La Pensée et le Mouvant

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La Pensée et le Mouvant
Essais et conférences
Auteur Henri Bergson
Pays Drapeau de la France France
Genre essai, philosophie
Éditeur Félix Alcan
Lieu de parution Paris
Date de parution 1934
Chronologie

La Pensée et le Mouvant est un livre du philosophe français Henri Bergson, paru en 1934 chez Félix Alcan à Paris. Il s'agit d'un recueil de IX articles précédemment parus entre 1903 et 1923, augmentés d'une introduction inédite qui représente un tiers de l'ouvrage. Il s'agit du dernier livre publié par Bergson. Il a été réédité en 1938 aux Presses universitaires de France, et constamment réédité depuis, jusqu'à l'édition de 2013 augmentée d'un important appareil critique.

Présentation[modifier | modifier le code]

Henri Bergson, auteur de La Pensée et le Mouvant.

La Pensée et le Mouvant est un ouvrage qui permet de préciser les options métaphysiques de Bergson. Sur les « trois théories » qui sont les « clefs métaphysiques du bergsonisme » selon Jacques Maritain, philosophe thomiste et lecteur critique de Bergson, deux se trouvent développées dans l'ouvrage[1].

Ces trois théories sont « la critique bergsonienne de l'idée du néant » (dans L'Évolution créatrice), « la théorie bergsonienne du changement » (conférence sur « La perception du changement », qui constitue le cinquième chapitre de La Pensée et le Mouvant) et « la critique bergsonienne du possible » (conférence sur « Le possible et le réel », troisième chapitre du même ouvrage). Ce sont donc les options de Bergson sur le changement et le possible qui sont particulièrement explicitées ici, selon Maritain.

Contenu[modifier | modifier le code]

I-II : les essais introductifs[modifier | modifier le code]

Henri Bergson signale dans l'« Avant-Propos » que les deux premiers essais introductifs sont inédits et « occupent le tiers du volume ». Ils traitent de questions relatives à la philosophie de l'histoire, au rapport entre la métaphysique et la science, et explicitent les concepts d'intuition et de mysticisme.

Intuition et concept[modifier | modifier le code]

Bergson réfute les notions d'intuition qu'il trouve chez ses prédécesseurs, notamment Schelling et Schopenhauer. Il leur reproche d'inverser illusoirement les rapports entre l'intelligence et le temps. Selon Bergson, les philosophes précédents ont cru que l'intelligence se mouvait dans le temps, et que l'intuition devait servir à sauter par-delà le temps pour atteindre immédiatement l'éternel. Mais l'intelligence, parce qu'elle spatialise et se sert du langage, produit de l'immobile et fixe le cours du temps et du changement. Par conséquent, pour Bergson, l'intuition devrait nous reconduire dans le temps (la « durée ») et le changement, que nous avons perdu de vue[2].

Bergson définit dans l'essai II « De la position des problèmes » la notion de concept et l'oppose à l'intuition dans son fonctionnement. Cette opposition est aussi évoquée dans l'« Introduction à la métaphysique » (essai VI). Un concept est une idée abstraite liée à d'autres idées abstraites au moyen du langage. Il est l'instrument privilégié du sens commun et de la science à la fois (avec une différence de clarté et de précision cependant) : le concept sert à connaître et à comprendre les phénomènes du monde, en les nommant et en analysant leurs relations. Il relève du champ discursif et est surtout approprié pour la connaissance de la matière. Au contraire, l'intuition est une saisie ou vision de la durée, c'est-à-dire de ce qui est spirituel et indivisible. L'intuition nous permet de nous insérer dans le flux temporel ou de coïncider avec lui, tandis que le concept a pour fonction de faire une coupe instantanée et immobile sur le devenir. Le concept possède une sorte de clarté facile pour l'intelligence, tandis que l'intuition « est pénible et ne saurait durer »[3]. Le commentateur Jean-Louis Vieillard-Baron rappelle que pour Bergson, la durée, la vie et l'action ne sont pas des concepts, et que « le conceptualisme est le meilleur moyen de laisser la réalité de côté pour pratiquer une scolastique »[4].

Métaphysique et science[modifier | modifier le code]

Bergson écrit que « le concept qui est d'origine intellectuelle est tout de suite clair, au moins pour un esprit qui pourrait donner l'effort suffisant, tandis que l'idée issue d'une intuition commence d'ordinaire par être obscure, quelle que soit notre force de pensée »[3]. Le philosophe se sert de cette distinction entre l'intuition et le concept pour distinguer la métaphysique et la science[5]. La science se sert du langage et des concepts pour connaître la matière, tandis que la métaphysique se sert de l'intuition comme « méthode spéciale » pour connaître l'esprit. Cependant, Bergson soutient que la métaphysique et la science « peuvent, l'une et l'autre, toucher le fond de la réalité ». Il affirme donc tant une forme de réalisme au sens métaphysique et spirituel du terme, qu'une forme de réalisme scientifique, qui ne se recoupent pas. L'esprit comme la matière sont réels chacun à leur manière, et Bergson s'oppose à tout relativisme philosophique. Le relativisme affirme en effet que nous ne pouvons pas atteindre la réalité de façon absolue, ni la connaître avec certitude.

