Musée Dupuytren

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Musée Dupuytren
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Le musée Dupuytren était un musée d'anatomie pathologique de Paris créé en 1835 par Mathieu Orfila. Il se trouvait au 15 rue de l'École-de-Médecine, dans l'enceinte de ce qui fut longtemps la Faculté de médecine de Paris et est maintenant la Faculté de Médecine Paris-Descartes. Il a été nommé en l'honneur de l'anatomiste et chirurgien français Guillaume Dupuytren. Ses collections ont été transférées dans les réserves du campus Jussieu de l'UPMC en mars 2016.

Historique[modifier | modifier le code]

Les collections occupaient, de 1967 à sa fermeture en 2016, un pavillon de l'ancienne École Pratique. Elles furent installées en ce lieu plus de 130 ans après l'ouverture du musée.

C'est en effet en 1835 que fut fondé le musée Dupuytren. Sa création a été contemporaine de l'institution de la chaire d'anatomie pathologique de la Faculté de médecine de Paris.

Guillaume Dupuytren, professeur de médecine opératoire à la Faculté de médecine de Paris, avait destiné une partie de sa fortune à l'instauration d'une chaire d'anatomie pathologique. Bien que très important, le legs n'était pas suffisant pour permettre l'institution d'une chaire, et le doyen Orfila persuada Dupuytren de consacrer son legs à la création d'un musée d'anatomie pathologique, s'engageant par ailleurs à faire financer par le gouvernement la chaire d'anatomie pathologique dont la nécessité était manifeste. L'année même de la mort de Dupuytren, la chaire fut créée pour son élève Jean Cruveilhier (1791-1874) et le musée Dupuytren fut installé dans le réfectoire du couvent des Cordeliers ; il avait été utilisé pendant la révolution comme lieu de réunions politiques, connu sous le nom de Club des Cordeliers.

Le fonds initial du musée fut constitué avec diverses pièces, dont certaines provenaient du Collège royal de chirurgie, tandis que d'autres avaient été présentées à la Société anatomique de Paris durant le premier quart du XVIIIe siècle à l'époque où Dupuytren et Laennec s'en partageaient la présidence.

Catalogues[modifier | modifier le code]

Le premier catalogue du musée rédigé par Charles-Pierre Denonvilliers (1808-1872) et Lacroix, entre 1836 et 1842, recensait un millier de pièces. En 1877, Houel publia un nouveau catalogue en cinq tomes illustrés de photographies qui recensait 6000 pièces. Le catalogue resta incomplet, le tome VI consacré à la tératologie ne fut jamais publié. L'entreprise de Houel, qui marque sans doute l'apogée du musée, coïncida avec le début de son déclin. En 1877, en effet, l'anatomie pathologique macroscopique avait perdu beaucoup de son importance dans la recherche médicale et cédait le pas à l'histopathologie, à la microbiologie et à l'immunologie naissante.

Le déclin[modifier | modifier le code]

Le musée commença à péricliter, malgré l'apport de certaines collections, comme celle des pièces osseuses d'Odilon Lannelongue (1840-1911) et son entretien devint de plus en plus problématique.

En 1937, Gustave Roussy, bien qu'il fût le titulaire de la chaire d'anatomie pathologique, dut prendre, en tant que doyen, la décision d'évacuer le musée Dupuytren devenu dangereux. Les vitrines du musée furent démontées et les pièces entassées dans des caves situées au voisinage de la chaufferie, où elles se couvrirent peu à peu d'une épaisse poussière de charbon. Il en résulta des destructions et des disparitions multiples, et le fonds subit des dégâts irréparables[1].

La réinstallation[modifier | modifier le code]

La décision de réinstaller le musée en 1967 dans les locaux de l'ancienne Faculté de médecine fut prise par Jacques Delarue (1901-1971) dernier titulaire de la chaire, à l'instigation de son agrégé René Abelanet, actuellement conservateur honoraire du musée Dupuytren, après en avoir été le conservateur pendant 25 ans. Une grande partie des pièces rescapées furent disposées dans des vitrines modernes, une partie des pièces osseuses allant à l'hôpital Cochin où René Abelanet était chef de service. On profita de cette occasion pour joindre au musée les pièces rassemblées par Antonin Gosset (1872-1944) à la clinique chirurgicale de la Pitié-Salpétrière. Deux pièces attenantes à la salle d'exposition, reçurent les archives de la Société anatomique de Paris et ce qui restait de sa bibliothèque, ainsi que le fonds Dejerine.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le musée est fermé depuis 2016, date du transfert de ses collections dans les réserves du campus Jussieu.[2]

Même pendant sa période d'ouverture au public, le potentiel qu'il aurait pu représenter pour les recherches d'histoire de la médecine n'était que très imparfaitement utilisé, faute de moyens. Il n'existe en effet aucun inventaire fiable des pièces du musée, un grand nombre d'étiquettes ayant été détruites lors des différents déménagements. Il n'y a pas davantage d'inventaire des livres de la bibliothèque.

Le musée ne recevait aucune subvention de la part de l'université Pierre-et-Marie-Curie (qui l'hébergeait et dont les collections dépendent toujours), ni de la Mairie de Paris ou d'un ministère, ses frais n'étaient couverts qu'en partie par les 3000 entrées annuelles.

Par conséquent, le musée a fermé ses portes le 25 mars 2016, pour transfert des collections sur le campus de Jussieu[3].

Inventaire[modifier | modifier le code]

Siamois.

Ces réserves faites, on peut dresser une liste approximative et incomplète des objets du musée.

Les pièces les plus spectaculaires, dont certaines sont parmi les plus anciennes, sont des représentations en cire de diverses lésions disséquées ou non disséquées. Certaines cires montrent les préoccupations didactiques de leurs auteurs. On peut ainsi voir trois moulages successifs à trois stades différents de la dissection d'un même anévrysme syphilitique de Chaussier et deux pièces de bec de lièvre représentées avant et après opération. L'opérateur était Antoine Dubois (1756-1837), et les interventions datent de 1799 et de 1802.

De la même époque que les premières cires datent des pièces glycérinées, et notamment plusieurs anévrysmes de l'aorte portant la signature de René Laennec (1781-1826) et diverses pièces d'injections vasculaires. Il y a également quelques sculptures sur bois, probablement de la fin du XVIIIe siècle, et diverses pièces ou lésions représentées en plâtre, en papier mâché, et en divers autres succédanés de la cire.

Pièces osseuses[modifier | modifier le code]

Si les cires sont les pièces les plus spectaculaires du musée, et sans doute celles dont la valeur historique et artistique est la plus grande, les pièces les plus nombreuses sont cependant des pièces osseuses. On en recense plusieurs milliers, allant du squelette complet aux crânes ou aux fragments osseux ou ostéo-articulaires. Le squelette le plus ancien est celui d'une prodigieuse ostéomalacie gravidique présentée à l'Académie de chirurgie en 1752. Le squelette le plus récent est celui d'un jeune noir atteinte de pian avec goundou, apporté en 1926 au musée par le médecin colonel Bothereau-Roussel. Entre ces deux dates, on déposa au musée toutes les variétés imaginables de tuberculoses ostéo-articulaires, de syphilis osseuses, de cals vicieux, d'ostéomyélites chroniques, de tumeurs osseuses, de rachitisme, de scolioses et de bassins dystociques. Une des vedettes de la collection est le squelette du dénommé Pipine, phocomèle parvenu à l'âge adulte dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Son squelette voisine avec sa statue en cire, le montrant tel qu'il s'exhibait dans les foires.

Bocaux[modifier | modifier le code]

La troisième catégorie d'articles du musée est constituée d'une grande série de bocaux contenant des pièces immergées dans un fixateur spécial dont les anciens laborantins de la chaire d'anatomie pathologique avaient le secret. Ces pièces sont pour la plupart très décolorées, mais certaines sont de pathologies disparues, au moins du monde occidental. Certaines ont une valeur historique unique, tel le cerveau de "Tan", surnom donné au patient qui permit à Paul Broca (1824-1880) de décrire l'aphasie et d'élaborer la doctrine des localisations cérébrales.

Il y a une importante collection de fœtus malformés, sous forme de squelettes ou sous forme de fœtus entiers dans des bocaux, avec quelques pièces de tératologie animale.

Photographies[modifier | modifier le code]

La fondation Dejerine comporte la collection complète des tirages à part de Jules Dejerine (1849-1917), sa bibliothèque, les planches originales de son Anatomie du système nerveux central, ses microscopes, et ses collections de lame d'anatomie normale et de pathologie humaine et comparée. La série complète de photographies sur verre en noir et blanc des différentes sections du système nerveux central qu'il utilisa pour son œuvre anatomique, et que l'on peut consulter grâce à un négatoscope spécial, a été conservée. Dejerine lui-même, est photographié à son microscope en compagnie de sa femme, née Augusta Klumpke (1859-1927). D'origine américaine, elle fut la première femme interne des hôpitaux et sans doute aussi la première femme anatomo-pathologiste.

Il y a aussi l'ensemble des photographies macroscopiques faites par Désiré-Magloire Bourneville (1840-1909) sur tous les cerveaux des patients de l'hôpital de Bicêtre dont il eut à faire l'autopsie.

Livres[modifier | modifier le code]

La bibliothèque du musée Dupuytren possède la plupart des ouvrages du XVIIIe siècle ou du XIXe siècle où il est question d'anatomie pathologique. Il y a aussi deux exemplaires des ouvrages de Bonnet, plusieurs exemplaires des œuvres de Morgagni, des ouvrages de Bichat, Laennec et leurs contemporains. La thèse de Dupuytren et la thèse de Cruveilhier figurent dans les recueils de thèses du premier quart du XIXe siècle. On trouve les atlas de Cruveilhier et de Lebert (4) ainsi que les ouvrages de Letulle et un exemplaire des œuvres complètes d'Hippocrate et de Galien ayant appartenu à Dupuytren.

L'inventaire de la bibliothèque reste à faire, et il est malheureusement impossible actuellement d'y faire accéder les chercheurs d'une façon régulière.

Évocations dans les œuvres culturelles[modifier | modifier le code]

Le musée est fréquemment cité et même visité par les protagonistes de L'anneau de Moebius, roman de Franck Thilliez.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. René Abelanet et Paul P. de Saint-Maur, « Le Musée Dupuytren, passé et présent », Histoire des sciences médicales, vol. 25, no 2,‎ , p. 127-132 (ISSN 0440-8888, lire en ligne)
  2. Pierre Biet, Le musée Dupuytren ferme ses portes à Paris, Connaissance des Arts, 14 mars 2016
  3. Université Pierre et Marie Curie - UPMC, « Musée Dupuytren -Université Pierre et Marie CURIE - Sciences et Médecine - UPMC - Paris », sur www.upmc.fr (consulté le 30 mars 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]