Mercantilisme anglais

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Le mercantilisme est une conception de l'économie qui prévaut entre le XVIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle en Europe. Les penseurs mercantilistes prônent le développement économique par l'enrichissement des nations grâce au commerce extérieur qui permet de dégager un excédent de la balance commerciale grâce à l'investissement dans des activités économiques à rendement croissant.

Le mercantilisme anglais, appelé aussi « commercialisme » voit dans le commerce extérieur la source de la richesse d'un pays, ce commerce étant par ailleurs fondé sur une solide base industrielle qu'est la construction des navires pour la Royal Navy, qui elle-même sera la base de la puissance militaire de l'Angleterre qui fondera en retour sa puissance commerciale. Avec la France, l'Angleterre fut le seul pays ayant connu une véritable politique mercantiliste.

Fondements du mercantilisme anglais[modifier | modifier le code]

Le mercantilisme anglais a atteint son apogée durant la période dite du Long Parliament (16401660). Les politiques mercantilistes ont aussi été appliquées durant les périodes Tudor et Stuart, avec notamment Robert Walpole comme principal partisan. Le contrôle du gouvernement sur l'économie domestique était moins important que dans le reste du continent, en raison de la tradition de la Common law et le pouvoir croissant du parlement[1].

Les monopoles contrôlés par l'État étaient répandus, notamment avant la Première Révolution anglaise, bien que souvent débattus. Les auteurs mercantilistes anglais étaient eux-mêmes partagés sur la nécessité d'un contrôle de l'économie intérieure. Le mercantilisme anglais prit surtout la forme d'un contrôle du commerce international. Une large gamme de régulations a été mise en place pour encourager les exportations et décourager les importations. Des droits de douane ont été instaurés sur les importations et des subventions à l'exportation ont été mises en place. L'exportation de certaines matières premières a été interdite. Les Navigation Acts interdirent aux marchands étrangers de faire du commerce intérieur en Angleterre. L'Angleterre accrut ses colonies et, une fois sous contrôle, des règles y étaient mises en place les autorisant seulement à produire des matières premières et à faire du commerce uniquement avec l'Angleterre. Cela a conduit à des tensions croissantes avec les habitants de ces colonies qui ont été par exemple une des causes majeures de la Guerre d'indépendance des États-Unis.

Ces politiques ont grandement contribué à ce que l'Angleterre devienne le plus important commerçant au monde, et une puissance économique internationale s'appuyant sur sa flotte de guerre, la Royal Navy, constituée grâce à la puissance fiscale de l'État, comme le montre Patrick O'Brien. Sur le plan intérieur, la conversion des terres non cultivées en terres agricoles a eu un effet durable. Les mercantilistes pensaient que pour maximiser le pouvoir d'une nation, toutes les terres et les ressources devaient être utilisées au maximum, ce qui conduisit à lancer des projets majeurs comme le drainage de la région des Fens.

  • Monopoles, privilèges, mesures destinées à favoriser les compagnies maritimes
  • Aides à l’exportation, droits de douane élevés
  • Développement de la marine par la construction navale
  • Faible taux d’intérêt
  • Politique coloniale pour garantir de nouveaux marchés

Les penseurs mercantilistes anglais[modifier | modifier le code]

Sir Thomas Gresham - Portrait par Anthonis Mor, vers 1554
  • Thomas Gresham (env. 1519 - 21 novembre 1579), auteur de la Loi de Gresham (« la mauvaise monnaie chasse la bonne »)
  • Thomas Mun (1571 - 1641) : auteur du Discourse of Trade from England into the East Indies (1621) et de England's Treasure By Foreign Trade (1664) [2]
  • Gerard de Malynes (1586-1641) : auteur de The Canker of Englands Common Wealth (1601) et de The Maintenance of Free Trade (1622)
  • William Petty (1623-1687)
  • Josiah Child (1630-1699) : directeur à la Compagnie anglaise des Indes orientales. Il a publié en 1668 un ouvrage qui eut une influence certaine New discourse of trade, dans la tradition du Mercantilisme anglais. Il prône l'imposition par la loi de taux d'intérêt très bas (4 % au lieu de 6 %) comme un moyen d'assurer la prospérité générale, et présente les Actes de Navigation comme plus adaptés aux besoins de la défense qu'aux intérêts du commerce. Il fut avec William Petty l'un des représentants de l'école anglaise des précurseurs de l'économie, formée par le commerce international.
  • Gregory King : (1648 - 1712) : haut fonctionnaire et l'un des premiers grands statisticiens économiques du monde moderne.

Histoire des politiques mercantilistes anglaises[modifier | modifier le code]

XVIe siècle[modifier | modifier le code]

La première flotte permanente naît avec la Royal Navy, fondée par le roi Henry VIII. À la mort de celui-ci, elle compte déjà 58 vaisseaux dont celui de haut bord, le Mary Rose et de nombreuses galéasses. Pour administrer les infrastructures requises, en 1546, Henry VIII créele conseil de la marine qui prit plus tard, le nom de Navy Board, chargé de gérer l'administration quotidienne de la marine.

Élisabeth Ire encourage la guerre de course[3] pour mener la lutte contre l'empire maritime espagnol dans l'Atlantique. S'y distinguent particulièrement, John Hawkins et Francis Drake. Les douanes (dont le produit croit avec l'essor du commerce), assure à la couronne des recettes confortables. C'est d'ailleurs sous Élisabeth Ire qu'est fondée la Bourse de Londres (1566) et que la capitale anglaise se développe[4]. La Compagnie anglaise des Indes orientales est instituée par la reine en 1600 : elle se développe grâce à un monopole commercial et installe des comptoirs en Inde.

Les premiers Stuarts[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle, Charles Ier relance la construction navale, et en 1633, cinquante vaisseaux royaux sont disponibles. Ce chiffre chute ensuite à quarante deux en 1642, à la suite de difficultés de trésorerie du royaume.

Révolution et République[modifier | modifier le code]

Au début de la guerre civile anglaise, la flotte de 35 navires, se range du côté du parlement et s'accroît alors très rapidement jusqu'à parvenir à cent deux bâtiments en 1652. Quand Charles II monte sur le trône en 1660, l'effectif est de 154 vaisseaux. Le roi change le nom de la flotte en Royal Navy et désigne Samuel Pepys à la tête du Navy Board, où il organise la création de l'amirauté. Suivent deux guerres contre la Hollande en 1664 et 1674, Pepys est finalement écarté en 1688, lors de la déposition de Jacques II.

Olivier Cromwell favorise la construction navale et réorganise la marine[5].

Le mercantilisme commercial se renforce ensuite avec les guerres anglo-hollandaises : les marchandises étrangères arrivant en Angleterre doivent être transportées sur des bateaux anglais ou du pays d’origine des marchandises[5].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. E. Damsgaard Hansen. European Economic History. p. 65
  2. Lire le texte transcrit sur wikisource
  3. R. Muchembled (coord.), Les XVIe et XVIIe siècles, Paris, Bréal, 1998, (ISBN 2853947300) p.285
  4. R. Muchembled (coord.), Les XVIe et XVIIe siècles, Paris, Bréal, 1998, (ISBN 2853947300) p.286
  5. a et b R. Muchembled (coord.), Les XVIe et XVIIe siècles, Paris, Bréal, 1998, (ISBN 2853947300) p.288

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • (fr) Ludovic Desmedt, Monnaie, crédit et balance du commerce chez les premiers mercantilistes anglais, CEMF-LATEC – Université de Bourgogne, Lire en ligne