Limulidae

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Limulidés, Limules

Page d'aide sur l'homonymie Pour la classe incluant également les limules fossiles, voir Xiphosura.

Les limulidés (Limulidae) sont la famille d'arthropodes chélicérates regroupant les limules[1] modernes. Ce sont des arthropodes marins ressemblant à des crabes ayant une forme de fer à cheval (d'où le surnom de « crabe fer à cheval »).

Le conservatisme morphologique exceptionnel des Limulidae au cours des derniers 150 millions d'années a conduit à leur réputation de « fossiles vivants ». Cependant, certaines études montrent qu'un grand nombre de caractères moléculaires distinguent les organismes actuels des espèces éteintes, même morphologiquement proches[2]. La limule est parfois appelée « crabe des Moluques » ou « crabe fer à cheval » ou encore « crabe au sang bleu », bien qu'il ne s'agisse pas d'un crustacé mais d'un chélicérate, comme les araignées et les scorpions. C'est un taxon monophylétique qui fait partie du clade des ecdysozoaires. L'espèce la plus connue est le Limulus polyphemus.

Principales caractéristiques[modifier | modifier le code]

Limule fossile - An Nammoura Liban - Cénomanien

La limule peut mesurer jusqu'à 50 centimètres et vivre jusqu'à 30 ans. Elle fut menacée d'extinction à la suite de son utilisation par l'humain comme engrais, sous prétexte qu'elle était responsable d’une consommation excessive de mollusques. Dans les années 1960 les propriétés uniques de son sang furent découvertes et font depuis l'objet d'études scientifiques. La limule est depuis pêchée, puis relâchée après prélèvement sanguin et marquage (pour lui éviter un deuxième prélèvement sanguin).

La limule vit au fond d'eaux peu profondes (5 à 10 mètres) et se nourrit de petits animaux marins comme des poissons ou des crustacés qu'elle broie avec la base de ses pattes antérieures, sa bouche étant dépourvue de dents. La reproduction a lieu en début d'été, la femelle venant à terre une fois l'an, à la pleine lune. Elle creuse un trou peu profond (20 centimètres environ) et y dépose quelques milliers d'œufs qui éclosent au bout d'un mois.

Vision[modifier | modifier le code]

La limule possède dix yeux[3]. Une particularité biologique fait que ses quatre yeux primitifs ne détectent que les objets en mouvement. Sa vision a fait l'objet de multiples recherches. Chaque ommatidium conduit à une seule fibre nerveuse. De plus, les nerfs sont de grande taille et leur accès est relativement aisé. Cette particularité anatomique a permis aux scientifiques d'analyser les impulsions nerveuses en fonction de la lumière. Des phénomènes visuels comme l'inhibition latérale (en)[4],[5] purent ainsi être observés.

D'autres expériences ont permis de démontrer que les limules mâles utilisent la lumière et la perception des formes pour trouver des partenaires de jour comme de nuit[6]. L'œil latéral de la limule offre une image dont la résolution avoisine 40 x 25 pixels[7]. Elle est fortement bruitée mais suffisante pour l'animal.

Propriétés particulières du « sang » de limule[modifier | modifier le code]

L'hémolymphe (équivalent fonctionnel du sang chez les euarthropodes) de la limule est de couleur bleue du fait de la présence d'hémocyanine au lieu d'hémoglobine. Ses cellules sont des amibocytes qui réagissent en présence d'endotoxines bactériennes (composés ayant un effet pyrogène dangereux lorsqu'ils sont injectés chez l'homme) en produisant une protéine transformant l'hémolymphe en gel. La limule n'ayant pas de système immunitaire, ce gel lui permet de bloquer les infections bactériennes[8].

Cette particularité fait que, depuis les années 1970, on utilise l'hémolymphe de la limule pour produire un réactif, appelé lysat d'amebocyte de limule (LAL), employé notamment dans le domaine pharmaceutique pour tester l'absence d'endotoxines dans les médicaments, les produits de dialyse et le matériel médico-chirurgical[9].

Taxonomie et biogéographie[modifier | modifier le code]

La famille des Limulidae est représentée aujourd'hui par 3 genres et 4 espèces.

Les quatre espèces sont similaires du point de vue de l'écologie, de la morphologie et de la sérologie.

Les limules ressemblent beaucoup aux Triops, qui sont également des formes panchroniques datant de plus de 200 millions d'années, mais beaucoup plus petits et vivant en eaux douces.


La limule et l'Homme[modifier | modifier le code]

Limule servie en Thaïlande (Si Racha, province de Chonburi, 2007).

Consommation[modifier | modifier le code]

La limule est considérée au Viêt Nam comme le crabe des amoureux, car le mâle s'attache fortement à la femelle ; il faudrait les consommer tous les deux avec l'être aimé.

Pêche[modifier | modifier le code]

La limule est utilisée comme appât pour pêcher l'anguille, particulièrement aux États-Unis. Toutefois, la pêche à la limule est temporairement interdite dans l'État du New Jersey[10], un moratoire est établit sur les mâles au Delaware[11]. Dans ces États, la faiblesse de la population de limules met également en danger le sort des Bécasseau maubèches, espèce d'oiseaux protégée dont les œufs de limules sont la principale ressource alimentaire lors de leur étape migratoire sur les plages du New Jersey et du Delaware. Incapable de creuser le sable, ce Bécasseau a besoin d'une sur-abondance d'oeufs de Limules pour avoir une alimentation correcte[10],[11]. Un permis de récolte est requis pour la Caroline du Sud[12].

