Plan Fer-à-cheval

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Le plan Fer-à-cheval (en allemand : Hufeisen Plan) ou plan Potkova[1] est une campagne de désinformation[2] allemande pour manipuler l'opinion publique allemande[3], pacifiste depuis 1945, en justifiant de façon trompeuse, la campagne de bombardement de l'OTAN lors de la guerre du Kosovo. Selon le ministre allemand de la Défense Rudolf Scharping s'exprimant le [4],[5], ce plan aurait été élaboré et longuement préparé par le gouvernement Milosevic, pour expulser la totalité de la population albanaise du Kosovo ou pour l'éliminer par un « nettoyage ethnique. Son existence réelle n'a pas pu être prouvée jusqu'à présent.

La procureure Carla Del Ponte n’y fera même pas référence dans l'acte d'accusation contre Slobodan Milošević en 1999 puis en 2001[2].

Campagne de désinformation[modifier | modifier le code]

Dans un excès de zèle, pour que la Bulgarie rentre dans l’OTAN, les services secrets bulgares, ont compilé du « matériel analytique non structuré[3] » et l'ont transmis aux Allemands[2]. Le ministère allemand des Affaires étrangères donne ces renseignements au ministère de la Défense qui, selon l'hebdomadaire allemand Die Woche, en aurait fait un « plan » préconçu[6].

Le 8 avril 1999, le ministre de la défense allemand, le social-démocrate Rudolf Scharping présente à Bonn le plan baptisé « Fer à cheval », « selon lequel les forces serbes de Slobodan Milosevic auraient prévu, dès la fin 1998, de prendre en étau la population albanaise du Kosovo pour l'expulser de la province[6]. »[7],[8],[9],[10],[11],[12],[13],[14] » Rudolf Scharping prétend que les Serbes commettent un « génocide », « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller »[2].

Plusieurs journaux français, dont La Croix[15] ou Le Monde[16],[17] se font le relais des rumeurs propagées par le ministère allemand de la Défense. Ainsi, en première page de l'édition du Monde du 8 avril 1999, un article de Daniel Vernet annonce : « Ce plan “Fer à cheval” qui programmait la déportation des Kosovars ». L'article est suivi deux jours plus tard, par une « Une » qui titre « Comment [Slobodan] Milošević a préparé l’épuration ethnique »[2]. Le quotidien va jusque reproduire l'intégralité d'une note de synthèse distribuée aux journalistes par l'inspecteur général de l'armée allemande[2]. Le 12 avril 1999, Pierre Georges, directeur adjoint de la rédaction, admet dans un entretien accordé à Marianne, que la rédaction, dirigée par Edwy Plenel, a « fait le choix de l’intervention »[2].

Le journal de TF1 du 20 avril 1999 affirme que les Serbes ont tué « de 100 000 à 500 000 personnes » et le Daily Mirror rapporte que les Serbes incinèrent leurs victimes dans des « fourneaux, du genre de ceux utilisés à Auschwitz »[2].

Révélation du mensonge[modifier | modifier le code]

Le faux est révélé le 10 janvier 2000 par l'hebdomadaire Der Spiegel[2].

Le , la chaîne allemande ARD diffusa un documentaire intitulé « Au commencement fut le mensonge », qui mit en cause la crédibilité des témoins cités dans le document, tentant ainsi de démontrer qu'il n'y avait jamais eu de « plan Fer-à-cheval » et qu'il s'agissait d'un faux (campagne d'« intoxication ») du gouvernement allemand[18]. L'émission diffusa également une prise de position compromettante du porte-parole britannique de l'OTAN, Jamie Shea, à ce sujet : « Non seulement le ministre Scharping, mais aussi le chancelier Schröder et le ministre Fischer furent un exemple grandiose de leaders politiques qui ne s'alignent pas sur l'opinion publique mais savent la modeler. En dépit de fâcheux dommages collatéraux et malgré la durée des bombardements, ils ont su maintenir le cap. Si nous avions perdu le soutien de l'opinion publique allemande, nous aurions aussi perdu celui des pays partenaires. »

