Parti socialiste polonais

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Parti socialiste polonais
(pl) Polska Partia Socjalistyczna
Image illustrative de l’article Parti socialiste polonais
Logotype officiel.
Présentation
Président Bolesław Limanowski (principal)
Fondation
Disparition
Siège Varsovie, Drapeau de la Pologne Pologne
Dissolution dans Parti ouvrier unifié polonais
Idéologie Socialisme
Affiliation internationale Internationale ouvrière socialiste (1923-1940)
Adhérents 50 000 (1921)
Couleurs Rouge
Site web www.naszpps.ppspl.euVoir et modifier les données sur Wikidata

Le Parti Socialiste Polonais (en polonais : Polska Partia Socjalistyczna, PPS) est un parti politique polonais de gauche, créé à Paris en 1892. Il était une des principales forces politiques de la Pologne de l'Entre-deux-guerres et dans la période de 1944 à 1948.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le socialisme polonais moderne, apparu dans les années 1870, s'inspire non seulement de Marx et Engels, mais aussi de la tradition des insurrections indépendantistes polonaises et des Narodniki, des socialistes russes non-marxistes appelés aussi «populistes ». Depuis le début, la question de l'indépendance de la Pologne (occupée par l'Empire russe, la Prusse et l'Autriche depuis la fin du XVII siècle) et des objectifs nationaux et internationaux qui en découlent, est une source des désaccords au sein du mouvement. Bolesław Limanowski basé à Genève privilégie les premiers, Ludwik Waryński, fondateur du parti Proletariat les deuxièmes.[1] Après le démembrement de l'organisation de Waryński par la police tsariste, le foyer de l'activité socialiste polonaise se transporte à l'étranger.

Congrès fondateur[modifier | modifier le code]

Ainsi, du 17 au , se tient à Paris le Congrès de l'Union des socialistes polonais à l'étranger (Związek Zagraniczny Socjalistów Polskich, ZZSP) auquel participe également le Parti social-révolutionnaire polonais le Prolétariat. Cette data est symboliquement considérée comme la date de création du Parti Socialiste Polonais. Le principal dirigeant est Bolesław Limanowski, président du ZZSP, mais d'autres personnalités en font partie, tel Ignacy Daszyński, Józef Piłsudski, ou encore les théoriciens de l'idée coopérative, Stanisław Wojciechowski et Edward Abramowski.

Le programme de ce parti est la synthèse entre des revendications socialistes et nationalistes. Il prévoit la défense des travailleurs, l'école gratuite, le droit du citoyen, la limitation à 40 heures de travail par semaine, une nationalisation des terres et des moyens de production, une planification de la production et une démocratie socialiste.

Action clandestine[modifier | modifier le code]

Le premier congrès national - sur le sol de l'ancienne République des deux Nations (Pologne et Lituanie) - se tient en juin 1893 à Vilnius avec la participation de Józef Piłsudski, Stanisław Wojciechowski, Aleksander Sulkiewicz, Ludwik Zajkowski et Stefan Bielak. Deux mois plus tard, en , le Parti social-démocrate du Royaume de Pologne et de Lituanie SDKPiL, regroupant les socialistes s'opposant à l'indépendance de la Pologne, dont Rosa Luxemburg et Leo Jogiches, fidèle à la Deuxième Internationale, fait scission et se sépare du PPS.

Le deuxième congrès du parti, qui se tient en février 1894 à Varsovie, fonde l'organe central du PPS : le Comité central des travailleurs (Centralny Komitet Robotniczy, dont Józef Piłsudski fait partie. Le congrès décide aussi de créer son organe de presse nommé Robotnik (« L’Ouvrier »). Józef Piłsudski devient le rédacteur en chef de ce journal et en tant que tel, il a une très forte influence sur l'idéologie de la formation.

Malgré la traque et les arrestations par la police tsariste, l'organisation se développe. Des comités de travailleurs sont créés à Varsovie, Radom et Zagłębie.

Au départ, l'activité du parti se résume à la diffusion des idées et l'agitation sociale. Mais en 1904, l'organisation se dote, à l'initiative de Piłsudski, d'une branche militaire: Organisation de Combat du Parti Socialiste Polonais (Organizacja Bojowa Polskiej Partii Socjalistycznej, OB PPS), qui organise des attentats contre les représentants du Tsar et des institutions russes. Les premières actions armées de cette organisation sont provoquées par la mobilisation des Polonais dans l'armée russe liée à la guerre russo-japonaise.

Le PPS participe activement à la révolution de 1905 contre la Russie tsariste. La révolution met à jour le conflit entre deux faction au sein du parti qui finissent de se séparer lors du congrès de . Ainsi naissent :

Rosa Luxemburg critique très durement le PPS-FR, qui selon elle « était devenu l’allié de la bourgeoisie contre le socialisme »[2]. Bien qu'elle soit Juive polonaise laïque originaire de Zamość, elle est aussi critique du parti socialiste juif Bund (Union Générale des Travailleurs Juifs) fondé en 1898 - ce qui démontre la relation problématique entre socialisme et nationalité dans cette partie de l'Europe[3].

En 1909, le PPS-FR, majoritaire, reprend le nom PPS, tandis que le PPS-Gauche rejoint le SDKPiL, qui soutiendra la Révolution russe, et créera en 1918 le Parti communiste de Pologne.

En 1911, quelques membres s'opposent à Piłsudski et créent le PPS-Opposition, dont Tomasz Arciszewski (futur chef du gouvernement polonais à Londres 1944-1947) et Feliks Perl.

Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Piłsudski quitte le PPS, mais une grande partie du parti reste influencée par ses concepts d'indépendance. Le XIIe Congrès du PPS qui se tient en 1916 à Piotrków Trybunalski est en faveur de la construction de la Pologne en tant que république démocratique indépendante. Après le XIVe et dernier congrès du PPS dans la clandestinité, qui a lieu en , le parti est dirigé par le Comité Central des Travailleurs (Centralny Komitet Robotniczy, CKR) composé de: Tomasz Arciszewski, Rajmund Jaworowski, Marian Malinowski, Mieczysław Niedziałkowski, Feliks Perl, Zygmunt Zaremba et Bronisław Ziemięcki.

Le PPS au sein du nouveau état polonais (1918-1939)[modifier | modifier le code]

Le , le PPS et le Parti Paysan Polonais (PSL-Piast) créent le gouvernement intérimaire de la République de Pologne. il est dirigé par Ignacy Daszyński, désormais membre du PPS. Le , Józef Piłsudski qui vient d'être libéré de la prison allemande de Magdebourg et de regagner la Pologne, est nommé, par le conseil de régence où siègent les conservateurs, commandant en chef des forces polonaises et chargé de former un gouvernement pour le nouvel état. Le conseil de régence cesse d'exister et le gouvernement de gauche de Daszyński reconnait l'autorité de Piłsudski et démissionne. Piłsudski nomme alors un autre socialiste, membre du PPS : Jędrzej Moraczewski. Le , le nouveau gouvernement formé par ce dernier offre à Piłsudski le titre de chef de l'État provisoire (Naczelnik Państwa). La droite comme la gauche polonaise reconnait alors que l'action militaire et politique de Piłsudski a largement contribué au recouvrement de la souveraineté par la Pologne,

Le gouvernement de Jędrzej Moraczewski, s’attelle tout de suite aux réformes sociales : il instaure des élections par scrutin démocratique universel, direct, secret et proportionnel et les femmes obtiennent le droit de vote. Les syndicats et les grèves sont légalisées, la journée de travail est désormais de 8 heures et la semaine de 46 heures. Le gouvernement instaure l'inspection du travail, l'assurance maladie obligatoire, un moratoire sur le logement des chômeurs, ainsi qu'une interdiction d'augmentation le loyer des appartements 1 ou 2 pièces au-dessus du niveau de et restreint le droit d'expulsion.

Cependant, les premières élections législatives polonaises qui se déroulent en janvier et voient la victoire incontestée du Parti National-Démocrate (Stronnictwo Demokratyczno-Narodowe SND) (36 % des suffrages). Le PPS n'emporte que 35 des 442 sièges à la Diète.

Pendant la guerre soviéto-polonaise en 1920, le PPS entre au gouvernement de la défense nationale, dans lequel Ignacy Daszyński prend le poste de vice-Premier ministre. Norbert Barlicki et son adjoint est Bronisław Ziemięcki rejoignent le Conseil pour la défense de l'État. En , le PPS organise le Comité et le Régiment des travailleurs pour la défense de Varsovie. De nombreux militants du PPS prennent part aux combats.

En 1921, le PPS compte près de 50 000 membres, et crée diverses associations satellites, telles: l'Association des jeunes socialistes, ou les Camarades étudiants et ouvriers.

En , le PPS soutient le coup d'État du Maréchal Piłsudski qui obtient provisoirement les pleins pouvoirs, devant les troubles politiques dont la droite est jugée responsable.

Lors des élections législatives de 1928, le PPS réussit à obtenir 13% des voix et remporte 64 sièges à la Diète et 10 au Senat.

L'organe du PPS, Robotnik, le 28 octobre 1931.

Peu à peu, il est déçu du tournant autoritaire du régime de Sanacja, et rentre dans l'opposition, en s'alliant au Parti paysan polonais pour former en 1929 Centrolew (« Centre gauche »), une coalition d'opposition. Le Parti communiste polonais est refusé dans cette coalition.

