Empire Kara-Khitan
| Statut | Khanat |
|---|---|
| Capitale | Balasagun |
| Langue(s) | Khitan[1], Chinois médiéval (administrative)[2],[3], Persan[1], Ouïghour ancien[1] |
| Religion |
Bouddhisme[2] Nestorianisme[2] |
| Superficie | |
|---|---|
| • 1130 | est.1,000,000 km2[4] |
| • 1210 | est.1,500,000 km2[5] |
| 1124 | Yelü Dashi se proclame Roi |
|---|---|
| 1132 | Yelü Dashi se proclame Gurkhan |
| 1134 | Balasagun, capturée, devient la capitale |
| 1211 | Kuchlug usurpe le pouvoir |
| 1218 | Invasion mongole et annexion à l'Empire mongol |
| 1124-1143 | Yelü Dashi |
|---|---|
| 1144–1150 | Xiao Tabuyan (régente) |
| 1150–1164 | Yelü Yilie |
| 1164–1178 | Yelü Pusuwan (régente) |
| 1178–1211 | Yelü Zhilugu |
| 1211-1218 | Kütchlüg |
Entités précédentes :
Entités suivantes :
L'empire Kara-Khitan ou Khanat Qara Khitaï (chinois simplifié : 哈剌契丹 ; chinois traditionnel : 喀喇契丹 ; pinyin : ou chinois : 黑契丹 ; pinyin : ; litt. « Khitans noirs »), aussi connus sous le nom de Liao de l'Ouest (mongol : Хар Хятад, Khar Khyatad, chinois traditionnel : 西遼 ; pinyin : ), et dont le nom officiel est Grand Liao (chinois traditionnel : 大遼 ; pinyin : ), est un empire d'Asie centrale dirigé par le clan Yelü du peuple khitan. Héritier politique et institutionnel de la dynastie Liao, il s’établit en Asie centrale et domine, à son apogée à la fin du XIIe siècle siècle, des parties de la Chine, du Kazakhstan, du Kirghizstan, de la Mongolie, du Tadjikistan et de l'Ouzbékistan actuels.
Fondé en 1124 par Yelü Dashi en exil à la suite de la chute de la dynastie Liao conquise par les Jurchens de la dynastie Jin, celui-ci est proclamé Gurkhan après avoir affirmé son autorité en Asie centrale. La politique de tolérance et d'intégration qu'applique l'empire lui permet d'étendre rapidement son influence et, après une victoire décisive contre l'empire seldjoukide lors de la bataille de Katwan en 1141, d'assujettir les Khwarezmchahs, les Karlouks, le royaume ouïghour de Qocho, les Kankalis et les Qarakhanides.
Malgré un apogée territorial à la fin du XIIe siècle, l'autorité centrale et impériale décline au tournant du XIIIe siècle dans un contexte d'émergence de l'Empire khwarezmien, des Ghorides et enfin de l'Empire mongol. Le contexte de montée au pouvoir de Gengis Khan provoque le départ de groupes aristocratiques nomades vers le Kara Khitan. Leur intégration déstabilise l'équilibre et permet à Kütchlüg, un chef Naïman, de renverser en 1211 Yelü Zhilugu. Ce nouveau souverain adopte une politique répressive qui ne lui permet pas de résister à l'invasion mongole et l'annexion du Khanat en 1218.
Noms
[modifier | modifier le code]Même si l'État des Kara-Khitans est un khanat, il est fortement sinisé dans son fonctionnement et hérite du nom dynastique de « Grand Liao »[6],[7],[8]. C'est pourquoi les historiens chinois, coréens, japonais et vietnamiens désignent généralement cet empire sous le nom de « Liao occidental » (西遼) et le considèrent comme une dynastie chinoise orthodoxe, à l'image de la dynastie Liao[9],[10],[6].
Le nom « Kara-Khitans » est couramment utilisé par les tribus d'Asie centrale pour désigner cette dynastie, et c'est ce terme qui est repris dans la plupart des travaux universitaires occidentaux. Ce terme est souvent traduit par « Khitans noirs » en mongol, mais la signification d'origine de cette traduction n'est pas claire aujourd'hui[11]. En mongol moderne, « Kara-Khitans » se traduit par Хар Хятан (Khar Khyatan).
L'expression « Khitans noirs » (黑契丹) est également utilisée en chinois, mais pour cette langue, la signification de cette expression est claire. Elle est liée à la théorie des cinq éléments, ou wuxing, selon laquelle qara, qui signifie littéralement « noir », correspond à la couleur noire de la dynastie des Liao et à son élément dynastique, l'eau[12]. Les Jürchens de la dynastie Jin appellent le khanat « Dashi » ou « Dashi Linya », du nom de son fondateur, afin de réduire les éventuelles prétentions des Kara-Khitans sur les anciens territoires de la dynastie Liao. Les historiens musulmans ont d'abord appelé cet État « Khitay » ou « Khitai ». Cette forme du nom « Khitan » leur vient peut-être des Ouïghours de Qocho dans la langue desquels le -n ou -ń final est devenu -y[13]. Ce n'est qu'après la conquête mongole que le khanat Khitan a commencé à être désigné par « Kara-Khitai » ou « Qara-Khitai » dans le monde musulman[14].
Le nom « Khitan » est également à l'origine de « Cathay », nom longtemps utilisé en Europe pour désigner la Chine.
Histoire
[modifier | modifier le code]Contexte
[modifier | modifier le code]
Le début du Xe siècle est marqué en Asie centrale par la fin de la dynastie Tang chinoise en 906, qui coïncide avec l'absence de pouvoir fort dans les steppes depuis la fin du khaganat ouïgour quelques décennies auparavant. Ce contexte favorise l'émergence d'une nouvelle puissance chez les Khitans, en Mandchourie : la dynastie Liao. Après avoir soumis le Nord de la Chine et le plateau mongol, cette dynastie sur le modèle chinois conclut une paix durable avec la dynastie Song en 1005[15].
En 1114, les Jürchens, des vassaux des Liao, se rebellent et fondent la dynastie Jin. Enchainant les victoires, ils se lancent à la conquête des territoires des Khitans et finissent par faire tomber la dynastie Liao en 1125. En 1122, deux groupes de Khitans fuient vers l'ouest pour échapper à l'invasion des Jin. L'un de ces groupes est mené par Yelü Dashi (chinois : 耶律大石), le fondateur de l'empire Kara-Khitan[16],[17],[18],[19],[20].
À cette époque, l'Asie centrale se trouve dans un état très affaibli. L'empire turc des Qarakhanides, divisé entre deux khanats rivaux depuis 1041, est en butte à des conflits persistants avec les Seldjoukides à l'ouest, des vagues migratoires provenant des territoires mongols contrôlés par la dynastie Liao à l'est et de l'émergence de l'empire khwarezmien perso-turc au sud-ouest. La fondation de l'empire Kara-Khitan intervient dans ce contexte fragmenté[21].
Fondation du khanat (1124-1143)
[modifier | modifier le code]Émergence d'un nouveau pouvoir, le Gurkhan Yelü Dashi
[modifier | modifier le code]
En 1122, le prince khitan Yelü Dashi rejoint l'empereur Liao Tianzuo dans les territoires occidentaux de la Mongolie, à la frontière des Xia occidentaux, afin de continuer la résistance face aux Jin. Il est vaincu et capturé par les Jin, qui le forcent à les conduire au camp de Tianzuo afin d'y capturer la famille impériale. Toutefois, l'empereur ne s'y trouve pas et prend la fuite. Il envisage en 1124 une contre-attaque avec de nouveaux alliés tatars, mais Yelü Dashi s'y oppose et finit par se révolter, s'auto-proclamer roi et partir vers l'ouest avec ses troupes et plusieurs membres de l'aristocratie Liao[22],[17],[19],[23].

Yelü Dashi s'installe dans le nord-ouest de la Mongolie et établit son quartier général dans la garnison militaire de Kedun (Zhenzhou), sur les rives de l'Orkhon[24]. Il s'assure l'allégeance des 20 000 soldats de cette garnison[25]. De 1124 à 1129, il tente en vain de fédérer les différentes préfectures et tribus de la région, ainsi que de forger une alliance avec les Xia, puis avec les Song. Ces échecs diplomatiques l'amènent à tenter une incursion durant laquelle il parvient à conquérir deux garnisons Jin. Cependant, les forces auxquelles il s'oppose sont trop importantes et, afin d'octroyer des terres en apanage à ses alliés tribaux, il renonce aux conquêtes orientales et déplace son campement davantage vers l'ouest à partir de 1130 ou 1131[26].
Après avoir installé un campement sur l'Emin[27], les troupes de Yelü Dashi traversent Gaochang, puis Kachgar, avant d'être repoussées par les Qarakhanides[25],[28]. Une armée Jin envoyée pour le traquer vient à sa rencontre. Bien que le déroulement et l'issue de la bataille qui les opposent soient indéterminés, elle permet à Yelü Dashi de s'affirmer politiquement au point d'être intronisé gurkhan en 1131 ou 1132. Il est alors rejoint par de nombreuses autres tribus. Ce moment constitue la fondation de l'empire Kara-Khitan[29].
