Les Amants de Ain Sakhri

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Les Amants de Ain Sakhri.

Les Amants de Ain Sakhri (Ain Sakhri lovers) est le nom donné à une sculpture provenant probablement de l'une des grottes de Ain Sakhri près de Bethléem en Israël[1]. L'âge de cette sculpture est estimé à 11 000 ans (Épipaléolithique, Natoufien). Il s'agirait de la plus ancienne sculpture connue de rapport sexuel humain[2].

Découverte[modifier | modifier le code]

La sculpture fut identifiée en 1933 par René Neuville, diplomate[3] et préhistorien français connu pour son travail sur les sites de Skhul et Qafzeh au Moyen-Orient. Il découvrit la pierre en visitant un petit musée avec Henri Breuil[4] et en examinant des découvertes recueillies par les religieux français à Bethléem. Neuville compris immédiatement son importance et put rencontrer le Bédouin qui avait fait la découverte à Wadi Khareitoun. Il fut conduit au lieu présumé de la découverte initiale, la grotte de Ain Sakhri qui donna son nom à la statuette. Les fouilles réalisées dans la cavité révélèrent des occupations domestiques natoufiennes. La figurine semble donc avoir eu une fonction domestique plutôt que funéraire[1].

L'artiste ayant réalisé cette sculpture appartenait à la culture natoufienne, un culture ancienne dont les membres sont considérés comme les premiers humains à avoir ramassé des plantes à grains restant attachés à leur tige [2]. Il s'agit d'un pas important vers l'agriculture, puisque cela a permis aux fermiers de choisir quelles graines ils voulaient consommer ou au contraire conserver pour les replanter la saison suivante [4]. Les populations natoufiennes chassaient la gazelle et sont parmi les premières à avoir domestiqué le chien[5], le mouton et la chèvre, ce qui implique aussi la reproduction sélective. La stabilité des ressources alimentaires aurait permis aux Natoufiens de former des communautés de 200 à 300 personnes et de créer des œuvres d'art[4].

Apparence[modifier | modifier le code]

La sculpture fut réalisée en taillant un simple bloc de calcite qui fut piqueté avec une pointe de pierre pour figurer la position du couple[1].

Malgré l'absence de détails tels que les visages, la sculpture est considérée comme ingénieuse. L'artiste Marc Quinn a noté que l'apparence de la figurine changeait selon l'angle de vue de l'observateur. Elle peut évoquer un couple mais aussi un pénis, un sein, un vagin ou deux testicules[6]. Il la compare à un film pornographique moderne où l'action peut comprendre des gros plans ou des vues à distance. Il est clair que cette figurine représente deux personnages se faisant face, mais les genres de l'un et l'autre personnages ne peuvent qu'être présumés. La forme générale de la sculpture peut également être considérée comme phallique[7].

Lieu de conservation[modifier | modifier le code]

La statuette a été acquise par le British Museum en 1958, lors de la vente aux enchères des biens de R. Neuville[7].

Documentaire radiophonique[modifier | modifier le code]

La figurine est le point de départ de la série radiophonique consacrée par la BBC à la naissance de l'agriculture et intitulée A History of the World in 100 Objects présentée en janvier 2010[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Ain Sakhri lovers figurine, British Museum, consulté en juillet 2010.
  2. a et b Ain Sakhri lovers figurine, A History of the World, BBC.co.uk, consulté en juillet 2010.
  3. R. Neuville fut vice-consul de 1928 à 1937, puis consul général de France à Jérusalem de 1946 à 1952 ; cf. Les mandats français et anglais dans une perspective comparative, notes en pied de p. 301.
  4. a b c et d A History of the World in 100 objects - Part 7, BBC Radio 4, 26 janvier 2010, transcription, consulté le 23 juillet 2010.
  5. Clutton-Brock, J. « The domestic dog: its evolution, behaviour and interactions with people », in Serpell, J. (éd.), 1995, Cambridge University Press, Cambridge, (ISBN 0-521-41529-2).
  6. Ain Sakhri Lovers Figurine
  7. a et b .Collection online, figurine de Ain Sakhri, British Museum, consulté en juillet 2010

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • B. Boyd and J. Cook, « A reconsideration of the "Ain Sakhri" figurine », Proceedings of the Prehistoric Society, 59 (1993), pp. 399-405