourd’hui… »
  9. Jaubert, J. (1999) Chasseurs et artisans du Moustérien, La Maison des Roches.
  10. Baffier D., (1999) Les derniers Néandertaliens, le Châtelperronien, la Maison de roches, Paris.
  11. Clottes, J. (2001) La Grotte Chauvet - l'art des origines, Éd. du Seuil,
  12. Delporte, H. (1993) L’image de la femme dans l’art préhistorique, Éd. Picard.
  13. Gimbutas, M. (2005) - Le langage de la déesse, Des femmes, 415 p.
  14. C. Cohen (2003) La femme des origines - images de la femme dans la préhistoire occidentale, Belin - Herscher.

Bibliographie[modifier | modifier le code]