Expansion territoriale et bataille de Katwan
[modifier | modifier le code]Le développement de l'influence des Kara-Khitan passe par une politique extérieure reposant principalement (mais pas uniquement) sur la diplomatie. En 1134, le dirigeant qarakhanide de Balasagun demande une assistance militaire à Yelü Dashi, qui y répond favorablement et en profite pour le soumettre. Il fait envoyer des émissaires dans les territoires qarakhanides où avaient préalablement migré des groupes khitans depuis le début du conflit avec les Jin afin de leur faire reconnaitre sa légitimité, ceux-ci le rejoignent et renforcent son armée de 10 000 hommes supplémentaires. Grâce à ces renforts, il conquiert ensuite Kachgar, Hotan et Beshbalik[30],[2]. En 1137, il bat les Qarakhanides de l'Ouest près de Khodjent et annexe Ferghana et Tachkent[30],[2].
Pendant qu'il est en train de conquérir l'Asie centrale, Dashi envoie des troupes à l'est pour attaquer les Jin et reprendre le territoire des Liao, mais en vain : cette tentative se solde par une défaite désastreuse en 1134[31],[32],[33]. Si Yelü Dashi espère au début de son règne reprendre le contrôle du nord de la Chine[34],[35], cette défaite lui montre la faiblesse de son empire face à celui des Jürchens et il abandonne son projet[35].

En 1141, les troupes de Yelü Dashi entrent en Transoxiane, probablement à la demande du Khwarezmchah Ala ad-Din Atsiz qui cherche leur soutien face au sultan Seldjoukide Ahmad Sanjar. En conséquence, des troupes seldjoukides s'installent dans la région de Samarcande, suscitant la colère des Karlouks, un peuple vassal des Qarakhanides. Ces derniers changent alors d'allégeance et demandent à leur tour assistance à Yelü Dashi qui accepte et mobilise son armée. La bataille de Katwan confronte les Kara-Khitans et les Karlouks aux Seldjoukides, qui se retrouvent rapidement dépassés[36]. Selon les sources qui rapportent le déroulement de la bataille, l'armée khitane compte entre 20 000 et 700 000 soldats, contre 100 000 hommes pour les Seldjoukides[37],[38],[39]. La victoire khitane, qui met un terme provisoire à l'expansion de l'islam en Asie centrale, est probablement l'origine de la légende du prêtre Jean en Occident[40]. Elle permet à l'empire Kara-Khitan d'étendre son influence et son autorité sur toute la Transoxiane, Ferghana, Jetyssou, le bassin du Tarim et les territoires ouïghours, soit les actuels Xinjiang, Kirghizistan, Ouzbékistan et Tadjikistan, ainsi que le sud du Kazakhstan et l'ouest de la Mongolie[41].
Période de repli et de stabilisation (1144-1177)
[modifier | modifier le code]
À la mort de Yelü Dashi en 1143, son épouse Xiao Tabuyan assure la régence tout en utilisant les titres d'impératrice Gantian, de gurkhan et de dashi[42]. Les derniers territoires conquis saisissent l'opportunité de reprendre leur indépendance : les Oghuz envahissent Boukhara (mais sont probablement chassés avant 1152), Ahmad Sanjar occupe le Khorassan et rétablit la suzeraineté seldjoukide sur le Khwarezm, les Ouïghours font défection et s'allient au Jin qui continuent de harceler les territoires liao[43]. Les Jin envoient un émissaire en 1146 en vue d'entamer un processus de paix, mais ils provoquent un conflit diplomatique. En effet, celui-ci se présente comme un émissaire du Fils du ciel et demande à l'impératrice de se soumettre : il est exécuté sur le champ[43].
Le fils de Yelü Dashi et Xiao Tabuyan, Yelü Yilie, prend le titre de gurkhan en 1151 dans un contexte d'importantes perturbations en Asie centrale[44]. En effet, les Oghouzes et les Seldjoukides s'affrontent dans le Khorassan entre 1151 et 1153. Les sources ne mentionnent aucune intervention kara-khitane dans ce conflit, mais l'affaiblissement des Seldjoukides permet à Yelü Yilie de consolider sa mainmise sur la Transoxiane. En 1156, les Karlouks se soulèvent contre le souverain karakhanide occidental, et le tuent[45]. Yelü Yilie nomme[Quoi ?] un khan de Samarcande qui marche contre les Karlouks avec le soutien des karakhanides orientaux[46]. Durant cette période, une armée Jin affronte des pillards Kara-Khitans à Kedun, dans la partie la plus orientale du khanat. Yelu Yilie tente sans succès d'établir une paix et les frictions frontalières restent vives dans la région[47],[48].

L'une des actions marquantes du règne de Yelu Yilie est le recensement des personnes âgées de plus de 18 ans vivant au sein de l'empire. Au total, ce sont 84 500 ménages qui sont recensés[49]. Les quatre pièces de monnaie de type sapèque identifiées de son règne confirment par ailleurs l’adoption, par les Liao occidentaux, de formes institutionnelles et symboliques héritées de la tradition impériale chinoise, notamment l’usage d’un titre de règne et l'emploi de légendes chinoises sur les monnaies[50]. Yelü Yilie meurt en 1163. Selon les sources, ses fils étant encore mineurs, il aurait désigné sa sœur Yelü Pusuwan, pour lui succéder. Celle-ci monte sur le trône en 1164 sous le nom d’impératrice Chengtian[51].
Le règne de Yelü Pusuwan se distingue par une activité diplomatique et militaire accrue vers l’ouest par rapport à la relative réserve observée sous son frère. Dès le début de son règne, les Kara-Khitans s'impliquent dans les affaires politiques du Khorassan et du Khwarezm, profitant de l'affaiblissement de l'Empire seldjoukide. Les relations avec le Khwarezm constituent un enjeu central. En 1171-1172, les forces kara-khitanes franchissent l’Oxus pour punir le Khwarezmchah Il-Arslan, qui a cessé de verser le tribut annuel. L’armée khwarezmienne est vaincue et son commandant capturé ; Il-Arslan meurt peu après. La crise de succession qui s’ensuit offre aux Kara-Khitans l’occasion d’intervenir directement : à la demande du prétendant au trône Tekish, l’impératrice Yelü Pusuwan envoie sur place une armée dirigée par son époux, Xiao Duolubu, pour asseoir Tekish sur le trône en échange d'une promesse de tribut. Cependant, une fois Tekish installé, les tensions diplomatiques se ravivent et Yelü Pusuwan soutient son rival Jalal-ud-Din Sultan-Shah (en) en envoyant une nouvelle armée en 1177. Cependant, au même moment, les affaires internes du palais poussent le beau-père de l'impératrice, Xiao Wolila, à mener un coup d'État pour installer le fils de Yēlǜ Yíliè, Yelü Zhilugu, sur le trône du Kara-Khitan[52].
Déclin progressif (1177-1208)
[modifier | modifier le code]Tensions à l'ouest
[modifier | modifier le code]Au moment de l'accession au trône de Zhilugu, l'armée envoyée par sa tante attaquer le Khwarezm et renverser Tekish est toujours en route sous le commandement de Xiao Duolubu, le mari de la défunte, et Sultan Shah. Tekish réussit à stopper l'avancée des Kara-Khitans en rompant les digues de l'Amou-Daria pour provoquer une inondation qui leur barre la route. Xiao Duolubu décide de battre en retraite, mais Sultan Shah lui offre une forte somme pour qu'il lui laisse une partie de ses troupes. Ces soldats participent à la guerre que même Sultan Shah contre les Oghouzes au Khorasan et lui permettent de s'emparer de Merv, Sarakhs, Nasa et Abiward en 1181[53].
La même année, les Coumans de Qara Ozan Khan, qui a conclu une alliance matrimoniale avec Tekish, attaquent Talas, en plein territoire kara-khitan[54]. L'année suivante, en 1182, Tekish reprend provisoirement Boukhara[55], qui est à nouveau gouvernée par le vassal qarakhanide des Kara-Khitans en 1193[55]. La guerre au Khorasan entre Tekish et son frère Sultan Shah se poursuit jusqu'en 1193, date de la mort du second[56]. Bien que Tekish ait pris des précautions pour défendre l'Amou-Daria contre un éventuel retour des Khitans pendant le conflit, ces derniers ne lancent plus d'autre expédition militaire après l'échec de celle de Xiao Duolubu. Il est probable qu'un rapprochement entre Tekish et la cour des Kara-Khitans ait lieu avant 1194, ou au plus tard avant 1198, lorsque ces derniers aident Tekish contre les Ghorides. La cessation des hostilités est probablement passée par un accord financier, car plusieurs sources musulmanes affirment que Tekish paye consciencieusement un tribut aux Khitans et ordonne à son fils de continuer à le faire[56].
