Laskarina Bouboulina

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Laskarina Bouboulina
Bouboulina Friedel engraving 1827.jpg
Laskarina Bouboulina
Lithographie d'Adam de Friedel (1827).
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 54 ans)
SpetsesVoir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Autres informations
Membre de

Laskarina Bouboulina (11 mai 177122 mai 1825) est une héroïne grecque de la guerre d'indépendance de 1821.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bouboulina est née en prison à Constantinople; originaire de la communauté Arvanites de l'île d'Hydra. Elle était la fille du capitaine Stavrianos Pinotsis et sa femme Skevo. Les Ottomans avaient emprisonné Pinotsis pour avoir pris part à la Révolution d'Orloff (première guerre russo-turque) en 1769-1770 contre l’occupation ottomane. Son père mourut peu de temps après, et elle retourna avec sa mère sur l’île d’Hydra. Quatre ans plus tard, lorsque sa mère se remaria avec Dimitrios Lazarou Orlof, ils partirent vivre sur l’île de Spetses. Bouboulina eut ensuite huit demi frères et sœurs.

Elle se maria pour la première fois en 1788, avec Dimitrios Yannouzas, avec lequel elle eut deux fils et une fille. Son mari mourut en 1797.

Elle se remaria en 1801 avec Dimitrios Bouboulis, lequel fut tué dans un affrontement avec des navires français en 1811[1]. Bouboulina prit alors possession de sa fortune et fit construire à ses frais quatre navires[réf. nécessaire], dont un particulièrement grand, l’Agamemnon. En 1816, les Ottomans tentèrent de confisquer ses biens sous prétexte que son second mari avait combattu aux côtés des Russes contre les Turcs. Bouboulina se rendit alors à Constantinople pour trouver protection auprès de l’ambassadeur russe Strogonoff. Mais celui-ci l’envoya en Crimée pour sa sécurité. Elle rencontra également la mère de Mahmoud II qui convainquit son fils de ne pas saisir les biens de Bouboulina[réf. nécessaire]. Après trois mois d’exil en Crimée, Bouboulina retourna à Spetses.

Selon certaines traditions, Bouboulina aurait rejoint la Philiki Etairia (la Société des Amis), une organisation secrète préparant la révolution contre l’occupation ottomane ; elle ne figure cependant sur aucune des listes de membres existantes[2].

À bord de l’Agamemnon.
Tableau de Peter von Hess.

La construction de l’Agamemnon s’acheva en 1820. Bouboulina soudoya les Turcs afin qu’ils ferment les yeux sur la taille du navire[réf. nécessaire].

Le 3 avril (julien), les habitants de Spetses se révoltèrent. Bouboulina navigua alors vers Nauplie dont elle entreprit le blocus naval en compagnie d'autres navires de Spetses. Comme les autres armateurs et notables, elle employa sa fortune à entretenir les navires, équipages et troupes mis en commun pour constituer les flottes envoyées combattre les Ottomans. Son fils Yiannis Yiannouzas mourut au combat en mai 1821 lors de la reprise d'Argos par les troupes ottomanes.

Elle assista à la chute de Tripolis le et y rencontra le général Theódoros Kolokotrónis ; ils fiancèrent leurs enfants Eleni Boubouli et Panos Kolokotronis en novembre. Au cours des négociations ayant précédé la chute de la ville, elle obtint des bijoux des femmes turques de haut rang en échange de promesses de protection.

Après la prise de Nauplie en décembre 1822, elle s'installa dans la ville, alors commandée par son beau-fils Panos Kolokotronis. Au cours de l'hiver 1823-1824, elle aurait revendu les canons de bronze de la forteresse et fabriqué de la fausse monnaie[3]. À la suite de la défaite du clan Kolokotronis au cours de la première guerre civile grecque en 1824, la citadelle de Nauplie fut évacuée (le 19 juin) par les troupes de Panos et remise au gouvernement formé en janvier. Le président Koundouriotis insista alors pour que Bouboulina fût expulsée de la ville, malgré l'intercession d'Andréas Londos et d'Andréas Zaïmis[3].

Son gendre Panos ayant été tué en novembre 1824 au cours des combats de la seconde guerre civile, elle récupéra secrètement sa fille, que Kolokotronis voulait garder pour la donner ensuite en mariage à une autre famille. Eleni épousa alors Théodore Grivas, un chef militaire rouméliote en pleine ascension[4] et ennemi des Péloponnésiens.

Laskarina Bouboulina fut tuée à Spetsès en 1825 au cours d'une vendetta familiale ; une fille de la famille Koutsis et le fils de Bouboulina, Georgios Yiannouzas, s'étant enfuis ensemble dans le but de conclure un mariage auquel les Koutsis étaient opposés. À la recherche de sa fille, Christodoulos Koutsis et des membres armés de sa famille se présentèrent chez Bouboulina, qui, furieuse, les confronta verbalement de son balcon ; à la fin de ses échanges verbaux avec Christodoulos, un des Koutsis tira sur elle et l'atteignit en plein front, la tuant sur le coup. L'assassin ne sera jamais identifié.

Ses descendants vendirent l’Agamemnon à l’État grec en 1829. Rebaptisé Spetsai, il devint l'un des navires de la marine grecque « nationale » nouvellement créée. Il fut incendié à Poros lors d'une guerre civile en août 1831 ; l'île d'Hydra étant entrée en rébellion contre le gouvernement de Ioannis Kapodistrias, le navire fut saisi à l'arsenal de Poros par Andréas Miaoulis, alors qu'il était commandé par Constantin Kanaris, fidèle au gouvernement ; il fut détruit lors de la contre-attaque des troupes gouvernementales, en même temps que la plupart des autres navires principaux de la marine grecque.

Unions et descendance[modifier | modifier le code]

De son premier mari Dimitrios Yannouzas, elle eut deux fils et une fille[1] :

  • Yiannis, mort en 1821
  • Georgios
  •  ?

De son second mari elle eut deux filles et un fils[1] :

D'un premier mariage, Bouboulis avait déjà eu une fille et deux fils, Pantelis et Ioannis[1].

Postérité[modifier | modifier le code]

Bouboulina (en bas à droite) figurant parmi les héros de l'indépendance dans le tableau la Grèce reconnaissante de T. Vryzakis.

Bouboulina est devenue l'une des figures les plus populaires de la guerre, et les ouvrages touristiques ou généraux exagèrent généralement son rôle, lui attribuant souvent le commandement de flottes, une participation active aux combats ou une influence politique déterminante. Cependant selon David Brewer, « (elle) est plus importante dans la légende que dans la réalité »[5]. Les philhellènes amenés à la rencontrer soulignent souvent le contraste entre le personnage décrit par les journaux occidentaux, qui la présentent comme une Amazone ou une Jeanne d'Arc moderne menant ses troupes au combat, et la réalité ; selon Olivier Voutier, « elle-même rit de tout son cœur (en apprenant) combien on parlait d'elle à Paris, où on la représentait avec des pistolets et un grand sabre »[6].

Sur l’île de Spetses, la demeure de Bouboulina, vieille de 300 ans, a été transformée en musée.

Un « film en fustanelle » racontant sa vie (Bouboulina), réalisé par Kostas Andritsos (en), est sorti au cinéma en 1959.

Son portrait a figuré sur les pièces d'une drachme entre 1988 et 2001.

En 2012, le long métrage d'animation français Zarafa s'inspire de Bouboulina pour nommer un personnage secondaire de femme pirate grecque.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Ορλάνδος Αναστάσιος, Ναυτικά, ήτοι Ιστορία των κατά των υπέρ ανεξαρτησίας της Ελλάδος πεπραγμένων υπό των τριών ναυτικών νήσων, ιδίως δε των Σπετσών, τ. 1, 1869, pp. 68-70
  2. (en) Angelomatis-Tsougarakis, « Women in the Greek War of Independence », dans Mark Mazower, Networks of power in modern Greece, Columbia University Press, (lire en ligne), p. 59
  3. a et b (en) Thomas Gordon, History of the Greek Revolution, t. 2, Édimbourg, Blackwood, , 508 p. (lire en ligne) p.102
  4. Angelomatis-Tsougarakis 2008, p. 50
  5. D. Brewer, compte-rendu de l'Encyclopedia of Greece and the Hellenic Tradition in History Today (lire en ligne)
  6. Mémoires du colonel Voutier sur la guerre actuelle des Grecs, p.60 en ligne

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :