Pourquoi Mitterrand ?

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Pourquoi Mitterrand ?
Auteur Pierre Joxe
Pays Drapeau de la France France
Genre Récit, Essai
Éditeur Philippe Rey
Le Seuil/Points P1555
Collection Points
Date de parution 2006
Illustrateur Photo Jean-Claude Francolon
Couverture Raymond Depardon
Nombre de pages 233
ISBN 2-7578-0146-5
Série Document

Pourquoi Mitterrand ? est un essai écrit par le socialiste et ancien ministre Pierre Joxe sur la personnalité de François Mitterrand, son évolution des débuts de la Quatrième République[Contradiction] jusqu’à la fin de son second mandat présidentiel en 1995.

Présentation[modifier | modifier le code]

« Dans ma génération, écrit Pierre Joxe en préambule, nous savons ce que nous lui devons : une révolution copernicienne. » Le livre de Joxe est un témoignage mais aussi un hommage rendu à François Mitterrand, qui a tant compté dans la vie de l'auteur. C'est aussi un livre de réflexions, que Philippe Sollers a qualifié de « meilleur livre que j'aurai lu sur le règne à facettes de Mitterrand. »[réf. nécessaire]

L'ouvrage dresse un portrait de l’homme avec une bienveillance mêlée à une grande rigueur intellectuelle et le recul nécessaire à une approche objective. En exergue, il a choisi cette citation du Président[1], qui a longtemps été son credo en politique extérieure : « Tout ce qui permettra de sortir de Yalta sera bon… »[2].

L’homme et son parcours[modifier | modifier le code]

Joxe, fidèle de François Mitterrand, couvre une grande partie du parcours politique de l'ancien Président, depuis la période difficile du début de la Cinquième République[Contradiction] jusqu’à la fin dans les années 1995-96.

En quelques phrases, Pierre Joxe commence par résumer son parcours :

« Jeune étudiant en droit écervelé, prisonnier de guerre évadé trois fois, employé de Vichy décoré par Pétain, résistant refusant Londres et Alger[3] pour rentrer en France dans la Résistance intérieure, puis député découvrant de hideux colonialisme à l’intérieur des « frontières de l’union française »[4]. »

Il poursuit sur le même ton : « Jeune ambitieux comblé, mûri, déçu… toujours au gouvernement mais jamais au pouvoir. Puis dans l’opposition… pendant plus de vingt ans… puis Mitterrand président, le seul que les jeunes d’aujourd’hui ont pu connaître. »

À propos de cette « fameuse francisque », il répond à Joxe : « Je suis ce que je suis, je suis ce que j’ai fait, je suis ce que je ferai ». Il avait échappé dans les années 1950 à la mort civile et politique que « plusieurs complots manigancés contre lui par les colonialistes avaient tenté de lui infliger » ; de l’Affaire des fuites à celle de l’Observatoire. En 1958, François Mitterrand est un parlementaire attentif et bienveillant qui aime les séances de questions écrites au Parlement, malgré la hargne de certains gaullistes à son égard. Il affectionne les questions portant sur la politique étrangère conformant peu à peu ses compétences dans un domaine que, à part l’Afrique, il connaît peu.

À l’Élysée, le temps n’est plus au « coup d’état permanent »[5], il se sent à l’aise dans la Constitution gaulliste et use largement de ses possibilités. Il a une affection quasi filiale pour Laurent Fabius qui devint très jeune Premier ministre. Aussi éprouve-t-il une vive déception quand Fabius se sent « troublé » par l’entrevue de François Mitterrand avec Jaruzelski, le dictateur polonais. Il n’a jamais choisi de successeur mais plutôt recherché une émulation entre des jeunes cadres du Parti Socialiste qu’il jugeait les plus capables. Plusieurs cercles constituaient son entourage, autant de strates résultat d’une « longue vie de relations soigneusement entretenues ».

« Mitterrand avait ce don, écrit Pierre Joxe : personne ne se sentait écarté par lui et, comme il était fidèle, les gens lui étaient fidèles, sans être forcément vraiment liés ni à lui, ni entre eux. » Chez lui, que ce soit rue de Bièvre à Paris, dans les Landes à Latche ou dans le Luberon à Gordes, il vivait de façon très simple, sans ostentation : « il n’y avait chez lui aucune volonté d’épater, ni de masquer. » Malgré son désir de peser sur les relations internationales, son action se heurta aux intérêts des grands États. Il fut très déçu par la conférence Nord-Sud de Cancún au Mexique en 1981.

La politique extérieure[modifier | modifier le code]

Pierre Joxe relate les graves incidents intervenus en Nouvelle-Calédonie, l’assaut de la grotte d’Ouvéa en 1988, voulu par le ministre de l’Outre-mer Bernard Pons malgré l’opposition de François Mitterrand et du Ministre de la Défense André Giraud. Il a fallu ensuite que la Gauche renoue avec le mouvement kanak, avec Rock Pidjot et Jean-Marie Tjibaou, tout en ménageant les intérêts des Calédoniens originaires de la métropole, pour aboutir à un accord sur une large autonomie et un nouveau statut.

François Mitterrand n’a cessé d’évoluer. Lui, l’ami d’Israël qui avait mal vécu l’échec de l’expédition de Suez en 1956, en vient peu à peu à défendre les droits des Palestiniens et apprécie Yasser Arafat à qui il sauvera la mise à plusieurs reprises. Avec les dirigeants européens, François Mitterrand eut d’excellentes relations. Si avec Margaret Thatcher les rapports ont été ceux de bretteurs cherchant l’ouverture à fleurets mouchetés[6], ce fut une grande amitié avec Helmut Kohl qui renforça largement la coopération franco-allemande. Mais sa grande amitié, on pourrait même parler de rapport filial, ce fut avec le futur premier Ministre espagnol Felipe Gonzalez. Il resta alors le « même démocrate andalou passionné » et les relations furent toujours au zénith entre l’espagnol exubérant et un Mitterrand plutôt compassé.

Il avait un penchant naturel pour l’Europe du Sud, fut particulièrement proche de Mário Soares, futur président du Portugal, ou d’hommes comme le grec Andréas Papandréou et les italiens Bettino Craxi et Sandro Pertini. Sur « l’après Yalta » et la question de la réunification allemande, François Mitterrand, malgré les réticences qu’on lui a prêtées, a été très clair : « La France a plusieurs fois répété que cette démarche du peuple allemand, ou cette aspiration, étaient naturellement légitimes. » Il constate aussi que « Yalta commence à entrer dans l’histoire que l’on raconte et à sortir de l’histoire présente »[7].

La politique intérieure[modifier | modifier le code]

François Mitterrand s’est d’abord battu pour la défense des libertés publiques et la démocratie politique qui avaient fondé son évolution depuis la Libération de la France : « Il lui en avait fallu des tours de France, écrit Pierre Joxe, pour ressentir lui-même et savoir faire ressentir le besoin d’une évolution sociale et transformer le politicien « centre-gauche » en leader socialiste[8]. »

On a parfois reproché à François Mitterrand d’avoir abandonné l’idée de programme commun en 1988, mais comme l’écrit Pierre Joxe, « Mitterrand a toujours été un réformiste pragmatique. » C’est ainsi qu’il a imposé une alternance improbable et qu’il a imposé sa marque lors de la cohabitation. Pierre Joxe soutient que l’élection des députés est la plus importante puisqu'en dernière analyse, c’est la majorité parlementaire qui permet de gouverner.

Dans sa Lettre à tous les Français, on trouve les principaux éléments de l’évolution de sa pensée. Il y rappelle cette phrase de Jean Jaurès : « Aller à l’idéal et comprendre le réel ». Dès 1988, il prévoit l’importance de l’alternance dans la vie politique et la prééminence du législatif. Il préconisait le quinquennat pour l’élection présidentielle et l’extension du champ du referendum. Il termine sa lettre en disant son attachement à la lutte contre les inégalités, levier fondamental d’une politique sociale.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références citées dans le livre[modifier | modifier le code]

  • François Mitterrand, Aux frontières de l’Union française, 1953
  • Hubert Védrine, Les mondes de François Mitterrand, éditions Fayard, 1996
  • Alain Duhamel, Portrait d’un artiste, éditions Flammarion, 1997
  • Jean-Pierre Filiu, Mitterrand et les Palestiniens, éditions Fayard, 2005

De Pierre Joxe[modifier | modifier le code]

  • Un socialisme du possible, en collaboration avec François Mitterrand, édition Le Seuil, 1970
  • À propos de la France. Itinéraires I, éditions Flammarion, 1998

Sur le thème « Mitterrand et l’Europe »[modifier | modifier le code]

  • François Mitterrand, De l'Allemagne, de la France, éditions Odile Jacob, 1996
  • Frédéric Bozo, Mitterrand, la fin de la guerre froide et l’unification allemande, éditions Odile Jacob, 2005
  • Tilo Schabert, Mitterrand et la réunification allemande, éditions Grasset, 2005

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Annexe 1 : notes pour le programme
  • Annexe 2 : les 28 propositions de la campagne présidentielle (25 novembre 1965)
  • Site de l’Institut François-Mitterrand

Annexes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il a choisi également ce texte puisé dans Mémoires interrompus : « La gauche attendait un nouveau langage. Elle irait vers qui lui parlerait. J’en avais l’ambition… de restituer au socialisme son identité et je l’espérais, son unité en dépassant la cassure provoquée par la victoire du léninisme et en faisant basculer de nouveau le cours du socialisme vers sa destination naturelle : le primat de la liberté fondé sur de nouveau rapports économiques et sociaux. »
  2. François Mitterrand, premiers vœux télévisés depuis l’Élysée, 31 décembre 1981
  3. Pierre Joxe qui a bien connu Alger dans son enfance, cite ce texte d’Albert Camus : « … à contempler toujours le même gonflement de la mer dans une baie toujours semblable, il est impossible que les hommes ne se créent pas une sensibilité à bien des égards communs. De florence à Barcelone, de Marseille à Alger tout un peuple grouillant et fraternel nous donne les leçons essentielles de notre vie… » in Revue Rivages, Alger, 1938.
  4. Voir son livre Aux frontières de l’Union française, éditions Julliard, 1953
  5. Voir son livre Le Coup d’état permanent sur la politique gaulliste
  6. Même s’il l’a soutenue, en particulier lors de la guerre des Malouines.
  7. Extraits des déclarations faites par François Mitterrand en octobre 1989 à Caracas et le mois suivant à Strasbourg.
  8. Il ajoute : « Pur produit de la bourgeoisie et du barreau, il était à son aise pour enflammer les foules en défendant les libertés publiques. »