Utilisation médicale[modifier | modifier le code]

Environ 500 000 limules sont ramassées chaque année légalement le long de la côte est des États-Unis. En laboratoire, le sang est prélevé dans l'organe cardiaque. Puis les limules vivantes sont remises à l'eau. Leur mortalité est alors estimée à au moins 30 %[13]. La couleur bleue du sang vient du cuivre présent dans l'hémocyanine, une protéine qui transporte l'oxygène — comparable à l'hémoglobine. Depuis des décennies, le sang joue un rôle essentiel auprès des firmes biomédicales qui doivent passer au crible des vaccins, des fluides intraveineux et des instruments médicaux pour y déceler la présence de bactéries potentiellement mortelles une fois dans le circuit sanguin des humains. Grâce aux protéines de ses cellules, le sang de la limule coagule instantanément quand il entre en contact avec des agents pathogènes comme Escherichia coli et la salmonelle[9],[14],[15]

Représentation ou détournement dans des œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

La limule a inspiré Hans Ruedi Giger pour le monstre de la saga Alien, lorsqu'il est en état « Face Hugger »[réf. nécessaire].

Dans le tome 8 des aventures d'Adèle Blanc-Sec[16], « un » limule arrive dans le lavabo de l'héroïne lorsqu'elle ouvre son robinet. Le dictionnaire d'Adèle indique que le nom est masculin.

La limule a inspiré la firme japonaise Nintendo dans la création du jeu Pokémon en 1995, puisqu'on y retrouve une créature nommée Kabuto (évoluant en Kabutops). En japonais, "limule" se dit "Kabuto-gani”, le crabe Kabuto, pour sa ressemblance aux casques de samouraïs).

Les Ômus, insectes géants dans la bande dessinée et le long métrage d'animation Nausicaä de la vallée du vent (風の谷のナウシカ, Kaze no tani no Naushika) de Hayao Miyazaki semblent être partiellement inspirés de la limule. Ils ont en effet une forme similaire et ont également le sang bleu.

Une variante affectée par les radiations de limule est présente dans le jeu Fallout 3, appelée fangeux.

Dans la série Splatoon de Nintendo, on peut trouver une limule mâle du nom de Cartouche, vendeur d'armes du magasin "Marée Armée".

Autres utilisations du nom de l'animal[modifier | modifier le code]

« La limule » est également le nom d'un engin sous-marin à chenilles fabriqué par Louis Dreyfus Travocéan, utilisé dans les années 1980 pour creuser des tranchées et ensouiller des câbles sous-marins, notamment des câbles d'échanges d'électricité entre la France et l'Angleterre (opération IFA 2000).

Synonymie pour Limulidae[modifier | modifier le code]

  • Xiphosuridae (terme caduc)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références taxinomiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les dictionnaires ne s'accordent pas entre eux sur le genre du terme : le Larousse indique un nom féminin, le Littré un nom masculin et le TLFi les deux (voir « limule », Centre national de ressources textuelles et lexicales). Le féminin semble cependant le plus employé.
  2. A speciational history of "living fossils" : molecular evolutionnary patterns in Horseshoe crabsJOHN C.AVISE',WILLIAM S.NELSON', AND HIROAKI SUGITA, Department of Genetics, University of Georgia, Georgia, Institute of Biological Sciences, University of Tsukuba, Japan December 1994
  3. http://www.dnr.state.md.us/education/horseshoecrab/anatomy.html
  4. « Serotonin and Inhibition in Limulus Lateral Eye », Adolph and Tuan, The Journal of General Physiology, 60 (6): p. 679.
  5. « Theory of Delayed Lateral Inhibition in the Compound Eye of Limulus »
  6. « Limulus vision in the ocean day and night », Vis Neurosci. 1996 Jan-Feb. 93.
  7. « Noise components in Limulus vision », Reports from the Marine Biological Laboratory General Scientific Meetings, The Biological Bulletin.
  8. The role of hemolymph coagulation in innate immunity Tatsushi Muta and Sadaaki Iwanaga, Department of Biology, Faculty of Science, Kyushu University 33, Fukuoka 812-81, Japan, Publish on Current Opinion in Immunology Volume 8, Issue 1, February 1996, Pages 41-47
  9. a et b Limulus amebocyte lysate (LAL) detection of endotoxin in human blood T.J. Novitsky Associates of Cape Cod, Inc., Woods Hole, MA, USA Published on Volume: 1 issue: 4, page(s): 253-263, December 1, 1994
  10. a et b Le New Jersey protège les crabes limules pour sauver les bécasseaux maubèches article du 26/03/2008 écrit par Sandra BESSON sur actualites-news-environnement.com
  11. a et b DE Regulations to Protect Horseshoe Crabs Delaware Riverkeeper Network, September 24, 2007, mail to Department of Natural Resources and Environmental Control
  12. « Horseshoe crab » [archive du ], SC DNR species gallery (consulté le 10 septembre 2018)
  13. « La limule : un animal vieux de 450 millions d’années menacé d’extinction » (consulté le 28 août 2016)
  14. How does horseshoe crab blood protect the public health? Article sur horseshoecrab.org
  15. The Blood of the Crab Article sur popularmechanics.com
  16. Le Mystère des profondeurs, Tardi, 1998, p. 18.