Procès des seize

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Page d'aide sur les redirections Pour le procès des 16 durant le procès de Moscou de 1936, voir Procès de Moscou.
Les seize personnalités de la résistance polonaise, comprenant des militaires et des civils, comparaissent à Moscou pour avoir "fomenté des plans visant à une action militaire contre l'URSS", après leur arrestation par le NKVD. En dépit de la clémence douteuse de la cour, deux seulement étaient encore en vie six ans après.

Le procès des seize (dit également procès de Moscou) fut le procès politique des chefs militaires de la Résistance polonaise à Moscou en Union soviétique (18-21 juin 1945).

Le contexte[modifier | modifier le code]

La conférence de Yalta entérina l'annexion des territoires de l'est de la Pologne par l'Union soviétique et la domination des communistes polonais. Cette décision fut, sans surprise, refusée par le gouvernement polonais en exil — seul interlocuteur des Alliés occidentaux depuis 1939 — trahi par cette décision de même que le furent toutes les organisations militaires et de résistance en Pologne et à l'étranger[1]. Cette décision ouvrit la porte aux persécutions de la résistance sur le territoire polonais, considéré dès lors comme soviétique. Le gouvernement clandestin en Pologne, mis au pied du mur, accepta les accords de Yalta avec l'espoir qu'un processus politique permettrait de sauvegarder quelques-unes des institutions démocratiques de la Pologne.

Des pourparlers avec les Soviétiques commencèrent pour éviter les arrestations par l'Armée rouge des partisans et combattants de l'Armia Krajowa (AK) opérant sur les territoires de l'est de la Pologne, à savoir Lwow, Wilno, et Lublin. Des contacts furent établis via les officiers polonais de l'Armée populaire polonaise, qui combattaient avec l'Armée rouge. Le premier qui accepta le dialogue fut le général Leopold Okulicki (pseudonyme "Ourson"), le dernier chef de l'Armée d'intérieur (AK), mais les autres dirigeants clandestins étaient beaucoup plus méfiants. Les gouvernements britannique et américain insistèrent aussi pour que des contacts soient établis avec les armées soviétiques qui avançaient rapidement sur le territoire de la Pologne. Cela convainquit finalement le vice-premier ministre du gouvernement clandestin Jan-Stanisław Jankowski. La délégation polonaise fut élargie aux représentants de toutes les tendances politiques. Néanmoins les Polonais exigèrent comme préalable la libération de tous les soldats et officiers de l'AK emprisonnés par les Soviétiques. Le 28 mars 1945, un rendez-vous fut fixé avec le général du NKVD Ivan Sierov à Pruszków, près de Varsovie.

La délégation polonaise comptait seize personnes : le vice-premier ministre du gouvernement polonais en exil, le commandant de l'Armia Krajowa, le président du Conseil de l'Unité nationale, les représentants du Parti socialiste polonais, du Parti national, de l'Union travailliste, du Parti populaire et de l'Union démocratique. Ils furent tous arrêtés par le NKVD et envoyés par avion à Moscou.

À la suite de ces arrestations, le gouvernement polonais en exil, la Grande-Bretagne et les États-Unis protestèrent auprès de l'Union soviétique, mais ils furent informés qu'il s'agissait d'une histoire inventée par les Polonais. Ce n'est que le 5 mai que les Soviétiques annoncèrent l'arrestation des 16 pour des actions de diversion derrière leur front.

Le Procès de Moscou[modifier | modifier le code]

Durant trois mois, les dirigeants polonais furent emprisonnés à la Loubianka, interrogés et « préparés » au procès public. Dans les procès politiques de ce type, il s'agissait en effet d'obtenir les aveux le plus vite possible. Le procès commença le 18 juin selon le modèle classique stalinien. Le général Vassili Oulrikh (ou Ulrich, un juge habitué des procès politiques des années 1936-38) présidait ; parmi d'autres acteurs on trouvait aussi le général Afanassiev (procureur général militaire de l'Union soviétique) et Roman Roudenko, futur représentant soviétique au procès de Nuremberg. L'acte d'accusation portait sur le combat contre l'Armée rouge. Les juges affirmèrent par ailleurs l'illégalité de l'Armia Krajowa, du Conseil de l'Union nationale, du gouvernement polonais en exil et de ses représentants en Pologne. Selon un scénario rodé, on fit venir à la barre les soldats de l'AK, capturés plusieurs mois auparavant et déjà détruits par les tortures, qui récitèrent leurs témoignages à charge contre l'Armée de l'intérieur et sa collaboration avec les Allemands. Le procureur, le général Afanassiev, accusa les prévenus d' « action criminelle et réactionnaire contre l'Union soviétique et contre les intérêts de la Pologne » ainsi que d'alliance « objective » avec les nazis. Après trois jours du procès les sentences furent prononcées :

  • Leopold Okulicki (dernier commandant de l'AK et de forces armées de l'intérieur) : 10 ans de réclusion (exécuté en prison en décembre 1946) ;
  • Jan-Stanisław Jankowski (vice-premier ministre du gouvernement polonais en exil) : 8 ans, décédé en prison à Vladimir le 13 mars 1953 ;
  • Adam Bień (vice-président du SN) : 5 ans ;
  • Stanisław Jasiukowicz (vice-président du SN) : 5 ans (décédé en prison à Boutriki quelques jours avant la fin de sa détention, probablement assassiné) ;
  • Kazimierz Pużak (président du Conseil d'Union nationale) : 1 ans et demi ; libéré en septembre 1945, en 1947 arrêté par l'UB et condamné à 10 ans de réclusion, décédé dans la prison polonaise de Rawicz en 1950 ;
  • Kazimierz Bagiński (vice-président du SL) : 1 an ; libéré et contraint à émigrer aux États-Unis ;
  • Aleksander Zwierzyński (président de l'Union démocratique) : 8 mois ;
  • Capitaine Eugeniusz Czarnowski (vice-président de l'Union démocratique) : 6 mois ;
  • Józef Chaciński (président de l'Union du travail) : 4 mois ;
  • Stanisław Mierzwa (représentant du SL) : 4 mois, arrêté de nouveau en Pologne et condamné à 7 ans de prison pour son activité dans le PSL (Parti populaire polonais) ;
  • Zbigniew Stypułkowski (secrétaire général du Conseil national politique provisoire) : 4 mois, après le retour en Pologne contraint à l'émigration vers la Grande-Bretagne ;
  • Feliks Urbański (représentant de l'Union de travail) : 4 mois ;
  • Stanisław Michałowski (vice-président de l'Union démocratique) : relaxé
  • Kazimierz Kobylański (représentant du SN) : relaxé
  • Józef Stemler-Dąbski (vice-ministre du département de l'information du gouvernement clandestin polonais) : relaxé.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est-à-dire l'Armée polonaise en Grande-Bretagne, au Moyen-Orient, en Europe occidentale.

Voir aussi[modifier | modifier le code]