Les spécialistes de Bergson, Jean-Louis Vieillard-Baron et Hervé Barreau, parlent respectivement de « spiritualisme réaliste »[6] et de « réalisme spirituel »[7].

L'expression de « réalisme spirituel » avait d'abord été utilisée par Félix Ravaisson et Jules Lachelier pour désigner leur propre philosophie, comme le rappelle Henri Gouhier. Ce sont deux prédécesseurs de Bergson au sein du spiritualisme français. Les « deux idées fondamentales » de ce réalisme spirituel sont, selon Gouhier, « Être, c'est agir et l'action est volonté ; d'autre part, l'inférieur procède du supérieur »[8], c'est-à-dire la matière de l'esprit qui l'anime.

III : « Le possible et le réel »[modifier | modifier le code]

Cet essai a été publié précédemment dans une revue suédoise, Nordisk Tidskrift, en novembre 1930. Il est d'abord paru en langue suédoise, et Bergson l'a écrit à l'occasion de sa réception du Prix Nobel de littérature, à laquelle il n'a pu se rendre personnellement.

Dans ce texte, Bergson analyse les concepts de possible et de réel. Le possible est ce qui n'existe pas encore, mais dont l'existence est pensable avant de se produire. Il est donc déterminé. Le réel est l'actualisation du possible, lui aussi déterminé et anticipable. Bergson leur oppose la notion de virtuel, qui est indéterminé et ne peut être anticipé avant de se produire. Il fait de l'indétermination une propriété essentielle du temps : « L'existence du temps ne prouverait-elle pas qu'il y a de l'indétermination dans les choses ? Le temps ne serait-il pas cette indétermination même ? »[9].

IV : « L'intuition philosophique »[modifier | modifier le code]

Ce texte reprend une conférence faite au Congrès international de philosophie de Bologne le 10 avril 1911. Bergson y développe sa vision de l'intuition philosophique, qui est un acte simple, et qui se déploie ensuite en système conceptuel complexe. Il se sert des exemples de Baruch Spinoza et surtout de George Berkeley pour illustrer son propos.

V : Deux conférences sur la perception du changement[modifier | modifier le code]

Tempête de neige en mer, de Turner, peintre cité en exemple par Bergson dans le ch. V.

Le chapitre V reprend deux conférences sur « La perception du changement », faites à l'Université d'Oxford les 26 et 27 mai 1911.

Ces conférences contiennent des analyses sur l'art et les artistes (Bergson cite notamment les peintres Corot et Turner[10]). L'artiste est celui qui a une perception élargie, non intéressée, contrairement à la perception commune qui est orientée et resserrée par l'action. Comme l'indique la philosophe Simone Manon, « Bergson soutient que l'art est une voie d'accès plus directe à la réalité que la perception commune car les sens et la conscience de l'artiste sont en consonance avec le réel »[11]. Les âmes des artistes sont « détachées de la vie », c'est-à-dire des besoins et des intérêts relatifs à la conservation de l'espèce, ce qui les distingue du commun.

Bergson appelle conversion l'acte de l'esprit qui consiste à se tourner intuitivement vers la réalité mouvante, à rebours de l'intelligence qui fixe et immobilise des coupes instantanées de son écoulement. La conversion définit pour lui la philosophie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Maritain, « La Métaphysique de Bergson », in De Bergson à Thomas d'Aquin, New York, Éditions de la Maison Française, 1944, p. 32-33.
  2. Henri Bergson, La Pensée et le Mouvant, Paris, PUF, 1998, p. 25-26.
  3. a et b La Pensée et le Mouvant, p. 31.
  4. Jean-Louis Vieillard-Baron, Le Secret de Bergson, Paris, Le Félin, 2013, p. 154.
  5. La Pensée et le Mouvant, p. 33.
  6. Jean-Louis Vieillard-Baron, Le Secret de Bergson, 2013, p.
  7. Hervé Barreau, « L'apport de Bergson à Lavelle : le réalisme spirituel », Laval théologique et philosophique, vol. 69, n°1, 2013, p. 9-21.
  8. Henri Gouhier, Bergson et le Christ des Évangiles, Paris, Vrin, 1999, p. 23.
  9. La Pensée et le Mouvant, p. 102.
  10. La Pensée et le Mouvant, p. 150.
  11. Simone Manon, « La finalité de l'art. Bergson », sur www.philolog.fr, (consulté le 1er mai 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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