Massacre de Hama

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Insurrection islamique en Syrie
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Ruines à Hama après le massacre de 1982.

Informations générales
Date 2 février 1982
Lieu Hama (Syrie)
Issue Victoire du gouvernement syrien
Belligérants
Muslim Brotherhood Emblem.jpg Frères musulmans de Syrie Drapeau de la Syrie Syrie
Soutenue par :
Drapeau de l'Iran Iran
Commandants
Issam al-Attar
Adnan Said al Din
Said Hawi
Ali Sadreddine al-Bayanouni
Adnan Uqla
Drapeau de la Syrie Hafez el-Assad
Drapeau de la Syrie Rifaat el-Assad
Forces en présence
1 500 combattants
10 000 sympathisants
200 000 civils
47ème brigade blindée
Forces spéciales
12 000 soldats
Pertes
10 000 tués 2 000 tués

Notes

40 000 civils tués
Hafez el-Assad (à droite), président de Syrie et membre de la minorité Alaouites. Son frère Rifaat al-Assad (à gauche) a personnellement supervisé l'opération.

Le massacre de Hama résulte de la répression, par le pouvoir syrien d'Hafez el-Assad, de la rébellion fomentée par les Frères musulmans dans la ville de Hama en 2 février 1982.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les Frères musulmans s'établissent en Syrie probablement à Alep en 1935. Une partie de ses membres participent aux violentes émeutes dirigées contre le parti Baas en 1964 au sein de la ville de Hama.

Les Frères musulmans gagnent alors en puissance et en légitimité au point d’apparaître, lors de nouvelles émeutes en 1973 contre le président Hafez, comme la seule formation politique capable de s'opposer à l'hégémonie du parti Baas. Parallèlement, les Frères commence à s'infiltrer au sein de l'armée et de la police.

Les Frères musulmans, qui compte près de 10 000 militants en 1979, commencent à commettre des attentats contre l'État. Le 16 juin 1979, des officiers sympathisants des Frères ouvrent le feu au sein de l’école d’artillerie d’Alep, tuant 83 cadets. Cette tuerie provoque un émoi sans précédent au sein de la population et de l’élite alaouite.

De nombreux autres attentats sont commis la même année contre les installations de l'État syrien et de nouvelles émeutes éclatent dans le pays, notamment à Alep et Hama, contre le Parti Baas. Le pouvoir réagit alors par la répression et fait exécuter plusieurs centaines de sympathisants des Frères musulmans.

Le 26 juin 1980, alors qu’il reçoit le Président du Mali en visite officielle, le président Hafez al-Assad échappe à un attentat provoqué par un membre de la garde présidentielle.

Le 7 juillet de la même année, le Parlement adopte la loi no 49 punissant de mort toute personne appartenant ou sympathisants avec l’organisation des Frères musulmans ("est considéré comme criminel et sera puni de la peine capitale quiconque est affilié à l'organisation de la communauté des Frères musulmans[1]").

En parallèle, la crise économique que connait le pays accroit le mécontentement de la population et par conséquence la force et la popularité des Frères. De nouvelles manifestations éclatent au nord du pays et un attentat le 29 novembre 1981 fait 175 morts à Damas. Le président Hafez al-Assad lance fin 1981 une importante purge des éléments fréristes de l'appareil de sécurité de l'Etat, notamment l'armée, pour garantir la sécurité du régime syrien. 400 officiers sont démis de leur fonction et 300 membres du parti Baas sont exécutés[2].

Ainsi purgée, l'armée se prépare à affronter et à défaire définitivement le mouvement des Frères musulmans.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Acculés par la répression du régime, les Frères Musulmans tentent de soulever la population de la ville de Hama, ville majoritairement sunnite, contre le président Hafez el-Assad[3].

Dans la nuit du 2 au 3 février 1982, un commando des Frères composé de 200 hommes armés investit dans la ville de Hama afin de la libérer de la présence du régime syrien. 90 personnes sont ainsi assassinés par les Frères Musulmans.

A l'aube, l’état-major de l'organisation islamique déclare dans un communiqué que Hama est considérée comme « ville libérée » et exhorte la population à se soulever contre les « infidèles ».

