Maîtresse d'un homme marié

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Maîtresse d'un homme marié

Type de série feuilleton télévisé
Création Kalista Sy
Production Marodi
Pays d'origine Sénégal
Chaîne d'origine 2sTV
Nb. de saisons 1

Maîtresse d'un homme marié est un feuilleton télévisé sénégalais en wolof, produit par le groupe Marodi, diffusé depuis le sur 2sTV et sur YouTube[1]. La polygamie, le viol, les violences conjugales sont les thèmes abordés par la série. Ce feuilleton pouvant être décrit comme féministe est devenu un phénomène de société au Sénégal ainsi qu'au sein de la diaspora sénégalaise.

Synopsis[modifier | modifier le code]

La série met en scène le quotidien de femmes dans la société sénégalaise actuelle.

Marème Dial, une jeune sénégalaise entretient une liaison avec Cheikh, un homme marié à Lalla Ndiaye, archétype de l’épouse traditionnelle. Marème parvient à ses fins en devenant la co-épouse de Cheikh.

Djalika Sagna est une femme active tant au travail que dans son foyer, devant faire face à la violence de Birame, son mari alcoolique. Dior Diop, sa meilleure amie, a été victime d'un mariage forcé. Enfin, Racky Sow est elle, hantée par le souvenir d'un viol.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Diffusion et réception[modifier | modifier le code]

La série rassemble « plusieurs millions de téléspectateurs hebdomadaires". Sur YouTube, les épisodes ont été vus par 2,4 millions de personnes (9 juin 2019), avec en moyenne 1,5 million de vues par épisode[2]. La série est diffusée sur la chaîne privée 2STV, chaque lundi et vendredi, à 21 heures[3]. La diffusion sur YouTube permet de toucher l’ensemble de la société, celle-ci étant connectée via les smartphones[2].

La série dépeint la société sénégalaise telle qu'elle est : les femmes, actives, sont dans l'ultra-séduction pour séduire et garder les personnages masculins, eux-mêmes « falots et stéréotypés » mais réalistes[2]. Les thèmes abordés (sexualité, vie de couple, viol, violences conjugales, adultère et polygamie) font habituellement l'objet d'une grande pudeur[4] ; les relations extra-conjugales doivent rester invisibles au sein de la société sénégalaise[5].

Le personnage de Marème a un franc-parler inhabituel pour la société, tout comme le sont ses rapports hors mariage parfaitement assumés[3]. Le pays se divise d'un côté entre les pro-Lalla, femme mariée typique[2], et regroupant les partisans de la femme mariée dont ils défendent les droits et les partisans de la monogamie et de l'autre avec les pro-Marème, « femme cherchant un mari »[2], qui défendent soit le principe de liberté de séduction soit la polygamie[3].

Plusieurs associations comme le Comité de défense des valeurs morales du Sénégal ou l’ONG islamique Jamra[3] (et généralement les autorités religieuses[5]) dénoncent la série qui présenterait une « dépravation des mœurs », des « comportements déviants », ou fasse « promotion de l’obscénité » face à des enfants à une heure de grande audience[4]. Pour Jamra, il s'agirait d'une série « pornographique »[5]. Elles saisissent régulièrement le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). L'épisode diffusé le 31 mai 2019 fait ainsi l'objet d'une décision du CNRA, qui demande que des correctifs soient apportés à l'épisode[6],[3]. Des sanctions restent cependant possibles, notamment si la série ne respecte pas la signalétique d'avertissement à destination du jeune public[7].

Les telenovelas sud-américaines ou les productions occidentales sont très populaires au Sénégal et comprennent des scènes d’amour ou de violence plus explicites. Maîtresse d’un homme marié touche la société sénégalaise car elle la met en avant la réalité du pays (la série met en avant des femmes dakaroises typiques[2], fait appel à des entreprises locales et est en langue wolof) et par le fait qu'elle bouscule les valeurs traditionnelles d'un pays très religieux[3] et retissant aux changements sociétaux[1]. Pour Fatou Kiné Sène, présidente de l’Association sénégalaise de la critique cinématographique (ASCC), il s'agit de phénomènes dont il faut parler et non pas censurer[4].

Pour Iba Mar Diop, animateur sur 2sTV et acteur de la série, le scénario série le satisfait à « 1000 % », car elle relaye les « tares » de la société sénégalaise[8]. Pour Abdel Kader Diarra, « on peut permettre aux télénovelas de s’embrasser, mais pas aux Sénégalais »[9]. L'Observatoire de la musique et des arts du Sénégal dénonce « toutes les tentatives de censure à la création par des lobbies religieux »[10].

Production[modifier | modifier le code]

La série est principalement tournée en intérieur, en huis clos. Cela reflète le fait que dans la société sénégalaise, les problèmes de couple ne doivent pas être sus ou évoqués, la femme sénégalaise endurant les problèmes[2].

Kalista Sy, scénariste de la série a décidé de se mettre à l'écriture après en avoir eu assez des rôles stéréotypés de femmes, écrits par des hommes[3].

Pour Kalista Sy, seul le personnage de le personnage de Marème pose problème car « elle est entière, non conventionnelle et représente cette part de nous, audacieuse, que nous préférons cacher ». Djalika Sagna est elle représentative de la société sénégalaise, en tant que victime. « Elle encaisse beaucoup et pense que tout ce qui lui arrive est normal comme les sénégalais, elle est la première à juger les autres[3]. »

Halimatou Gadji subit les commentaires adressés au personnage qu'elle interprète : « j’entends beaucoup de choses dures. Si c’était un homme, il n’y aurait pas les mêmes remarques. Toute femme est aussi libre de sa sexualité »[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Télévision. “Maîtresse d’un homme marié”, la série sénégalaise qui dérange », sur Courrier international, (consulté le 11 juin 2019)
  2. a b c d e f et g « "Maîtresse d’un homme marié" : la série qui divise au Sénégal », sur www.franceinter.fr (consulté le 11 juin 2019)
  3. a b c d e f g h et i « « Maîtresse d’un homme marié », la série télé qui divise le Sénégal », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 11 juin 2019)
  4. a b et c « Sénégal : la série « Maîtresse d’un homme marié » dans le viseur des associations religieuses », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 11 juin 2019)
  5. a b et c Gnima Traoré, « Au Sénégal: une série télévisée charme et divise », sur La Nouvelle Tribune, (consulté le 11 juin 2019)
  6. « DÉCISION N°0001/ Traitement plainte contre le téléfilm « La Maîtresse d’un homme marié » », sur Conseil National de Régulation de l'Audiovisuel (consulté le 11 juin 2019)
  7. AYOBA FAYE, « Plainte de l'ONG Jamra: le CNRA autorise la 2STV à continuer la diffusion de Maîtresse d'un homme marié, mais... », sur PRESSAFRIK.COM , L'info dans toute sa diversité (Liberté - Professionnalisme - Crédibilité) (consulté le 11 juin 2019)
  8. « Sensei répond aux détracteurs de la série « Maitresse d'un homme marié » : 'Kouko bagn danio xoli sa goome" »
  9. La rédaction de leral.net, « Polémique Série ‘’Maîtresse d’un homme marié’’ - AKD répond : « on peut permettre aux télénovelas de s’embrasser, mais pas aux Sénégalais » », sur Leral.net - S'informer en temps réel (consulté le 11 juin 2019)
  10. Mame Diarra FALL, « L'OMART dénonce Mame Mactar Guèye de l'ONG Jamra et avertit », sur Leral.net - S'informer en temps réel (consulté le 11 juin 2019)