Maison de Montefeltro
| Montefeltro | |
| Blasonnement | bandé d'or et d'azur, au chef d'or chargé d'une aigle bicéphale de sable, becquée, membrée et couronnée d'or |
|---|---|
| Période | XIe au XVIe siècle |
| Origine | Carpegna |
| Pays | Duché d'Urbino |
| Fiefs tenus | Urbino puis le duché d'Urbino |
| Titres obtenus | Duc d'Urbino
Comte de Montefeltro Comte de Pietrarubbia Comte de Cantiano Comte de Mercatello Comte de Castel Durante Seigneur d'Urbino Seigneur de Gubbio Seigneur de Cagli Seigneur de Frontone Seigneur de Sassocorvaro |
| Demeures | Palais ducal d'Urbin |
| Fonctions militaires | Condottière |
| Fonctions ecclésiastiques | gonfalonier de l'Église |
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La maison de Montefeltro est une puissante dynastie marchesane noble qui régna en souveraine sur la cité d'Urbino puis le duché d'Urbino, un État qui comprenait la partie nord des actuelles Marches, une partie de la Toscane et de la Romagne et une partie de l'Ombrie. Les Montefeltro ont joué un rôle dans la consolidation de l'Etat de Saint-Marin.
Leur ascendance est celle des comtes de Carpegna. La famille a donné son nom à la région italienne éponyme du Montefeltro.
Elle s'allia avec les plus importantes maisons d'Italie comme les Sforza, da Varano, Malatesta, Sanseverino, Della Rovere, Colonna, Pio di Savoia, d'Este ou encore les Gonzague[1].
Son plus célèbre membre, Frédéric III de Montefeltro, duc d'Urbino, reste aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands condottieres et princes de la Renaissance. Baldassare Castiglione, disait de lui qu'il était «la lumière de l'Italie» en raison de son soutien à la culture notamment la peinture, la sculpture et la littérature. Il soutint bon nombre d'artistes, dont Raphaël ou encore Piero della Francesca. Ses entreprises en faveur de l'art et de la culture, contribua à l'expansion de la Renaissance en Europe et inspira un certain nombre de souverains européens. Son palais à Urbino est l'un des monuments les plus visités d'Italie, la ville d'Urbino elle-même, façonnée selon ses volontés est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO.(cf. la Renaissance à Urbino[2])
Histoire
[modifier | modifier le code]Origines
[modifier | modifier le code]Le lignage apparait au XIe siècle, d'abord comme comte de Carpegna et de Pietrarubbia avec Oddantanio Ier, puis il prend le titre de comte de Montefeltro sous Antoine Ier (1150-v. 1184). Ce dernier domine les Marches en s'emparant de centres urbains comme Cagli et Gubbio[3].
Comtes d'Urbino
[modifier | modifier le code]Le premier Montefeltro à porter le titre de comte d'Urbino est Bonconte (1202-1242). Ses successeurs Montefeltrano II (1242-1248), Guido Ier (1258-1298) et Frédéric Ier (1305-1322) doivent résister aux nombreuses tentatives de la papauté de réinstaurer son pouvoir à Urbino. La famille devient rapidement la principale famille gibeline de Romagne. En 138, la famille obtint le titre de comte palatin marquant leur fidélité aux empereurs du Saint-Empire romain germanique. De plus, grâce au départ de la papauté en Avignon, Nolfo Ier (1323-1364) parvient à asseoir sa seigneurie. Il obtient le titre de vicaire impérial en 1348, puis de vicaire pontifical en 1355 ce qui confirme sa légitimité. Une carrière de condottiere au service des Visconti et de Venise lui assure une certaine richesse. Son neveu, Antoine II (1364-1404) perd temporairement le contrôle de la ville au profit de la papauté de 1369 à 1376. Il la récupère, et à sa mort la seigneurie des Montefeltro sur Urbino et Gubbio semble désormais acquise[3].
Son fils qui lui succède, Guidantonio (1404-1443) doit aussi sa richesse à une carrière de condottiere au service du pape en tant que capitaine général des armées pontificales et comme grand connétable du royaume de Naples en 1411[3].
Duché d'Urbino
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Le premier comte à soutenir les arts fut Guidantonio da Montefeltro (mort en 1443), qui accueillit à sa cour Cyriaque d'Ancône et Antonio Alberti. En 1443, le pape Eugène IV nomma son fils Oddantonio II de Montefeltro duc. Urbino devint la capitale de l'État et s'apprêtait à devenir l'un des principaux centres de la Renaissance italienne. Son règne fut cependant bref, de 1443 à 1444, avant son assassinat. Son demi-frère aîné, Frédéric, l'un des plus grands princes de l'empire italien de l'époque, réputé pour ses talents militaires et son mécénat, lui succéda. Il alternait les campagnes militaires avec une brillante carrière d'homme d'État, s'occupant également de la construction du Palais Ducal et appelant à sa cour des artistes très célèbres, de Leon Battista Alberti à Piero della Francesca, de Paolo Uccello à Pedro Berruguete, de Luca della Robbia à Joos van Wassenhove, en plus du grand groupe d'architectes et de sculpteurs qui ont embelli son palais. L'artiste Raphaël peut aussi être mentionné ici.
