L'Homme armé

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L'Homme armé est une chanson française profane antérieure à la Renaissance. C'est une mélodie extrêmement populaire qui a été souvent réutilisée par les compositeurs pour mettre en musique l'ordinaire de la messe. Plus de quarante œuvres de cette époque portent le nom de Missa L'homme armé.

\relative c'' { \key f \major \time 3/4 
g2 g4 c2 c4 bes4 a2 g2. d'4 d g,
r d' d d c2 bes4 a2 g2. d'4 d d g,2. 
g'2 g4 f2 f4 g2 g4 d2. g2 g4 f2 f4 g2 g4 d2 g4 a2 g4 f e2 d2. r 
g,2 g4 c2 c4 bes4 a2 g2. d'4 d g,
r d' d d c2 bes4 a2 g2. \bar "|."}
\addlyrics {
L'hom -- me, l'hom -- me, l'hom -- me_ar -- mé, l'hom -- me_ar -- mé,
L'hom -- me_ar -- mé doibt on doub -- ter, doibt on doub -- ter,
On a fait par -- tout cri -- er, 
Que chas -- cun se viengne ar -- mer
d'un hau -- bre -- gon de fer

L'hom -- me, l'hom -- me, l'hom -- me_ar -- mé, l'hom -- me_ar -- mé,
L'hom -- me_ar -- mé doibt on doub -- ter.

}

Histoire[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs théories quant à l'origine et la popularité de cette chanson. Certains musicologues ont fait l'hypothèse que l'homme armé est l'archange St Michel, et c'est ainsi que le compositeur Johannes Regis (c.1425 – c.1496) semble l'entendre dans son Dum sacrum mysterium/Missa l'homme armé (entre 1462 et 1467), qui utilise la mélodie en incorporant dans l'œuvre d'autres textes musicaux et des éléments de cantus firmus en plain-chant en l'honneur de l'archange.

D'autres critiques pensent qu'il s'agit simplement de l'enseigne d'une taverne de Cambrai, la maison de l'homme armé, qui se trouvait près de l'endroit où habitait Guillaume Dufay.

La chanson pourrait également être un appel à une nouvelle croisade contre les Turcs. On a la preuve que cette chanson avait une importance spéciale pour l'ordre de la Toison d'or[1]. L'apparition de la chanson coïncide avec la chute de Byzance devant l'empire ottoman en 1453, événement traumatisant pour l'Europe. Des musiciens tels que Guillaume Dufay ont d'ailleurs composé des Lamentations pour déplorer l’événement. Il est également possible que la chanson soit le produit d'une concaténation de ces facteurs, si l'on considère le mouvement d'opinion qui balaie l'Europe du nord et du centre en appelant à une riposte armée contre les Ottomans.

Une théorie récente voit dans la chanson une synthèse du cri de la rue et de l'appel aux armes sonné à la trompette, synthèse qui date peut-être de la fin du XIVe siècle étant donné sa métrique[2].

Réemploi dans la musique sacrée[modifier | modifier le code]

L'Homme armé est resté très connu parce que les compositeurs de la fin du Moyen-Âge et de la Renaissance l'ont utilisé comme cantus firmus pour mettre en musique les textes latins de l'ordinaire de la messe. Plus de quarante exemples nous en sont parvenus. De nombreux compositeurs ont écrit au moins une messe qui utilise cette mélodie, mais on en connaît au moins deux écrites par Josquin des Prez : Missa "L'homme armé" super voces musicales et Missa "L'homme armé" sexti toni qui figurent parmi les plus célèbres. On peut également citer celle de Johannes Tinctoris (Missa "Cunctorum plasmator summus"). Pierre de La Rue, Cristóbal de Morales et Giovanni Pierluigi da Palestrina ont eu plusieurs fois recours à cette chanson. Un cycle de six messes, anonymes mais sans doute d'une même main, se trouve dans un manuscrit napolitain offert à Béatrice d'Aragon, contenant une anthologie des morceaux de musique préférés de Charles le Téméraire[3].

Mis "L'homme armé" à trois voix (attribué à Giacomo Carissimi)

Si l'on trouve encore des exemples au XVIIe siècle, dont une messe de Carissimi, la majorité des messes de l'Homme armé datent des années 1450 à 1510[4].

Un des réemplois les plus anciens de l'air est sans doute Il sera pour vous conbatu/L'homme armé attribué à Robert Morton, que les références historiques contenues dans le texte permettent de dater des environs de 1463. On connaît une version anonyme pour trois voix peut-être antérieure et qui figure dans le chansonnier Mellon conservé à la bibliothèque de l'université Yale. En 1523, Pietro Aron publie un traité intitulé Thoscanello dans lequel il propose le nom d'Antoine Busnois comme compositeur de l'œuvre (vers 1468). S'il existe bien des similitudes stylistiques avec l'œuvre connue de Busnois rendant cette hypothèse plausible, aucune source ne vient corroborer les affirmations d'Aron qui écrit environ soixante-dix ans après la première apparition de la mélodie. Richard Taruskin défend la position selon laquelle Busnois (vers 1468) serait le premier à avoir composé une messe en utilisant cette mélodie[5], mais la plupart des musicologues pensent que ce titre revient à Guillaume Dufay (vers 1461)[6]. Parmi les compositeurs qui ont écrit une messe de l'homme armé dans les années 1450, on peut citer Guillaume Faugues, Johannes Regis, et Johannes Ockeghem[4] (vers 1461).

La mélodie se prête particulièrement bien au contrepoint. Les lignes sont clairement délimitées et il existe plusieurs possibilités pour la transcrire sous forme de canon. Inversement, il est très facile de démêler la mélodie du contrepoint.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Messes
vers 1500
Après 1500
XVIIe siècle
Chants

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Les compositeurs continuent à se référer à cette chanson dans laquelle ils trouvent une source d'inspiration spirituelle ou thématique.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. William F. Prizer : The Order of the Golden Fleece and Music, American Musicological Society National Conference, Vancouver, 1985 et Richard Taruskin, Antoine Busnoys and the L'Homme armé Tradition p. 272. Dans un autre texte Prizer affirme : « this cantus firmus would have been peculiarly suitable for the religious ceremonies of an order consisting entirely of "armed men" (chevaliers or knights) and one that had as an original goal the maintaining of the faith of the Church against the infidels. » (Prizer, Music and Ceremonial in the Low Countries p. 128) Soit en français : ce cantus firmus aurait été particulièrement en usage pour les cérémonies religieuses d'un ordre entièrement composé d'« hommes armés » (chevaliers) ayant pour objectif le maintien de la foi de l'Église contre les infidèles.
  2. Blackburn, p. 53–54, et note 9.
  3. Blackburn, p. 54
  4. a et b Grove 2001.
  5. Richard Taruskin, Antoine Busnoys and the L'Homme arme Tradition
  6. Alejandro Enrique Planchart notamment le suggère, contrairement au musicologue Richard Taruskin et à l'historien William F. Prizer.
  7. Missa super l'homme armé
  8. « Aurea Vallis et Villaire - Messe pour la paix », sur http://orval-patrimoine.be/, (consulté le 2 octobre 2016)
  9. (en) Etude (2009) de Stephanie Rocke : Crusading to Pluralism: L'homme arme and The Armed Man: A Mass for Peace (1999). La partition est éditée par Bossey & Hawkes.
  10. (en) Orchestre national d'Île-de-France, « Île de créations », sur Orchestre National d\'Île de France (consulté le 14 avril 2019)

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Articles connexes[modifier | modifier le code]