Aller au contenu

Marché des capitaux

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Le New York Stock Exchange, un des marchés secondaires des capitaux les plus importants au monde.

Le marché des capitaux est, dans le marché financier national, le compartiment où les institutions financières et les entreprises achètent et vendent des actifs financiers à maturité moyenne ou longue (supérieure à un an). Ce marché est d'ordinaire caractérisé par des volumes de transaction très importants, notamment sur les obligations souveraines de long terme, à savoir des titres de dette publique utilisés par les États pour obtenir de la liquidité dans le temps. C'est donc un marché où s'échangent des capitaux placés à moyen ou long terme contre des actifs financiers. Les marchés d'actions sont la composante principale des marchés de capitaux, avec les marchés obligataires.

Les marchés des capitaux mondiaux sont essentiels au fonctionnement du système financier international et à l'économie mondiale. Les banques centrales les utilisent pour mettre en œuvre certains volets de leur politique monétaire conventionnelle, comme l'assouplissement quantitatif. Ces marchés permettent aux entreprises de se financer, en vendant des actions ou des obligations (ces dernières devant être à moyen ou long terme). Les marchés de capitaux se distinguent des marchés monétaires, en ce que ces derniers ne permettent d'acheter et vendre que des actifs financiers de court terme et disposent d'un compartiment qu'est le marché interbancaire.

Le marché des capitaux se subdivise en deux compartiments : un marché primaire et un marché secondaire. Les titres sont émis sur le premier, tandis que les titres de seconde main sont revendus sur le second[1].

Fonctionnement

[modifier | modifier le code]

Les débiteurs peuvent tout aussi bien être les administrations publiques que les sociétés. Pour ces premières le recours par le marché se fait lorsque le financement par l'impôt est insuffisant à long terme, amenant toutes choses égales par ailleurs à une hausse de la dette publique, et pour les entreprises privées elles y ont recours lorsque l'autofinancement est insuffisant pour ses dépenses de fonctionnement[2].

Les créanciers offrent leurs capitaux sur le marché lorsqu'ils ont la capacité de financement, c'est-à-dire que leur épargne est supérieure à leur autofinancement. On y retrouve des ménages épargnant sur leurs comptes bancaires ou acquérant des titres mobiliers ; des sociétés financières notamment les investisseurs institutionnels, les compagnies d'assurances et les banques ; et plus rarement des sociétés non-financières[3].

Les titres de créance sont émis originellement sur le marché primaire, et les titres du créancier peuvent être achetés par une tierce personne sur le marché secondaire, le marché secondaire est donc un marché de revente, son utilité réside dans le fait que les liquidités versées aux débiteurs sont assurées[4].

Théories économiques

[modifier | modifier le code]

Autorégulation des marchés des capitaux

[modifier | modifier le code]

Les marchés de capitaux ont fait l'objet de théorisations économiques très tôt dans l'histoire de la pensée économique. Au sein de l'école néoclassique, Léon Walras formalise les marchés de capitaux mathématiquement, et essaie de démontrer qu'ils s'autorégulent dès lors que certaines hypothèses (concurrence pure et parfaite) sont respectées[5]. Il part du postulat selon lequel la monnaie est neutre[6].

Léon Walras est un des premiers théoriciens du marché des capitaux.
Knut Wicksell.

L'économiste autrichien Knut Wicksell s'oppose à cette vision quantitativiste notamment avec son concept de taux d'intérêt naturel, que Léon Walras aurait confondu avec un taux d'intérêt d'équilibre. En effet, les agents économiques peuvent faire rentrer de la monnaie et des dépôts dans les canaux du crédit, et non seulement de l'épargne. Ainsi, l'offre augmente artificiellement et un équilibre est effectivement trouvé à court terme, mais puisque cette offre n'est qu'artificielle, une crise ne peut qu'advenir à long terme[7].

Selon les keynésiens, les marchés des capitaux ne sont pas nécessairement équilibrés même si les canaux de financement ne présentent aucun dépôt ni monnaie, en effet les keynésiens considèrent que les financiers sont en proie aux esprits animaux, notamment à cause d'occasionnelles trop grandes confiances en soi ou en des prévisions économiques futures, mais aussi par l'esprit de prédation[8].

Bénéfices de l'existence d'un marché des capitaux

[modifier | modifier le code]

Selon Léon Walras, les marchés des capitaux se justifient non pas par les capitaux en eux-mêmes mais par les revenus qu'on espère en tirer dans le futur[9].

Eugen von Böhm-Bawerk.

L'économiste autrichien Eugen von Böhm-Bawerk supporte l'idée de Walras : le marché des capitaux permet un raccourci dans le temps entre l'épargne nécessaire à accumuler à un investissement et l'investissement même, le marché des capitaux permet ainsi de financer les projets rentables d'agents n'ayant pas assez de fonds propres. Ainsi, le développement industriel des entreprises s'accélérera et le bien-être augmentera plus vite encore, quel que soit le taux d'intérêt attribué à un emprunt. Eugen von Böhm-Bawerk tente ainsi de remettre en cause une des critiques de l'économie scolastique, selon quoi les taux d'intérêt élevés, sinon tous les taux d'intérêt, se font au détriment du débiteur et débouchent sur un jeu à somme nulle (voir le concept d'usure)[10].

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. de Boissieu 2010.
  2. Bernet-Rollande 2015, p. 426-427.
  3. Bernet-Rollande 2015, p. 427.
  4. Bernet-Rollande 2015, p. 429.
  5. Joseph Schumpeter (trad. Marianne Berthold, Georges-Henri Bousquet et al., préf. Raymond Barre), Histoire de l'analyse économique, tome III : l'âge de la science, Paris, Tel Gallimard, coll. « Tel », , 710 p. (ISBN 978-2-07-031343-3), p. 352
  6. Jacques Sapir, Les Trous noirs de la science économique, Albin Michel, , 328 p. (ISBN 2-226-11577-3, présentation en ligne)
  7. Alain Beitone et Estelle Hemdane, Introduction à l'économie monétaire, dl 2021 (ISBN 978-2-10-082461-8 et 2-10-082461-9, OCLC 1260248555, lire en ligne)
  8. George Akerlof, Robert Shiller Les esprits animaux, Comment les forces psychologiques mènent la finance et l'économie (en), Septembre 2009, Editions Pearson
  9. Léon Walras, Eléments d'économie politique pure ou théorie de la richesse sociale, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, , XX-491 p. (ISBN 2-275-01285-0), p. 245
  10. Böhm-Bawerk 1959.

Bibliographie

[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles connexes

[modifier | modifier le code]