Tensions à l'est
[modifier | modifier le code]À l'est, des rapports d'espionnage de la dynastie Song indiquent de manière vague que les Kara-Khitans ont tenté de s'allier à la dynastie tangoute des Xia occidentaux pour attaquer les Jin en 1185. Bien que cette tentative n'aboutisse pas, les Jin prennent manifestement la menace des Khitans au sérieux. En 1188, Wanyan Xiang, un haut fonctionnaire Jin, à son retour d'une mission de collecte de tributs parmi les tribus du nord, présente à l'empereur une carte et un programme détaillé visant à empêcher leurs sujets de faire défection au profit des Kara-Khitans. En récompense de son initiative, Wanyan Xiang est promu. En 1190, l'une des tribus soumises au Kara-Khitans passe sous l'obédience des Jin, ce qui pourrait être le résultat de cette nouvelle politique[57].
Au début des années 1190, Toghril, le khan des Kéraït, se réfugie chez les Khitans, à la recherche d'un soutien militaire après avoir été évincé par sa propre famille. Comme il n'obtient aucun soutien, Toghril retourne en Mongolie en 1196 pour demander l'aide de Temüjin, puis conclut une alliance avec les Jin en 1197, ce qui lui vaut son autre titre, Ong Khan[58].
Contrôle du Khwarezm
[modifier | modifier le code]
En 1198, Muhammad Ghûrî, l'un des souverains ghorides, s'empare de Balkh au détriment d'un vassal des Khitans. Tekish, qui est également en conflit avec les Ghorides, profite de la situation pour exhorter les Kara-Khitans à ne pas laisser passer cette occasion, car l'autre souverain ghoride, Ghiyath al-Din Muhammad (en), tente de s'emparer du Khwarezm et de la Transoxiane. Les Kara-Khitans répondent favorablement à sa demande et envahissent les terres ghorides situées autour de Kurzuban, une cité située à proximité de l'actuelle ville de Tâloqân. Ils sont d'abord victorieux, tuant et capturant de nombreux soldats ghorides, mais ils sont surpris par une attaque nocturne et subissent une cuisante défaite lorsque les renforts de Ghiyath al-Din arrivent au matin, laissant 12 000 morts sur le champ de bataille. Les Kara-Khitans se tournent vers Tekish pour obtenir une compensation pour les dommages subis et envoient Xiao Duolubu au Khwarezm pour collecter l'argent. Tekish réagit en demandant de l'aide aux Ghorides. Ghiyath al-Din accepte de contribuer au dédommagement, à condition que Tekish offre son obéissance au calife et restitue les territoires pris précédemment par les Kara-Khitans. En conséquence, le Khwarezm réussit à fournir une sorte de compensation aux Kara-Khitans pour les pertes qu'ils ont subies en combattant les Ghorides, en utilisant des fonds ghorides. Tekish meurt en 1200 et son fils Ala ad-Din Muhammad devient le nouveau Khwarezmchah. Il commence son règne en tant que tributaire des Kara-Khitans[59].
Après la mort de Tekish, les Ghorides en profitent pour tenter de sécuriser de nouveaux territoires. L'armée kara-khitane intervient et force les Ghorides à se retirer vers le sud[60]. Ils sont poursuivis et, peu avant la capture de Muhammad Ghûrî, acceptent de négocier sa reddition en échange d'une rançon[61]. Mais la paix ne dure qu'un temps et Muhammad Ghûrî revient quelque temps plus tard pour se venger des Khitans. Au cours de l'été 1205, le vice-roi ghoride de Balkh s'empare de Termez et détruit une armée kara-khitane qui y était stationnée. Le souverain ghoride planifie la construction d'un pont sur l'Amou-Daria afin de faciliter l'invasion de la Transoxiane par ses troupes, mais avant que son projet ne se concrétise, il est tué le et l'invasion ghoride prend fin[62].

Après la mort du souverain ghoride, Ala ad-Din Muhammad convainc le gouverneur de Tirmidh de se rendre et restitue la ville aux Kara-Khitans. En retour, ces derniers reconnaissent la suzeraineté des Khwarezmchahsfk sur l'ensemble du Khorassan[63]. Cet acte est perçu comme un signe de faiblesse et, en 1207, le nouveau Khwarezmchah profite d'une révolte locale à Boukhara pour intervenir. Il temporise les Ghorides en leur faisant quelques concessions et s'assure le soutien du souverain Qarakhanide avant d'agir[64].
L'entrée de l'armée Khwarezmienne provoque la réaction immédiate des Kara-khitan qui mobilisent leurs soldats. le conflit tourne en leur faveur lorsque Samarcande et Tabarestan font défection pour rejoindre les Kara-khitan[65]. Pendant ce temps, le vice-roi du Khwarezmchah tente de prendre le contrôle sur le Khorassan, mais il est exécuté en 1209. La perte du conflit soumet de nouveau le Khwarezm à un tribut au Kara-Khitan[66].
Rébellions dans l'est
[modifier | modifier le code]
En 1204, les Kara-Khitans répriment des rébellions qui éclatent à Khotan et Kachgar. En 1209, c'est au tour du royaume de Qocho de se rebeller, le représentant du pouvoir impérial khitan étant poursuivi dans un bâtiment élevé où il est mis à mort. Le souverain ouïghour, Barchuq Art Tegin, rapporte l'incident aux Kara-Khitans ; mais à ce moment-là, les habitants de Qocho ont déjà commencé à faire défection au profit des Mongols. Lorsque les messagers de Gengis Khan arrivent à Qocho, le souverain ouïghour prend acte de la situation et fait allégeance au khan mongol. Gengis donne sa fille en mariage à Barchuq en échange de sa présence à la cour et du versement d'un important tribut. Fin 1209 ou début 1210, lorsque des réfugiés merkits arrivent à Qocho, Barchuq les attaque et les chasse. Il s'empresse de rapporter son comportement loyal au khan en l'accompagnant d'un tribut. En 1211, l'Idiqut ouïgour s'entretient avec Gengis sur la rivière Kerulen. La même année, un autre vassal des Khitans, Arslan, le khan des Karlouks, fait sa soumission aux Mongols[67].
L’économie impériale, fondée en partie sur le tribut versé par les États vassaux et sur l’engagement rémunéré de troupes au service de ces derniers, devient plus fragile. Les campagnes menées en Transoxiane, au Khwarezm et au Khorassan visent autant à préserver l’autorité politique qu’à renflouer le trésor impérial. Cette fragilisation du pouvoir central ouvre la voie à l’usurpation de Küchlüg , prince naiman réfugié auprès des Kara-Khitans, qui épouse la fille de Yelü Zhilugu et finit par le renverser pour usurper le titre de gurkhan[68].
Chute du Khanat
[modifier | modifier le code]
Sous Küchlüg, l’équilibre traditionnel entre élites nomades et populations sédentaires se rompt. Alors que les premiers souverains kara-khitans avaient maintenu une relative tolérance religieuse et administrative, le nouveau Gurkhan impose une politique religieuse coercitive, interdisant les manifestations publiques de l’islam et contraignant ses sujets à adopter le nestorianisme ou le bouddhisme, ou à se conformer aux usages vestimentaires khitans. Cette politique, conjuguée à des pratiques de pillage, affaiblit encore la base sédentaire de l’État[69].
Parallèlement, le khanat doit faire face à la montée en puissance de l’Empire mongol. Küchlüg, en attirant autour de lui des rivaux de Gengis Khan et en s’appropriant le prestige du titre de Gürkhān, apparaît comme un concurrent potentiel à l’hégémonie mongole. En 1216, peu après la fin de la guerre contre les Jin, Gengis Khan dépêche le général Djebé à sa poursuite et engage l'invasion du territoire Kara-Khitan. Les forces mongoles, appuyées par les Ouïghours et les Qarluqs d’Almaliq, remportent une victoire près de Balasaghun. Plusieurs villes se soumettent, dont Kasan[70].
En 1218, Küchlüg est capturé dans la région du Badakhshan et exécuté. Les territoires kara-khitans passent alors sous contrôle mongol. La conquête de la Transoxiane et du Khorasan en 1219-1220 achève l’intégration de l’ancien espace kara-khitan dans l’Empire mongol[71]. Les Kara-Khitans sont absorbés par l'Empire mongol ; une partie des troupes les Kara-Khitanes ayant déjà rejoint l'armée mongole qui luttait contre Kütchlüg. Une autre partie des Qara-Khitans part en exil dans la province méridionale de Kirman en Perse, dirigée par Buraq Hajib, qui y fonde la dynastie Qutlugh-Khanid. Vassaux de l'empire Mongol, puis de l'Ilkhanat, les Qutlugh-Khanid disparaissent en tant qu'entité pendant le règne de l'Ilkhan Öljaitü[72]. Le reste du peuple Khitan est dispersé dans toute l'Eurasie au sein de l'armée mongole. Au XIVe siècle, ils commencent à perdre leur identité ethnique, mais on trouve des traces de leur présence, sous forme de noms de clans ou de toponymes, de l'Afghanistan à la Moldavie. Aujourd'hui, une tribu Khitane vit encore dans le nord du Kirghizistan[13]. Une petite partie de la population Khitane dirigée par Buraq Hajib s'installe dans la province persane de Kirman, se convertit à l'islam et y établit la dynastie Kirmanide (en)[73]. La légitimité dynastique Kara-Khitan ne disparait qu'après la fin de cette dynastie en 1306[74].
Historiographie
[modifier | modifier le code]Particularités
[modifier | modifier le code]Le champs de recherche relatif au Kara Khitan souffre de plusieurs problématiques qui se traduisent par une faible quantité de travaux et de recherches centrés sur eux et reposant sur le large spectre de source. Cette problématique est due aux caractéristiques des sources historiques étudiées. La seule source historiographique contemporaine est l'Histoire des Liao qui est en lui-même problématique, ainsi que de quelques chroniques émanant de vassaux. L'étude historiographique moderne repose dès lors principalement sur les rapports voisins chinois et arabes qui, en plus d'être contradictoires, sont très parcellaires[75].
La disproportion des informations au sein de cette même période est le principal problème. Les données relatives à Yelü Dashi sont très importantes tant du côté chinois que du côté arabe, mais la période intermédiaire est fortement lacunaire. Les données territoriales sont également floues dans les délimitations septentrionales et orientales avec les tribus mongoles. Les contradictions entre les sources sont également anormalement élevées entre les sources extérieures et les sources dynastiques. Enfin, la compréhension des institutions Kara Khitan relève principalement des sources extérieures, ce qui suscite des erreurs et confusions[75].
Les sources historiographiques chinoises et musulmanes, telles que l'Histoire des Liao, ou Liao shi (chinois traditionnel : 遼史 ; chinois simplifié : 辽史 ; pinyin : ), considèrent que les Kara-Khitans sont une dynastie chinoise légitime, même si la portion du territoire chinois sous leur contrôle est minime[76],[9].
Sources contemporaines
[modifier | modifier le code]Sources chinoises
[modifier | modifier le code]La principale source sur le Khanat Kara-Khitan est l'Histoire des Liao, l'une des vingt-quatre Histoires, qui est compilée officiellement sous la dynastie Yuan par l'historien Toktogha (ᠲᠣᠭᠲᠠᠭᠠ). Le texte se présente sous la forme d'une chronique politique et dynastique depuis le règne de Yelü Dashi jusqu'à l'usurpation de Kütchlüg. Cependant, sa rédaction tardive, ses contradictions et ses informations non attestées en font un document décrié. Paul Pelliot en vient à considérer le texte comme une biographie romancée de Yelü Dashi plutôt qu'une chronique historique[77]. Cependant, une importante partie du texte est dévolue aux données administratives, dynastiques et démographiques caractéristiques de l'historiographie chinoise. Ces éléments indiquent qu'une partie de la chronique repose bien sur des sources documentaires[78].
D'autres sources chinoises, rédigées sous les Jin, les Yuan et les Song, servent également à l'étude des Kara-Khitans. Le San chao bei meng hui bian rédigé par Xu Mengxin à la fin du XIIe siècle compile 196 travaux relatant le contexte septentrional de la Chine dans lequel le début de carrière de Yelu Dashi s'inscrit, tentant de forger une alliance avec les Song et les Xia. Plusieurs autres textes comme le Da Jin guo zhi ou le Jianyan yilai xinian yaolu de Li Xinchuan (en) permettent de couvrir la période contemporaine Kara-Khitan d'un point de vue extérieur[78].
En dehors des sources contemporaines, les premières études s'effectuent durant la période Qing et se montrent déjà critiques à l'égard des problématiques de l'Histoire des Liao. Le Liao shi shi yi et le liao shi shi yi bu complètent et commentent la source, cependant ces travaux se contentent uniquement de sources chinoises[79].
Sources musulmanes
[modifier | modifier le code]
Le Tarikh-i Jahangushay-i Juvaini d'Ata-Malik Juvaini constitue la principale source musulmane contemporaine des Kara-Khitans, cependant elle présente deux versions contradictoires de leur chute et n'attribue ses informations qu'à une seule autre source, le Masharib al-tajarib wa ghawarib al-ghara'ib de Zahîr al-Dîn al-Bayhaqî qui fait la chronique du Grand Khorassan médiéval. Pourtant, les travaux de cet auteur ne mentionnent que rarement les Kara-Khitans[80].
Parmi les autres sources contemporaines importantes se trouve le al-Kamil fi al-tarikh d'Ibn al-Athîr qui fournit des informations précieuses sur la consolidation des institutions Kara-Khitan en territoire musulman. Mohammed en Nesawi, biographe de Jalal ad-Din, est quant à lui une source importante pour la chute Kara-Khitan[80]. La dernière source contemporaine est le Tabaqat-i Nasiri (en) de Minhaj-i Siraj Juzjani qui présente la montée en puissance des Kara-Khitan de façon très différente de ses prédécesseurs, incluant des éléments sur leur approche de l'islam. Il aurait obtenu ses informations d'anciennes élites Khitanes réfugiées à Delhi à la suite des conquêtes mongoles[81].
D'autres sources annexes offrent des éclairages spécifiques comme celles de Rashid al-Din qui aborde les Kara-Khitans sous le prisme de sa compréhension de la culture tribale turco-mongole[81]. Le Lubab ul-Albab (en) de Muhammad Aufi (en) qui a vécu en Transoxianie donne quant à lui un éclairage sur les Qarakhanides, vassaux des Kara-Khitans. Les travaux d'Ibn al-Sam'ani (en) permettent de comprendre les relations entre l'élite en place et les musulmans[82].
Historiographie moderne
[modifier | modifier le code]Données archéologiques
[modifier | modifier le code]
Les problématiques du champ d'étude s'appliquent également à l'archéologique puisqu'il n'existe pratiquement aucune inscription ou tombe clairement identifiée au Kara-Khitans, et les quelques pistes sont ignorées par les recherches chinoises, soviétiques et post-soviétiques. Cependant, quelques données numismatiques et épigraphiques constituent des exemples archéologiques notables[83].
À l'automne 2019, un sceau en bronze de type chinois est découvert près d'un caravansérail situé à proximité du Plateau d'Oust-Ourt[84]. Ce sceau pèse 330 grammes, mesure 50x52x13 millimètres et est équipé d'une poignée de 21 millimètres de hauteur[84]. L'inscription du sceau est rédigée en grande écriture khitan (en) et contient 20 caractères[84]. Il s'agit du premier sceau pouvant être attribué avec certitude à la période des Liao occidentaux, puisqu'il aurait été créé au cours du 3e mois de la vingtième année de l'ére Tianxi (soit l'année 1197 du calendrier grégorien), pendant le règne de l'empereur Yelü Zhilugu[84]. La découverte de ce sceau indique également que le khanat des Kara-Khitans a adopté les pratiques administratives chinoises, puisque de tels sceaux sont couramment utilisés dans l'appareil gouvernemental de la Chine impériale[84].
Cependant, cette découverte ne permet pas de savoir si la réglementation sur les sceaux en vigueur chez les Kara-Khitans est la même qu'en Chine impériale et si la taille des sceaux des Liao occidentaux est standardisée ou non[84].
Des fouilles menées en 2017-2018 dans la vallée de Kochkor (Kirghizstan) ont mis au jour le mausolée souterrain de Kök-Tash, situé à proximité de l’ancienne capitale Balāsāghūn. L’édifice, construit en briques cuites et composé de deux chambres axiales couvertes d’une coupole et abrite un coffre funéraire contenant les restes d’un homme et d’une femme. Les ossements sont enveloppés d’un treillis métallique en bronze ou cuivre, caractéristique des costumes funéraires des élites khitan de la dynastie Liao. Cette pratique, inconnue dans les usages islamiques contemporains d’Asie centrale, ainsi que l’architecture du tombeau, conduisent plusieurs chercheurs à identifier Kök-Tash comme la première sépulture d’élite attribuable aux Kara-Khitan. L’ensemble témoignerait du maintien de traditions funéraires khitanes en Asie centrale, adaptées à un contexte matériel local[85].
Travaux modernes
[modifier | modifier le code]
L'intérêt pour les Kara-Khitans remonte au XIXe siècle, tout d'abord par Julius Klaproth qui s'intéresse au titre de Gurkhan dans un article en 1828, puis dans les travaux d'Abraham Constantin Mouradgea d'Ohsson qui les associe à l'hypothèse du royaume du prêtre Jean. En 1888, Emil Bretschneider pose les premiers jalons en publiant un chapitre dédié aux Kara-Khitans et à leurs principales sources. Son livre, Mediaeval Researches from Eastern Asiatic Sources, constitue un ouvrage de référence pour les travaux modernes. Deux autres travaux viennent compléter cette base : Vassili Barthold publie en 1900 un travail sur le Turkestan durant les invasions mongoles; Karl August Wittfogel et Feng Chia Sheng publient Histoire des Sociétés Chinoises : Liao (907-1125) en 1949[86].
Le contexte politique chinois et soviétiques mettent cependant un frein à ces travaux jusqu'à la publication par Wei Liangtao de Xi Liao shi yanjiu (« Études sur l'histoire des Liao occidentaux ») en 1987. Reposant sur les précédents travaux, il intègre une histoire politique de la dynastie ainsi que le modèle administratif, économique et social dans lequel elle s'implante. Ji Zongan publie en 1996 Xi Liao shi lun: Yelü Dashi yanjiu (Essai historique sur les Liao occidentaux : étude de Yelü Dashi) qui se concentre sur les origines et la fondation de l'empire. Cependant leurs travaux restent majoritairement concentrés sur les sources chinoises. Les travaux qui intègrent les sources musulmanes sont essentiellement issus du champ académique occidental[87].
Administration
[modifier | modifier le code]Gurkhan
[modifier | modifier le code]L'Empereur des Khitans adopte également le titre de Gurkhan, soit Khan universel. Les Khitans utilisent le calendrier chinois, conservent les titres impériaux et administratifs chinois, utilisent le système des ères de règnes, donnent à leurs empereurs des noms de temple et des noms posthumes, utilisent des pièces de monnaie de style chinois et envoient des sceaux impériaux à leurs vassaux[88]. Le Gurkhan est le dirigeant suprême de l'empire et le commandant de toutes les armées[89]. Cependant, le prestige du titre varie fortement au fil des successions, permettant à des membres aristocratiques d'endosser des rôles importants[90].
En effet, les monarques Kara-Khitans perpétuent l'usage du titre d'Empereur de Chine[91],[92], tout comme les Liao avant eux, et sont également appelés les Khan de Chīn[93]. Ils utilisent ainsi l'image de la Chine pour légitimer leur règne auprès des diverses populations d'Asie centrale. L'empereur chinois, ainsi que les souverains turcs, arabes, indiens et romains byzantins, sont connus des écrivains islamiques comme étant les « cinq grands rois » du monde[94].
La cour impériale demeure mobile, bien que Balasaghun constitue le centre politique principal. L’idéologie impériale combine ainsi traditions khitanes, héritage chinois et réalités politiques d’Asie centrale islamique[95]. Elle se compose de plusieurs fonctionnaires tels que les serviteurs impériaux (jinshi), les gardes du corps (huwei), les tuteurs impériaux et le médecin impérial[89].
Administration centrale
[modifier | modifier le code]L’appareil central est situé dans la vallée de Tchouï, à Quz Ordo, à proximité immédiate de Balasaghun. Il repose sur l’élite khitane, composée de membres de la famille impériale et d’aristocrates militaires[96]. Ces derniers occupent les fonctions clés de commandement et de supervision des territoires. Le pouvoir central ne cherche pas à remplacer systématiquement les administrations locales existantes. Il s’appuie plutôt sur des commissaires et représentants envoyés auprès des dynasties vassales afin de surveiller la perception du tribut et de garantir la loyauté politique[97].
L’empire ne développe pas une bureaucratie territoriale dense comparable à celle des États chinois contemporains. Son administration demeure relativement légère, adaptée à un système de domination indirecte. Bien que la plupart des titres administratifs Khitans soient dérivés du chinois, le Khanat adopte également des titres administratifs locaux[97]. Au sein de l'administration centrale se trouvent des commandants militaires (amirs), le bureau des affaires militaires (shumi yuan)[89], un chambellan (tayangu ou hajib) qui joue un rôle important au sein des territoires vassaux ainsi que des vizirs chargés de la collecte des tributs[98].
Administration locale et indirecte
[modifier | modifier le code]Les historiens suggèrent que le tulu chargé de représenter un groupe tribal correspond au titre tuli de l'administration Liao. Ce titre était donné au représentant impérial qui siège au sein de l'une des six tribus. En effet, sous la dynastie Liao, l'administration décentralisée des tribus nomades se segmentait en six groupes tribaux principaux pour lesquels un agent était désigné afin de garantir l'allégeance de celles-ci. Cependant, les données manquent pour confirmer cette continuité sous les Kara-Khitans[99].
Au sein des villes directement vassales du Gurkhan, un commissaire local (shihna ou basqaq) est désigné et possède des fonctions militaires, civiles et administratives. Après la conquête mongole, l'un d'entre eux devient un darugachi, ce qui suggère une proximité entre les fonctions. Enfin, les fonctionnaires de l'administration centrale sont généralement issus de dynasties locales afin de garantir leur loyauté[99].
Un modèle administratif est également en place pour les groupes tribaux et les royaumes. Dans les cas des tribus, les informations manquent mais suggèrent qu'ils doivent fournir une assistance militaire au Gurkhan ainsi qu'un tribut, potentiellement en bétail dans leur cas à l'instar de ce qui se faisait sous la dynastie Liao[100]. Dans le cas des royaumes, l'une des principales particularités de la gouvernance Kara-Khitan est le maintien des dynasties locales. Ils participent directement aux affaires intérieures de leurs vassaux, à leurs conflits, ainsi qu'au soutien des prétendants qui leurs sont les plus favorables. Afin d'assurer la loyauté des dynastie, la pratique de la diplomatie des otages est systématisées : ils sont éduqués au sein de l'administration centrale pour devenir fonctionnaires[101]. De plus, les alliances matrimoniales sont pratiquées avec les dynasties les plus fidèles. Les principales obligations des royaumes sujets sont financières et militaires. En échange, ils préservent une autonomie de gouvernance et d'opérations militaires[102]. L'augmentation des taxes par certains commissaires locaux est l'une des causes de la dislocation du Khanat[103].
Société
[modifier | modifier le code]Dualité nomade et sédentaire
[modifier | modifier le code]
La société du Khanat Kara-Khitan repose essentiellement sur des populations nomades dirigées par une élite khitane elle-même nomade. Les villes de tentes dans lesquelles ils sont décrits par les sources contemporaines représentent la partie émergée de la particularité nomade de l'élite. Celle-ci tend à rester dans les environs de Balasaghun en hiver avec leurs pâturages puis à se rendre à Talas dans le nord en été[104]. Durant le processus de formation du Khanat, plusieurs autres groupes nomades se sont intégrés au groupe nomade. On y trouve des tribus turques et mongoles[105].
Sur le plan démographique, la majorité de la population est sédentaire[105]. Déjà présente avant l'installation du Khanat, les populations nomades ne cherchent pas à perturber les interactions, mais à s'insérer en tant qu'intermédiaires. Ils contribuent dès lors particulièrement à l'essor de l'activité commerciale et à la vente des produits provenant des villes[106].
Le Khanat regroupe une population diversifiée, multi-ethnique et hétérogène. Il est essentiellement composé de turcs, Ouighours, Iraniens, Mongols et quelques Chinois Han[105]. Les principales activités économiques des populations nomades soutiennent particulièrement les populations nomades dont l'activité principale repose sur le commerce. Cette symbiose provoque une société hybride particulièrement diversifiée[107].
Contrairement aux Qarakhanides, la société Kara-Khitan parvient à préserver un équillibre démographique et de forces entre les groupes sédentaires et nomades durant la majorité de son existence. La politique appliquée exploite deux moyens pour y parvenir : la dislocation de tribus nomades et la sédentarisation forcée, le commerce des esclaves pour intégrer les forces militaires. La chute du Khanat coïncide avec une période de vagues migratoires nomades mongoles que le Gurkhan tente d'abord d'intégrer à sa société, mais qui provoquent un déséquillibre trop important[108].
Position des femmes
[modifier | modifier le code]Le statut des femmes au sein de l'élite Kara-Khitane est importante. Le rôle de Gurkhan ayant été endossé par une femme à plusieurs reprises. Bien que désignées comme de simples régendes dans les sources chinoises, l'étude des sources musulmanes et d'autres données confirment un rôle d'influence plus complexe et similaire à celui des Gurkhans masculins. Elles donnent des directives militaires, sur la politique extérieure et intérieure. Cette situation trouve son origine dans le maillage matrimonial particulier des Khitans entre les deux clans : Yelu et Xiao. Les descendants mâles du clan Yelu ne peuvent se marier qu'avec une femme Xiao et les femmes Yelu ne peuvent se marier qu'avec des hommes Xiao[109].
Culture et langue
[modifier | modifier le code]Le Khanat Kara-Khitan a pour particularité de suivre les traditions chinoises au sein de son aristocratie. Ils adhèrent complètement au modèle impérial, cependant ils intègrent également de nombreux éléments du nomadisme khitan[110]. Cependant, le modèle administratif en place en fait un espace multi-ethnique et multi-culturel dans lequel les aristocrates chinois sont particulièrement minoritaires[111].
Du fait de son caractère multi-culturel et multi-ethnique, le Khanat Kara-Khitan est également caractérisé par son multilinguisme. Cependant, les caractères chinois sont d'usage pour les actes administratives, pour désigner les titres ou sur la monnaie. La langue administrative en emploi est le khitan. Toutefois, les correspondances avec les sujets musulmans s'effectuent en persan et emploient des formulations musulmanes. L'existence de titres arabo-persians et turcs indiquent que ces langues pourraient également être d'usage sur le plan administratif[112].
