Femme pirate

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Les pirates Anne Bonny et Mary Read.

Bien que la piraterie soit essentiellement une pratique masculine, il a existé des femmes pirates[1]. Le rôle des femmes en piraterie ne s’est ainsi pas toujours limité au « repos du guerrier », mais elles ont, comme la plupart des femmes criminelles, subi des discriminations de genre, tant dans la pratique de la piraterie que dans la répression de celle-ci.

Les pirates acceptaient rarement les femmes sur leurs bateaux. On considérait qu'elles portaient malchance et on craignait que les hommes à bord se battent à cause de l’une d’elles. Sur beaucoup de bateaux, la présence des femmes (tout comme celle des jeunes garçons) était interdite par le code des pirates que tout membre d'équipage devait signer avant de monter à bord.

Cette résistance à accepter des femmes sur les bateaux n’a pas permis à beaucoup de femmes pirates de se faire connaître et la plupart sont restées anonymes, agissant à bord sous des noms d’emprunt et travesties dans des vêtements d’homme. Les deux fameuses pirates Anne Bonny et Mary Read par exemple s'habillaient et se comportaient en hommes lorsqu’elles naviguaient sous le commandement du capitaine Jack Rackham.

La piraterie a connu plusieurs périodes fastes, à la fin du Ier siècle av. J.-C. en Méditerranée (voir Piraterie en Méditerranée antique), et au XVIIIe siècle dans les Antilles et l’océan Indien (voir Piraterie dans l'océan Indien) puis peu à peu disparu de ces régions, du fait du quadrillage des marines d'État. Le mot pirate est cependant utilisé dans différents contextes autres que maritime et en particulier à partir de la fin du XXe siècle pour désigner un individu s'introduisant illégalement dans un système informatique : le « pirate informatique », ou bien hacker ou hackeuse.

Les femmes pirates à travers les siècles[modifier | modifier le code]

Alfhild

L'époque antique[modifier | modifier le code]

Nom Vie Années d’activité Pays d’origine Commentaire
La reine Teuta 232 à Illyrie Teuta est une personnalité Illyrienne du IIIe siècle av. J.-C., considérée comme reine de la tribu des Ardiaei. Elle devient régente pour son jeune beau-fils Pinnes d'Illyrie et mène des actes de piraterie en mer Adriatique qui conduisent à la première guerre d'Illyrie contre la République romaine en 229-

L’époque médiévale et les pirates vikings[modifier | modifier le code]

La civilisation viking est l’une des seules civilisations européennes qui associe femme et bateau.

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Rusla Xe siècle Norvégienne Surnommée la « célibataire rouge », Rusla, ou Rusila, est la fille d’un roi viking de Telemark nommé Rieg. Rusla a monté une flotte pour venger son frère Tesendus qui avait été dépossédé du trône par les Danois. Rusla était toujours accompagnée par une autre femme (certaines sources[réf. nécessaire] disent qu’il s’agissait de sa sœur) nommée Stikla.
Stikla Xe siècle Norvégienne Sœur de Rusla, elle entre en piraterie pour échapper au mariage. Elle est mentionnée dans la Geste des Danois.
Princess Sela Vers 420 Norvégienne Sœur de Koller, roi de Norvège, elle est une guerrière reconnue et une pirate expérimentée.
Alvid Norvégienne Cheffe d’un groupe de pirates mixte, elle est mentionnée dans la Geste des Danois.
Jeanne de Belleville (ou Jeanne de Clisson) Vers 1300–1359 1343–1356 Française Jeanne de Belleville dite « la tigresse bretonne » est devenue pirate pour venger l’exécution de son mari sous les ordres du roi de France Philippe VI. Elle achète trois bateaux pour faire la guerre de course contre les navires de commerce français. Après quelques années de combats navals pendant lesquelles elle inflige de sérieuses pertes aux Français, elle perd son navire dans un naufrage.
Elise Eskilsdotter décès en 1483 Années 1460–1470 Norvégienne Elisa Eskilsdotter était une noble norvégienne qui est devenue pirate pour venger la mort de son mari.

Les pirates du XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Sayyida al Hurra
Nom Vie Années d’activité Pays d’origine Commentaire
Grace O'Malley Vers 1530-vers 1603 Irlande Grace O'Malley (vers 1530 - vers 1603) est une femme pirate irlandaise. O'Malley est la version anglicisée de son nom irlandais Gráinne Ni Mháille, et elle fut surnommée Granuaile. Elle est une figure importante du folklore irlandais du XVIe siècle.

À la tête du clan O’Malley à la mort de son mari, elle se bat pour le contrôle de ses positions et de la baie Clew Bay.

Elle finance des activités diverses de commerce et de piraterie et participe elle-même régulièrement aux activités. Elle est capturée et emprisonnée à cause de ses activités clandestines, mais sera rapidement libérée (sans raison connue). Il s'ensuivra une série de batailles, captures, rébellions, rançons et libérations.

Sayyida al-Hurra 1485-1542 1510-1542 Marocaine Sayyida al-Hurra est une princesse de Tétouan, régente de la cité de 1515 à 1542. Elle est considérée comme l'une des personnalités les plus importantes de l'Occident musulman de l'époque moderne. Elle est connue pour la lutte qu'elle mène contre les Portugais qui occupent Ceuta et pour son alliance avec le corsaire turc Arudj Barberousse.
Lady Mary Killigrew 1530-1570 Anglaise Mary Killigrew est la fille d’un pirate de Suffolk et l’épouse d’un ancien pirate.

En 1570, elle dérobe un navire marchand allemand à Falmouth que son équipage a vendu en Irlande. Elle est arrêtée et jugée pour cet acte et échappe à la peine de mort grâce au pardon de la reine Elizabeth Ire.

Les pirates du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Nom Vie Années d’activité Pays d’origine Commentaire
Elizabetha Patrickson 1634 Anglaise
Jacquotte Delahaye années 1650 - années 1660 Caribéenne Jacquotte Delahaye est une pirate active dans les Caraïbes et le sujet de nombreuses histoires légendaires. Elle est surnommée « Revenue de la mort rouge » en référence à sa chevelure rousse et sa stratégie de se faire passer pour morte pour échapper à ses ennemis. Elle dirige un clan de plusieurs centaines de pirates et domina plusieurs petites îles des Caraïbes.
Christina Anna Skytte (en) 1643-1677 Années 1650 - années 1660 Suédoise Christina Anna Skytte est une baronne et pirate suédoise. Elle a activement participé à des activités de pirateries avec son mari et son frère dans la mer Baltique.
Anne Dieu-le-veut 1661-1710 1690s-1704 Française Anne Dieu-le-veut est une pirate française qui s’est établie dans les Caraïbes. Elle accompagnait son troisième mari Laurent-Corneille Baldran dit de Graaf, qui avait assassiné en mer son deuxième mari, Pierre Lelong, et partagea avec elle commandement et butins.

Les pirates du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Anne Bonny
Nom Vie Années d’activité Pays d’origine Commentaire
Maria Lindsey (ou Maria Cobham) Vers 1700 Anglaise Mentionnée par Philip Gosse dans son Pirate’s Who is Who paru en 1924, Maria Lindsey est une pirate sanguinaire et ambitieuse qui agit aux côtés de son mari le capitaine Eric Cobham. Son existence repose sur peu de témoignages.
Ingela Gathenhielm (en) 1692-1729 1710-1721 Suédoise Cette pirate de la mer Baltique est la femme et partenaire du pirate légendaire Lars Gathenhielm (en) à la mort duquel en 1718 elle prit le contrôle seule[Quoi ?].
Anne Bonny (née Anne Cormac) 1698-1782 1719-1720 Irlandaise Cette pirate des Caraïbes d’origine irlandaise est l’une des pirates les plus célèbres de l’histoire. Elle a navigué auprès de son compagnon, le capitaine « Calico Jack » Rackham. Elle découvrit qu’un membre de l’équipage nommé Mark Read était en réalité une femme (Mary Read) et elles devinrent très proches.
Mary Read, alias Mark Read Vers 1690-1721 1718-1720 Anglaise Cette pirate des Caraïbes d’origine anglaise est l’une des pirates les plus célèbres de l’histoire. Sous un nom et des habits d’homme, elle s’engage dans la marine nationale britannique, puis sur un bateau marchand qui est capturé par des pirates anglais. C’est alors qu’elle rencontre le célèbre pirate Jack Rackham et sa compagne Anne Bonny qui l’enrôlent. Elle meurt en prison en 1721.
Mary Harvey (ou Harley), alias Mary Farlee 1725-1726
Mary Crickett (ou Crichett) 1728
Flora Burn (en) 1751 Elle opéra sur la côte est de l’Amérique du Nord.
Rachel Wall 1760-1789 Années 1770
Charlotte de Berry Née en 1636 Années 1700 Anglaise À l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, elle tomba amoureuse d'un marin et l'épousa contre la volonté de ses parents. Travestie en homme, elle le suivit à bord de son navire et se battit à ses côtés.

Les pirates du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Nom Vie Années d’activité Pays d’origine Commentaire
Ching Shih 1775-1844 1801-1810 Chinoise Elle est considérée comme la pirate la plus puissante de l’histoire de la piraterie[2]. Au plus haut de son pouvoir, elle dirigeait une flotte de plus de 1 500 navires et 80 000 hommes et contrôlait la plus grande partie des eaux de la mer de Chine.
Charlotte Badger et Catherine Hagerty 1806 Anglaise
Margaret Croke (Margaret Jordan) 1809
Johanna Hård (en) 1789-1851 1823
Sadie la Chèvre (en) 1869
Gertrude Imogene Stubbs (en) alias « Gunpowder Gertie, the Pirate Queen of the Kootenays » 1898-1903

Les pirates de mer de Chine au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Nom Vie Années d’activité Pays d’origine Commentaire
Lo Hon-cho alias Hon-cho Lo Années 1920 Chine de l’Est Prit le commandement d'une flotte de 64 navires à la suite de la mort de son mari en 1921[3].
Lai Sho Sz’en alias Lai Choi San 1922-1939 Chine de l’Est Opéra dans le Sud de la mer de Chine et commanda 12 navires.
P’en Ch’ih Ch’iko[4] 1936 Chine de l’Est
Huang P’ei-mei 1937-1950 Chine de l’Est A commandé une flotte de 50 000 pirates[5]
Cheng Chui Ping (connue sous le nom de « Sister Ping (en) ») Décédée en 2014 années 1970 - années 1990 Province du Fujian, Chine Opérant dans le sud de la mer de Chine, elle organisa le trafic de migrants chinois vers les États-Unis et l’Europe. Elle a été condamnée à 35 ans de prison par les États-Unis.

Femmes pirates et travestissement[modifier | modifier le code]

Mary Read révélant sa féminité

À l’exception de la civilisation viking et des exemples plus récents en mer de Chine, la présence de femmes sur les bateaux était prohibée, autant dans la marine que dans la piraterie (comme en témoigne le code de la piraterie)[réf. nécessaire].

La seule manière pour une femme de partager la vie de l’équipage était le travestissement[réf. nécessaire].

L’un des exemples les plus anciens est celui de la princesse viking Alfhild qui pour fuir endosse en secret des habits d’homme pour vivre des aventures marines. « En grand secret, la fille de Siward revêt des habits d’homme. La poitrine serrée dans une cotte de cuir, elle enfile un large pantalon, accroche un couteau à sa ceinture, chausse des bottillons de cuir et referme leurs liens croisés sur ses braies. […] Enfin, elle pose sur ses cheveux un solide casque conique à nasal qui dissimule le visage. La métamorphose vestimentaire agit comme un philtre. Méconnaissable, cette modeste jeune fille va devenir, pour un temps, l’une des guerrières scandinaves les plus redoutables[6] ».

Un autre exemple célèbre est celui de l’anglaise Mary Read. Dès l’enfance, elle fut travestie en garçon, stratagème imaginé par sa mère pour obtenir une dot de la part de la famille de son défunt mari. « Mary passa ainsi le plus clair de son enfance sans savoir qu’elle était une fille[7] ». Jeune femme, elle a soif d’aventure et au XVIIIe siècle, le voyage pour une personne pauvre passe par l’engagement dans l’armée. Elle se fait enrôler sous un déguisement et une identité d’homme sur un navire de guerre anglais puis rejoint l’infanterie. C’est sous le nom de Mark Read qu’elle entre en piraterie, plus par hasard que par volonté, lorsque le bateau sur lequel elle navigue est pris par l’équipage pirate de Jack Rackham. « Pour Mary Read, la problématique du genre s’impose comme une question de survie[8] ».