Confirmé duc en 1474, il encouragea la construction de nombreuses forteresses, conçues par Francesco di Giorgio, et constitua l'une des plus importantes bibliothèques de la Renaissance. Il épousa Battista Sforza, issue d'une famille très puissante, maître du duché de Milan et qui joua un rôle de premier plan lors des guerres d'Italie en 1459, et régna sur son duché avec une autorité incontestable jusqu'à sa mort en 1482. Après une période de régence assurée par le comte Ottaviano Ubaldini della Carda, son fils Guidobaldo Ier da Montefeltro, jeune homme prometteur mais de santé fragile depuis son enfance, accéda au pouvoir. De ce fait, il ne put égaler la carrière militaire de son père, malgré sa participation à plusieurs batailles en tant que condottiere. Il épousa Élisabeth de Mantoue et protégea des artistes tels que Raphaël, Bramantino et Luca Signorelli. Le Livre du courtisan de Baldassarre Castiglione constitue un monument littéraire célèbre témoignant de sa cour et de celle de son épouse. Son règne fut troublé par les luttes contre les États pontificaux, en particulier les conquêtes, jamais de longue durée, subies par les neveux des pontifes, tels que le duc de Valentinois et Laurent II de Médicis.
Guidobaldo mourut sans enfant, mais non sans avoir adopté le premier-né de sa sœur Giovanna, François Marie Ier della Rovere, qui devint le quatrième duc d'Urbino. Les Della Rovere, héritiers du duché et descendants de Frédéric III de Montefeltro règneront souverainement sur Urbino et sa région jusquà la mort de Francesco Maria II della Rovere (arrière-grand-père de Cosme III de Médicis) en 1631.
Dans la culture
[modifier | modifier le code](cf. la Renaissance italienne, la Renaissance à Urbino, Frédéric III de Montefeltro)
Les Montefeltro ont marqué la culture de leur empreinte. Ils sont à l'origine de l'expansion de la Renaissance en Europe. La cour d'Urbino était considérée comme un haut lieu de la culture. On doit cela à Frédéric III de Montefeltro. Ce dernier finança de nombreux artistes comme entre autres Raphaël, Piero della Francesca, Francesco di Giorgio Martini, Luciano Laurana, Cosimo Rosselli, Roberto Valturio, Federico Barocci, Baccio Pontelli, Pedro Berruguete. Frédéric III fut aussi en contact avec Léonard de Vinci.

De nombreux artistes ont représenté la famille dans leur réalisations. La dyptique Le Triomphe de la chasteté de Piero della Francesca représentant Frédéric III et sa femme Battista Sforza est aujourd'hui connu dans le monde entier. Le Portrait de Guidobaldo Ier de Montefeltro et le Portrait d'Elisabetta Gonzaga (femme de ce dernier) de Raphaël conservés à la Galerie des Offices sont eux aussi très célèbre. Le Portrait d'Emilia Pia de Montefeltro est aujourd'hui conservé au Musée d'Art de Baltimore.
Le duc d'Urbino Frédéric III a aussi été un grand humaniste. Il était ami avec Luca Pacioli, Paul de Middlebourg Leon Battista Alberti, Marsile Ficin, Bessarion, Pietro Bembo, Victorin de Feltre ou encore Pie II. De nombreuses oeuvres lui sont dédiées. Notons Le Livre du courtisan de Baldassare Castiglione qui décrit l'ambiance qui règne dans la région d'Urbino.
La famille par le biais de Frédéric III a par ailleurs constituée l'une des plus importantes bibliothèques d'Europe. Aujourd'hui conservée au Vatican. Celle-ci contient entre autres des oeuvres des grands docteurs de la foi comme saint Bernard mais plus généralement de tous les Pères de l'Eglise latine. On retrouve des traductions des Pères de l'Église grecque en latin, des ouvrages de droit, une splendide bible en deux volumes avec ses commentaires, des ouvrages d'astrologie, de géométrie, d'arithmétique et d'architecture. Des oeuvres d'Avicenne, d'Hippocrate, Galien, Dante, Pétrarque, Boccace mais aussi de Platon, d'Aristote, d'Homère, Pindare, Ménandre, les Vies parallèles de Plutarque, la Cosmographie de Ptolémée, des écrits d'Hérodote ou encore de Thucydide.
Le Palazzo Ducale de Gubbio mais surtout le Palais ducal d'Urbino montrent la puissance et l'influence de la famille. Ils sont considérés comme des constructions majeures de la Renaissance. De même que le fameux Studiolo. Ces lieux démontrent la recherche perpétuelle des Montefeltro de développer la culture dans leur Etat. D'ailleurs le centre ville d'Urbino est classé au titre du patrimoine mondial de l'UNESCO
Lignée dynastique
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Comte souverain de Carpegna et Pietrarubbia
[modifier | modifier le code]- XIe siècle : Oddantonio Ier de Montefeltro
Comtes de Montefeltro
[modifier | modifier le code]- 1150-ca 1184 : Antoine Ier († ca 1184)
- v. 1184-1202 : Montefeltrano Ier (ca 1135-San Leo, 1202)
- 1202-1242 : Bonconte Ier (1165-1242)
Comtes d'Urbino
[modifier | modifier le code]- 1234-1242 : Bonconte Ier (d°)
- 1242-1255 : Montefeltrano II († 1255)
- 1255-1285 : Guy Ier (1223-1298)[4]
- 1286-1295 : contrôle papal
- 1295-1298 : Guy Ier
- 1298-1305 : contrôle papal
- 1305-1322 : Frédéric Ier († 1322), 4e comte, fils du précédent
- 1322-1360 : Guido II et Nolfo (v.1290 - 1364)
- 1322-1324 : contrôle papal
- 1360-1363 : Frédéric II (v.1370)
- 1363-1404 : Antoine II de Montefeltro (1348-1404)
- 1369-1375 : contrôle papal
- 1404-1443 : Guidantonio da Montefeltro (1377-1443)
Seigneurs d'Urbino
[modifier | modifier le code]- 1323-1364 : Nolfo da Montefeltro (ca 1290-1364), vicaire impérial en 1348, vicaire pontifical en 1355, fils du précédent
- 1364-1369 : Antoine II (1348-1404), Nolfo II (NC) et Galasso (NC), tous trois petits-fils du précédent
- 1369-1376 : contrôle papal
- 1376-1404 : Antoine II de Montefeltro, vicaire pontifical en 1390
- 1404-1443 : Guidantonio da Montefeltro (1377-1443), vicaire pontifical en 1404, fils du précédent
Ducs d'Urbino
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- 1443-1444 : Oddantonio II (1427-1444), 1er duc, vicaire pontifical, fils du précédent
- 1444-1482 : Frédéric III (1422-1482), connu comme Frédéric de Montefeltro, vicaire pontifical puis 2e duc en 1474, frère naturel légitimé du précédent
- 1485-1508 : Guidobaldo Ier (1472-1508), fils du précédent
- en 1502, le duché est envahi et occupé par les troupes de César Borgia jusqu'en 1506
- En 1508, le duché devient possession de la famille Della Rovere descendante des Montefeltro
Autres personnalités
[modifier | modifier le code]- Guido da Montefeltro, chef gibelin, seigneur de Montefeltro, capitaine du peuple;
- Taddeo II da Montefeltro fils de Bonconte I de Montefeltro, chef guelfe et comte de Pietrarubbia;
- Niccolò da Montefeltro, condottiere;
- Frédéric Ier de Montefeltro, condottiere, comte d'Urbino;
- Nolfo da Montefeltro, condottiere;
- Battista Malatesta de Montefeltro, célèbre poétesse de la Renaissance épouse de Galeazzo Malatesta seigneur de Pesaro;
- Frédéric II de Montefeltro, comte d'Urbino;
- Antoine II de Montefeltro, comte d'Urbino;
- Guidantonio da Montefeltro, duc d'Urbino;
- Violante de Montefeltro, épouse de Domenico Malatesta Novello;
- Sveva da Montefeltro, épouse de Alessandro Sforza puis béatifiée par le pape Benoît XIV et Bienheureuse;
- Oddantonio II de Montefeltro, duc d'Urbino, époux de Iseut d’Este, assassiné en 1444;
- Agnès de Montefeltro épouse du comte Fabrizio Colonna;
- Antonio da Montefeltro, fils illégitime de Frédéric III de Montefeltro, comte de Cantiano;
- Giovanna Felicita Feltria della Rovere épouse de Jean della Rovere;
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (it) Andrea Antonioli, I grandi personaggi che hanno cambiato l’Italia del Medioevo, Newton Compton Editori, (ISBN 978-88-227-3770-0, lire en ligne)
- ↑ (it) « FEDERICO da Montefeltro, duca di Urbino - Enciclopedia », sur Treccani (consulté le )
- Sophie Cassagnes-Brouquet, Bernard Doumerc, Les Condottières, Capitaines, princes et mécènes en Italie, XIIIe – XVIe siècle, Paris, Ellipses, , 551 p. (ISBN 978-2-7298-6345-6), Este de Ferrare et Gonzaga de Mantoue (page 179)
- ↑ Protagoniste du Chant XXVI de la Divine Comédie de Dante Alighieri
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Duché d'Urbino
- Liste des souverains d'Urbino
- Famille Della Rovere
- Montefeltro (région)
- Niccolò Filippo Brancaleoni
Liens externes
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- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :