Massacre de Damas

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Massacre de Damas
Image illustrative de l’article Massacre de Damas
Abd el-Kader (au centre) lors du conflit entre chrétiens et musulmans au Liban en 1860

Localisation (Damas, Syrie)
Cible chrétiens
Coordonnées 33° 30′ 44″ nord, 36° 17′ 54″ est
Date au
Morts 4 à 6000 morts

Géolocalisation sur la carte : Syrie

(Voir situation sur carte : Syrie)
Massacre de Damas

Le massacre de Damas du 9 au 18 juillet 1860 est celui de chrétiens par des musulmans. Quatre à six mille personnes sont tuées. Des milliers de chrétiens[1] sont sauvés par l'émir algérien Abd el-Kader (1808-1883).

Contexte[modifier | modifier le code]

Les massacres de Damas interviennent à la suite des massacres des Chrétiens du Mont Liban par les druzes principalement. Ce qui les déclencha principalement fut la chute de la ville de Zahlé (à majorité melkite grecque-catholique), considérée imprenable par tous, et l'impunité des coupables des massacres du Mont Liban, laissant à penser que les massacres de chrétiens ne seraient pas réprimandés par la Sublime Porte, le gouvernement Ottoman. Il est nécessaire de rappeler aussi que ces massacres intervinrent sûrement par le jeu de manipulations externes et internes, mais aussi principalement par des rivalités économiques, les Chrétiens étant principalement détenteurs de monopoles sur certains marchés, et ayant probablement suscité des jalousies. Ces évènements interviennent aussi dans une logique d'affaiblissement de l'empire ottoman, du Printemps des peuples en Europe en 1848, et de la nouvelle égalité plus ou moins accordée par la Porte pour l'ensemble de ce ces sujets. Cette période cauchemardesque de l'histoire des Chrétiens d'Orient fut la cause principale du début de leur exode vers l'Europe, l'Afrique et les Amériques mais aussi vers l'Égypte, où de nombreuses familles syriennes et libanaises chrétiennes s'installèrent à la fin du XIXe siècle.

Les faits[modifier | modifier le code]

Les troubles confessionnels du Mont-Liban se sont étendus à Damas entre le 9 et le 17 juillet 1860. Sans que le gouverneur ottoman de la ville, Ahmed Pacha, ne décide de s'interposer, des fanatiques attaquèrent les quartiers chrétien, melkite et maronite, tuant plus de cinq mille habitants selon le général d'Hautpoul[2].

L'émir Abd el-Kader intervint pour arrêter le massacre et protéger, au péril de sa vie[2], la communauté des chrétiens de Damas. Grâce à son influence auprès des dignitaires de la ville et aux membres de sa suite qui l'avaient suivi dans son exil, on estime que seules 5 000 personnes périront[3], sur une population concernée évaluée à environ 20 000[4]. Par ailleurs, ces évènements entraînèrent l'exil, au Caire ou à Beyrouth notamment, de plusieurs milliers d'habitants chrétiens de Damas[3].

Abd el-Kader dût même s'interposer par la force, avec les membres de sa suite, pour protéger les familles chrétiennes venues se réfugier en nombre dans le quartier des Algériens. Il fait exécuter certains pillards. Encore aujourd'hui, certains Syriens sont appelés « Algériens » en référence à ces membres de la suite d'Abd el-Kader dont ils sont descendants et des Algériens qui se sont regroupés autour de lui dans son exil, installés dans le quartier de Salhieh (qui à l'époque était encore un réseau de petites ruelles ottomanes, et non le quartier à l'architecture coloniale que l'on connaît aujourd'hui).

Napoléon III envoie une expédition armée à but humanitaire. L'expédition française en Syrie dura du mois d'août 1860 au mois de juin 1861. Cette intervention, faite au nom de l'Europe, devra permettre l'établissement d'un régime nouveau pour les provinces syriennes fixé par une commission internationale. Face aux Français, la Porte a envoyé le ministre Fouad Pacha chargé de pouvoirs extraordinaires afin de régler la question syrienne. Précédant les français, il prend le contrôle de Damas et mène une vigoureuse répression : " plus d'une centaine d’exécutions frappe les responsables présumés des massacres tandis que de nombreux notables sont exilés. Le but du ministre est double : rendre sans objet une intervention européenne dans le territoire syrien et, en sanctionnant durement les notables de Damas, porter un coup décisif aux autonomies provinciales syriennes et renforcer la centralisation politique." [5]

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition française en Syrie.

Le règlement de 1861 fonde une province autonome du Mont-Liban sous l'autorité d'un gouverneur chrétien de haut rang administratif, sans que soit spécifiée son origine. Il s'agira jusqu'en 1914 d'un chrétien non libanais venu d'une autre communauté catholique de l'empire, nommé par la Porte pour une durée déterminée mais après accord des puissances qui surveillent le respect des termes du règlement.[5]

La conséquence pérenne de cette intervention est donc l'autonomie du Liban vis-à-vis de la Syrie, consacrée le 9 juin 1861 par la nomination par le sultan d'un gouverneur propre à la nouvelle entité, l'Arménien Garabet Artin dit « Daoud Pacha ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Baptistin Poujoulay, La vérité sur la Syrie et l'expédition française, Gaume, (lire en ligne), Plus on réfléchit sur les scènes d'horreur de Damas plus l'imagination en est confondue Assurément les massacres du Liban sont horribles et ce qui les rend plus horribles encore c'est la trahison ottomane maintenant devenue évidente Mais au moins il y avait dans le Liban deux nations ennemies depuis longtemps deux nations qui avaient été souvent en guerre et au sein desquelles fermentaient les haines et les vengeances Mais ce qui est inouï unique peut être dans l'histoire ce sont les massacres de Damas.
  • Eugène Poujade, Le Liban et la Syrie 1845-1860, (lire en ligne), p. Les massacres atteignirent Zahlé ville florissante toute peuplée de chrétiens et située au pied versant du Liban qui descend dans la plaine de Bekaa en même temps des scènes de meurtre se passaient à Hasbéya et à Rachéya deux districts situés dans l Anti Liban et où gouvernent encore héréditairement des princes de la famille Cheab restés fidèles à l'islamisme, enfin les égorgeurs druzes bédouins musulmans habitant la ville de Damas commencèrent les massacres et le pillage dans cette grande et riche cité. Là ni les religieux européens ni les officiers consulaires ne furent épargnés. Les consulats d'Angleterre et de Prusse furent seuls respectés. Le fer moissonna les hommes les femmes et les enfants, le feu détruisit les maisons que les égorgeurs aidés des troupes ottomanes avaient d'abord pillées et saccagées. Le nombre des victimes de ces fureurs dont le récit seul fait frémir d'horreur et d'indignation s'élève dans le Liban et à Damas à plusieurs milliers nous n'en ferons pas le dénombrement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'historien Pierre de la Gorce, écrit : "Quinze cents", cf. Histoire du Second Empire, t. III, p. 323.
  2. a et b Pierre Dufour, La France au Levant des croisades à nos jours, Pygmalion, 2001, p. 303-304
  3. a et b Brigite Marino, « Damas », in François Georgeon, Nicolas Vatin, Gilles Veinstein, Dictionnaire de l'empire ottoman, Fayard, 2015, p. 328
  4. Eugene Rogan, Histoire des Arabes de 1500 à nos jours, Perrin, 2009, p. 135.
  5. a et b Henry Laurens, L'Orient arabe, arabisme et islamisme de 1798 à 1945, Paris, Armand Colin, , 331 p. (ISBN 978-2-200-21920-8), page 70