La pirate Anne Bonny, compagne et second du capitaine Jack Rackham, entretient un rapport différent et relativement rare dans le monde de la piraterie féminine. Elle « ne se travestit que lorsque cela lui chante ou, par commodité, pour la navigation et les combats[9] ».

Perspectives contemporaines[modifier | modifier le code]

Certains militants féminisme voient une analogie entre la piraterie et l'activisme d'une association telle que Women on Waves. « Pour contourner la législation en vigueur dans les pays criminalisant l’avortement, il est apparu que le seul espace à occuper en toute légalité était celui des eaux internationales, dans lesquelles un pavillon ne dépend que de la législation de son propre pays : par exemple, l’IVG n’étant pas criminalisée aux Pays-Bas, un pavillon hollandais peut la pratiquer librement dans les eaux internationales[10] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [Sténuit 2015] Marie-Eve Sténuit, Femmes pirates : les Écumeuses des mers, Paris, Éditions du Trésor, , 185 p. (ISBN 979-10-91534-15-4). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  2. (en) John Green, Pirate Queens : Notorious Women of the Sea, Courier Corporation, (lire en ligne), p. 24.
  3. (en) Lady Pirate Chief, Beauty, Betrayed Copie d'un article daté du 15 décembre 1922
  4. (en) Pirates of the Caribbean: Female Pirates (note issue du wikipédia anglophone)
  5. Women In Power 1900-1940 (note issue du wikipédia anglophone)
  6. Marie-Eve Sténuit, Femmes pirates. Les écumeuses des mers, Paris, Editions du trésor, , 190 p. (ISBN 979-10-91534-15-4), page 16
  7. Marie-Eve Sténuit, page 51
  8. (fr + et + ang) Freyheit, Matthieu, The fame monster! : Revers et fortune du Pirate, du XIXe siècle à nos jours, des Mers jusqu'à la Toile, (lire en ligne), page 339
  9. Marie-Eve Sténuit, page 70
  10. « La figure du pirate ou la désobéissance civile », sur http://www.multitudes.net,

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de la page de Wikipédia en anglais intitulée « Women in piracy » (voir la liste des auteurs).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

En français[modifier | modifier le code]

  • Henry Musnick, Les Femmes pirates, Paris, Le Masque, coll. « Aventures et légendes de la mer »,
  • Philip Henry Gosse, Histoire de la piraterie, Paris,
  • Sténuit, Marie-Ève, Femmes pirates : Les Écumeuses des mers, Paris, Éditions du Trésor, , 185 p. (ISBN 979-10-91534-15-4)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Marie-Eve Sténuit , La Piraterie : genre féminin, Océans, n°177, mars 1989
  • Sténuit, Marie-Eve , La Piraterie, une affaire de femmes, Vues sur la piraterie (sous la direction de G. A. Jaeger), Tallandier, 1922
  • Freyheit, Matthieu, The fame monster! : Revers et fortune du Pirate, du XIXe siècle à nos jours, des Mers jusqu'à la Toile

En anglais[modifier | modifier le code]

  • Cordingly, David. Seafaring Women: Adventures of Pirate Queens, Female Stowaways, and Sailors' Wives
  • Sally Driscoll, Anne Bonny : revenge, Great Neck Publishing,
  • (en) Joan Druett, She Captains : Heroines and Hellions of the Sea, Simon & Schuster, , 304 p. (ISBN 978-0-684-85691-9)
  • Philip Henry Gosse, Pirates Who's Who, Londres, 1924
  • (en) Sara Lorimer, Booty : Girl Pirates on the High Seas, Chronicle Books, , 112 p. (ISBN 978-0-8118-3237-3)
  • Nelson, James L. The Only Life That Mattered (Also published as 'The Sweet Trade' under the pseudonym 'Elizabeth Barrett')
  • (en) Sandra Riley, Sisters of the Sea
  • (en) Jo. Stanley, Bold in Her Breeches

Articles connexes[modifier | modifier le code]