Révolte des Bataves (69/70)

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En 68 ap. J.-C., un soulèvement secoua la Gaule, avant de s'étendre au reste de l'Empire lors de ce que l'historiographie a retenu comme l'Année des quatre empereurs. Menés par Julius Vindex, plusieurs notables gallo-romains s'engagent dans une lutte contre le gouvernement de Néron. Après la mort de Vindex, la révolte prend une tournure plus radicale sous la conduite de Julius Civilis jusqu’à la défaite de ce dernier.

Membres Civilis négociant avec un Commandant romain

Révolte de Julius Vindex[modifier | modifier le code]

Au début du printemps 68, le pro-préteur Julius Vindex d’origine séquanaise se révolte. Avec le légat de Belgique, Valérius Asiaticus, ils réunirent une assemblée provinciale et appelèrent les cités de Gaules à se joindre à leur mouvement: si plusieurs peuples, tels que les Séquanes, les Eduens et les Arvernes se rangèrent à leur côté, d’autres restèrent fidèles à Néron, à l’instar de la capitale des trois Gaules. Vindex proposa à Galba, alors gouverneur de Tarraconaise, de prendre la pourpre qu’il avait déjà refusé à une première fois. Ce dernier finit par accepter, avec le soutien du gouverneur de Lusitanie, Othon. Les armées du Rhin, dirigées par Lucius Verginius Rufus, écrasent Vindex près de Vesontio, ce qui n’est pas sans rappeler la défaite de Sacrovir quelque cinquante ans plus tôt ; le vaincu se suicide. Pourtant, Galba continue la lutte. Il est rejoint par les armées d’Espagne, puis par la garnison de Rome. Néron [1] se suicide dans la nuit du 9 juin.

Vespasian coin.jpg

Cependant, cette prise de pouvoir de Galba va plonger l’Empire dans une guerre civile qui ne se terminera qu’un an plus tard, lorsque Vespasien prendra la pourpre. Les Gaules sont récompensées par le nouvel empereur, qui baisse le tribut dans ces provinces, et octroie la citoyenneté à plusieurs gaulois, en privilégiant cependant les anciens partisans de Vindex.

Les cités de Lyon et du nord-ouest en prennent ombrage[2] et le 2 janvier 69 le légat de Germanie Inférieure, Vitellius, est proclamé empereur par ses légions. Le 15 du même mois Othon prend le pouvoir à Rome; s’en suivent plusieurs mois de lutte entre les deux prétendants. Peu après la brève insurrection du Boïen Mariccus, Vespasien est proclamé empereur par les armées du Danube. C’est d’abord du côté de ce dernier que se rangèrent les Bataves de Gaius Julius Civilis lors de la Révolte dite des Bataves. Cependant, après la mort de Vitellius, le soutien au futur Empereur se muta en insurrection contre ce dernier.

Révolte de Civilis[modifier | modifier le code]

L’incendie du Capitole fut perçu comme un présage de la fin proche de Rome, ce qui convainquit d’autres gaulois de rejoindre Civilis[3]. Ainsi, les Trévires, sous le commandement de Julius Classicus et Julius Tutor, et les Lingons, dirigés par Julius Sabinus, se rangèrent aux côtés de Civilis. La coalition remporta plusieurs batailles.

Sabinus, qui dit descendre de Jules César en personne, s’autoproclame « César »; sa tentative de créer un imperium Galliarum tourne court lorsque les Séquanes, toujours fidèles à Rome, défont les Lingons : Sabinus prend la fuite et simule un suicide. Profitant de la désorganisation des Gaulois, Vespasien demande à Gallus Annius et Quintus Petillius Cerialis de mener une expédition punitive. Les Gaulois tinrent une assemblée à Durocortorum où Julius Auspex prit la parole contre Tullius Valentius pour inciter les peuples des Gaules à prendre le parti de la paix et à rester fidèles à Rome : la plupart des cités se rangèrent à son avis. Civilis finit par être défait sur l’île des Bataves où il s’était réfugié.

Causes de cette révolte[modifier | modifier le code]

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On a voulu faire de cette révolte une lutte pour l’indépendance de la Gaule. Pourtant, cette crise de 68-70 ne ressemble pas à la révolte qui éclate au même moment en Palestine, car les mouvements de Vindex et Civilis ne semblent pas être dirigés contre Rome, mais contre l’empereur en place. C’est en tout cas ce que laisse entendre Dion Cassius[4] dans le discours qu’il prête à Vindex :

« “Oτι» φησὶ “πᾶσαν τὴν τῶν ῾Ρωμαίων οἰκουμένην σεσύληκεν, ὅτι πᾶν τὸ ἄνθος τῆς βουλῆς αὐτῶν ἀπολώλεκεν, ὅτι τὴν μητέρα τὴν ἑαυτοῦ καὶ ᾔσχυνε καὶ ἀπέκτεινε, καὶ οὐδ' αὐτὸ τὸ σχῆμα τῆς ἡγεμονίας σώζει. σφαγαὶ μὲν γὰρ καὶ ἁρπαγαὶ καὶ ὕβρεις καὶ ὑπ' ἄλλων πολλαὶ πολλάκις ἐγένοντο• τὰ δὲ δὴ λοιπὰ πῶς ἄν τις κατ' ἀξίαν εἰπεῖν δυνηθείη; Aνάστητε οὖν ἤδη ποτέ, καὶ ἐπικουρήσατε μὲν ὑμῖν αὐτοῖς, ἐπικουρήσατε δὲ τοῖς ῾Ρωμαίοις, ἐλευθερώσατε (δὲ) πᾶσαν τὴν οἰκουμένην. »

« Parce que, dit-il, il a pillé tout l'univers romain, parce qu'il a fait périr toute la Heur du sénat, parce qu'il a déshonoré et tué sa mère, et ne conserve pas même l'apparence d'un empereur. Bien des meurtres, bien des rapines, bien des violences, ont été maintes fois commis par d'autres; mais comment pourrait-on dignement retracer le reste ? (…) Levez-vous donc enfin, secourez-vous vous-mêmes, secourez les Romains et délivrez l'univers entier. »

Tacite évoque bien la possibilité d’une Gaule indépendante, mais uniquement si le peuple romain devient incapable de diriger l’Empire. Mais cette possibilité est présentée comme étant une rumeur.

De plus les commanditaires de l'insurrection prennent parti dans ces guerres de succession en tant que membres à part entière de l’Empire. Ils font d’ailleurs partie, comme leurs noms et leurs fonctions l’indiquent, des élites provinciales qui connaissent une grande prospérité en Gaule depuis les réformes de Claude: le père de Julius Vindex, ce dernier étant lui-même gouverneur de Lyonnaise, a ainsi probablement été admis au sénat sous Claude. De même, les révoltés de 69 appartenaient aux grandes familles locales et étaient tous citoyens romains. Civilis et Classicus étaient également préfets de cavalerie dans l’armée romaine.

Menjaud Eponine.JPG

Le soulèvement en Gaule semble d'ailleurs soutenu par une partie de la population de Rome comme nous le rapporte Suétone[5]:

"Talem principem paulo minus quattuordecim annos perpessus terrarum orbis tandem destituit, initium facientibus Gallis duce Iulio Vindice, qui tum eam prouinciam pro praetore optinebat. (…) Quare omnium in se odio incitato nihil contumeliarum defuit quin subiret. statuae eius a uertice cirrus appositus est cum inscriptione Graeca: nunc demum agona esse, et traderet tandem. Alterius collo ascopa deligata simulque titulus: 'ego quid potui? Sed tu culleum meruisti.' ascriptum et columnis, etiam Gallos eum cantando excitasse. Iam noctibus iurgia cum seruis plerique simulantes crebro Vindicem poscebant."
«L’univers, après avoir supporté un pareil Empereur un peu moins de quatorze ans, le déposa enfin et se furent les Gaulois qui donnèrent le signal, sous la conduite de Iulius Vindex, qui gouvernait alors cette province en qualité de pro-préteur. (…) Aussi, la haine générale étant soulevée contre lui, il n’y eut sorte d’outrages qu’on ne lui fit subir. On accrocha un toupet derrière la tête d’une de ses statues, avec cette inscription en grec: “ c’est maintenant que commence la lutte; dérobe-toi donc ”. Au cou d’une autre, on attache une besace portant ces mots: “ pour moi, qu’aurais-je pu faire de plus ? Mais toi, tu as mérité le sac. ” On inscrivit encore sur des colonnes: “ ces chants ont réveillé même les Gaulois. ” Enfin, l’on entendit souvent, la nuit, des gens, qui feignaient de se disputer avec des esclaves, réclamer avec insistance un “ Vindex[6] ”.»

Cependant, à en croire Tacite[7], les évènements prennent une autre tournure lorsque Civilis, après la mort de Vitelius en décembre 69, déclare ouvertement combattre Rome pour la liberté des Gaulois et des Germains. De même, Julius Sabinus semble avoir voulu prétendre à la place d’empereur, s’il est vrai qu’il prétendait descendre de Jules César. Mais on remarque que seule une petite partie des trois Gaules s’est jointe à Civilis: la majorité des ciuitates ont choisi de rester fidèles à Rome lors de l’assemblée qui s’est tenue à Reims. Sans leur appui, Civilis ne résiste pas longtemps à Cerialis.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cassius Dio (Lucius Claudius), Histoire romaine de Dion Cassius, contenant les fragments jusqu'à l'an de Rome 545, trad. E. Gros, France: F. Didot frères, 1845. Remacle, sine die, Remacle.org, consultation: 1er novembre 2012.


  • Burnanrd Yves, Primores Galliarum : sénateurs et chevaliers romains originaires de la Gaule de la fin de la République au IIIe siècle. I, Methodologie, Bruxelles, Belgique: Éd. Latomus («Collection Latomus»), 2005, 450 p.
  • Burnanrd Yves, Primores Galliarum : sénateurs et chevaliers romains originaires de la Gaule de la fin de la République au IIIe siècle. II, Prosopographie, Bruxelles, Belgique: Éd. Latomus («Collection Latomus»), 2006, 630 p.
  • Guyonvarc’h Christian J et Le Roux Françoise, La société celtique: dans l’idéologie trifonctionnelle et la tradition religieuse indo-européennes, Rennes: Éditions Ouest-France, 1991, 200 p.
  • Inglebert Hervé, «Citoyenneté romaine, romanité et identités romaines», in Inglebert Hervé et Lepelley Claude, Idéologies et valeurs civiques dans le monde romain : hommage à Claude Lepelley, p.  261-269, Paris: Picard, 2002.


  • Le Roux Patrick, «L’amor patriae dans les cités sous l’Empire», in Inglebert Hervé et Lepelley Claude, Idéologies et valeurs civiques dans le monde romain : hommage à Claude Lepelley, Paris : Picard, 2002, p.  143-162.


Références[modifier | modifier le code]

  1. Dion Cassius ; Cass. Di., H.R., LXIII, 22, I-3,6
  2. Tac., H., I, 8; 53; 65; Suet., Galb., 12.
  3. Tac., H., IV, 54.
  4. Cass. Di., H.R., LXIII, 22, I-3,6
  5. Caius Suetonius Tranquillus, De vita duodecim Caesarum libri, Nero, XL et XLV
  6. un "Vengeur"
  7. Tac., H., IV, 54 : «Incesseratque fama primores Galliarum ab Othone aduersus Vitellium missos, antequam digrederentur, pepigisse ne deessent libertati, si populum Romanum continua ciuilium bellorum series et interna mala fregissent ».