Max Havelaar (association)
Max Havelaar [maks 'avlaːr!] est une branche de l'association Fairtrade International, anciennement Fairtrade Labelling Organizations International (FLO). Max Havelaar est actuellement l'un des principaux acteurs du commerce équitable. Selon les pays, ses homologues ont des noms vraiment différents : Max Havelaar (France, Suisse, Pays-Bas, Norvège) ou Fairtrade (dans les autres pays). En France, Max Havelaar est une association loi de 1901 à but non lucratif.
Max Havelaar n'est pas le nom du fondateur de l'association, mais le titre d'un roman publié aux Pays-Bas dans les années 1860 par Eduard Douwes Dekker, qui dénonce la condition du paysan javanais dans leur colonie des Indes néerlandaises, son oppression et exploitation par son bupati (préfet javanais) et le silence des autorités coloniales.
Présentation
[modifier | modifier le code]L'association est née aux Pays-Bas en 1988, cofondée, par le prêtre ouvrier Frans van der Hoff et l'économiste néerlandais Nico Roozen. Elle est créée en France en 1992 à l'initiative de trois associations de solidarité internationale: CICDA (devenu Agronomes et vétérinaires sans frontières), Peuples Solidaires et Ingénieurs Sans Frontières.
Max Havelaar France est une association à but non lucratif. Elle gère et promeut le label « Fairtrade - Max Havelaar ».
Critiques
[modifier | modifier le code]L'économiste Christian Jacquiau, dans son ouvrage très polémique Les coulisses du commerce équitable, et dans divers articles[1],[2] voit une dérive dans le fait que l'association, subventionnée, travaille en partenariat avec des entreprises comme Dagris (dénoncée par cet auteur comme étant le principal acteur de la Françafrique sur la filière textile, actuellement[Quand ?] promoteur de coton OGM en Afrique) ou Accor, entreprises dont les pratiques sont vues par cet auteur incompatibles avec l'éthique d'un commerce équitable. Il reproche notamment à Max Havelaar de redorer l'image d'entreprises telles que Nestlé ou McDonald's en étiquetant certains de leurs produits Max Havelaar[3]. Il reproche aussi à Max Havelaar le fait de s'être approprié le terme label, arguant qu'un label doit posséder une charte et un contrôle indépendants, et un agrément du Ministère de l'Agriculture. Il oppose la démarche de Max Havelaar à celle d'autres acteurs comme Artisans du monde ou Minga qui ne fournissent pas les grandes surfaces ni les multinationales et font passer la réflexion citoyenne avant le progrès du volume des ventes. De plus, il reproche à Max Havelaar de ne s'intéresser qu'aux seuls producteurs, et pas à leurs salariés. Enfin, Max Havelaar n'a que 50 inspecteurs pour examiner les conditions de travail d'un million d'employés travaillant dans les coopératives qui le fournissent, ce qui dénote un faible contrôle[4],[5] .
L'ouvrage de Christian Jacquiau a fait lui aussi l'objet de critiques[6]. L'auteur a répondu sur son site internet[7],[8] en exposant le contexte relationnel conflictuel avec Thomas Coutrot, auquel il reproche de vouloir défendre les intérêts de l'association.
Selon Critiques et espoirs du commerce équitable[9], il est reproché à Max Havelaar de dépolitiser des problématiques (telles que l'inégalité nord/sud, le néo-colonialisme et la pauvreté) en faisant croire qu'il suffit de « consommer équitable » pour développer le tiers-monde, au lieu d'encourager à rejoindre la lutte politique, et de donner l'impression que capitalisme et équité sont compatibles[10].
Le prêtre ouvrier Frans van der Hoff, cofondateur en 1988 de la marque Max Havelaar, confirme l'essentiel de ces critiques[11] et a déclaré que "la dimension politique [du commerce équitable] a été peu à peu édulcorée, puis évincée".
Dans son documentaire Le business du commerce équitable, Donatien Lemaître met en image à travers des pays producteurs de café comme le Mexique ou de bananes comme la République dominicaine les dérives dénoncées par Christian Jacquiau à savoir le non-respect par les producteurs de leurs employés, l'emploi de main d’œuvre enfantine et la collusion entre les labels "équitables" et "éthiques" avec de grands groupes agro-industriels comme Unilever[12],[13].
