Ludwig Klages

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Ludwig Klages
Portrait de Ludwig Klages
Biographie
Naissance
à Hanovre
Décès
à Kilchberg
Enterrement Cimetière de Kilchberg (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité Allemagne
Thématique
Études Philosophie, Physique, Chimie
Formation Université de LeipzigVoir et modifier les données sur Wikidata
Profession Philosophe, psychologue
Intérêts Psychologie, Graphologie, Philosophie de la vie, Philosophie de la nature, Anthropologie
Idées remarquables Théorie de la graphologie
Œuvres principales L'esprit comme antagoniste de l'âme, L'eros cosmogonique, L'homme et la terre
Auteurs associés
Influencé par Nietzsche, Bergson, Bachofen
Détracteurs
(Critiques)
Walter Benjamin, Hermann Hesse, Thomas Mann
Les Cosmiques, Die Kosmiker (de gauche à droite) Karl Wolfskehl, Alfred Schuler, Ludwig Klages, Stefan George, Albert Verwey

Ludwig Klages de son nom complet Friedrich Konrad Eduard Wilhelm Ludwig Klages, né le 10 décembre 1872 à Hanovre, mort le 29 juillet 1956 à Kilchberg, est un philosophe de la nature et de la vie allemand, un psychologue et le fondateur de la graphologie psychologique scientifique[1].

Vie[modifier | modifier le code]

Klages est né à Hanovre, en Allemagne. Il étudia d'abord la physique et la chimie, puis la psychologie et la philosophie à Leipzig, Hanovre et Munich. Après avoir rencontré le sculpteur Hans Busse, il fonda avec lui et Georg Meyer l’Association Allemande de Graphologie en 1894.

C’est à Munich qu’il rencontra également l’écrivain Karl Wolfskehl et le mystique Alfred Schuler, avec qui il forma, en y insérant l’écrivain Ludwig Derleth, un groupe connu comme le Cercle Cosmique de Munich, auquel on associe parfois le poète Stefan George. Klages écrivit d’ailleurs un livre élogieux sur la poésie de George en 1902. C’est au sein de ce groupe qu’il aborda certains des thèmes qu’il reprendra et développera ultérieurement, comme la critique du monde moderne, essentiellement inspirée par le romantisme allemand du XIXe siècle et des auteurs comme Nietzsche, Bergson, et surtout, d’après Wolfskehl, Johann Jakob Bachofen (1815-1887), un anthropologue suisse connu pour ses travaux sur les sociétés matriarcales.[2]

En 1914, Klages se rend en Suisse où il subvient à ses besoins grâce aux revenus de ses écrits et de ses conférences. Il ne retournera en Allemagne que dans les années 1920, où on lui accordera en 1932 la médaille Goethe pour l’Art et la Science. Il sera attaqué en 1936 par les autorités nazies pour son manque de soutien à ces dernières, et voit une campagne de dénonciation violente être menée à son encontre par les journaux allemands en 1942, à l’occasion de son 70e anniversaire. Il sera au contraire honoré par le gouvernement d’après-guerre, spécialement pour ses 80 ans, en 1952.

Son œuvre a été abondamment discutée en Allemagne, où il a représenté une référence intellectuelle incontournable, discutée par des adversaires comme Benjamin ou Hermann Hesse, ou présente dans les œuvres de Robert Musil (le personnage de Meingast dans L'homme sans qualités) et Thomas Mann, sous des traits ambivalents. Cioran, dont il a été le maître, dira de lui : « Klages, avec l’aspect d’un pasteur protestant et un tempérament de condottiere, débordant, explosif, volubile et prophétique, est l’homme le plus réalisé que j’ai rencontré jusqu’à présent. »

Thèmes de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Il créa une théorie complète de la graphologie à laquelle son nom reste indéfectiblement attaché, tout comme les concepts de niveau de forme, de rythme et l’interprétation de la bi-polarité. A la suite de Nietzsche et Bergson, il anticipa la phénoménologie existentielle, et développa le concept de logocentrisme dans les années 1920.

Fortement marqué par la philosophie de la vie de Nietzsche (Lebensphilosophie), il porta cette dernière « à ses conclusions les plus extrêmes ». Sa pensée est principalement exposée dans L’esprit comme antagoniste de l’âme (Geist als Widersacher der Seele), peut-être son œuvre la plus connue. Il remarque et soutient dans cette dernière que l’esprit et l’hyper-rationalisme parasitent le rythme naturel de la vie et de l’âme. Il oppose ainsi l'Esprit à la Vie et présente l'être humain en conflit avec ces deux pôles. Pour lui le courant du Romantisme est un appel de la vie contre l'Esprit. Il prédit toutefois une victoire totale de l'Esprit qui risque de détruire la force vitale. Ces concepts furent violemment débattus dans l’entre-deux-guerres allemand et notamment autour de la Révolution conservatrice, et à l’instar de ceux de culture et civilisation, difficilement appréhendables dans d’autres langues, dont le français, pour lesquelles les nuances sont beaucoup moins fortes concernant ces termes.

Il est aussi l’un des principaux précurseurs des mouvements écologistes européens, notamment avec la conférence qu’il prononça au Haut-Meissner en 1913, conférence intitulée « L’homme et la terre », où il prophétise et dénonce l’extinction d’espèces animales, le pillage des ressources naturelles, les ravages du tourisme de masse, le progrès (« rien d’autre que la négation de la vie ») et la volonté de puissance de l’homme, principalement occidental. Ce texte fut redécouvert par les courants écologistes allemands, et notamment les Verts, au début des années 1980, et représente l'un des premiers manifestes du genre.

Lors de sa mort, le philosophe allemand Jürgen Habermas soutint que « les réalisations [de Klages] concernant l’anthropologie et la philosophie du langage » ne devaient pas « être cachées derrière le voile de sa métaphysique anti-intellectuelle et de sa philosophie apocalyptique de l’histoire». Habermas caractérisa ces réalisations comme « non datées » et même en avance sur son temps.[3]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Principales œuvres de Klages traduites en français :

  • Les principes de la caractérologie, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1950.
  • La nature du rythme, préfacé et traduit par Olivier Hanse, éd. L’Harmattan, 2004.
  • De l'eros cosmogonique, préfacé et traduit par Ludwig Lehnen, L'Harmattan, 2008.
  • L'homme et la terre, traduit par Christophe Lucchese et préfacé par Gilbert Merlio, RN Editions, 2017.

Sur Klages en français

  • Ernest Seillière, "La philosophie du romantisme intégral", dans : Sur la psychologie du romantisme allemand, 1933.
  • Gustave Thibon, La science du caractère, Tournai : Desclée de Brouwer, 1934 (passim).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Handschrift und Charakter, 1917.
  2. Eller, Cynthia, 1958-, The myth of matriarchal prehistory : why an invented past won't give women a future, Beacon Press, (ISBN 9780807067925, OCLC 42798148, lire en ligne)
  3. (de) Habermas, « "Klages – Gewalten des Untergangs" », Der Spiegel,‎

Liens externes[modifier | modifier le code]