Quelques fidèles au maréchal, dont Rajmund Jaworowski créeront un petit parti pro-gouvernemental, PPS-FR.

En 1930, le parlement est dissout et nombreux socialistes sont arrêtés et détenus dans la prison de Brześć-sur-le Boug. Ainsi, dans les nouvelles élections, la coalition gouvernementale BBWR remporta 56 % des 444 sièges du Sejm, et Centrolew, 18 % (dont 24 furent occupés par le PPS).

Les élections de 1935 et 1938 sont boycottées par le PPS.

Le journal du PPS, Robotnik, pourtant fondé par Piłsudski, soutient alors l'opposition et fut victime de la censure.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1939, le PPS crée le PPS-WRN qui intègre les membres du PPS dans l'armée.

La plupart des membres du PPS se sont engagés dans la Résistance et ont été membres de Związek Walki Zbrojnej ou de l'Armia Krajowa, et ont participé à l'Insurrection de Varsovie.

Les membres du Parti socialiste polonais exilés en France avaient donné naissance dès le début de 1941 dans les départements du Nord et Pas-de-Calais à deux organisations clandestines, l’Organisation S et Orzeł Biały (« Aigle blanc »). Ces deux organisations avaient pour but d’informer les Polonais de France sur l’évolution de la situation militaire et propager l’idée de Résistance aux Allemands.

Au sortir de la guerre, le Parti compte environ 500 000 membres, et est la première force politique.

Il participe au Comité de Lublin (PKWN), et le premier secrétaire du parti, Edward Osóbka-Morawski, devient chef du gouvernement provisoire installé à Lublin, sous le contrôle étroit de la puissance occupante, soit l'Union soviétique, à la fin de l'année 1944 .

En , lors du Congrès du PPS, Edward Osóbka-Morawski se dit opposé à la formation d'un régime socialiste, et le Comité central, infiltré par les communistes, le destitue et élit Józef Cyrankiewicz à la direction du Parti.

En 1948, le parti fusionne avec le Parti ouvrier polonais (PPR), pro-soviétique, pour former le Parti ouvrier unifié polonais (PZPR).Sa fusion est rendue obliqatoire par les autorités soviétiques comme cela s'était passé en Allemagne de l'Est en 1946, avec la fusion de l'ancien parti social-démocrate allemand et le parti communiste allemand, sur la zone d'occupation soviétique en Allemagne.

Certains s'opposèrent à cette subordination, comme Herman Lieberman, et rejoignirent le Gouvernement polonais en exil à Londres.

De nos jours[modifier | modifier le code]

Le PPS a été recréé en 1987 par Jan Józef Lipski, mais ses thèses sont désormais plus proches de l'extrême gauche et il ne représente plus qu'une très faible partie de l'électorat depuis 1989.

En 1990, il s'oppose à l'Alliance de la gauche démocratique (SLD) qu'il refuse de rejoindre: « En organisant son enterrement, le Parti ouvrier unifié polonais, parti des communistes polonais, prépara une nouvelle escroquerie. Il désire renaître d’emblée dans les habits de la social-démocratie. Ce parti qui n’était ni ouvrier ni unifié et dont la polonité doit être interrogée car il est né de la volonté et a été l’instrument du dictateur de l’empire voisin -Joseph Vissarionovitch Staline- s’imagine qu’il suffit de faire une déclaration solennelle pour être considéré comme une social-démocratie honnête »[4].

Il assouplit ensuite sa position au prix de vicissitudes internes : il obtient trois députés en 1993 avant de disparaître de la scène politique parlementaire, ses candidats ne dépassant pas 1 % des suffrages aux différents scrutins. À la présidentielle de 2000, son candidat Piotr Ikonowicz (en) n'obtient que 0,22 % des suffrages.

Le parti tente un retour en scène avec la participation en 2015 à la formation de l'alliance Gauche unie (Alliance de la gauche démocratique (SLD), Twój Ruch (TR), Union du travail (UP), Les Verts (Zieloni), Parti socialiste polonais), mais celle-ci ne réunit pas les 8 % de suffrages nécessaires à une coalition pour avoir des sièges à la Diète.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jerzy Lukowski, Hubert Zawadzki, Histoire de la Pologne, Perrin, (ISBN 9780521853323), p. 224
  2. JP Nettl, La Vie et l’œuvre de Rosa Luxemburg, Maspero, 1972, p. 541.
  3. Jerzy Lukwski, Hubert Zawadzki, Histoire de Pologne, Perrin, , p. 225
  4. Tract du Parti socialiste polonais, Varsovie, 25 janvier 1990

Liens externes[modifier | modifier le code]