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Francisco Van Der Hoff, Manifeste des pauvres, Encre d'Orient, 78 p., 2010, (ISBN 9782362430084).
- Jean-Pierre Doussin, Le commerce équitable, Presses Universitaires de France, 128 p, 2e édition 2011
- Joaquin Munoz, Commerce Equitable, 20 réponses pour agir, Michalon, 165p., 2008, (ISBN 978-2-84186-464-5).
- Association Max Havelaar France, Une dynamique de développement - Panorama de la garantie Max Havelaar pour les producteurs du Sud, , 96 p. [PDF]
- Frans van der Hoff, Nous ferons un monde équitable, Flammarion, 240 p., 2005.
- Cyril Maré, Le commerce équitable. Un mouvement éthiquetable ?, Studyrama, 171 p., 2016
- Nico Rozen, Frans van der Hoff, L'Aventure du commerce équitable, une alternative à la mondialisation, J.-C. Lattès, 280 p., 2002.
- Virginie Diaz Pedregal, Commerce équitable et organisations de producteurs. Le cas des caféiculteurs andins au Pérou, en Équateur et en Bolivie, Paris, L'Harmattan, 2006, 288 p. (ISBN 2-296-01976-5)[14]
- Virginie Diaz Pedregal, Le Commerce équitable dans la France contemporaine. Idéologies et pratiques, Paris, L'Harmattan, 2007, 268 p. (ISBN 978-2-296-02708-4) (BNF 40994580)
- Sylvie Mayer, Jean-Pierre Caldier (sous la direction de), Le guide de l'économie équitable, Paris, Fondation Gabriel-Peri, 2007, 359 p. (ISBN 2-916374-08-6)
- N'Dongo Samba Sylla, Le scandale commerce équitable : le marketing de la pauvreté au service des riches, Paris, Editions L'Harmattan, 2013, 226p.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Commerce du café
- Commerce équitable
- Depuis 2006, Max Havelaar France est membre du collectif L'Alliance pour la planète.
- FLO
Liens externes
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Max Havelaar ou les ambiguïtés du Commerce équitable », sur Monde-diplomatiquer.fr
- ↑ « Réponse du président de l'association Max Havelaar France à l'article précédent », sur Monde-diplomatique.fr
- ↑ Les renseignement généreux, page 12-13.
- ↑ Christian Jacquiau, repris dans Les renseignement généreux, p. 7.
- ↑ Reportage de Donatien Lemaître sur la chaîne Arte "Le business du commerce équitable" consulté le 11 juillet 2013.
- ↑ Thomas Coutrot, « Les coulisses d’un pamphlet, contribution au débat » dans Revue Mouvements, janvier 2007.
- ↑ http://www.christian-jacquiau.fr/petites-manipulations-entre-amis-autour-du-commerce-equitable-17171 réponse de Christian Jacquiau à la suite des critiques de Thomas Coutrot
- ↑ http://www.christian-jacquiau.fr/thomas-coutrot-les-coulisses-dune-manipulation-17182 réponse de Christian Jacquiau à la suite des critiques de Thomas Coutrot (suite)
- ↑ Les renseignement généreux, octobre 2006, Critiques et espoirs du commerce équitable, alternative solidaire ou compromis capitaliste ?
- ↑ Les renseignement généreux, page 14 et 15
- ↑ http://www.christian-jacquiau.fr/francisco-van-der-hoff-%C2%AB-la-dimension-politique-de-max-havelaar-a-ete-evincee-%C2%BB-15776 Interview croisée entre Christian Jacquiau et Frans van des Hoff : "Nous pourrions être d’accord sur beaucoup de points soulevés par votre livre."
- ↑ « « Le Business du commerce équitable », le docu qui fait déchanter », sur Le Nouvel Obs, (consulté le )
- ↑ « "Le Business du commerce équitable" », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Un article est disponible en ligne dans la revue Développement durable et territoires