L'archéologie révèle que les écritures locales emploient du turc, des inscriptions arabes, persianes, ainsi que du syriaque[112].
Économie
[modifier | modifier le code]Le recensement effectué en 1151 a vraisemblablement servi a établir les bases d'une taxation au sein du territoire central dans la région qui entoure Balasagun. Cette taxe correspond pour les paysans à un dixième de leur récolte. Cependant, il n'existe pas d'informations sur un système de taxation similaire dans les autres territoires contrôlés[99]. Une autre partie de l'économie provient des relations de vassalité. En effet, contrairement à la pratique dans les autres organisations nomades des steppes, le Gurkhan ne pratique pas l'apanage. Les transactions avec l'aristocratie et les territoires administrés sont toujours pécuniers et jamais en terre. Ce système permet également de soutenir le financement de l'armée[89].
La majorité des territoires administrés étant des sujets, une part importante de l'économie Kara-Khitan repose sur les tributs annuels. Le non-paiement d'un tribut déclenche une représaille militaire. Par exemple, le paiement annuel du Khwarezmchahs Ala ad-Din Atsiz équivaut à 30.000 dinars. Les paiements peuvent également être dispensés en homme ou esclaves. Ces impôts sont perçus de trois façons : par un fonctionnaire permanent représentant le Gurkhan, par un émissaire envoyé annuellement, par les chefs et dirigeants locaux responsables d'effectuer le transfert[103].
L'activité économique des populations nomades reposaient majoritairement sur le pastoralisme. L'élevage du bétail sert à assurer l'autosuffisance alimentaire. L'élevage des chameaux accroit les capacités de transport dans le réseau caravanier de la route de la soie. Les cheveaux ont quant à eux un rôle très important sur le plan militaire, culturel et religieux[104]. La chasse et la pêche sont des activités complémentaires mais sont de moindre importance[113]. À ceci s'ajoute également l'agriculture effectuée par les groupes sédentaires, et parfois également par les nomades ne s'adonant pas au pastoralisme[113].
L'activité commerciale est également importante et s'accroit particulièrement à la fin du XIIe siècle, alimentant des productions locales de produits divers dans les sites sédentaires : céramiques, travail du verre, métalurgie, orfèvrerie. Les cités émergentes sur des points de rencontre de la route de la Soie continuent de s'étendre. Elles bénéficient de la relation symbiotique entre populations sédentaires et nomades[107]. Les routes vers la Chine et la Mongolie sont particulièrement actives[114].
Religion
[modifier | modifier le code]Peu d'informations permettent d'identifier avec précision les rites suivis par l'élite khitane qui s'insère dans des populations majoritairement musulmanes. Il est supposé qu'ils adhèrent tant à une religion tribale khitane qu'au boudhisme ainsi qu'au maintien de rites confucéens par les traditions tribales chinoises. Les sources musulmanes considèrent les Kara-Khitane comme des « turcs infidèles » ou dans certains cas qu'ils pratiquent un culte polythéiste[115]. La maintien des rituels tribaux est le plus identifiables notamment par les pratiques sacrificielles qui précèdent les batailles. Le taureau gris et le cheval blanc symbolisent dans ces rituels les ancêtres des Khitans et les réincarnations du dieu du ciel et de la déesse de la terre. Le ciel a une place importante dans la cosmogonie Kara-Khitane[116]. Le bouddhisme représente un autre groupe religieux important des Kara-Khitan, et le nestorianisme est également pratiqué. Cependant, aucun édifice ne permet d'indiquer si l'importance connue sous la dynastie Liao est similaire chez les Kara-Khitans[117]. Cette grande diversité religieuse au sein de l'aristocratie confirme l'absoce de religion d'état au sein du Khanat[118].
Les populations sédentaires et nomades controlées par les Kara-Khitans pratiquent majoritairement l'Islam, cependant il s'y trouve également des communautés bouddhistes, nestoriennes et juives[119]. La politique religieuse du Kara-Khitan est pluraliste et ne s'oppose pas à la diffusion de l'Islam, il renforce même son infiltration dans l'Asie intérieure. De plus, malgré l'appartenance supposée de la dynastie régnante au bouddhisme, le Khanat ne participe à aucune résurgence particulière[120]. Le nestorianisme est quant à lui bien implanté, soutenu par un patriarche, Elias III Abu Halim, établi dans l'évêché de Kachgar et Nawakit (près d'Yssyk Koul). Des communautés chrétiennes sont également vassales, notamment danes les territoires Ouighours[121]. Les communautés juives sont quant à elles concentrées dans les villes de Samarcande et Khiva[122].
L'adhésion aux traditions chinoises, a l'image des souverains de la Dynastie Liao, a été avancé comme explication de la non conversion à l'Islam des Kara-Khitans[123], alors que l'immense majorité de leurs sujets sont musulmans. Malgré un apparat et un mode de vie sinisé, il y a relativement peu de Chinois d'ethnie Han au sein de la population du Khanat[123]. Ces Chinois Han sont les descendants de ceux qui vivaient à Kedun pendant la dynastie Liao et qui, en 1124, ont émigré avec les Khitans de Yelü Dashi, en même temps que d'autres peuples de Kedun, tels que des tribus Bohai, Jurchen et Mongoles, ainsi que d'autres Khitans n'appartenant pas au clan de la consort Xiao[124].
La vie religieuse musulmane n'est pas interrompue, établissant une politique de tolérance et de liberté de culte. Cette politique s'inscrit également dans la structuration des populations sédentaires qui restent codifiées par les lois et l'autorité musulmanes[125]. Cependant, l'ensemble de la politique évolue lors de l'usurupation du trône par Kütchlüg qui adopte une politique particulièrement hostile à l'Islam. Sur la fin du Khanat, il applique une politique répressive interdisant la pratique du culte. Cette politique provoque une forte opposition au sein des populations[126].
Organisation militaire
[modifier | modifier le code]La composition de l'armée reste très imprécise car les chiffres présentées par les sources sont souvent exagérés, évoquant des chiffres de 100.000, 300.000 à 700.000 hommes[127]. Les évaluations modernes considèrent que l'armée sous influence directe des Kara-Khitan se dénombre à 80.000 à 100.000 hommes, dont le chiffre peut être augmenté par la présence d'alliés non assujettis lors des batailles[128]. Elle repose sur une armée principale de plus de 10.000 cavaliers khitans issus du territoire central. À ceux-ci s'ajoutent des troupes auxiliaires issues d'autres groupes nomades et d'états vassaux[129]. Les campagnes militaires positionnaient des commandants à la tête d'armée de 50.000 à 70.000 hommes[130]. Les unités militaires reprennent le modèle d'organisation décimal de l'Asie intérieure, les dénombrants par multiple de mille ou de dix-mille[131].
L'organisation militaire est coordonnée depuis le bureau des affaires militaires (shumi yuan) au sein de l'administration centrale. Le Gurkhan est le commandant suprême, puis le fumas (beau-fils ou proche parent non descendant du Gurkhan) qui détient une position spéciale au sein de la coordination militaire et agit généralement au nom du Gurkhan[132].
L'âge minimal pour entrée dans l'armée est de 18 ans. Le soldat Kara-Khitan a la particularité de recevoir une solde. Cependant, contrairement aux autres souverains nomades, les hauts gradés militaires ne sont pas récompensés par des terres en apanage, mais plutôt en compensation financière. Cette importante charge pour le trésor du Gurkhan est toutefois contrebalancée par une capacité de recrutement élevée, permettant de le renflouer par les pillages effectués - toutefois interdits en territoire vassal[131]. Ce modèle, jugulé à celui des troupes auxiliaires, permet aux Kara-Khitans d'alligner une armée généralement supérieure en nombre à ses ennemis lors des batailles[127].
La planification des batailles est codifiée. Tout d'abord, un taureau gris et un cheval blanc sont sacrifiés selon les traditions khitanes. Les troupes rapprochées khitanes portent une tenue de bataille spécifique. L'armée est divisée en trois contingents (gauche, centre, droite) chacun dirigés par un commandant et un vice-commandant. Le positionnement des contingents tient compte de la capacité du terrain à alimenter les animaux qui l'accompagnent que ce soit pour assurer sa subsistance ou les chevaux servant pour la bataille. L'évaluation des troupes enemies est systématique[133]. L'emploi d'éclaireur et d'espions est très développé[134].
L'armée kara-khitan repose essentiellement sur la cavalerie légère, et beaucoup moins sur l'infanterie et la cavalerie lourde[135]. La forte mobilité et la stratégie coordonnée des actions constituent les principaux avantages tactiques de l'armée kara-khitane[136]. Ils sont cependant moins efficaces dans les batailles de rivières et les attaques nocturnes[134].
Politique d'influence
[modifier | modifier le code]Territoires contrôlés
[modifier | modifier le code]Les Khans Khitans règnent depuis leur capitale de Balasagun, située dans l'actuel Kirghizistan, et contrôlent directement la région centrale de l'empire. Le reste de leur Khanat se compose d'États vassalisés très autonomes, principalement le Khwarezm, les Karlouks, le Royaume ouïghour de Qocho, les Kankalis et les Qarakhanide de l'Ouest, de l'Est et de Fergana. La frontière occidentale est définie par l'Amou-Daria, mais les Khitans sont actifs au Khorassan jusque dans les années 1180, tandis que Balkh reste sous leur domination jusqu'en 1198. Au nord, ils sont frontaliers des Ienisseï kirghize, qui vivent au nord du Lac Balkhach, jusqu'en 1175, date à laquelle ils se retirent plus au sud. La frontière méridionale des Khitai s'étend de Balkh à Hotan et Hami. À l'est, les limites de l'empire sont difficiles à définir, mais les Khitans exercent une certaine souveraineté sur les Naïmans, qui vivent à l'est des monts de l'Altaï, jusqu'en 1175[41]. Les Naïmans, arrivés tardivement, deviennent également des vassaux, avant de renverser les Khitans sous le commandement de Kütchlüg[41].
Selon Michal Biran, le contrôle des territoires ne se faisait pas depuis une seule capitale, généralement considérée Balasagun, mais depuis cinq villes désignées pour accueillir ce rôle, faisant du modèle de contrôle administratif un modèle nomade sur base d'établissements sédentaires forts. Les sources mentionnent plusieurs villes différentes et Samarcande a probablement joué un rôle de capitale économique, cependant la ville est avant tout la capitale de leur vassal qarakhanide occidental[137].
Bien que distants des principaux royaumes chinois, les Gurkhan ont entretenu leur relations avec les différentes dynasties, ainsi que la rivalité à l'égard des Jin. Le conflit avec les Jin a été ponctué de nombreuses incursions en 1136, 1156, 1177, 1185, 1186 et de 1188 à 1190[138].
Postérité
[modifier | modifier le code]
L'association du mot « Khitai » (Khitan en Chinois), avec la Chine signifie que la trace la plus durable de l'existence des Khitans est constituée par les noms qui en sont dérivés, tels que Cathay, qui est l'appellation latine médiévale de la Chine. Les noms dérivés de Khitai sont encore utilisés de nos jours pour désigner la Chine dans les langues russe, bulgare, ouzbek et mongole[13]. Cependant, l'utilisation du nom Khitai par les locuteurs Truc vivant en Chine pour dire « Chine » ou « Chinois », comme les Ouïghours, est considérée comme péjorative par les autorités chinoises, qui ont tenté de l'interdire[139].
Le terme Kara-Khitan reste également étroitement lié aux territoires d'Asie centrale, si bien qu'en 1811, les habitants de certaines régions sont encore appelés par cette dénomination. Les traditions culturelles des Kara-Khitans perdurent également jusqu'au XVIIe siècle[140].
L'existence du Khanat sinisé des Kara-Khitans dans une région à majorité musulmane, a pour effet de renforcer l'opinion de certains auteurs musulmans pour lesquels l'Asie centrale est liée à la Chine, même si la dynastie Tang a perdu le contrôle de la région plusieurs siécles auparavant. Ainsi, Sharaf al-Zamān Ṭāhir al-Marwazī écrit que la Transoxanie est une ancienne région de la Chine[141], tandis que Fakhruddin Mubarak Shah (en) définit la Chine comme étant une partie du «Turkestan»[142]. Les villes de Balasagun et Kachgar sont également vue comme faisant partie de la Chine[142].
Liste des empereurs Kara-Khitans
[modifier | modifier le code]| Noms de temples (廟號 miàohào) | Noms posthumes (諡號 shìhào) | Noms de naissance | Dates des règnes | Noms des ères de règne (年號 niánhào) accompagnées de leurs dates de début et fin | Autres dénominations |
|---|---|---|---|---|---|
| Dezong (德宗 Dézōng) | Empereur Tianyou Wulie (天祐武烈皇帝 Tiānyòu Wǔliè Huángdì) | Yelü Dashi (耶律大石 Yēlǜ Dàshí ou 耶律達實 Yēlǜ Dáshí)1 | 1124–1144 | Yanqing (延慶 Yánqìng) 1131–1134[143] Kangguo (康國 Kāngguó) 1134–1143 |
|
| Impératrice Gantian (感天皇后 Gǎntiān Huánghòu) (régente) | Aucun | Xiao Tabuyan (蕭塔不煙 Xiāo Tǎbùyān) | 1144–1150 | Xianqing (咸清 Xiánqīng) 1144–1150 | Zhaode huanghou (impératrice Zhaode)[143] |
| Renzong (仁宗 Rénzōng) | Aucun | Yelü Yilie (耶律夷列 Yēlǜ Yíliè) | 1150–1164 | Shaoxing (紹興 Shàoxīng) ou Xuxing (Xùxīng 續興)2 1151–1163 | |
| Impératrice Douairière Chengtian (承天太后 Chéngtiān Tàihòu) (régente) | Aucun | Yelü Pusuwan (耶律普速完 Yēlǜ Pǔsùwán) | 1164–1178 | Chongfu (崇福 Chóngfú) 1164–1177 | |
| Aucun | Mozhu (末主 Mòzhǔ "Dernier Seigneur") ou Modi (末帝 Mòdì "Dernier Empereur") | Yelü Zhilugu (耶律直魯古 Yēlǜ Zhílǔgǔ) | 1178–1211 | Tianxi (天禧 Tiānxī ou Tiānxǐ 天喜)3 1178–1211 | Tai shang huang (empereur émérite)[143] |
| Aucun | Aucun | Kuchlug (屈出律 Qūchūlǜ) | 1211–1218 | ||
| 1 « Dashi » pourrait être le titre chinois “Taishi”, qui signifie “vizir”, ou pourrait signifier “pierre” en turc, comme le suggère la translittération chinoise. 2 On trouve sur des pièces datant de la période des Kara-Khitans récemment découvertes le Nianhao « Xuxing », ce qui suggère que le Nianhao « Shaoxing » mentionné dans les sources chinoises pourrait être incorrect[144]. | |||||
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Qara_Khitai » (voir la liste des auteurs).
- Biran 2005, p. 94.
- Grousset 1970, p. 165.
- ↑ Pozzi, Janhunen et Weiers 2006, p. 114.
- ↑ Rein Taagepera, « Expansion and Contraction Patterns of Large Polities: Context for Russia », International Studies Quarterly, vol. 41, no 3, , p. 497 (DOI 10.1111/0020-8833.00053, JSTOR 2600793, lire en ligne)
- ↑ Peter Turchin, Jonathan M. Adams et Thomas D. Hall, « East-West Orientation of Historical Empires », Journal of World-Systems Research, vol. 12, no 2, , p. 222 (ISSN 1076-156X, lire en ligne, consulté le )
- (zh-CN) zh:中国历史大辞典:辽夏金元史, (lire en ligne), p. 131
- ↑ Morgan et Stewart 2017, p. 56–57.
- ↑ Laust Schouenborg, International Institutions in World History: Divorcing International Relations Theory from the State and Stage Models, Taylor & Francis, (ISBN 9781315409887, lire en ligne), p. 133
- Biran 2005, p. 93.
- ↑ Morgan et Stewart 2017, p. 57.
- ↑ Biran 2005, p. 216–217.
- ↑ (en) Yuan Julian Chen, « Legitimation Discourse and the Theory of the Five Elements in Imperial China », Journal of Song-Yuan Studies, vol. 44, no 44, , p. 325–364 (DOI 10.1353/sys.2014.0000, S2CID 147099574, lire en ligne)
- D. Sinor, History of Civilisations of Central Asia, vol. 4 part I, UNESCO Publishing, (ISBN 978-92-3-103467-1)
- ↑ Biran 2005, p. 215–217.
- ↑ Biran 2005, p. 13-14.
- ↑ Twitchett 1994, p. 149-151.
- Martin Sicker, The Islamic World in Ascendancy: From the Arab Conquests to the Siege of Vienna, Bloomsbury Academic, (ISBN 9780275968922, lire en ligne), p. 57
- ↑ Grousset 1970, p. 166.
- Linda Komaroff, Beyond the Legacy of Genghis Khan, Brill, (ISBN 9789047418573, lire en ligne), p. 77
- ↑ Biran 2005, p. 15.
- ↑ Biran 2005, p. 16.
- ↑ Twitchett 1994, p. 149–151.
- ↑ Biran 2005, p. 20-26.
- ↑ (en) Timothy May, The Mongol Empire: A Historical Encyclopedia [2 Volumes], Bloomsbury Academic, (ISBN 978-1-61069-339-4, lire en ligne), p. 570-573
- Twitchett 1994, p. 151.
- ↑ Biran 2005, p. 30-33.
- ↑ Biran 2005, p. 36.
- ↑ Biran 2005, p. 37.
- ↑ Biran 2005, p. 38.
- Biran 2005, p. 39-41.
- ↑ Twitchett 1994, p. 153.
- ↑ Biran 2005, p. 40.
- ↑ (en) Denis Twitchett, Herbert Franke, John K. Fairbank, in The Cambridge History of China: Volume 6, Alien Regimes and Border States (Cambridge: Cambridge University Press, 1994), p. 153.
- ↑ Morgan et Stewart 2017, p. 56.
- Michael Biran, Chinggis Khan: Selected Readings, Oneworld Publications, 2001b (ISBN 9781780742045, lire en ligne)
- ↑ Biran 2005, p. 42-43.
- ↑ Asimov 1999, p. 238.
- ↑ Biran 2001, p. 61.
- ↑ Nowell 1953, p. 442.
- ↑ Jean-Paul Roux, Le premier empire des steppes qui devint musulman : les Karakhanides, avril 2003.
- Biran 2005, p. 46.
- ↑ Biran 2005, p. 48-49.
- Biran 2005, p. 49-50.
- ↑ Biran 2005, p. 48-50.
- ↑ Biran 2005, p. 51-53.
- ↑ Akhbār al-dawla al-'Abbāsiyya wa fīhi akhbār al-'Abbās wa waladihi : a history of the Abbasid movement, reflecting Abbasid trends and ideas before the time of al-Mahdi, , 148 p. (OCLC 150425481)
- ↑ Biran 2005, p. 52.
- ↑ Pikov, G. G., Zapadnye kidani, Novosibirsk, Izd-vo Novosibirskogo univ, (ISBN 5761500205, OCLC 29818909)
- ↑ Biran 2005, p. 50.
- ↑ Sergey Sidorovich et Vladimir A. Belyaev, « The coinage of qara khitay: a new evidence (on the reign title of the Western Liao Emperor Yelü Yilie) », www.academia.edu, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Biran 2005, p. 54-55.
- ↑ Biran 2005, p. 55-59.
- ↑ Biran 2005, p. 60-61.
- ↑ Biran 2005, p. 61.
- Biran 2005, p. 62.
- Biran 2005, p. 62-63.
- ↑ Biran 2005, p. 64.
- ↑ Biran 2005, p. 64-65.
- ↑ Biran 2005, p. 65-66.
- ↑ Biran 2005, p. 68.
- ↑ Biran 2005, p. 68-69.
- ↑ Biran 2005, p. 70.
- ↑ Biran 2005, p. 70-71.
- ↑ Biran 2005, p. 72.
- ↑ Biran 2005, p. 72-73.
- ↑ Biran 2005, p. 73-74.
- ↑ Biran 2005, p. 74-75.
- ↑ Biran 2005, p. 80.
- ↑ Biran 2005, p. 81-82.
- ↑ Biran 2005, p. 85-88.
- ↑ Biran 2005, p. 86-87.
- ↑ Biran 2005, p. 87.
- ↑ Tjong Ding Yih, « Qarakhitay (Hsi Liao) Cash Coins Inscribed KANGGUO »
- ↑ Biran 2005, p. 89.
- Biran 2005, p. 3.
- ↑ Michal Biran, « The Qara Khitai », Oxford Research Encyclopedia of Asian History, (ISBN 978-0-19-027772-7, DOI 10.1093/acrefore/9780190277727.013.59, lire en ligne)
- ↑ Biran 2005, p. 4.
- Biran 2005, p. 5.
- ↑ Biran 2005, p. 6.
- Biran 2005, p. 7.
- Biran 2005, p. 8.
- ↑ Biran 2005, p. 9.
- ↑ Biran 2005, p. 10.
- (en) Vladimir A. Belyaev, A.A. Mospanov et S.V. Sidorovich, « Recently discovered Khitan script official seal of the Western Liao State (Russian Studies of Chinese Numismatics and Sigillography). », Academia.edu, vol. 33, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Michal Biran, Michael Shenkar, Kubatbek Tabaldiev et Kunbolot Akmatov, « The Kök-Tash underground mausoleum in north-eastern Kyrgyzstan: the first-ever identified Qara Khitai elite tomb? », Journal of the Royal Asiatic Society, vol. 33, no 3, , p. 713–745 (ISSN 1356-1863 et 1474-0591, DOI 10.1017/S1356186322000621, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Biran 2005, p. 11.
- ↑ Biran 2005, p. 12-13.
- ↑ Biran 2005, p. 93-94.
- Biran 2005, p. 108.
- ↑ Biran 2005, p. 109.
- ↑ James A. Millward, Eurasian Crossroads: A History of Xinjiang, Columbia University Press, , 42– (ISBN 978-0-231-13924-3, lire en ligne)
- ↑ Michal Biran, « Like a Might Wall: The armies of the Qara Khitai », Jerusalem Studies in Arabic and Islam, vol. 25, , p. 46 (lire en ligne [archive du ])
- ↑ Biran 2005, p. 34.
- ↑ Biran 2005, p. 97.
- ↑ Biran 2005, p. 102-104.
- ↑ Biran 2005, p. 104.
- Biran 2005, p. 104-106.
- ↑ Biran 2005, p. 111.
- Biran 2005, p. 112.
- ↑ Biran 2005, p. 115.
- ↑ Biran 2005, p. 115-116.
- ↑ Biran 2005, p. 117.
- Biran 2005, p. 118.
- Biran 2005, p. 133.
- Biran 2005, p. 96.
- ↑ Biran 2005, p. 137.
- Biran 2005, p. 136.
- ↑ Biran 2005, p. 142.
- ↑ Biran 2005, p. 161-162.
- ↑ Biran 2005, p. 94-95.
- ↑ Biran 2005, p. 126.
- Biran 2005, p. 127-128.
- Biran 2005, p. 135.
- ↑ Biran 2005, p. 138.
- ↑ Biran 2005, p. 172.
- ↑ Biran 2005, p. 173.
- ↑ Biran 2005, p. 173-174.
- ↑ Biran 2005, p. 176.
- ↑ Biran 2005, p. 177.
- ↑ Biran 2005, p. 178.
- ↑ Biran 2005, p. 178-179.
- ↑ Biran 2005, p. 179.
- Biran 2005, p. 196.
- ↑ Biran 2005, p. 146.
- ↑ Biran 2005, p. 181-182.
- ↑ Biran 2005, p. 195-196.
- Biran 2005, p. 151.
- ↑ Biran 2005, p. 152-153.
- ↑ Biran 2005, p. 150.
- ↑ Biran 2005, p. 146-147.
- Biran 2005, p. 148.
- ↑ Biran 2005, p. 109-110.
- ↑ Biran 2005, p. 156-157.
- Biran 2005, p. 158-159.
- ↑ Biran 2005, p. 159.
- ↑ Biran 2005, p. 158.
- ↑ Biran 2005, p. 107-108.
- ↑ Biran 2005, p. 95.
- ↑ James A. Millward et Peter C. Perdue, Xinjiang: China's Muslim Boarderland, M.E. Sharpe, (ISBN 9781317451372, lire en ligne), p. 43
- ↑ Biran 2005, p. 90.
- ↑ Biran 2005, p. 98–99.
- Biran 2005, p. 99–101.
- Biran 2005, p. 223.
- ↑ V.A. Belyaev, V.N. Nastich et S.V. Sidorovich, « The coinage of Qara Khitay: a new evidence (on the reign title of the Western Liao Emperor Yelü Yilie) », Proceedings of the 3rd Simone Assemani Symposium, September 23–24, 2011, Rome,
- ↑ V.A. Belyaev (别利亚耶夫) et S.V. Sidorovich (西多罗维奇), « 天喜元宝"辨—记新发现的西辽钱币 », 中国钱币, , p. 36–38 (lire en ligne)
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- J-P Roux, Histoire de l'Asie Centrale, Fayard, Paris, 2003, 528 p.
- M. S. Asimov, The Historical, Social and Economic setting, Motilal Banarsidass,
- Michal Biran, The Empire of the Qara Khitai in Eurasian History: Between China and the Islamic World, Cambridge, England, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Studies in Islamic Civilization », (ISBN 978-0521842266)
- Bosworth C.E., The Political and Dynastic History of the Iranian World (A.D. 1000-1217)., Cambridge, England, Cambridge University Press, coll. « The Cambridge History of Iran, Volume 5: The Saljuq and Mongol Periods », (ISBN 978-0-521-06936-6)
- (en) René Grousset, The Empire of the Steppes: A History of Central Asia, Rutgers University Press, (ISBN 978-0-8135-1304-1, lire en ligne)
- David Morgan et Sarah Stewart, The Coming of the Mongols, Bloomsbury Publishing, (ISBN 9781786733832, lire en ligne)
- Charles E. Nowell, « The Historical Prester John », Speculum, vol. 28, No. 3 (Jul),
- Alessandra Pozzi, Juha Antero Janhunen et Michael Weiers, Tumen Jalafun Jecen Aku: Manchu Studies in Honour of Giovanni Stary, Otto Harrassowitz Verlag, (ISBN 978-3-447-05378-5, lire en ligne)
- Denis Twitchett, The Cambridge History of China, Volume 6, Alien Regime and Border States, 907–1368, Cambridge, Cambridge University Press, , 43–153 p. (ISBN 0521243319), « The Liao »
Liens externes
[modifier | modifier le code]
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :