Matrone (Rome antique)

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Statue de femme romaine, v. 105 ap. J.-C., Glyptothèque de Munich.

Matrone est un nom commun qui est issu du latin matrona, dérivé de mater « mère » avec un suffixe augmentatif, selon une dérivation similaire à pater / patronus (père, patron). Dans la société romaine traditionnelle, elle est épouse et mère, respectée par la communauté.

Origine mythique[modifier | modifier le code]

Le pilentum (ici sur un monument funéraire) était un char à quatre roues utilisé pour transporter les matrones lors des processions sacrées ainsi que pour aller aux jeux.

Dans la société antique romaine, la matrone était une femme mariée du certain rang social[1]. Elle est la mère de famille, digne et respectable, chargée du bon maintien de la maison et de l'éducation des enfants. Elles sont dispensées de tout travail domestique ou agricole, sauf du filage de la laine, selon une tradition que les Romains font remonter à l'enlèvement des Sabines[2],[3]. La mère de famille dispose d'un certain pouvoir à l'intérieur de la maison, elle dirige les servantes et les esclaves. On l'appelle la « domina ».

Qualités de la matrone[modifier | modifier le code]

Plusieurs mots latins désigent la femme mariée : uxor (épouse) désigne toute femme mariée, sans connotation morale ou religieuse, tandis que matrona est associé à un rang social respectable, informel et entouré d'un prestige quasi religieux, que Cicéron qualifié de sanctitas matronarum (sainteté des matrones)[4]. Les qualités idéalisées de la matrone romaine apparaissent dans de nombreux textes antiques, mais aussi au travers des qualificatifs élogieux énumérés dans les épitaphes funéraires des épouses. Les adjectifs les plus fréquents évoquent sa fidélité congugale (casta, chaste, pudica, pudique, univira) et aussi son habilité à travailler la laine (lanifica)[5],[6].

La chasteté (castitas) limite les relations sexuelles au seul époux. Sa défense est magnifiée par l'exemple pseudo-historique de Lucrèce, forcée par chantage mais moralement innoncente, qui préfère se suicider plutôt que donner l'exemple d'une femme survivant à cette souillure[7].

La pudeur est garantie par la tenue spécifique de la matrone, fait de la robe longue (stola), éventuellement prolongée sur les pieds par un volant cousu (instita) et de la coiffure particulière en tresses retenues par des bandelettes (vittae)[8], couverte d'un petit voile quand elle sort[9].

Une matrone vertueuse doit être une bonne lanifica, capable de filer et de tisser la laine, tâches sacralisées chez les Romains par l'épisode de Lucrèce, épouse déclarée la plus méritante car trouvée occupée à filer la laine[10], tâches dont les secrets sont révelés à la future épouse lors des rites nuptiaux. Dans une volonté de retour aux vertus anciennes, Auguste y astreint son épouse Livie et sa fille Julie[11].

L'univira, femme d'un seul homme (du latin unus, un seul, et vir, homme), incarne durant toute la période romaine un des idéaux de l'épouse, en dépit de la multiplication des remariages après divorce. En l'absence de témoignage écrit précis, on ignore si une veuve univira conserve cette qualité. Plaute, Catulle, Properce, Sénèque, Valère-Maxime évoquent et vantent dans leurs textes l'épouse d'un seul homme. Être univira est la condition obligée pour effectuer certains rites lors des cérémonies nuptiales ou dans les cultes matronaux[12].

Cultes réservés[modifier | modifier le code]

Les matrones romaines célébraient plusieurs cultes dans la Rome antique, remontant au début de la période républicaine, et peut-être plus anciens :

  • le culte de Pudicitia, initialement célébré exclusivement par les matrones patriciennes univiriae, c'est à dire n'ayant eut qu'un seul mari. D'après Tite-Live[13], la matrone Verginia, exclue pour avoir épousé un plébéien, aurait fondé en un culte paralléle dédié à Pudicitia Plebeia[14]
  • les Carmentalia, liées aux naissances, sous la protection de Carmenta, les 11 et 15 janvier[15]
  • les Matronalia, célébrées par les femmes mariées aux calendes de Mars. Elles font des offrandes de fleurs et d'encens et recoivent des cadeaux de leur mari[16].
  • le 6 juillet, veille des nones de juillet, est l'anniversaire de la fondation du temple de Fortuna muliebris en . Élévé en l'honneur des femmes qui obtinrent la retraite de Coriolan venu attaquer Rome, ce temple est desservi par les nouvelles mariées et seules les matrones univirae peuvent couronner la statue de la déesse[17]
  • le culte de Bona Dea, interdisant la présence des hommes, et dont les modalités sont inconnues. Il est célébré en décembre, la nuit, en dérogation de l'interdiction faite aux femmes de participer à des célébrations nocturnes[18]

Lors d'événements exceptionnels, les matrones interviennent dans des rituels pro populo, c'est à dire pour le bien de la communauté romaine. Lors des moments de crise et selon les décisions du Sénat, elles font dans les temples les supplications conjuratoires, balayant le sol de leur chevelure dénouée[19]. La communauté des matrones est sollicitée de même lors de victoires exceptionnelles de l'armée romaine, par des supplications de remerciement[20]. Lors des jeux séculaires organisés par Auguste en puis par Septime Sévère en 204, un groupe de cent-dix matrones choisies dans l'ordre sénatorial et dans l'ordre équestre récitent des prières, offrent des sacrifices et des banquets rituels aux déesses[21].

Matrones célèbres[modifier | modifier le code]

Parmi les matrones admirées des Romains, on peut citer Véturia (mère de Coriolan)[22], Cornélia (mère des Gracques), Aurelia Cotta (mère de Jules César), et Atia (mère d'Auguste)[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Boëls-Janssen 1993, p. 14.
  2. Plutarque, Vie de Romulus, 15.
  3. Boëls-Janssen 1993, p. 243.
  4. Boëls-Janssen 1993, p. 227-228.
  5. Voir par exemple l'épitaphe de Amymone CIL VI, 34045
  6. Boëls-Janssen 1993, p. 229.
  7. Boëls-Janssen 1993, p. 230.
  8. Boëls-Janssen 1993, p. 230-10.
  9. Boëls-Janssen 1993, p. 230-231.
  10. Tite-Live, I, 57.
  11. Boëls-Janssen 1993, p. 94.
  12. Boëls-Janssen 1993, p. 232-234.
  13. Tite-Live, Histoire romaine, X, 23.
  14. Boëls-Janssen 1993, p. 278 et suiv.
  15. Boëls-Janssen 1993, p. 283 et suiv.
  16. Boëls-Janssen 1993, p. 309 et suiv.
  17. Boëls-Janssen 1993, p. 373 et suiv.
  18. Boëls-Janssen 1993, p. 429 et suiv.
  19. Boëls-Janssen 1993, p. 9.
  20. Boëls-Janssen 1993, p. 2, 9.
  21. Šterbenc Erker 2015, p. 98-100.
  22. Tite-Live, Histoire romaine, II, 39-40 ; Valère Maxime, Faits et paroles mémorables, livre V, chap. IV De la piété filiale chez les Romains
  23. Pour les trois dernières, voir Tacite, Dialogue des orateurs, 28, 6

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicole Boëls-Janssen, La vie religieuse des matrones dans la Rome archaïque, Rome, École Française de Rome, coll. « Publications de l'École française de Rome » (no 176-1), , 524 p. (lire en ligne).
  • Darja Šterbenc Erker, « Les pratiques religieuses des matrones dans la Rome ancienne : les Jeux séculaires sous Auguste et sous Septime Sévère », dans Religion sous contrôle. Pratiques et expériences religieuses de la marge ?, (lire en ligne), p. 97-115.
  • Darja Šterbenc Erker, « Voix dangereuses et force des larmes : le deuil féminin dans la Rome antique », Revue de l'histoire des religions, t. 221, no 3,‎ , p. 259-291 (lire en ligne).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]