À l’annonce de ce communiqué, le régime ne peut plus reculer. Le président Hafez al-Assad décrète l'Etat de siège et mobilise l'armée, en premier lieu les Forces spéciales et la 47ème brigade blindée, afin de reprendre le contrôle de la ville.

12 000 soldats se déploient autour de la ville[4]. L’armée coupe l'ensemble des communications entre Hama et le reste du pays, puis procède à d'importants bombardements d'artillerie et d'aviation de la ville. Une partie importante de la ville — comptant de nombreux joyaux architecturaux — est alors détruite dans les combats, dont le tiers du centre historique[5].

Le 15 février, le ministre de la défense, Mustafa Tlass, déclare le succès de la répression et le démantèlement du mouvement des Frères Musulmans.

La ville de Hama restera néanmoins assiégée pendant 27 jours par l'armée, avec des accrochages réguliers entre l'armée et les sympathisants des Frères encore en liberté.

Après la levée de l'État de siège, le retour à la normale s’effectue progressivement, mais le régime laisse des forces de sécurité importantes dans la ville pour prévenir toute nouvelle révolte.

Le journaliste britannique Patrick Seale parvient à entrer dans Hama. Le 7 mars 1982, il décrypte pour The Observer la bataille : « Dans les combats de Hama, la volonté des Frères musulmans de combattre jusqu'à la mort a rencontré la même volonté de la part des défenseurs du régime ».

Estimation des pertes[modifier | modifier le code]

Si les estimations les plus basses parlent de 10 000 morts, les plus élevées, comme celle établie par le Conseil syrien des droits de l'homme[Qui ?], parlent de 40 000 morts lors de cette bataille[6]. En revanche, un rapport officiel initialement secret de la Defense Intelligence Agency (DIA)[7] américaine, estime le nombre total de victimes à environ 2 000. 2 500 soldats ont en outre été tués durant les combats[8].

Conclusion[modifier | modifier le code]

Le massacre de Hama signe l'échec de l'insurrection des Frères musulmans en Syrie, désormais condamnés à l'exil. Durant les quatre semaines de siège, aucune autre ville syrienne n'est venue soutenir les habitants de Hama, doublement isolés : assiégés physiquement, et sans aucun appui moral à l'extérieur. De plus, la ville est interdite aux étrangers, dont les journalistes. Rares sont ceux qui pénètrent clandestinement[6],[5]. Hafez Al-Assad, quant à lui, refroidit durablement toute volonté de rébellion au sein de la population et apparaît comme celui qui maintient l'ordre entre les communautés alaouite et sunnite. L'épisode de Hama permet au régime de s'assurer un sursis de tranquillité.

Trente ans plus tard, les tensions ne sont pas retombées à Hama, ville-pivot de la contestation démarrée en 2011 contre Bachar Al-Assad[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Damas liquide les Frères musulmans, Jeune Afrique, 2 février 2004
  2. « Le massacre de Hama - février 1982 | Sciences Po Encyclopédie des violences de masse », sur www.sciencespo.fr (consulté le 18 janvier 2017)
  3. Syrie : l'ombre du massacre de février 1982 plane toujours sur Hama, lemonde.fr, 2 février 2012
  4. « Syrie : l'ombre du massacre de février 1982 plane toujours sur Hama », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  5. a et b Jean-Pierre Filiu, « Syrie : l’extermination chimique que prépare Bachar el-Assad », sur http://blogs.rue89.com,‎ (consulté le 25 août 2013) : « C’est le huis clos de mars 1982 qui permet à Hafez al-Assad d’exterminer une bonne partie de la population de Hama et de détruire le tiers du centre historique de cette ville. »
  6. a, b et c « Syrie : l'ombre du massacre de février 1982 plane toujours sur Hama », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  7. (en) Defense Intelligence Agency, Syria: Muslim Brotherhood Pressure Intensifies (Rapport secret déclassifié en 2012), , 13 p. (lire en ligne)
  8. « Le massacre de Hama - février 1982 | Sciences Po Encyclopédie des violences de masse », sur www.sciencespo.fr (consulté le 18 janvier 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]