En mars 2000, l'ancien général de brigade de la Bundeswehr, Heinz Loquai, 61 ans, qui était en poste à cette époque à l'OSCE à Vienne, exprime dans un livre ses « doutes sur l’existence d’un tel document ». Rudolf Scharping doit alors admettre qu’il ne dispose pas d'une copie du « plan » original[2]. Loquai affirme que ce « plan Fer à cheval » n'a jamais existé: il aurait été fabriqué au ministère allemand de la Défense, pour justifier a posteriori l'engagement allemand[6].

Les journalistes Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin qualifient pour leur part le plan Fer à cheval d'« archétype des fake news diffusées par les armées occidentales, repris par tous les grands journaux européens »[2].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Heinz Loquai, Der Kosovo-Konflikt. Wege in einen vermeidbaren Krieg. Die Zeit von Ende November 1997 bis März 1999, Nomos Verlagsgesellschaft, Baden-Baden 2000, (ISBN 3789066818).
  • Jürgen Elsässer, La RFA dans la guerre au Kosovo, L'Harmattan, 2002, chapitre V Wag the dog.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les linguistes avaient aussitôt tiqué en constatant que le plan avait été baptisé « Potkova », qui signifie certes « fer à cheval » mais en croate : en serbe, l'opération aurait dû être intitulée « Potkovica ».
  2. a b c d e f g h i j et k Serge Halimi et Pierre Rimbert, « Le plus gros bobard de la fin du XXe siècle », sur Le Monde diplomatique, (consulté le 13 mai 2019)
  3. a et b Alexandre ANIZY, « Au Kosovo, l'Allemagne achevait la Yougoslavie », sur Club de Mediapart (consulté le 14 mai 2019)
  4. « Plan fer à cheval un faux », sur LIBERATION,
  5. Selon Un Fer à cheval " pour l’intox : le ministre allemand de la Défense, Rudolf Scharping, a fait état de l’existence de ce plan le 9 avril 1999 en assurant qu’il avait commencé à être mis eu ouvre dès novembre 1998 au Kosovo.
  6. a b et c « Berlin: un faux plan pour aller au Kosovo. Les militaires auraient menti pour justifier l'intervention de l'OTAN. », sur Libération.fr, (consulté le 13 mai 2019)
  7. Thinking About Yugoslavia: Scholarly Debates About the Yugoslav Breakup and the Wars in Bosnia and Kosovo, Sabrina P. Ramet, 2005
  8. Understanding the war in Kosovo, Florian Bieber, Židas Daskalovski, 2003
  9. Yugoslavia unraveled: sovereignty, self-determination, intervention, par G. Raju & C. Thomas, 2003
  10. First do no harm: humanitarian intervention and the destruction of Yugoslavia, par David N. Gibbs
  11. Kosovo one year later: from Serb repression to NATO- sponsored ethnic cleansing
  12. "Operation Horseshoe" —propaganda and reality, By Peter Schwarz
  13. Dictionary of Genocide: M-Z, par Samuel Totten, Paul Robert Bartrop, Steven L. Jacobs, 2008
  14. alleged operation 'Horseshoe'
  15. Johan TAELMAN, Kosovo, la-croix.com, 13 avril 1999
  16. Le Monde et le Kosovo : une autosatisfaction préventive, acrimed.org, novembre 2000
  17. Bombes et bobards: propagande, bourrage de crâne, mensonges et manipulations, David Mathieu, L'age D'homme, 2000, p.40
  18. Selon Le rôle des Allemands dans les Balkans, un ancien ambassadeur témoigne, Rudolf Scharping, l'inventeur des « camps de concentration serbes » au Kosovo et du prétendu plan « fer à cheval » a agi avec l'aval de Gerhard Schröder, qui a déclaré au moment de l'invasion : « nous ne faisons pas la guerre, mais sommes amenés à imposer une solution pacifique au Kosovo par des moyens militaires également ».